Le moment philosophique des années 1960 en France

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Les années 1960 furent le théâtre de l’un des épisodes les plus brillants de l’histoire de la pensée philosophique en France. Elles s’ouvrirent sur le triomphe public du structuralisme, avec La Pensée sauvage de Lévi-Strauss, se continuèrent par le renouvellement du marxisme proposé par Althusser et de la psychanalyse par Lacan, et s’achevèrent avec une série d’œuvres comme celles de Foucault, Deleuze, Derrida et Lyotard, qui ont décidé du visage de la philosophie contemporaine.
L’héritage de cette période a néanmoins été difficile, suscitant tantôt une fascination mimétique, tantôt un rejet caricatural. Depuis quelques années, les auteurs qui l’ont marquée font individuellement l’objet d’une réception savante plus mesurée et plus profonde, au risque cependant de perdre la dimension collective et transversale qui la caractérisait. Le but de cet ouvrage est de réunir certains des meilleurs spécialistes pour prendre toute la mesure de ce qui a constitué, par son intensité et son ampleur, un « moment philosophique » exceptionnel.
Il offre à la fois une traversée de quatre dimensions transversales (épistémologique, politique, esthétique et philosophique) et une relecture de quatre livres singuliers : La Pensée sauvage de Lévi-Strauss (1962), Lire Le Capital et Pour Marx d’Althusser (1965), les livres de Derrida autour de De la grammatologie (1967), et Discours, Figure de Lyotard (1971). Traversant aussi bien les mathématiques de Bourbaki que la linguistique structurale, l’anthropologie de Lévi-Strauss que la psychanalyse freudienne, le marxisme d’Althusser que celui d’Adorno, le théâtre de Brecht que le cinéma de Godard, ce livre invite à redécouvrir ce moment non pas comme un objet historique à circonscrire, mais comme un mouvement ouvert où se sont décidées certaines des tâches qui nous incombent encore, aujourd’hui.

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EAN13 9782130741213
Langue Français

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2011
Sous la direction de
Patrice Maniglier
Le Moment philosophique des années 1960 en France
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130741213 ISBN papier : 9782130582069 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Les années 1960 furent le théâtre de l’un des épisodes les plus brillants de l’histoire de la pensée philosophique en France. Elles s’ouvrirent sur le triomphe public du structuralisme, avecLa Pensée sauvageLévi-Strauss, se continuèrent par le de renouvellement du marxisme proposé par Althusser et de la psychanalyse par Lacan, et s’achevèrent avec une série d’œuvres comme celles de Foucault, Deleuze, Derrida et Lyotard, qui ont décidé du visage de la philosophie contemporaine. L’héritage de cette période a néanmoins été difficile, suscitant tantôt une fascination mimétique, tantôt un rejet caricatural. Depuis quelques années, les auteurs qui l’ont marquée font individuellement l’objet d’une réception savante plus mesurée et plus profonde, au risque cependant de perdre la dimension collective et transversale qui la caractérisait. Le but de cet ouvrage est de réunir certains des meilleurs spécialistes pour prendre toute la mesure de ce qui a constitué, par son intensité et son ampleur, un « moment philosophique » exceptionnel. Il offre à la fois une traversée de quatre dimensions transversales (épistémologique, politique, esthétique et philosophique) et une relecture de quatre livres singuliers :La Pensée sauvagede Lévi-Strauss (1962),LireLe Capital etPour Marxd’Althusser (1965), les livres de Derrida autour deDe la grammatologie (1967), etDiscours, Figure de Lyotard (1971). Traversant aussi bien les mathématiques de Bourbaki que la linguistique structurale, l’anthropologie de Lévi-Strauss que la psychanalyse freudienne, le marxisme d’Althusser que celui d’Adorno, le théâtre de Brecht que le cinéma de Godard, ce livre invite à redécouvrir ce moment non pas comme un objet historique à circonscrire, mais comme un mouvement ouvert où se sont décidées certaines des tâches qui nous incombent encore, aujourd’hui.
