Le coeur des yogas sutras

Le coeur des yogas sutras

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Français
304 pages

Description

Préface de Sa Sainteté le dalaï-lama

Si Patañjali a établi et structuré le système du yoga, ce livre est une restructuration des sūtra et des concepts des Pātañjali Sūtra afin d’éclairer les aspects cachés et les liens non apparents présents dans son texte. Les Yoga Sūtra sont le centre ou le cœur du sādhanā, et le chef-d’œuvre de Pātañjali doit être considéré comme un abrégé de tout l’héritage spirituel et littéraire de l’Inde classique.

À la lumière de son expérience et de la sagesse qu’il a acquises depuis sa jeunesse, B. K. S. Iyengar considère, dans cet ouvrage, les liens cachés dans le texte de Pātañjali afin d’en dévoiler l’essence du sens, c’est-à-dire le cœur des sūtra. Il s’agit donc à la fois de mieux comprendre la philosophie profonde des sūtra, les liens qui les unissent, et de saisir leur sens afin d’apprendre à les mettre en pratique. C’est d’ailleurs cette pratique, ininterrompue pendant quatre-vingts ans de sa vie, qui est le fondement à partir duquel Iyengar a réévalué son travail précédent sur les sūtra et réétudié l’œuvre de Pātañjali.

« Nous avons besoin d’un bon cœur, d’un mental discipliné et d’un corps en bonne santé. Nous ne nous transformerons pas simplement en faisant des vœux pieux, mais en travaillant dur pendant longtemps. La vitalité de B. K. S. Iyengar à 93 ans et son attitude envers ses élèves sont une source d’inspiration pour tous. »

Sa Sainteté le dalaï-lama, 4 août 2011


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Informations

Publié par
Date de parution 12 janvier 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782283030738
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Image couverture
B. K. S. IYENGAR
LE CŒUR DES YOGA SŪTRA
Le guide de référence sur la philosophie du Yoga
Préface de
SA SAINTETÉ LE DALAÏ-LAMA
Avant-propos de
MURLI MANOHAR JOSHI
Traduit de l’anglais par
CÉCILE DE LE RUE
Buchet/Chastel

Si Pātañjali a établi et structuré le système du yoga, ce livre est une restructuration des sūtra et des concepts des Pātañjali Sūtra afin d’éclairer les aspects cachés et les liens non apparents présents dans son texte. Les Yoga Sūtra sont le centre ou le cœur du sādhanā, et le chef-d’œuvre de Pātañjali doit être considéré comme un abrégé de tout l’héritage spirituel et littéraire de l’Inde classique.

À la lumière de son expérience et de la sagesse qu’il a acquises depuis sa jeunesse, B. K. S. Iyengar considère, dans cet ouvrage, les liens cachés dans le texte de Pātañjali afin d’en dévoiler l’essence du sens, c’est-à-dire le cœur des sūtra. Il s’agit donc à la fois de mieux comprendre la philosophie profonde des sūtra, les liens qui les unissent, et de saisir leur sens afin d’apprendre à les mettre en pratique. C’est d’ailleurs cette pratique, ininterrompue pendant quatre-vingts ans de sa vie, qui est le fondement à partir duquel Iyengar a réévalué son travail précédent sur les sūtra et réétudié l’œuvre de Pātañjali.

B. K. S. Iyengar est né dans le sud de l’Inde en 1918. Adolescent chétif, il est pris en charge par le mari de sa soeur qui dirige une école de yoga. Il se consacre depuis corps et âme à cette discipline. En 1952, Yehudi Menuhin devient son élève et le fait connaître dans le monde occidental où le yoga se met rapidement à rayonner.

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ISBN : 978-2-283-03073-8

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Ma mère en 1956

À mon père, Bellur Krishnamachar

Et, surtout, à ma mère, Seshamma.

Invocation
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yogena cittasya padena vācāṁ

malaśarīrasya ca vaidyakena/

yo’pākarot ta pravara munīnāṁ

patañjali prāñjalir ānato’smi

ābāhu puruṣākāraśakha-cakra-asi-dhāria

sahasra-śirasaśveta praamāmi patañjali//

 

Inclinons-nous devant le plus noble des sages, Patañjali, qui offrit le yoga pour la sérénité du mental, la grammaire pour la clarté des mots et la médecine pour la propreté du corps.

