Le Temps des incertitudes

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Français
276 pages
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Le troisième tome de La philosophie captive, Le temps des incertitudes, trace quelques perspectives sur les problèmes qui apparaissent au confluent des interrogations contemporaines sur le salut et sur le savoir, dans le contexte d'un "désenchantement" qui fait vaciller les vérités et proliférer les différences.

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Date de parution 01 avril 2011
Nombre de lectures 178
EAN13 9782296803312
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Le temps des incertitudes
© L’HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54388-1 EAN: 9782296543881
Jean-Paul Charrier
Le temps des incertitudes
La Philosophie Captive 3
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Jean-Paul CHARRIER,Du salut au savoir. La Philosophie Captive 2, 2011. Christophe SAMARSKY, Le Pas au-delàde Maurice Blanchot. Écriture et éternel retour, 2011. Sylvie MULLIE-CHATARD,La gémellité dans l’imaginaire occidental. Regards sur les jumeaux, 2011. Fatma Abdallah AL-OUHÎBÎ,L’OMBRE, ses mythes et ses portées épistémologiques et créatrices, 2011. Dominique BERTHET,Une esthétique de la rencontre, 2011. Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Stelio ZEPPI,Les origines de l’athéisme antique, 2011. e Lucien R. KARHAUSEN,siècleLes flux de la philosophie de la science au 20 , 2011. Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Pascal GAUDET,L’anthropologie transcendantale de Kant, 2011. Camilla BEVILACQUA,L’espace intermédiaire ou le rêve cinématographique, 2011. Lydie DECOBERT,On n'y entend rien. Essai sur la musicalité dans la peinture, 2010. Jean-Paul CHARRIER,La construction des arrière-mondes. La Philosophie Captive 1, 2010. Antoine MARCEL,Le taoïsme fengliu, une voie de spiritualité en Extrême-Orient, 2010. Susanna LINDBERG,Entre Heidegger et Hegel, 2010. Albert OGOUGBE,Modernité et Christianisme. La question théologico-politique chez Karl Löwith, Carl Schmitt et Hans Blumenberg, 2010. Hervé LE BAUT,Présence de Maurice Merleau-Ponty, 2010. Auguste NSONSISSA,Transdisciplinarité et transversalité épistémo-logiques chez Edgar Morin, 2010.
À Claudine
Avant-propos Chapitre 1Chapitre 2Chapitre 3
Sommaire
La liquidation de la métaphysique classique : Hegel, Comte et Marx
La génération des pessimistes et le nominalisme de la philosophie analytique
Raz-de-marée scientiste ou retour du sujet ?
1 AVANT-PROPOS La Philosophie est un discours critique et souvent subversif qui, dès les débuts du premier millénaire de notre ère, s’est trouvé aux prises avec des tentatives de récupération, d’annexion, d’instrumentalisation, par des puissances religieuses, politiques et idéologiques qui ont inscrit sa réflexion dans des champs et des intentions étrangères à sa vocation primordiale et à son objet. Le discours philosophique, en effet, se distingue du discours religieux et du discours scientifique, car son objet estla quête du sens, celui que peut avoir l’existence humaine, vouée à persévérer dans sa volonté de vivre son aventure fragile, malgré toutes les déconvenues (les souffrances et les illusions) qu’elle peut comporter. En cela, elle se distingue du discours religieux dont l’objet est le salut (ses attitudes spirituelles, ses médiations mythiques et rituelles, ses manifestations communautaires). Quant au discours scientifique, il a pour objet la connaissance systématique de l’ordre dans lequel les phénomènes, offerts à notre observation, se déroulent, se conditionnent et se nouent les uns aux autres, dans l’espace et le temps. Religion, philosophie et science sont donc des pratiques discursives dont l’objet, les méthodes, les fins et les langages sont inscrits dans des ordres radicalement différents, même si des interfaces de leurs interventions se sont manifestées, au cours de l’histoire. Or, la lecture, qui est ici faite des philosophes et de leur philosophie, suggère que leur entreprise fut, par