Table des matières
Avant-propos(Frédéric Worms) Introduction. Les années 1960 aujourd’hui(Patrice Maniglier) 1 - Cinq hypothèses pour un moment 2 - Transversales et singularités Première partie : Un moment épistémologique Chapitre I. Structuralisme et comparatisme en sciences humaines et en mathématiques : un malentendu ?(David Rabouin) 1 - Deux versions concurrentes du structuralisme 2 - Deux versants d’un même structuralisme ? 3 - De la tension au déséquilibre Chapitre II. La renaissance des philosophies de la nature et la question de l’humain(Alberto Gualandi) 1 - Le renouveau des philosophies de la nature en France dans les années 1960 2 - L’anticipation deleuzienne et la question de la métaphore entre science et philosophie 3 - L’animal humain entre vital et symbolique Chapitre III. Linguistique de corpus philosophique : l’exemple de Deleuze (Sylvain Loiseau et François Rastier) Chapitre IV. Le nietzschéisme comme épistémologie : la réception française de Nietzsche dans le moment philosophique des années 1960(Alan D. Schrift) Deuxième partie : Lévi-Strauss 1962 Chapitre I.La Pensée sauvageaujourd’hui : d’Auguste Comte à Claude Lévi-Strauss (Frédéric Keck) Chapitre II. Les jeux anaclastiques de Lévi-Strauss(Stefano Franchi) 1 - Jeu du mariage et jeu des mythes 2 - Le dilemme de Ricœur 3 - Une science anaclastique Chapitre III. Granger et Foucault lecteurs de Lévi-Strauss. L’anthropologie structurale entre épistémologie et archéologie des sciences humaines (Philippe Sabot) Chapitre IV. Du système à la structure : la redéfinition de la méthode comparative dans « Les systèmes de transformations » (La Pensée sauvage, chapitre III)(Gildas Salmon) Troisième partie : Un moment politique Chapitre I. La petite bourgeoisie intellectuelle en France : d’un rêve l’autre(Jean-Claude Milner)
1 2 3 Chapitre II. Du sable à la bataille : Foucault avant 1968(Mathieu Potte-Bonneville) Chapitre III. La philosophie et l’actualité : au-delà de l’événement ?(Étienne Balibar) Quatrième partie : Althusser 1965 Chapitre I. La pratique d’Althusser : d’un marxisme à l’autre(Andrea Cavazzini) 1 - Des pratiques d’Althusser 2 - Lapraxis, un concept-écran du marxisme des années 1950 3 - L’actualité d’Althusser Chapitre II. De la théorie du théâtre à la scène de la théorie : réflexions sur « Le “Piccolo”, Bertolazzi et Brecht » d’Althusser(Guillaume Sibertin-Blanc) 1 - Esthétique de l’idéologie et lutte des classes dans l’esthétique 2 - Portrait de Marx en jeune fille : théâtre de la coupure et présentation de la structure 3 - Portrait d’Althusser en metteur en scène : de la thèse de la coupure à la pratique de distanciation Chapitre III. Althusser face à Godard : l’esthétique matérialiste deLa Chinoise (Julien Pallotta) 1 -La Chinoise: un film matérialiste selon les critères esthétiques althussériens ? 2 - Althusser mis en scène par Godard : Althusser envisagé du point de vue de sa réception par la jeunesse militante Cinquième partie : Un moment philosophique Chapitre I. Spinoza 1968 : Guéroult et/ou Deleuze(Pierre Macherey) Chapitre II. Derrida et la philosophie analytique(Jean-Michel Salanskis) 1 - SearlevsDerrida : le sérieux et la répétition 2 - Derrida et Davidson sur la métaphore Chapitre III. Deleuze dans le moment 1960. Une nouvelle image de la pensée ? (Jean-Christophe Goddard) 1 - L’intuition transcendantale 2 - La polarité du schizo et du professeur Chapitre IV. Pouvoir, création, deuil, survie : la vie, d’un moment philosophique à un autre(Frédéric Worms) 1 - Vie et pouvoir 2 - Vie et création 3 - « Deuil » et « survie » 4 - Conclusions, perspectives