Prosternons-nous devant Patañjali, une incarnation d’Ādiśea couronné de mille têtes, dont le haut du corps possède forme humaine avec quatre mains, tenant une conque (śakha) et un disque (cakra) dans deux mains, l’épée de la connaissance (asi) dans la troisième, et bénissant les sādhaka du yoga de la quatrième.

Invocation du sage Vyāsa
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Yas tyaktvā rūpam ādya prabhavati jagato’nekadhā anugrahāya

Prakṣīṇa-kleśa-rāśir viama-viadharo’neka-vaktrāḥ subhogī//

Sarva-jñāna-prasūtir bhujaga-parikara prītaye yasya nitya/

Devo’hīṣa sa vo’vyāt sita-vimala-tanur yoga-do yoga-yukta//

 

Prosternons-nous devant le Seigneur Ādiśea, qui prit la forme de Patañjali afin de donner à l’humanité la parole, le travail et la sagesse justes.

Saluons Ādiśea aux innombrables têtes de serpent dont les bouches contiennent des poisons nocifs, qui descendit sous la forme de Patañjali, abandonnant les poisons pour éliminer l’ignorance et vaincre la tristesse.

Rendons hommage à ce dépositaire de la connaissance universelle, entouré de Sa suite.

Prions le Seigneur dont la forme primordiale brille d’une radieuse lumière pure et blanche, au corps immaculé, un maître du yoga qui nous confère Sa lumière de la sagesse yaugika afin de nous permettre de nous reposer dans la demeure de l’immortel Soi Universel.

Préface
Par Sa Sainteté le dalaï-lama

J’ai rencontré Śrī B. K. S. Iyengar et j’ai été impressionné par son érudition et sa compréhension de la relation entre le mental et le corps.

Au cours de notre entretien, il m’est apparu qu’il y a beaucoup de termes communs entre le yoga et le bouddhisme, même si leur connotation peut varier. Dans la tradition bouddhiste, par exemple, nous utilisons aussi le mot de yoga. Dans la tradition Vajrayana, en particulier, ce terme signifie l’utilisation de l’énergie physique dans la pratique méditative, reconnaissant ainsi les liens très complexes qui existent entre les mouvements du mental et ceux du corps. Elle explique que la purification et la canalisation de nos énergies physiques contribuent à dresser et à discipliner le mental. Nous croyons que nos actes (karma) et les émotions perturbatrices (klesha) qui les engendrent nous propulsent dans le cycle de la souffrance, mais qu’en réalisant la pureté naturelle du mental nous pouvons nous libérer entièrement de cette souffrance. C’est pourquoi le dressage et la discipline du mental sont si importants.

Toutes nos traditions religieuses et spirituelles croient en la bonté innée des êtres humains. Les différentes religions existent pour développer et renforcer cette qualité. Comme les êtres humains possèdent naturellement des dispositions mentales et des intérêts différents, il est inévitable que différentes traditions religieuses mettent l’accent sur des philosophies et des pratiques différentes. Cette diversité est en réalité une source de richesse. À cause de la variété phénoménale des dispositions intellectuelles et émotionnelles des êtres humains, nous avons besoin de différentes traditions et pratiques spirituelles pour répondre à ces besoins variés. Le plus important est la pratique dans la vie quotidienne qui permet de réaliser progressivement la valeur réelle de l’enseignement que nous suivons, quel qu’il soit.

Nous avons besoin d’un bon cœur, d’un mental discipliné et d’un corps en bonne santé. Nous ne nous transformerons pas simplement en faisant des vœux pieux, mais en travaillant dur pendant longtemps. La vitalité de B. K. S. Iyengar à quatre-vingt-treize ans et son attitude envers ses élèves sont une source d’inspiration pour tous.

Cet ouvrage présente la tradition du yoga tel qu’il a été enseigné par le grand maître indien Patañjali et interprété pour notre époque par un grand professeur contemporain. Puisse Śrī Iyengar continuer à vivre longtemps et en bonne santé.

