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Le langage est-il logique ?

De
160 pages
Cet ouvrage aborde dans une perspective interdisciplinaire et interculturelle les rapports entre langage et logique. Des mythes anciens aux théories contemporaines des linguistes et des logiciens, il offre un panorama renouvelé des débats contemporains. L'ouverture aux conceptions non occidentales lui donne un intérêt original dans un domaine peu fréquenté.
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LE LANGAGE EST-IL LOGIQUE ?
Pa       
                         1. P  a t  L u u u n nt t n i ,   5. . M a Na  tMatt  Nant   u i P u un n u ti u ti u  . 3.L  nVan  L t t u S i n n t ti u  . 4. Ma Ma t n  n aR a t  a tt ( .  I i ti n t int ti n n i u n n t t i  7. 5. an R a  u ti nn n i i i n tifiques et collectionneurs  7. . Pa   L t i u n u     i i i i i u  7. 7. V an n tLa n T n( .  L i u  u i  . . P  a t( .   n nt i n nt ,  i n t u tu  9. 9. J an-L  a M L  t t p M  T i  itt tu Un int u ti n  9. 1 . a n S  tJ an-P pp S  Le financement public  i i n t it n i u  pa a t . 11. M n z( .  P u n t t t u n t n i n i  1 . 1 . n  p n  P i u in titu  pa a t . 13. L  a  Société réflexive et pratiques de recherche  1 . 14.P a S a ( .  L u ti n n i n u in t i u  11. 15. Jean-Luc Brackelaire, Anne-Christine Frankard, Christophe Janssen, Sophie Tortolano (dir.), Objet transitionnel et objet-lien . Regards croisés , 2011. 16. François Morvan, Vers une réponse juridique au totalitarisme , 2012. 17. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’), Maladie d’Alzheimer. Évolution des dispositifs, évolution des métiers, quelles politiques publiques ? , 2012. 18. Paul Ghils, Le langage est-il logique ? De la raison universelle aux diversités culturelles , 2012. 19. Véronique Meuriot, Une histoire des concepts des séries temporel -les , 2012.
_ _ _ INTELLECTION18
LE LANGAGE EST-IL LOGIQUE ?
De la raison universelle aux diversités culturelles
Pa       
D/2012/4910/20
©  L’Harmattan / Academia s.a. Grand’Place, 29 B-1348 L ouvain -la -neuve
ISBN : 978-2-8061-0058-0
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Avertissement
La transcription des noms chinois et sanskrits suit les usages les plu s courants de l’édition. Les noms dont la forme est la plus habituelle dans les langues européennes ont été conservés (Confucius, Lao tseu), sauf lorsqu’ils sont repris sous une autre forme dans les réfé -rences bibliographiques (« Zhuang Zi » pour «Tchouang tseu »). Pour une raison de lisibilité, les transcriptions phonologiques sanskrites (ny ā yas ū tra) ont été simplifiées et adaptées à l’usage français (nyâya -sûtra).
Introduction
S’il est un binôme que l’on retrouve sous une forme ou une autre tout au long de l’histoire des idées et au travers des cultures, c’est bien celui qui associe les multiples formes du langage qui s’y déploient et les formes tout aussi multiples de rationalité qu’elles explicitent ou qui les sous-tendent. Les figures du langage et de la logique ne cessent de s’entremêler tout en se distinguant dans un face-à-face, mais aussi dans un corps à corps permanent. Leurs domaines, respectifs ou communs, se sont constitués sur tout l’em -pan des activités humaines, de la communication quotidienne à la réflexion la plus pointue. Leurs interrelations n’ont cessé d’alimente r leurs alliances autant que leurs rivalités et leurs conflits, entre les mythes anciens qui glorifient la langue parfaite et la rationalité pure et, aujourd’hui, l’idéal scientifique des savoirs rationnels et la cons -truction de normes et de termes en quête d’un mode de commu -nication transparent enfin mondialisé. Aussi ne peut-on saisir les enjeux de cette longue confrontation et les formes extrêmement variées qu’elle a prises sans revenir, dans une première partie, aux origines de ces rapports, à vrai dire très intimes, dans les diverses cultures qui se sont penchées sur les questions qu’ils posaient. Nous aborderons dans la deuxième partie de l’ouvrage les figures con -temporaines qui s’en sont dégagées, les perspectives qu’elles ouvrent et les nouveaux éclairages qu’elles offrent à l’une et l’autre disci -pline ou l’un et l’autre domaine des sciences humaines. Ce qui frappe dès l’abord est que le langage et la logique considérés comme tels dessinent deux idéalités, deux polarités engagées dans un jeu sans fin de séduction mutuelle, comme si, d’un côté, il n’allait pas de soi que les langues (le langage, la parole) et les cultures, mais aussi les modes de rationalité (la pensée, la logique), ne se décli -naient sous de multiples formes et comme si, de l’autre côté, elles devaient immanquablement se rejoindre en un point de conver -gence unique, comme l’adret et l’ubac d’une montagne qu’il fau -drait gravir par deux de ses faces.
