Le Gai savoir
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Le Gai savoir

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Description

« De quoi va-t-on me parler en cours de philosophie l’an prochain? Peut-on savoir simplement en quoi consistent les problèmes philosophiques, sans entrer dans la complexité des arguments permettant de les résoudre? Qui étaient des gens comme Aristote, Spinoza ou Hegel ? Comment pourrai-je retenir tout ce que mon professeur de philosophie m’a enseigné, pour l’utiliser le jour fatidique de l’épreuve du baccalauréat ? Un professeur expérimenté a voulu ici condenser son enseignement dans quelques « esquisses », dont il est facile de se souvenir grâce à leur rythme poétique. Il espère ainsi initier le lecteur à la philosophie, sinon sans peine, du moins avec plaisir. C’est certes une gageure de faire tenir de vastes débats en peu de mots, et il ne s’agit justement que d’un aide-mémoire pour rappeler des questions, ou des textes, qu’on peut étudier par ailleurs. L’approche de chaque philosophe et de chaque notion, d’abord énigmatique, suscite la curiosité, voire l’embarras. Elle fait ensuite l’objet d’explications simples mais précises, tantôt succinctes, tantôt plus approfondies selon la difficulté du sujet. À ces explications se joignent les références des grands textes classiques, qu’on peut trouver dans toutes les bibliothèques, si l’on veut poursuivre la réflexion. Enfin, l’auteur a été encouragé à se réclamer des troubadours et de leur « gai savoir » par la distinction reçue dans un concours de poésie de la Ville de Marseille pour la première version de cet ouvrage. »


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Informations

Publié par
Date de parution 21 décembre 2017
Nombre de lectures 8
EAN13 9791097108281
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Jean Cachia
Le Gai savoir
Quarante esquisses pour découvrir les philosophes et la philosophie
OUVRAGESDUMÊMEAUTEUR
Aristote,Éthique à Nicomaque, livre V, ch. 1 à 10, [La justice], traduction nouvelle et commentaire par Jean Cachia, collection Philo-textes dirigée par Jean-Pierre Zarader, Paris, Ellipses, 1998
A ri s to te ,Métaphysique, livre IV, [Les fondements de la science], traduction nouvelle et commentaire par Jean Cachia, collection Philo-textes dirigée par Jean-Pierre Zarader, Paris, Ellipses, 1999
Le Créateur de l’univers, Paris, François-Xavier de Guibert, 2006. Ouvrage primé par l’Académie de Marseille
Vivre selon la raison, Chouzé-sur-Loire, Saint-Léger éditions, 2015
Chez le même éditeur
Jean-Luc Berlet Si la vérité était femme, l’échec sublime de Nietzsche
Jean-Luc Berlet L’amour chez les philosophes
©Les Acteurs du Savoir, 2017. Tous droits réservés.
Au lecteur
Ô toi dont tous les vœux poursuivent la sagesse, Et dont le cœur, tourné vers le bien, vers le beau,
Brûle de discerner le vrai d’avec le faux,
Tu dois de nos auteurs te repaître sans cesse,
En extraire l’essence, et puisque tu caresses
L’idée de t’élever toi-même un peu plus haut,
Savoir analyser les questions comme il faut
Et même les résoudre sans que l’on t’en presse.
Et c’est pourquoi, voulant alléger tes tourments,
Réduire l’essentiel de mon enseignement
En des vers qu’aisément retiendra ta mémoire,
J’écrivis ces sonnets. Ce que j’y condensai,
Il le faut démontrer ou réfuter, non croire :
Car ces poèmes veulent t’apprendre à penser.
– Au lecteur ?
Ceux à qui ce titre ne rappellerait rien feraient bien de relire le poème initial d e sFleurs du Mal.y dénonce le péché qui hante le cœur Baudelaire humain. Si la plupart des hommes réussissent à éviter le crime, moins par leur vertu que par leur médiocrité, tous sont victi mes du pire de tous ces monstres qui détruisent nos âmes de l’intérieur : l ’Ennui. C’est lui, à en croire le poète, qui conduisit les anciens Amérindi ens à agrémenter de l’usage du tabac leurs rites anthropophagiques, comme les révolutionnaires des temps modernes à inventer le meurtre de masse.