 

Le 4 août 2011

Avant-propos

Le yoga est le plus merveilleux cadeau de l’Inde à l’humanité. C’est autant une philosophie qu’une science, tout en étant un art. Le yoga est l’exemple parfait de satyam, shivam et sundaram. Selon la tradition hindoue, le yoga est aussi ancien que la civilisation humaine. Les rishi védiques connaissaient depuis des temps immémoriaux le yoga, et le considéraient comme une révélation suprahumaine (un purueya). Le Pāñcarātra, un texte védique, affirme que le yoga, d’origine divine, date du début de la création. Cependant, le yoga n’est ni une foi ni une superstition ; c’est une matière avec une philosophie, une grammaire et un but bien définis, qui est l’exemple même de la spiritualité de l’Inde.

Les sages de l’Inde ont toujours considéré les Veda comme la source de ce que nous appelons aujourd’hui la tradition yogique. Le terme « yoga » se trouve dans le gveda, mais la connotation technique actuelle du yoga a fait un long chemin. En tant que discipline spirituelle, le terme « yoga » est apparu – probablement pour la première fois – dans la Taittīrya Upaniad, qui date du VIe siècle avant notre ère. Les découvertes archéologiques prouvent que le yoga était pratiqué en Inde pendant l’essor de la civilisation de la vallée de l’Indus (3300-1300 av. J.-C.). Des figurines en terre cuite, représentant desāsana, ont été trouvées dans les fouilles de Harappa et de Mohenjo-Daro. Une statuette en calcaire, représentant un prêtre de Mohenjo-Daro, est sans aucun doute dans une pose méditative (dhyāna). Ainsi, l’Inde connaît et pratique le yoga depuis plusieurs millénaires. Plusieurs érudits occidentaux ont essayé de remonter aux origines du yoga, mais presque aucun n’a dépassé le stade de la spéculation – principalement à cause de leur méconnaissance du sanscrit védique et aussi à cause de leur faible compréhension du contenu, du sens et de la sagesse de divers textes védiques. Cependant, des érudits comme Swami Dayananda Saraswati et Maharshi Aurobindo, et des maîtres du yoga comme Paramhansa Yogananda, ont parlé du contenu philosophique profond de la littérature védique et de l’ancienneté de la tradition du yoga. Un examen approfondi des textes jaïns et bouddhiques révèle que même ces traditions non védiques ont de fortes racines védiques et acceptent le yoga en tant que discipline pratiquée depuis l’Antiquité.

Le concept du yoga a considérablement évolué depuis le gveda jusqu’aux Ahirbudhnya Sahita et Taittīrya Upaniad. La Sahita définit le yoga comme l’union entre l’âme individuelle et l’Âme Universelle ou cosmique. Elle décrit un sayoga yoga, à forte prédominance spirituelle. Cette définition est déficiente, car elle ne tient pas compte des autres aspects de la personnalité humaine et considère que le jīvātman (l’âme individuelle) doit être complètement dévouée au paramātman (Dieu, l’âme suprême). Tout élève sérieux souhaitant étudier l’évolution du yoga, d’un simple concept mentionné dans les Veda à une discipline pleinement développée telle que la présente Patañjali, trouvera qu’un tel exercice est loin d’être aisé. Cependant, aucune science ou discipline, et en particulier le yoga, ne peut atteindre la perfection en un court laps de temps. Beaucoup de recherches et d’expériences ont dû être faites pour construire sa base et ses théories philosophiques, ainsi que sa méthodologie. Comme dans le domaine scientifique, des théories sont développées et des expériences faites, dont les résultats permettent de raffiner davantage les théories. Ainsi, les sages d’autrefois ont dû entreprendre une expérimentation rigoureuse pour affiner le yoga en tant que système.

On peut remarquer que les Veda ne mentionnent pas de postures de yoga, ou āsana, particulières, et que Patañjali n’en décrit pas non plus dans les Yoga Sūtra écrits quelques millénaires plus tard. Les nombreuses postures qui existent de nos jours doivent résulter d’innovations des sages qui pratiquaient et expérimentaient certainement avec l’intention de perfectionner le système du yoga. L’état actuel du système du yoga est le résultat du tapasya exercé par les sages d’autrefois au cours des millénaires.