Sixième partie : Derrida 1967 Chapitre I. Térontologie saussurienne : ce que Derrida n’a pas lu dans leCours de linguistique générale(Patrice Maniglier) 1 - Déconstruire, dit-il 2 - L’écriture et le scandale métaphysique du langage selon Saussure 3 - La déconstruction : une époque dans l’histoire du comparatisme 4 - Signe ou archi-trace ? Chapitre II. Être juste avec Freud : la psychanalyse dans l’antichambre deDe la grammatologie(Vladimir Safatle) 1 - Le sommeil anthropologique ne produit pas de rêves 2 - Français, encore un effort si vous voulez sortir du psychologisme 3 - Écrire la mémoire Chapitre III. Déconstruction et dialectique négative : la pensée de Derrida dans les années 1960 et la question du « tournant éthique »(Peter Dews) 1 2 3 Septième partie : Un moment esthétique Chapitre I. De la distanciation à la désidentification : controverses sur la réception de Brecht en France(Dimitra Panopoulos) 1 - Barthes : un théâtre du signe ? 2 - Althusser, pour un théâtre matérialiste 3 - Rancière et les apories d’une pédagogie du vrai 4 - Regnault : l’hypothèse de l’inconscient 5 - Un héros structuraliste… Chapitre II. Boulez et Lévi-Strauss : la question de la structure(Jehanne Dautrey) 1 - Le point de départ de Boulez 2 - La critique de Lévi-Strauss contre la musique sérielle 3 - La critique boulézienne du caractère naturel de la tonalité Chapitre III. Un effet deblow-up: philosophie, cinéma et inconscient de l’histoire (Dork Zabunyan) 1 - Dans le sillage de mai-68 : le cinéma et « l’indignité de parler pour les autres » 2 - Foucault, Rancière, Deleuze – les microévénements, le dissensus et l’intolérable : trois figures du cinéma comme double de l’histoire Chapitre IV. Comment inverser exactementLes Ménines: Michel Foucault et la peinture à la fin des années 1960, des formes symboliques aux dispositifs (Lucien Vinciguerra) Huitième partie : Lyotard 1971
Chapitre I. Notes sur le détour par la fonction critique de l’œuvre(Gaëlle Bernard) 1 - Les détours de l’œuvre 2 - Symptômes et critique 3 - Critique et affirmation : retour à l’œuvre Chapitre II. Enluminures – à propos de Lyotard(Jean-Clet Martin) Ligne 1 : image acoustique Ligne 2 : la page blanche Ligne 3 : enluminure Entremêlement : lamimesisdésarticulée Chapitre III.Discours, figure: coup et après-coup(Corinne Enaudeau) 1 - Le contrecoup d’un coup reçu 2 - Les exclusions du discours 3 - Déflagration et déliaison 4 - Le travail du figural 5 - L’après-coup : répliques d’un séisme Chapitre IV. L’esthétique au sein des mots :Discours, figure, ou le renouvellement du projet critique(Juan Luis Gastaldi) 1 - « Du sein des mots » : le problème de la figure entre phénoménologie, structuralisme et idéalisme 2 - Le principe figural 3 - Figure et répétition : la nouvelle esthétique transcendantale entre Lyotard et Deleuze Bibliographie Index(Patrice Maniglier)
Avant-propos
Frédéric Worms Professeur au département de philosophie de l’Université de Lille III, directeur du Centre International d’Étude de la Philosophie Française Contemporaine (CIEPFC, ENS, Paris).
