La raison unique du "village planétaire"
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Description

La mondialisation est posée par certains comme une "chance historique". L'objectif de cet ouvrage est moins de revenir à une analytique ou à une phénoménologie de cette mondialisation que de l'interroger de manière éclairante et contextuelle, à partir de la relecture de trois auteurs : Jürgen Habermas, Marcien Towa et Pierre Meinrad Habga, et à partir de la critique de la rationalité positiviste dominante, présentée comme condition de possibilité d'une "civilisation de l'Universel".

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2010
Nombre de lectures 297
EAN13 9782296264762
Langue Français
Poids de l'ouvrage 20 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La raisonunique
du«village planétaire »

Mythes et réalités de la mondialisation

PIUSONDOUA

Laraisonunique
du«village planétaire »

Mythes et réalités de la mondialisation

L’HARMATTAN

© L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-12706-7
EAN: 9782296127067

A tous lesamoureux du vrai

Qui participent à l’émergence d’un "monde humain"

AVANT–PROPOS

La structure de cet ouvrage que nous livrons aupublicsous le
titreLa raisonunique du village planétaire. Mythes et réalités de la
mondialisationest identique à celle desvolumesdéjà disponiblesdela
sérieExistence etvaleurs(II etIIInotamment).Cevolume
estcomposé d’entretiensd’unepart (troisautotal), etde deuxtextesderéflexion
plusgénérale, d’autrepart,textes qui nous resituent,pour lepremier,
(en introduction)dans lesillage duquestionnement sur laraison,
attributessentieldel’homme, uneraison quicirconscritdésormais, de
manière close etclôturante, àpartirdeson inscription positiviste,
l’horizondevalidité detoutdiscoursetdetoute connaissance, autant
quel’horizondevérité etd’effectivité de cequiestet quidoit« être »,
touten portantenellelapossibilité dela déraisonetdela catastrophe.
Lesecondtexte enconclusion,nousamène àunerelecture deSpinoza
dont l’analytique delaviolencesertdelinéamentàune
analysepertinente del’actuellemondialisation,touten permettant lasaisie de cette
mondialisationcomme «Universel problématique ».

I - DES ENTRETIENS

Avecnotreinterlocuteurhabituel,Jean-BertrandAmougou,
DocteurenPhilosophie etEnseignantauDépartementdePhilosophie
delaFaculté desArts,LettresetSciencesHumaines,nousavons
menétroisentretiens: a)–Sur la citoyenneté mondiale, àpartird’une
relecture deJürgenHabermas (aoûtet septembre2007), b)–Sur la
« Critique de l’absolu»,queMarcienTowa définitcommel’essence
même delaphilosophie(août2007), c)–Surunevision spécifique de
larationalité(celle deMeinradPierreHebga), àpartird’une brève
relecture deson œuvre(octobre2007).

1 - Quelle cosmocitoyenneté? Unerelecture deJürgen
Habermas
PourHabermas, dont nousavons revisité certains ouvrages
1
fondamentaux,lamondialisationen marche comporte biendesdéfis:

1

-Après l’Etat-nation.Unenouvelle constellation politique.Paris.Fayard.2000.
-L’intégration républicaine.Essaidethéoriepolitique.Paris.Fayard. 1998.
-Droitetdémocratie.Entre faitset normes.Paris.Gallimard. 1997.

11

Avant-propos

a)-le défi à la citoyenneténationale, dont l’enracinementest
profondément modifié, àpartirdelamodificationdel’arrimage de
cette citoyenneté,non plusàune communauté de destinhistorique
fondant le «convivre »,maisàla factualité d’uneouverture de
l’horizondeviequ’estdésormais le «monde », avec
commeimpératif/normatifla conscience cosmopolitiqueuniversaliste.
b)–le défiàlasouveraineté desEtats-nations,lanouvelle
sociétémondiale, bien quene débouchant pas
surunEtatvéritablement mondial, émergeantàlapost-nation, àla constellation
postnationale,quiconsacrelastructuration/déstructurationdetout, dufait
d’unemondialisationconsacrant laprimauté del’internationalet la
dissolution tendancielle dunational ;
c)–le défiàla gouvernance dumonde,puisquelemonde
nouveauestdésormaisarrimé,sur les plans politique, économique et
idéologique, àlapratique etàlalogiquelibérales.