Le Dr B. K. S. Iyengar est lui-même un brillant exemple de ce tapasya. Il fut initié au yoga à quinze ans, par un grand érudit et maître de yoga. Depuis environ huit décennies, il enseigne, pratique et décortique les secrets du yoga. Toute sa vie est celle d’un sādhaka complètement dévoué au yoga, ce qui l’a transformé sur les plans physique, psychologique, intellectuel et spirituel. Il est intéressant de noter que le yogacharya Iyengar n’a pas initialement reçu un enseignement sur la littérature philosophique classique du yoga, mais, comme il l’a dit lui-même, son observation intense des réflexes profonds déboucha progressivement sur une compréhension intuitive du sujet. Il explique : « Dans ma pratique j’ai oint mon corps et mon mental d’une connaissance qui imprégna toutes les couches du soi, me permettant d’être conscient de ma propre présence, et éveillant une conscience dans mes tendons, mes fibres, mes muscles, mes articulations, mes nerfs et mes cellules. »

Il est aisé de comprendre que la floraison de l’arbre du yoga à partir de la petite graine dans le gveda est le résultat d’expériences personnelles répétées et partagées par les sages pendant une longue période de temps. En étudiant les divers commentaires des Yoga Sūtra ainsi que d’autres textes s’y rattachant, le Dr Iyengar s’aperçut que la plupart présentaient des contradictions et étaient influencés par une école philosophique particulière. Ses propres expériences ne correspondaient pas à ce qui était indiqué dans ces textes. De plus, les commentaires ne proposaient aucune méthode d’adaptation pratique satisfaisante. Ayant compris les limites de la littérature actuelle sur le yoga, le Dr Iyengar décida de faire une étude comparative et critique des Yoga Sūtra avec le Hahayoga Pradīpikā, la Śrīmad Bhagavad Gītā et les Upaniad.

Ne se contentant pas d’une connaissance purement théorique du yoga, le Dr Iyengar rechercha aussi l’expérience pratique. Selon ses propres dires, « Dans ma sādhanā, mon corps, mon mental, mon intelligence et ma conscience devinrent un laboratoire d’expérimentation. Je tentai de faire une étude comparative et analytique des Sūtra et du Hahayoga Pradīpikā, de la Bhagavad Gītā et des Upaniad du yoga. Cela m’aida à comprendre progressivement l’essence des Yoga Sūtra de Patañjali ». Lumière sur le Yoga fut publié en 1966 et Lumière sur les Yoga Sūtra de Patañjali en 1993, mais le chercheur infatigable qu’est le Dr Iyengar ne s’arrêta pas là. Même à l’âge bien avancé de quatre-vingt-treize ans 1, il continue sa quête pour une compréhension plus profonde et plus complète des Yoga Sūtra de Patañjali.

Dans les deux décennies écoulées depuis la publication de Lumière sur les Yoga Sūtra de Patañjali, le Dr Iyengar a véçu dans sa sādhanā une transformation complète de son être. En yogi authentique, il fait l’expérience de son soi se dilatant et fusionnant avec l’immensité. Il témoigne : « Ainsi, grâce à ma pratique, je percevais le lien étroit entre mon être et les Yoga Sūtra, et je commençais à ressentir leurs valeurs se refléter directement dans ma sādhanā. »

Ces expériences permirent au Dr Iyengar d’avoir une meilleure compréhension des Yoga Sūtra et l’incitèrent à revoir ses premières œuvres avec un nouveau regard sur le texte de Patañjali. Le présent ouvrage, Le Cœur des Yoga Sūtra, est fondé sur les expériences yogiques du grand sādhaka yogacharya Dr B. K. S. Iyengar, et donne un nouvel éclairage sur le cœur des Sūtra. Il éclaircit les aspects essentiels cachés des Sūtra de Pātañjali et permet une meilleure compréhension de la discipline du yoga. L’importance de ce travail majeur repose sur le fait qu’il résulte des expériences yogiques personnelles de l’auteur et de sa compréhension des liens entre les Yoga Sūtra pendant la sādhanā, et qu’il est le fruit d’un mental supérieurement éclairé ainsi que d’une âme tout aussi évoluée.