Le poème qu’on lit ici veut plus modestement rappel er que l’élève du professeur de philosophie n’est pas là pour boire l’idéologie officielle, mais pour découvrir le vrai, le bien et le beau, et cela à travers l’étude des anciens philosophes qui nous ont précédés dans cette recherche. Celle-ci ne dispense pas, mais au contraire permet, de répondre aux questions que l’institution pose sous la forme traditionnelle des sujets de dissertation.
Il précise encore que, dans cet ouvrage, la versification française classique est utilisée notamment pour son extraordinaire pouvoir mnémotechnique. Ce qui veut dire que ces poèmes sont conçus pour être appris par cœur. On y sera aidé par l’ordre régulier des rimes, qui n’est violé que dans un seul cas nous laisserons au lecteur le soin de le découvrir par lui-même…
C’est dire que le présent aide-mémoire ne prétend pas remplacer l’étude des notions du programme, mais seulement aider à se souvenir de ce qu’on a préalablement étudié. En effet, la faible étendue du discours ne permet pas de justifier les affirmations, comme l’exige la recherche du vrai selon la méthode philosophique. Et, de ce point de vue, il faut donc considérer ce livre comme un ensemble de problèmes plutôt que de solutions. Celles-ci ne peuvent être que suggérées, et il revient au lecteur de les contester (c’est-à-dire de poser les problèmes), puis de les démontrer ou de les réfuter, s’il le peut. L’aide d’un professeur, et celle des grands philosophes, lui facilitera la tâche.
Les réponses aux grands problèmes de la philosophie seront donc souvent suggérées de façon énigmatique. Or, dans la mesure où l’on veut utiliser l’énigme comme procédé pédagogique, on pourrait laisser au professeur le soin de donner les solutions de ces énigmes aux élèves, lorsque ceux-ci ne
réussissent pas à les trouver par eux-mêmes. On a toutefois jugé bon, pour ceux qui n’ont pas de professeur, d’ajouter ces not es contenant des précisions et des références, restées implicites da ns les poèmes. Elles s’adressent en principe à un élève de classe terminale, espérons que les autres lecteurs n’en seront pas gênés. Elles veulen t ouvrir des horizons, 1 suggérer une réflexion, une question, quelques lect ures , lui faire, non connaître, mais entrevoir, ce monde inconnu de lui qu’est la philosophie.
Il est sûr que, comme le dit Platon, un livre ne répond pas aux questions, il 2 est désespérément muet . Ces notes ne peuvent notamment donner que des pistes de réflexion, non des réponses complètes, ni même la définition de tous les termes techniques de la philosophie qui relèvent d’un autre propos. L’élève doit apprendre à chercher systémati quement dans le dictionnaire non seulement tous les termes qu’il ne comprend pas, mais tous ceux qu’il est incapable de définir, et surtout à utiliser un dictionnaire complet de la langue française comme le Littré ou l e Robert, où les définitions ne sont pas arbitrairement posées, mais appuyées sur l’étymologie et l’usage des meilleurs auteurs. La p age personnelle de l’auteur sur l’Internet [http://j.cachia.free.fr] c ontient aussi un vocabulaire philosophique qui pourra l’aider.
1. Les références données, notamment en bas de page , sont donc sauf exception limitées à des ouvrages accessibles, pour permettre à celui qui veut approfondir d’aller dans une bibliothèque lire le contexte du passage c ité, ou même l’ensemble de l’ouvrage, ou encore de le chercher sur l’Internet. 2. Platon,Phèdre,275 de.
Première partie. PHILOSOPHES
Purgatoire
« Je regrette d’avoir trop aimé les garçons. N’avais-je pas compris ce que la différence
Dont sans fin le multiple en chacun prend naissance
De l’infinie bonté révèle à sa façon ?