Le conceptde
cosmocitoyennetéqu’élaboreJürgenHabermas prend donc acte(touten prenantencharge)detoutes
lesévolutions induites par lamondialisation ; il postulel’urgence
d’unetransition salutaire, celle dela consciencenationale àla conscience
cosmopolitique, dans le cadre dela constellation post-nationalequi renvoie à
l’intégrationdes individusetdesEtats-Nationsauxjeux, enjeuxet
procéduresdelamondialisation.

Et si l’analytique habermassienne delamondialisation,le
plaidoyerdeson irréversibilité et l’affirmationdelaprimauté dela
cosmocitoyennetén’étaient, chezl’auteur,riend’autrequel’idéologie
dominantemilitant pour la dilution (oualors pour la dissolution)du
sujetainsi que del’Etat-nationdansun macro-sujet mondial, etce, à
partird’unenormativité décrochée del’éthique etarrimée
àunerationalitéinstrumentalequi, faisantfid’une cosmoresponsabilité
désormaisurgencepour leprésentet l’avenir, hypostasiel’efficience et non
point l’homme, àréaliserdans l’authenticité desonhumanité?

12

Avant-propos

2 -Au-delà de l’«Essai ».Pourune « philosophie ouverte »
La parution, en 1971,sous laplume deMarcienTowa, de
2
l’Essai sur la problématiquephilosophique dans l’Afrique actuelleet
3
celle, en 1979, del’Idée d’unephilosophienégro-africaine
,constituaientune étapeimportante dans l’élaborationconstitutive
d’unephilosophie africaine.

Face àlanégationde celle-ci par
l’ethnocentrismeimpérialisteoccidental,sonaffirmation:affirmationdepossibilité,pourun
africain rationneletauthentiquementhumain ;affirmationderéalité,
laphilosophie africainepouvant serepéreràpartirdeproductions
théoriquesdont l’effectiviténesauraitêtreremise
encause;affirmationdenécessité, auregard delamultiplicité desdéfisàrelever par
l’africain:undéfid’identité etd’authenticité,undéfideproductivité
etde développement,undéfidelibération par rapportà
l’arraisonnementglobalencours.

C’estdanscesillagequeMarcienTowaproposequelaphilo-
sophieprenne encharge cesdéfis,unephilosophieicidéfinie, cequi
est loind’être habituel, commce «ritique del’Absolu»,quepose et
proposelephilosophe.

Cettenouvelle caractérisationdelaphilosophienemanque
pourtant pasdeposer nombre deproblèmes:
a)–Lephilosophe est-ilun militantdel’absolu?Et quelle
estdoncla figure de cetabsolu?
b)–Lephilosophe,qui posesonabsoluet militepour lui,
estilabsolu?Neprocède-t-il pasàune double absolutisation:lasienne
propre, etcelle deson« absolu» dont la critiqueoularelativisation
nesemblentguère àl’ordre dujour ?
c)–Queldépart, entrela critique del’absoluquiest
philosophie,pourMarcienTowa, et l’idéologie, ausensglobaletclôturantdu
terme?

2
Yaoundé.EditionsCLE.
3
Yaoundé.EditionsCLE.

13

Avant-propos
Relirel’Essai,procéderàl’examendeshypothèques inhérentes
àla définitiondelaphilosophie commemilitantismepour l’absolu,
nous ont paru urgentsetd’actualité, encette
heureoùlamondialisation imposeque, dansunespritd’ouverture(au-delà
detouterécupérationdupositivismeidéologique etd’autodissolutiondanset par le
processusd’autorévolution ici proposé),les principauxdéfisdenotre
temps soient relevés parunephilosophiequi n’ajamaiscessé d’être
pressiond’excellence,productiondesenset réalisationdelasagesse,
pour l’être humain-valeur.