Le Dr Iyengar insiste sur le fait que la sādhanā du yoga transforme le sādhaka d’un état naturel (prakta) ou non raffiné vers un état raffiné (saskta). En général, les êtres demeurent dans un état où ils répondent instinctivement aux forces de la nature (prakti) et sont gouvernés par la loi du karma ; la sādhanā du yoga nous mène à agir selon la loi du dharma. Cette transformation ne vient pas de forces extérieures, mais en puisant de l’intérieur ce qui s’y trouve déjà. Comme un vrai maître illumine l’esprit de son élève et lui fait comprendre que la connaissance ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur, le guru permet au sādhaka de réaliser qu’il doit apprendre de l’intérieur. Trouver le moyen d’y arriver nécessite une compréhension très claire de la philosophie et des aspects pratiques du yoga. Dans cet ouvrage, le Dr Iyengar explique en un langage très clair et très simple comment les Sūtra de Pātañjali peuvent faciliter cet apprentissage de l’intérieur et permettre au sādhaka d’atteindre l’union avec le Soi – autrement dit, l’état dans lequel la différence entre le témoin et l’objet perçu disparaît.

L’auteur a déjà proposé une interprétation des Yoga Sūtra parfaitement logique, concise et facilement compréhensible même par des personnes qui ne connaissent pas les textes classiques du yoga et les commentaires succincts des Yoga Sūtra. Dans ce nouvel ouvrage, les interconnexions et les liens dans les Yoga Sūtra sont présentés pour rendre facilement intelligible leur sens caché. L’auteur a découvert et fait l’expérience de ces interconnexions et de ces liens pendant sa propre sādhanā, et ceux-ci motiveront un sādhaka pour mieux les comprendre et les explorer. Tel un véritable chercheur, le Dr Iyengar ne prétend pas que ce travail représente le dernier mot sur l’interprétation des Yoga Sūtra, mais il espère plutôt que ces efforts (anusādhana) pour affiner davantage la décodification et la recodification des Sūtra seront poursuivis.

Le Cœur des Yoga Sūtra comprend deux parties. Dans la première partie, les aphorismes sont traduits en tenant compte des expériences personnelles de l’auteur et des commentaires existant. La seconde partie de ce traité propose une présentation personnelle des Sūtra par l’auteur ainsi qu’une comparaison avec d’autres textes et son interprétation de divers concepts qui sont généralement difficiles à comprendre. Le Dr Iyengar soutient que chacun des quatre chapitres des Yoga Sūtra représente les quatreāśrama et les quatre purua artha (buts de la vie). Les parallèles établis entre les quatre vara, les quatre āśrama, les quatre purua artha et les quatre chapitres (pāda) des Pātañjala Yoga Sūtra sont un aspect particulier de ce traité. C’est peut-être la toute première fois que l’on tente d’établir une corrélation entre la structure sociale du yoga et son cadre spirituel.

Il faut reconnaître que la pratique du yoga a généralement été considérée comme très intérieure et complètement dissociée de l’extérieur. Cette pratique, ou sādhanā, est un effort individuel, alors que les vara, les āśrama (brahmacarya, ghastha, vānaprastha et sanyāsa) et les purua artha (dharma, artha, kāma et moka) sont liés aux systèmes et aux structures sociaux. Le Dr Iyengar soutient que le jivātman (individuel) peut fusionner avec le paramātman par la préparation du corps, du mental, de l’intellect et de l’âme, comme le proposent les Yoga Sūtra, mais que le processus nécessite aussi une structure sociale pour faciliter un tel cheminement. Cependant, il explique égalemment de manière claire que les vara (brāhmaa, katriya, vaiśya et śūdra) sont en voie de disparition, et que seuls les āśrama et les purua artha gardent de l’importance de nos jours.