n voudrait seulement souligner ici d’un mot en quoi le livre édité et présenté par OPatrice Maniglier sur « le moment philosophique des années 1960 en France » est en lui-mêmeun moment, un moment à part entière, ou plutôt, très précisément, un momententre deux moments, situé, donc,dans leurs relations, ouvertes autant que critiques, et nous permettant par là même d’yaccéder: le moment des années 1960, mais aussi le moment présent,aujourd’hui. S’il en est ainsi de ce livre c’est, bien entendu, en raison de son contenu et de ses deux aspects. Celui-ci ne se contente pas, en effet, de parcourir l’unité et la diversité de ce « moment philosophique » des années 1960 et d’en mettre ainsi à l’épreuve la consistance et la singularité. C’est bien pourtant ce qu’il fait et, même, de deux façons différentes, chronologique et théorique. Il en suit le fil chronologique, tout d’abord, à travers quatre livres majeurs : deLa Pensée sauvage, où Claude Lévi-Strauss définit explicitement en 1962 un problème et un programme très généraux (ceux de la « structure » ou du structuralisme) en rompant avec d’autres (à travers sa polémique contre Sartre) ; jusqu’àDiscours, figure, où Jean-François Lyotard introduit en 1971 une critique, ou une tension, dans le structuralism e même. Mais il suit aussi un fil théorique, en quatre moments parallèles à ces livres, et étudiés pour leurs problèmes propres, respectivement scientifiques, politiques, philosophiques, et esthétiques. Il s’agit donc bien d’un double parcours d’ensemble. Mais, on le verra, dans la reprise de ces lectures, et surtout de ces problèmes, il est question pour ceux qui s’y livrent, justement, d’unereprise, c’est-à-dire non seulement d’un retour mais aussi d’une reformulation, ouverte et critique, allant parfois jusqu’au refus ou au renouveau, orientée en tout cas vers les problèmes, eux-mêmes nouveaux, du moment présent. C’est ce qui fait, pourrait-on dire,l’autre diversité de ce volume, à travers des études diverses, donc, non seulement par leurs objets, mais aussi par leurs perspectives, les questions, la tonalité même adoptées par ceux qui en traitent, d’un point de vue certes toujours théorique, avec une clarté et une rigueur frappantes mais aussi, quelle que soit d’ailleurs leur position sur ces objets (depuis les acteurs des débats du moment, jusqu’aux plus jeunes chercheurs d’aujourd’hui), une singularité qui ne l’est pas moins. Tel était déjà le double projet du programme international de recherches dont ce livre est issu et qui fut mené et co-organisé, tout au long de l’année 2008, dans le cadre du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine de l’École normale supérieure (désormais partie intégrante du Cirphles USR 3308 du
CNRS), dont la double tâche plus générale est bien celle de l’histoire de la philosophie e du xx siècle en France, mais aussi de la recherche du moment présent, dans les relations (interdisciplinaires, internationales) qui les constituent l’une et l’autre. Certes, il faut le souligner aussitôt, de ce double point de vue, la tâche sera encore à poursuivre. Aussi multiple, aussi ample soit-il, le présent ouvrage n’épuise en rien son double projet. Des enjeux, des auteurs, des œuvres, des problèmes majeurs des années 1960, parfois pris dans une tension vive avec les problèmes dont il est question ici, y auraient toute leur place ; ils seront à étudier et à reprendre. Nombreux seraient ici les noms, les domaines, les travaux à citer. De même, des reprises nouvelles, très diverses, de ces textes, de ces questions, de ces relations, sont en plein développement et en plein renouveau encore aujourd’hui. Pas plus sous un angle que l’autre, donc, ce livre ne saurait prétendre à la moindre exhaustivité. Bien loin de là, il ne fait que présenter une matrice possible pour accéder à une diversité qui reste encore à explorer, en montrant cependant l’intérêt et l’importance de la tâche qui, justement, reste à mener, au-delà des méconnaissances croisées qui, jusqu’ici, l’ont empêchée. De fait, le point le plus important à souligner nous semble, encore une fois, être le moment atteint ainsi, aujourd’hui, dans la relation entre ces deux moments. Ce n’est plus l’instant – qui s’est prolongé – de la rupture, avec son cortège de revendications nostalgiques ou critiques. Ce n’est pas encore le recul – extérieur – sur ces deux moments (et leurs relations) que procurerait, que procurera, après coup, après tout, le passage à un autre moment encore. C’est le momentde la relation, donc, avec tout ce qu’il implique. Celui où un nouveau moment qui commence à se dessiner, non seulement négativement, mais positivement, avec ses nouveaux problèmes, peut et doit chercher, non seulement dans la rupture, mais dans la reprise, qui le relient aux moments qui l’ont précédé, et qui le traversent encore, un double éclairage d’autant plus vif, bien sûr, que la proximité, avec eux, est plus grande. Mais n’en va-t-il pas ainsi dans nos vies mêmes ? Par-delà la double illusion du surgissement absolu, que rien n’aurait précédé, mais aussi de l’histoire rétrospective, qui prétendra tout ressaisir, n’est-ce pas de différences, mais aussi de relations, deux fois renouvelées (et parfois en effet par la rupture même), que nous faisons l’expérience ? Ainsi, en tout cas, le « moment » de ce livre n’est-il pas celui d’un retour clos du présent sur le passé, mais se voudrait celui de la réouverture possible de l’un, comme de l’autre.