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Le Dernier-Marx : critique radicale de la valeur travail

De
240 pages
La théorie marxiste a inspiré un immense mouvement social, qui a ponctué de ses luttes et révolutions plus d'un siècle d'histoire. Mais depuis une trentaine d'années, plus grand monde, au sein du marxisme, ne croit au message d'une histoire déterministe. Faute d'avoir saisi la réalité du capital, le mouvement ouvrier s'est trompé d'histoire et a pris les vessies du capital pour des lanternes de l'histoire. Cet ouvrage aide à la relecture du "Capital" où un Dernier-Marx émerge pour avoir saisi cette inversion.
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Philippe Bayer
LE DERNIER-MARX : CRITIQUE RADICALE DE LAVALEUR TRAVAIL
Matériaux pour une refondation du marxisme
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Le Dernier-Marx : critique radicale de la valeur travail Matériaux pour une refondation du marxisme
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Michel FATTAL,Paul de Tarse et lelogos, 2014. Miklos VETO,Gabriel Marcel. Les grands thèmes de sa philosophie, 2014. Miguel ESPINOZA,Repenser le naturalisme, 2014. NDZIMBA GANYANAD,Essai sur la détermination et les implications philosophiques du concept de « Liberté humaine », 2014. Auguste Nsonsissa et Michel Wilfrid Nzaba,Réflexions épistémologiques sur la crisologie, 2014. Pierre BANGE,La Philosophie du langage de Wilhelm von Humboldt (1767-1835), 2014. Marc DURAND,Médée l’ambigüe, 2014. Sous la direction d’Aline CAILLET et Christophe GENIN,Genre, sexe et égalité,2014. Benoît QUINQUIS,L’Antiquité chez Albert Camus, 2014.Catherine MONNET,La reconnaissance. Clé de l’identité, 2014. Jean PIWNICA,L’histoire : écriture de la mémoire,2014. Jacques ARON,Theodor Lessing, Le philosophe assassiné,2014. Naceur KHEMIRI & Djamel BENKRID,Les enjeux mimétiques de la vérité. Badiou « ou /et » Derrida ?,2014. Pascal GAUDET,Philosophie et existence, 2014. Pascal GAUDET,Penser la politique avec Kant, 2014. Pascal GAUDET,Penser la liberté et le temps avec Kant, 2014. Aklesso ADJI,Ethique, politique et philosophie, 2014. Christian MIQUEL,Apologie de l’instant et de la docte ignorance, 2014.Paul-Emmanuel STRADDA,L’Être et l’Unité, 2 volumes, 2014. Carlo TAMAGNONE,La philosophie et la théologie philosophale, 2014.Jacques POLLAK-LEDERER,L’Ontologie écartelée de Georges Lukács, 2014.
Philippe BAYERLEDERNIER-MARX:CRITIQUE RADICALE DE LA VALEUR TRAVAIL Matériaux pour une refondation du marxisme
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02758-6 EAN : 9782343027586
Introduction
1) Cela avait commencé par une révélation : « Il ne s'agit pas de savoir quel but tel ou tel prolétaire, ou même le prolétariat tout entier, se représente, momentanément. Il s'agit de savoirce que leprolétariatestce qu'il sera et obligé historiquement de faire, conformément à cetêtre. Son but et son action historique lui sont tracés, de manière tangible et irrévocable » (SF, p. 48). Une révélation donc qui précédait une annonce: «A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants (…). Alors s'ouvre une époque de révolution sociale. (…). Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme antagonique du processus de production sociale » (Préface de 1859, CEP, p. 3).
a) Cette annonce de l'histoire par elle-même eut un écho en octobre 1917, et d'autres, annonciateurs, comme en juin 1936. Cependant, elle montrait déjà des signes d'essoufflement pour multiplier les retards. En 1929, on l'attendait, mais elle ne fut pas au rendez-vous. En Europe, ce sont d'affreux personnages qui la doublèrent dans l'horreur. Le doute commença à s'insinuer quant à sa fiabilité : le communisme devait-il attendre plus que l'immonde en termes de contradictions réelles pour s'affirmer comme le recours inscrit, alors même que Marx, de son vivant, annonçait la révolution à chaque crise économique ? Toujours est-il qu'elle se réveilla pour engager une marche triomphante. Elle parla encore à travers son fier sujet des Trente Glorieuseset ses alliés éloignés, de Chine notamment. Elle marchait, peut-être pas comme elle s'annonçait, mais elle marchait tout de même En fait la croyance en l'annonce resta forte. La victoire de 1945 n'avait-elle pas été celle de la «patrie du socialisme» ?Et pour les «apatrides »,la croyance s'entretint en construisant les concepts circonstanciés pour sa pérennité. Parmi ceux-ci, la trahison des sociaux-démocrates et des staliniens, car si l'histoire était en retard, ce ne pouvait être que du fait de cette trahison, sans s'interroger sur le fait de savoir si cette « trahison » n'avait pas à voir avec l'histoire elle-même. Le fascisme, défini comme alliance de la petite bourgeoisie et du capital, avait l'intérêt de préserver le sujet de l'histoire. Ce n'est que récemment qu'il a bien fallu reconnaître que ce sujet n'avait pas la clarté du concept. Et ces concepts se sont déclinés en d'autres, souvent plus circonstanciés.