Le Dr Iyengar ne propose nullement de garder des structures sociales périmées. Il suggère simplement que le cheminement spirituel d’un individu est facilité si l’environnement social s’y prête. En d’autres termes, une symbiose entre un sādhaka du yoga et son environnement est souhaitable. Le yogi n’est pas aliéné de la société ou du monde matériel, mais les considère plutôt comme des outils nécessaires pour se préparer à se libérer de l’esclavage. En fait, le corps est le support du contenu mental.

Le concept du contenu mental déconcerte la plupart des savants modernes ayant reçu une formation fondée sur une vision du monde réductionniste ou mécanique. Cependant, le Dr Iyengar traite le sujet avec beaucoup de bonheur. Depuis l’état naturel du contenu mental, dont il décrit les caractéristiques et la transformation, l’auteur met en évidence sa transformation par le yoga. Le mental doit jouer plusieurs rôles en tant que lien entre les dix organes des sens (indriya), l’intelligence et le contenu mental. Le Dr Iyengar poursuit en décrivant les trente-cinq facettes du mental, qui lui permettent de fonctionner dans différents rôles. En commençant par le mental biologique, puis le mental temporel, avant d’atteindre finalement l’étape du mental yogique ou divin, la liste inclut aussi les mentaux confus, errant, divisé et attentif. Si le mental, l’agent de liaison entre l’intelligence et le contenu mental, devient multiple, alors le citta (le contenu mental) devient également multiple.

Le Dr Iyengar souligne encore le fait que buddhi manas et vijñāna manas sont deux moyens d’analyse extrêmement délicats, dont un sādhaka doit constamment se servir pour évaluer son évolution et échapper aux pièges sur le chemin du yoga. Lorsque le mental est contrôlé et cesse de fluctuer et que les pratiques yogiques purifient les organes des sens, le mental atteint le niveau du mental divin ou yogique. Alors le citta cesse aussi de fluctuer et devient un instrument apte à expérimenter la vision de purua (ātma darśana).

Le Dr Iyengar définit le terme « kūṭastha citta » comme étant la conscience absolue. C’est le témoin-Je (aha-ākāra ou « Je suis ») et le terme « pariṇāma citta », l’état dans lequel le contenu mental fluctue à cause des vacillations du mental, représente l’ego. Pour avoir une vision claire du « Je », le pariṇāma citta doit être discipliné. Le Dr Iyengar démontre que ce processus de restriction du mental peut être compris par l’exécution correcte du prāṇāyāma.

En examinant de manière plus approfondie les āsana, le Dr Iyengar explique le véritable sens de « sthiram sukham āsanam ». Il affirme que les āsana sont exécutés dans un état où les membres du corps sont guidés par le citta, mais qu’ensuite le sādhaka doit s’efforcer d’aligner le pariṇāma citta avec le kūṭastha citta. Le sādhaka fait seulement l’expérience de sthiram sukham āsanam lorsque cet alignement se produit. Il n’y a plus d’obstacles, plus d’afflictions, plus de fluctuations du mental, et une harmonie complète s’installe entre le corps, l’intelligence et le contenu mental. Dans cet état, un flot uniforme d’intelligence se répand dans tout le corps, le pariṇāma citta est stable, et le miroir est assez clair pour refléter la vraie image du Je (purua). Les secrets des Yoga Sūtra sont clairement exposés dans ce traité, et il faut reconnaître que le Dr Iyengar a sans doute atteint l’état où son contenu mental a pratiquement expérimenté la conscience cosmique, pendant lequel le véritable sens du yoga et des Yoga Sūtra lui fut révélé. Je salue très respectueusement ce grand sādhaka yogirāj pour son exposé brillant et révolutionnaire d’un sujet très difficile.

Il serait intéressant de comparer les expériences du Dr Iyengar avec celles des penseurs occidentaux. Pendant la dernière décennie, beaucoup de livres sur l’approche occidentale de l’expérience transcendantale ont été publiés. La tendance actuelle est de classer les expériences yogiques dans la catégorie des phénomènes mystiques. Les auteurs de Pourquoi « Dieu » ne disparaîtra pas soutiennent que les conclusions des mystiques sont claires : Dieu (la Réalité Ultime) est inconnaissable par nature. Il n’est ni un fait objectif ni un être réel : Il est, en fait, l’être soi-même, absolu, indifférencié et unique qui est la base de toute existence. Lorsque nous comprenons cette vérité, selon les mystiques, toutes les religions nous relient à cette puissance divine profonde. Si nous ne le comprenons pas et que nous nous accrochons aux images réconfortantes d’un Dieu personnel et connaissable – un Dieu qui existe entièrement à l’écart du reste de la création comme un être individuel et séparé –, nous diminuons la réalité ultime de Dieu et réduisons Sa divinité au statut d’une petite « idole sourde ».