3-Ouverture delarationalité.LireHebga
Bien qu’ilaitbeaucoupécrit,surdes thèmesaussivariés que
larelativité descultures,les phénomènes normauxet paranormaux,les
problèmes religieuxet missionnaires,l’émergencesociologiquement
pathologique et pathogène des sectesenAfrique,pourbeaucoup
commeMarcienTowa,P.M.Hebganesauraitêtre considéré comme
philosophe.Pour lui,P.M.Hebganeserait riend’autrequ’un sophiste,
développant l’illusiond’une connaissancetotaleoumieux, d’une
connaissance detoutes les sciences,illusion quiaboutit toutà fait
paradoxalement,selonMarcienTowa, àundoute fondamental surP.M.
Hebga et sur la consistance deses travaux.MarcienTowapeutdonc
dire deP.M.Hebga : «Cetteprétentionàmaîtriser toutes les sciences
fait queses ouvrages sontdesbouillabaisses.Jeprends,j’essaie de
lire,il n’yapas moyen.Çametombe des mains.Ilyenaqui
ontdemandési j’aicomprisHebga,j’aiessayén’est-ce-pas ?Mais, c’estune
bouillabaisse.Il parle detout,il
neprouvepasgrand-chose,pratiquement rien.Alors, c’est pourcelaque c’est philosophiquement
illisi4
ble ».

Ilestdonc
clair,pourMarcienTowa,queP.M.Hebganesauraitêtre considéré commephilosophe.«Est-cequeHebga est
philosophe?Hebga est toutcequevousvoulezsaufun philosophe.Il
manque derigueurdans sesbouillabaisses-là [...]Sices philosophes-là,les
présocratiques,Platonet lesautres,Descartes,Kant, etc.,ont rejetéle
miraculisme,l’irrationnel, cequ’on nepeut pas justifieret qu’onvous

4
In«Philosophes duCameroun».Conférences-débatsduCERCAPHI.Presses
UniversitairesdeYaoundé.2006. p.415.

14

Avant-propos
demande d’admettre comme vrai, si tous ces gens-là,vousadmettez
5
qu’ils sontdes philosophes, alorsHebganel’est pas.Jeregrette ».
Touten observant laviolence et laradicalité de cette
dénégationàP.M Hebga del’étiquette dephilosophe,on peut s’interroger sur
cequi la fonde.Est-cela diversité des thématiquesexaminées parP.M
Hebga?Mais leréel lui-même,quandon leprend encharge dans la
réflexion philosophique,n’est-il toujours
pasdiversetcomplexe?Estcesonaffirmationdupluralisme des rationalités, affirmationerratique
etdangereusepourMarcienTowa dont la conceptiondelarationalité
relève duseul positivisme,un positivisme hypostasié avec comme
conséquenceuneillusoiretranslucidité duréel, dangereusement
négatrice desa complexité?Est-ce àpartird’une
déterminationdelaphilosophie commemilitantismepour l’absolu?Et nousverrons plusbas
leshypothèquesd’unetelle détermination, dans le cadre
denosentre6
tiens sur l’Essai.

Il nousa doncsembléurgentderelireP.M
Hebgapouressayerderetrouverdans son texte, cequi,selon nous, fait l’essence de
toutephilosophie :
a)–un rétablissementdelamétaphysique dans sesdroits,
dephilosophiepremière, depleindroitd’abord(dans lamesureoù elle
réinstaurelaproblématique dusensd’une existence humaine à
«signifier» dansune histoirequelesujetdoit précisément« faire »), et par
défautensuite fautepour letriomphalisme
durationalismepositiviste/scientifique d’exhiberen l’épuisant,latotalité delaréalité;
b)–unexamen« critiqudee »l’instrument rationnel,
examen qui permetdésormais, aprèsd’autreset notammentEdgar
Morin, deparlerd’uneraison plurielle,sanshypostase donc, dela
forme analytiquequ’elleprend commeraison instrumentale;
c)–uneproblématique fondamentale del’« essendece »
l’homme, au-delà dutout réductionnismemoniste,un sujet«spirituel
divin»;
d)–une critique desconditionsexistentiellesdu vivre et
duconvivre,pourunêtre en recherche d’authenticité etde
déploie

5
Ibidem. pp.415-416.
6
Entretien n°IIde cevolume,intitulé : «Au-delà del’Essai.Pourune"philosophie
ouverte"».

15

Avant-propos
ment plénier, au-delà detoutes lesaliénations, critiquequidébouche
désormais, commenaturellement,sur laproblématiquemultiverselle
quiestcelle dudépassementdel’uniformité dumondeissudela
mondialisation,versun mondeouvert maisdivers,uniquemais
pluriel, à gérerdemanièreresponsable(etc’estcelala
cosmoresponsabilité)et pas seulementàpartird’uncosmopolitismequi n’est rien
d’autrequ’une hypostase cosmopolitiste, c’est-à-dire, auxhorizonsde
laplanètetoute entière, delaloidelavaleur.