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Le langage est-il logique ?
On pourrait aussi penser que cette double Utopie – langue parfaite, rationalité sans faille – a perdu de sa force dans un monde contem -porain voué à la rentabilité immédiate et à la transparence cyber -nétique. Il semble qu’il n’en soit rien, si l’on en juge par les nombreuses formes du discours autorisé, du politique au social et de l’économique au scientifique en passant par le religieux et le philosophique. Le brouillard rhétorique qui obscurcit fréquemment la sphère publique, entre les préoccupations locales immédiates et les incertitudes croissantes de la mondialisation, ne semble pas les contredire, qui coexiste avec l’attente d’un discours rassurant, parole de vérité ou argumentation rationnelle, qui annoncerait l’Utopie planétaire d’un monde solidaire fondé sur une nouvelle sagesse ou sur le calcul rationnel d’un gain immédiat garanti par la rationalité du marché. Dans de vastes régions du monde, la Parole révélée reste en effet puissamment efficace, où l’injonction « Dieu a dit » laisse sans voix l’interlocuteur qui n’en est pas un, tandis qu’ailleurs la rationalité prêtée aux « lois » du marché traduites en équations ini -tiatiques se fonde sur une foi dont la religiosité n’est pas sans s’ap -parenter à la première. Entre les deux, la recherche d’une parole mesurée au plus près de l’objectivité scientifique se fraie une voie tantôt reconnue de tous, tantôt d’une remarquable discrétion. Tel économiste pourra remar -quer au sujet de la crise économique qui sévit depuis quelques années : « La solution devient simple : la Banque centrale euro -péenne peut et doit garantir toutes les dettes publiques des pays de la zone euro. La garantie n’a pas besoin d’être totale. En fait elle ne doit pas l’être pour la raison présentée plus loin. À ce stade, il s’agit de comprendre ce qu’est une garantie partielle. Prenons un exem -ple : la BCE garantit les dettes pour la moitié de leur valeur. Ce faisant, elle s’engage à acheter à moitié prix toutes les dettes qui lui seront présentées, mais elle n’aura pas vraiment à le faire pour deux raisons. D’abord, parce que sa crédibilité est aussi infinie que ses ressources ; le dire suffira, c’est la beauté des garanties. » 1  On a là un exemple remarquable de cette puissance du langage que les linguistes appellent « performatif » (Ainsi, les expressions : « Je vous condamne à… », « Je déclare la séance ouverte », «Tais-toi ! », « Allons-y ! », etc.). De même, l’économiste Annie Cot peut-elle