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De toute évidence la taupe devait creuser toujours plus profond. Mais à quand la couche de granite ? C'est dans les années quatre-vingt-dix qu'elle fut atteinte, bien après les annonces intellectuelles sur la « crise du marxiste ».
b) Mais déjà les signes étaient là. Lorsqu'on commence à mesurer le niveau de la lutte des classes par le baromètre annuel des heures de grèves, on commence à s'inscrire dans une réelle crise. La mesure quantitative du moteur de l'histoire réduit à une unité sans épaisseur qualitative particulière manifestait un vide intellectuel accroché aux lampions d'un carnaval où le déguisement laissait encore à croire. On s'accrochait désespérément à la corde, sans voir le nœud coulant qui la terminait. Ainsi de la Glasnost à l'effondrement du mur de Berlin, certains indécrottables voyaient déjà descendre les ramoneurs du haut des toits de Prague, pour se lancer à l'assaut des « Palais d'Hivers ». Et on applaudit à la chute du mur, et quasiment de même à l'effondrement du PCF, et ce dans la mesure où la croyance religieuse en l'histoire remplissait déjà le vide abyssal qu'ils laissaient. Ce rapide bilan paraîtra exagérément noir, surtout à ceux avares de bilans pour préférer les perspectives. Or, il faut ce bilan pour tenter de retrouver des perspectives, de réelles perspectives qui ne soient pas de pures litanies religieuses.
2) Qu'est-ce qui a rendu possible ces « prédictions », et tout autant leur échec. Tout d'abord Marx est de son temps, et il n'échappe pas aux idéologies qui le traversent. Ce sont les idéologies du progrès et de son scientisme en pleines gestations avec les «promesses »de la révolution industrielle, que Marx récupère pour en faire les éléments d'une philosophie de l'histoire porteuse de la libération du genre humain. C'est par l'intermédiaire de Marx qu'on les a appris pour devenir les croyants de leur religion. Mais une fois intégrés ces éléments de foi, encore faut-il les mettre en œuvre.
— La question qui se pose alors est celle de ce matérialisme affiché mais tout autant croyant. Car la croyance en l'histoire du progrès et de la science s'est fabriquée un univers propre avec ses perspectives, mais bien peu de bilans comme toute croyance aveugle. D'où vient ce «matérialisme »,qui se comporte comme un idéalisme ? La réponse nous semble être qu'il s'agit d'une auto-affirmation qui ne rompt pas avec l'idéalisme, pour procéder d'une simple inversion. Quand l'idéalisme dit la primauté de la pensée sur l'être matériel, et qu'on vient affirmer le contraire, non seulement on garde les termes, et on affirme par exemple que le progrès n'est pas une idéologie pour appartenir à la matérialité de l'histoire, mais qui plus est, on ne se pose pas trop de questions sur le statut de cette pensée qui vient inverser, quand on l'affirme comme reflet de cette matérialité de l'histoire. Cette pensée qui s'affirme reflet semble fortement relever d'une « révélation ».
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De ce point de vue, dans le moment de sa naissance, le «matérialisme historique » ne cache pas trop cette filiation. « C'est en premier lieu latâche de la philosophie, qui est au service de l'histoire (…) de démasquer l'auto-aliénation dans ses formes non sacrées » (Introduction à CDPH, p.198). Et pour cela, elle «trouve dans le prolétariat sesarmes matérielles, comme le prolétariat trouve dans la philosophie ses armesintellectuelles(…). La tête de cette émancipation est laphilosophie, soncœurleprolétariat »(id.p. 212). Dans ce duo, où chacun tend la main à l'autre, avec toutefois une primauté non cachée de la philosophie, il y a toute la place nécessaire à la promesse prophétique d'une parousie.
— La pensée du début de la religion est aussi celle de sa pérennisation. Or, une telle pensée est une pensée objective qui, regardant de haut le monde, peut se croire autorisée à légiférer sur lui. Cependant, il ne faut pas en rester à un héritage hégélien, la philosophie de l'histoire, où la pensée objective s'oppose trop évidemment à la pensée subjective. La critique de l'objectivisme ne doit pas se limiter à cette évidence première. Nous appelons pensée objective, toute pensée qui, prétendant partir d'elle-même, se donne un objet à penser, sanctuarisant cette extériorité pour se revendiquer de la distance comme gage de sa connaissance. C'est de cette extériorité que se revendique le « matérialisme » de la croyance, et en cela il n'échappe pas à l'idéalisme, qu'il soit objectif ou subjectif. C'est cette pensée qui, en son extériorité, se fait pensée connaissante capable de prophéties, tout en pratiquant le même langage que l'objet extérieur critiqué. Le discours qui répond négativement à celui positif, derrière une apparente radicalité, n'en épouse pas moins un même langage. Le problème du point de vue de connaissance, c'est que, par l'extériorité, il présuppose la vérité de l'objet à connaître, sans poser la question de son point de vue. On dira que Marx a justement posé la question, mais c'est pour la renvoyer à un point de vue historique, alors que l'histoire ne change pas le rapport de connaissance à l'objet, ne recherchant qu'une adéquation.
3) Force est de constater que l'histoire a parlé, et qu'elle a parlé un langage qui est plus celui de l'objet critiqué, le capital, que celui dont semblait pouvoir se prévaloir Marx. Ainsi se pose la question de savoir si l'histoire contemporaine n'a pas participé à une réalisation de la logique du capital, c'est-à-dire si ce n'est pas en fait une dialectique du capital qui s'est réalisé, alors même que l'on croyait pouvoir y lire celle de l'histoire avec sa substance-sujet, la classe ouvrière. De pronostics en pronostics sur la fin inéluctable et prochaine du mode de production capitaliste (MPC), sur ses contradictions insurmontables, et on a l'impression qu'il n'a cessé d'avancer et, qu'à contrario, c'est nous qui n'avons cessé de reculer. S'il en est ainsi, c'est soit que l'esprit du capitalisme est inscrit dans l'histoire à la manière de l'esprit hégélien, c'est-à-dire qu'il est
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