II–«FORMALISME DEDUCTIF»ET VIOLENCE;
«RAISONPLURIELLE»ET HUMANISME DE
L’AVENIR.
Notre analytique delaraison plurielle, débouchant sur le
dépassementdel’instrumentalismepositiviste, dans letexteintroductif,
se constitue encritique delamondialisation, en sesfondements
théoriquesetdans sa figurepratique.Il s’agitdelamise en question (s)de
laraisonunique, àpartird’une critique del’idéologiepositiviste d’une
raisonessentialiste, fixiste etéternitaire,propre-de-l’homme.Elle
montre, auplandela diachronie etdel’histoire,qu’il
s’agitd’uneraisonémergente/produite et productrice, cequi permetderelativiser son
absolutisationdans le cadre delalinéarité effectivisée dans l’histoire,
oùlaraison ne devient quepuissance,
conditiondelarationalitéscientifique etdel’efficiencetechnique,uniquement orientéevers
larentabilité économique et s’universalisant,mondialisation oblige, auterme
d’uneuniversalisation théorique-idéologique et pratique duréeletde
sa figure.
Lamondialisation peutdonc êtreremise en question (s).La
critique(analytique d’abord)delapuissance delaraison, et qui
montre cette dernière commepermettantessentiellement
lamultipossibilisation (dela connaissance etdelapratique), àpartirdelaquelle
l’homme devientun« homme-dieu», etgrâce àlaquelle
l’arraisonnement instrumentaliste estaurendez-vous (arraisonnement
delanature, deshommesetdes sociétésainsi que delaplanètetoute
entière),s’ouvre ainsi,naturellement,surcelle dela dialectique de
cetteraison,initialementcréatrice, désormais possiblement/réellement
décréatrice, dans le cadre de cettetransition paradoxale del’infini
progrèsàlasuprême barbarie.Cetteseconde critiquese constitue en
critique delamondialisationainsi que dequelques-unesdesesvaleurs

16

Avant-propos
fondatrices tellequel’illimitationdelaproduction-consommation
danset par lelibéral ;elle débouche ainsi surunenouvelleurgence
pour laphilosophie, celle de fonderun nouvelhumanisme, duprésent,
pour l’avenir:l’humanisme del’authenticité, àpartirdudépassement
del’oublidel’êtrevéhiculépar l’instrumentalismepositiviste et par
l’hypostase dela forme(formalisme et procéduralisme) par rapportau
contenu.Cesdeuxtextes militent pourune humanitéplurielle, dansun
mondepluriel ouvert,l’exigence
d’unhumanismenouveauseprésentant sous lemode del’urgence absolue.
La double critique delaraisonclose et instrumentaliste
etdelamondialisationdialectiquement ouverture arraisonnante etclôture dans
l’uniformisation permetainsi:(1) le dépassementdu« formalisme
déductif »qui occultelastructureviolente delamondialisation, au
détourd’ununiversalismeidéologiqueposant lasociétélibéralesous
lemode duréférentiel normatif del’évolutionhistorique; (2)
laréaffirmationdelatranscendance dusujethistorique, dusujethumain,une
transcendancetendanciellement occultée dans le cadre delatyrannie
idéologique dupositivismequi impliqueprincipiellement l’évacuation
delaproblématique desfins ;(3) lerejetdetoute auto-finalisation
exclusiviste durationnel,qui nepeutavoirdesens qu’articulé à
l’homme, àréalisercommevaleur,n’endéplaise auxcritiquesencore
trop nombreuxdel’anthropocentrisme absolu; (4) le dépassementde
toutetechnoscientificisationclôturante etclôturée,lerègne des
moyens (latechnoscience) nepouvant s’auto-affirmercommerègne
desfins,niexcluretoutesautresformesderapportauréel porteuses
desens, dansuneperspective expérientielle et non
simplementexpérimentaliste; (5) l’émergenceurgente et nécessaire d’uneraison
nonarraisonnante, d’uneraison ouverte,plurielle,promotrice autantde
puissanceque d’humanité etd’authenticité.C’est la condition pour
que cemonde(unique/(en)uniforme) s’organise
«autrement».Commentun« autremonde »neserait-il pas possible, endépassementdes
dialectiquesdu«mondeouvert» delamondialisation quiconsacresa
propre clôture autraversdel’hypostase dulibéral ?