1 Charles W iplosz , « La BCE doit garantir les dettes publiques », Telos, 1 er octobre 2011.
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Introduction
déclarer : « (…) dans la théorie économique, les mots façonnent les choses, en un sens où ils constituent un acte performatif par lequel les théories légitiment les objets en les nommant » 2 . Ainsi en va-t-il de toutes idéalités, incarnées aujourd’hui dans les « grandes théo-ries que poursuivent toutes les sciences, de la physique aux scien -» ces humaines dans la mesure où celles-ci prennent la première pour modèle. Si l’on se tourne vers la formalisation mathématique de la physique, la puissance du rationnel se déploie dans toute sa splendeur, même si celui-ci rencontre quelques difficultés lorsqu’il doit être traduit en « langage ordinaire ». L’épisode récent du dépassement établi par les physiciens de la vitesse limite, celle de la lumière, par les neutrinos dits « véloces », illustre le décalage entre le langage mathématique et la langue dite naturelle. Ainsi les physiciens hésitent-ils à traduire en langue cette découverte expérimentale : conduit-elle à l’invalida -tion ou à la reformulation de la théorie d’Einstein ? Celle-ci devient-elle « fausse », ou se trouve-t-elle simplement englobée dans un nouveau cadre théorique plus vaste ? Certains physiciens n’hésitent pas à se résoudre à « vendre de la métaphysique », ce qui dans le cadre de cette étude se traduirait par « de la rhétorique » au sens p lus courant de ce terme en anglais de « discours vide de sens ». Ainsi ne s’agirait-il pas, selon Etienne Klein , d’un « dépassement » de la vitesse de la lumière, mais de la reformulation d’une vitesse limite 3 . Il en va de même de l’enchaînement des métaphores censées res -tituer une logique « naturelle », comme celle du chat de Schrödinger pour expliquer la simultanéité de deux phénomènes en physique quantique, ou du contresens sémantique qui utilise l’expression de « principe d’incertitude de Heisenberg » pour exprimer ce qui cor-respond bien plutôt au concept d’indétermination. Ou encore, le concept d’origine de l’Univers (point 0 de la relativité générale), faut e de pouvoir traduire en langue le concept scientifique du big bang. Car celui-ci n’est pas un point 0 ou l’origine de l’univers, mais un instant correspondant à une densité maximale. L’idée d’origine, remarquons-le, renvoie à celle du néant préalable, idée impensable qui se détruit elle-même. Tenterait-on de l’expliquer, qu’il faudrait recourir à un état antérieur tout aussi impensable d’où il procéde -
2 Annie C ot , intervention dans « L’économie est-elle une science ? », France Culture, 30 septembre 2011. 3 Discours sur l’origine de l’univers , Paris, Flammarion, 2010.
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Le langage est-il logique ?
rait. Aussi l’instant 0 utilisé en mathématiques n’a-t-il aucun sens en physique, où il n’apparaît nulle part dans les équations. Aussi la recherche scientifique nous fait-elle sauter du langage propre de la science à la langue commune en recourant aux méta -phores et analogies qui tentent de creuser un nouveau décalage entre les réalités communes et les réalités physiques et mathémati -sées non traduisibles dans la langue ordinaire. Ce saut n’est pas un simple déplacement, mais une transformation sémantique qui crée un nouvel espace de sens, un nouveau bassin sémantique. La dif -ficulté s’accroît lorsque, par exemple, il s’agit de recourir à des ter -mes anciens propres à un univers à trois dimensions pour désigner un univers à plusieurs dimensions. La communication consiste ici à faire passer le sens organisé selon la logique mathématique au sens organisé et exprimé selon une ou diverses logiques naturelles. On voit que la question fondamentale posée par le lien entre langage et rationalité dépasse de loin les questions posées dans la présente étude et touche au statut des lois physiques – sont-elles dans l’uni -vers objectif, sinon quelle est leur origine ? Ou encore la question de savoir si l’univers est entièrement explicable (par la raison et le langage), dans un univers en évolution mais dont les lois physiques sont stables, du premier stade à aujourd’hui. Nous nous attacherons donc à percevoir les figures du langage et de la logique suscepti -bles de s’étendre aux contextes de la communication langagière et de la rationalité scientifique et philosophique, non seulement dans leurs transformations au fil du temps, mais aussi dans l’espace des cultures. La référence habituelle à l’Occident, s’agissant de la technoscience et des modes de communication qu’elle permet, ne signifie pas que d’autres cultures n’aient établi les principes d’une rationalité pro -pre à fonder un savoir scientifique ou une réflexion d’ordre philo -sophique. La première partie de l’ouvrage rappelle ce préalable élémentaire, sans lequel la seconde partie, qui analyse plus classi -quement les orientations principales de la logique contemporaine, semblerait voir dans ces dernières des innovations sans antécé -dents historiques et sans équivalents hors d’Occident. Certes, tout rapprochement est ici problématique dans le sens où les matériaux existants sont loin d’être tous disponibles, déchiffrés ou traduits, et dans la mesure où les cultures de référence que sont les domaines occidental, chinois et sanskrit, pour ne prendre que ces quelques ensembles par ailleurs faussement homogènes, se sont longtemps
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