Les mystiques affirment également que la vraie nature de Dieu ne peut être connue que par une rencontre mystique directe. Dans son livre, The Essentials of Mysticism, Evelyn Underhill explique que « le mysticisme, dans sa forme pure, est la science de l’ultime, la science de l’union avec l’Absolu et rien d’autre [et que] le mystique est celui qui atteint cette union, pas celui qui en parle. […] La marque du véritable initié n’est pas de savoir mais d’Être ».

Le Dr Béatrice Bruteau soutient, dans la préface de The Mystic Heart de Wayne Teasdale, que le mysticisme offrira peut-être au monde son dernier meilleur espoir pour un avenir plus heureux, en nous aidant à surmonter l’avidité, la méfiance et les peurs autoprotectrices qui sont à l’origine de tant de siècles de souffrance et de conflits : « Considérez que la domination, l’avidité, la cruauté, la violence et tous nos autres maux proviennent d’un sentiment d’insuffisance et d’insécurité. »

Selon Bruteau, le mysticisme nous permet de transcender ces peurs égotistes. La conscience de l’intégrité mystique nous prouve que nous ne sommes pas aussi fondamentalement aliénés les uns les autres et que, en fait, nous avons tout ce qu’il faut pour être heureux. Lorsque l’appréciation de cette unité mystique apparaît, Bruteau dit que « nos motivations, nos sentiments, nos actes s’orientent du repli, de la suspicion, du rejet, de l’hostilité et de la domination vers l’ouverture, la confiance, la convivialité, la solidarité et la communion ».

« Cette unité – cette libération de l’aliénation et de l’insécurité – est la fondation certaine pour un monde meilleur, dit-elle. Cela signifie que nous essayerons de nous entraider plutôt que de nous nuire mutuellement. » Cette unité nous mène vers un état d’unification avec ceux que nous prenions jusqu’alors pour « les autres ».

Le pouvoir de transformation de ces états unitaires fait du mysticisme notre espoir le plus pratique et le plus efficace pour améliorer le comportement humain, croit-elle. « Si nous pouvions organiser l’énergie depuis l’intérieur, si nous aidions nos compagnons et contribuions à leur bien-être, nous souffririons beaucoup moins. Le mysticisme réorganise l’énergie depuis l’intérieur. » Des générations passeront avant que la société humaine ne soit prête à accepter des idées aussi révolutionnaires, mais il est intéressant de savoir que si un tel moment arrive, le cerveau sera prêt, car il possède l’équipement nécessaire pour réaliser ces idéaux.

Andrew Newberg et Eugene d’Aquili, deux neurologues, répondent, dans leur traité brillamment documenté, Pourquoi « Dieu » ne disparaîtra pas, à l’interrogation sur la nostalgie constante des humains d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes et sur les raisons pour lesquelles notre contenu mental nous implique inévitablement dans des quêtes spirituelles. L’explication est simple et scientifiquement précise : la pulsion religieuse est enracinée dans la biologie du cerveau. Leurs expériences démontrent que la contemplation spirituelle intensément focalisée déclenche un changement dans l’activité cérébrale, qui nous fait percevoir les expériences religieuses comme étant solides et réelles. Leur conclusion inévitable est que Dieu est programmé dans le cerveau humain. Les auteurs soutiennent aussi que si un Être absolu unitaire existe, alors Dieu – sous toutes les formes que les humains lui ont données pour le connaître – ne peut être qu’une métaphore. Mais les métaphores ont un sens, elles indiquent une direction. Ce qui donne à la métaphore de Dieu son sens durable est qu’elle s’enracine dans une expérience qui est perçue comme étant inconditionnellement réelle.

Newberg et d’Aquili concluent en observant :