17

RAISON PLURIELLE
ET
HUMANISME DE L’AVENIR

Octobre 2006

I -POUR UNE CRITIQUE DE LA RAISON UNIQUE

A-L’urgence de laphilosophie

Y a-t-il meilleureurgence, à l’heure actuelle, que la
philosophie? Cetteinterrogation seprésente commeune antipositionà
l’idéologie dominantequiaffirmela désuétude,voirelamortdela
philosophie, dufaitdes prodigieuxdéveloppementsdes
technosciencesetdel’émergence assurée des sciencesdel’homme etdes sociétés.

Car, comment nepas reveniràuneréflexion sur l’être(et la
philosophiel’est), dont on nepeutescamoter laproblématique de
l’origine,ni même cellesdudéploiementetdela
destination,problématiques quenous ramenonsà celle,plusglobale, delapressiondu
sens ?Comment nepas reveniraussià cetteréflexion,connexe,sur
l’être del’homme,réflexion proprement ontologique
àpartirdelaquellelasubjectivité humaine estaffirmée comme absoludevaleur,
toutenacquérantun statutdevéritabletranscendance, encette heure
oùles menaces sur l’hominisation semultiplientet se constituent
comme hypothèquesaudevenir individueletaudevenir-ensemble(en
société etdes sociétés)etaussi,oùla finalisation potentiellement
inhumaine del’histoire devient laplusévidentemenacesur l’essence de
7
l’homme?

Comment nepas revenirà cetteréflexion sur la connaissance
(et laphilosophiel’est) qui,outrequ’elleprendraitacte del’extension
ininterrompue duchampdes technosciencesainsi que delapuissance
qu’elles induisent,réinterrogerait, àpartird’une
anticipationaxiologi8
que,l’impératif déontiquetraditionneldelatechnoscience ,àl’effet
9
deprévenir toutenégationdel’humain ?
Comment nepas revenirà cetteréflexion sur les
valeursauxquellesarrimer lavie, en rapportavec cettenécessité devivremieux,
cettenécessité delasagesse,(quiest philosophie),pour que

7
Parlerdes menaces qui pèsent sur l’hominisationet sur l’essence humainerenvoie
àlamise en lumière del’uniformisationducadre conceptueletducadre existentiel,
desautoritarismesetdes totalitarismes répressifs
(politiquesetéconomiques)divers…
8
Cet impératifinvite àuneréalisation indéfinie detout lepossibletechnologique.
9
Notammentàpartird’unemodification/manipulationdel’essence humaine.

21

Raison plurielle ethumanisme de l’avenir
l’affirmationdel’homme et laréalisationdesonauthenticité soienten
permanence àl’ordre dujour ?Comment nepas revenirà
cetteréflexion sur l’histoire et l’avenir(quiest philosophie),pour orienter
cettephénoménologie del’homme-valeuretaffectercommesensde
l’histoirel’hominisation maximale,intégrale?

On peut lire avec beaucoupd’intérêtces ligneséclairantesde
Jean-MarieBenoist: «Ilya
aujourd’hui[…]undevoirdelirelaphilosophie, enune époqueoùlaspécialisationdes prétendus savoirs ou
des pratiques, dernière écume d’un logosépuisépar sapropre histoire,
menacela culture et laliberté des textes.Al’heureoùl’enseignement
10
delaphilosophie esten passe d’êtresupprimé ,tombant sous les
coupsconjuguésdesauguresun peupromptsà endécréter lamort, et
des technocratesutilitaristes qui préparentdans lesuniversités la
cohortepassive des monotechniciensabrutis,ilesturgentderetrouver le
11
pouvoir libérateurdelaphilosophie.»S’ilfautdonc
enurgencephilosopher,s’ilest plusurgent quejamaisdephilosopher, c’estbien
parcequ’ilfaut inscrire cette existence dusujetet sa coexistence à
l’intérieurd’unesignificativité etd’une effectuationdont l’horizon
téléologique estbien laplénitude desaréalisation.Et, ce àpartir (ouà
l’aide)delaraisondont l’on peutdire, dupointdevue"attributif",
qu’elle est lepropre del’homme,qu’elle estcritère distinctif de
12
l’humanitéréelle.