Mes échecs en Sicile étaient-ils des leçons ?
Fallait-il appeler la justice une science,
Et confondre le bien collectif et l’essence
Dont il n’est trop souvent que la contrefaçon ?
Avais-je tort de croire à la métempsychose ?
J’ai du moins affirmé dans ma vie une chose,
Que chaque être à jamais prend sa mesure en Dieu.
J’ai d’un orgueil trompeur sauvé l’intelligence
Et j’espère en avoir bientôt la récompense »,
Dit-il, et Aristote lui ferma les yeux.
Purgatoire?
Dans ce poème, on imagine que Platon, par une grâce extraordinaire, a été purifié de ses erreurs avant de mourir, à l’âge de quatre-vingts ans. En déclarant que l’être véritable n’est pas l’individu concret, mais l’universel, dont l’individu n’est qu’une imparfaite et pâle copie, Platon avait nié au fond un élément essentiel de la bonté créatrice. C’est peut-être ce qui l’a amené à méconnaître la différence entre l’homme et la fem me, et par suite l’importance de la famille dans la société — porté par une tendance homosexuelle à laquelle il assigne pourtant fermeme nt les limites de la chasteté. C’est sans doute aussi ce qui a lié sa do ctrine à la croyance pythagoricienne à la réincarnation.
C’est peut-être encore ce qui l’a conduit à des erreurs en politique, même si celles-ci ne sont pas la seule explication de la catastrophe sicilienne, où plusieurs de ses disciples ont péri, et où lui-même a été réduit en esclavage, avant de se faire racheter par de riches amis. Pour Aristote, la justice sera une vertu morale, portant sur des cas individuels concrets et contingents, et non une science, laquelle supposerait un objet universel et nécessaire. C’est que, pour lui, le bien moral est un bien concret, il appartient à notre vie de tous les jours, il n’est ni le bien en général, qui n’est qu’une abstraction, ni le bien absolu, c’est-à-dire Dieu, même si celui-ci est notre fin ultime, et la fin ultime de l’univers. À plus forte raison, le bien politique doit être distingué du bien absolu, comme la communauté humaine doit être distinguée de l’essence universelle et abstraite de l’homme.
Le grand mérite de Platon est cependant d’avoir com battu l’erreur des sophistes, résumée dans la citation de Protagoras : « L’homme est la 3 mesure de toutes choses » , c’est-à-dire le critère du vrai et du faux, du bien et du mal. Contre cette thèse, il affirmera dans lesLois: « C’est donc Dieu pour nous qui doit absolument être la mesure de toutes choses, et bien 4 plus qu’un quelconque homme, comme on le prétend » . La pensée des sophistes aboutissait à nier toute certitude rationnelle, ce qui réduisait la science à l’opinion, et on ne rappellera jamais assez que la science est née de la critique de Platon, et qu’elle est donc menacée par l’antiplatonisme qui e se développe en Europe depuis le XIX siècle.
S’il n’est pas impossible qu’Aristote ait été présent à la mort de Platon, on veut ici suggérer plus, à savoir qu’il a continué l a philosophie de celui-ci, même s’il s’y est opposé sur certains points. En somme qu’il a donné le vrai sens du platonisme en le critiquant. Cette vision des choses renvoie à la pieuse mais invraisemblable tradition selon laquelle, à la mort de Platon, on aurait trouvé le manuscrit de laMétaphysiqued’Aristote sous son oreiller. Cette tradition doit être prise en un sens symboliq ue, et elle reflète les efforts de la philosophie grecque tardive pour conc ilier platonisme et aristotélisme. Certes, Aristote n’est pas le contin uateur de l’école platonicienne, mais le fondateur d’une nouvelle école. Cependant, toute sa critique du platonisme est tirée d’arguments que Pl aton lui-même avait énoncés, et il est donc légitime de penser que, sin on pour l’histoire, du moins pour la philosophie, Aristote est le continuateur de Platon.
3. D’après Platon,Théétète, 152 a. 4. Platon,Lois,IV, 716 c 4-6.