B - Laraisonen question (s)

Il n’endemeurepas moins que cet outil qu’est laraison,
attributdel’homme,qui luiconfère dignité et statut,
exigesapropreinterrogation,sur tous les plans ; ilconvientdel’interroger, àpartirde ce
qu’ellepermet, de cequ’ellepromeut, de cequ’elleprovoque, de ce
qu’elle créeoudécrée.Interrogationurgente, àpartirdesatotalisation

10
Cen’est peut-êtrepas le cas, direct, actuellement,mais le discrédit resteintact, du
pointdevue del’idéologiescientiste dominante.
11
Benoist,J-M.,La tyrannie dulogos.Paris.EditionsdeMinuit,1975,p.19
12
Parlerdel’attributivité, dupropre de …renvoie à faire delaraison,unique et
originale,unattributessentieletexclusif del’être; pourautant la forme
analytique/instrumentale doit-elle êtreposée comme figureunique durationnel ?

22

Raison plurielle ethumanisme de l’avenir
13
technique/théorique et pratique ,àpartirdesonabsolutisationetdela
modification totalequ’elleinduitdenosviesetdumonde engénéral.
Et si l’on lit sous laplume deJean-MarieBenoist,une formule comme
la"tyrannie dulogos", celarenvoie à deuxidéesessentielles.

Lapremière, c’est l’annexion-occultation, àpartirduprincipe
d’identité, desfiguresdiversesduréel/delaraisonfonctionnantde
manière exclusive àpartirdel’identité, dutiers-exclu,
etdelanoncontradiction.Corrélative à cettepremièreidée essentielle,la
deuxième:l’articulationdela formalité, delanormativité etde
l’universalité,laraisoncirconscrivantl’horizon devalidité
dudiscours(àpartirdela distinction principielle duvraietdufaux)et
l’horizon de réalité et d’effectivité de ce qui est(àpartirde
l’exclusionduréel,outoutaumoinsduconnaissable, detoutcequi
14
nesatisfait pasauxconditionsformelles qu’imposelarationalité.)

Etc’estbienàpartirde cetteproblématique
attributivedéterminative,problématique elle-même fondatrice d’uneidéologie
anthropocentrique delaraison-propre-del’homme,quel’on perçoit
le caractèreessentialiste,fixiste etéternitairede cetteraison,source
d’une doubleradicalisation:laradicalisationdel’identité(dumême, à
l’exclusiondel’altérité)et laradicalisationdelapuissance,produitdu
même, del’identité(àl’exclusionde cequi,
commel’imaginaire,remetencause àla fois lemême et la figure duréel quepermetet
pro15
meut lapuissance).

Encoreque cetteidéologie delaraisoncomme faculté figée,
éternitaire,soitdésormaisbattue enbrèche, àun niveaudouble : celui,
premier, dela désarticulationdela formetechnoscientifique avec

13
C’estàsa clôture dans l’instrumentalisme et
l’opérativitéquenousfaisonsallusion ici.
14
On peut interpréter la distinction kantienne entrenoumène et phénomènesur
cette base, àsavoircelle delanon-expérimentalité dunoumèneouchose-en-soi.
Maisdel’inconnaissabilité(non scientificité)àl’évacuationdel’horizondetoute
réalité, celan’est-il pas indu?N’est-il pas mieuxdereveniràtitreprincipiel, àla
possibilité fondatrice del’intelligibleplatonicien ?
15
DominiqueJanicaudlemontre,parlantdelapuissancequepermet
latechnoscience :«C’estbien par lamédiationd’innombrables procédures
rationnelles,théoriques,techniques,pratiques,qu’elle assuresonemprisesur lemonde ».Lapuissance
durationnel.Paris.Gallimard. 1985. p.11.

23