deux fois, gravement altérée, dévoyée et contrainte par des forces qui n’étaient pas ou n’étaient plus celles de la philosophie elle-même. e Une première fois, lorsque la philosophie fut instrumentalisée, du 4 siècle jusqu’à la Renaissance, par un statut que lui octroyait une communauté étrangère à sa discipline, celui de « servante » de la théologie, (l’ancilla theologiaedes scolastiques). Certes, la philosophie « païenne » avait eu affaire avec des phénomènes religieux ; mais ceux-ci n’étaient pas inscrits dans une théologieofficielle et universaliste,à tout individu, comme norme de imposée ses pratiques rituelles, en un système des dogmes de la foi, fondés sur un corps de doctrines élaborées par une communauté hiérarchisée de spécialistes, ayant autorité sur tout discours sur le monde et la destinée humaine. Les affinités de l’hellénisme tardif, avec le christianisme primitif, de langue grecque, les besoins d’un appareil argumentaire pour combattre les hérésies, le prestige d’une
1 Cet avant-propos est la version abrégée de celle qui figure intégralement, aux premières pages, dans le tome 1 deLa philosophie captive(La construction des arrière-mondes). 9
spiritualité qui fait cause commune avec la sagesse inspirée par la réflexion, l’autorité que l’onction du sacré confère aux chefs politiques, produisirent l’amalgame aberrant d’une philosophie au service d’une religion. Or la foi, par définition, se passent de « preuves », d’arguments issus d’un exercice de la raison et nous pensons, avec Émile Bréhier, qu’il ne saurait y avoir de « philosophie chrétienne », pas plus, disait-il, qu’il n’y a de mathématiques ou de chimie chrétiennes. Penser, disait encore Alain, n’est pas croire. Ce n’est pas par l’usage d’arguments philosophiques que le Christ sauve le monde ; c’est par le mystère et l’efficace surnaturel de sa vie et de sa mort que s’opère la rédemption du monde, disent eux-mêmes croyants et théologiens. Et si des chrétiens hautement cultivés, comme saint Augustin, pratiquaient la philosophie, ce qu’ils y cherchaient devait être autre chose que la confirmation de leur foi chrétienne, car celle-ci est d’un ordre radicalement différent de celui de la rationalité philosophique. Pourtant, pendant plus d’un millénaire, la soumission de la philosophie aux dogmes chrétiens va infléchir son cours, en altérant sa nature et sa fin, à travers ce que les théologiens appelèrent « la suprématie de la foi sur la raison », alors que cette hiérarchie n’avait pas de sens, dès lors qu’on s’avisait que la théologie et la philosophie n’avaient ni le même objet, ni la même fonction ou le même statut, au sein de la culture occidentale. Pendant des siècles, ce qu’on appelait encore la philosophie ne fut plus qu’un discours religieux, transfiguré par une écriture platonicienne ou aristotélicienne tourmentée, qui s’empêtrait dans un dogme et des mystères, traités comme des problèmes philosophiques. Mais les articles de la foi étaient des énoncés, non seulement indémontrables, mais encore soustraits à toute critique, alors que tout ce qui est de l’ordre de la philosophie s’inscrit dans le champ d’une argumentation exotérique que chacun peut librement examiner, amender ou contester parce qu’elle reste ouverte sur un dialogue où les arguments d’autorité n’ont pas leur place. La philosophie ne connaît pas d’autre orthodoxie que celle de la cohérence logique et celle de la personnalité du jugement. Le concile de Nicée (325) compléta l’édit de Milan (313), en instituant lecredoquiouvrit l’ère de l’orthodoxie religieuse et de l’hérésie, clôturant ainsi le temps où la philosophie menait une existence heureuse. L’arraisonnement de la philosophie par l’esprit religieux s’est alors étayé sur l’espoir du salut individuel et celui-ci sur la misère spirituelle, morale et sociale qui fermentait dans la décomposition des institutions romaines, sous la poussée dévastatrice des invasions barbares. Pendant des siècles, l’imagination et la recherche philosophiques seront soumises à la censure et au dogmatisme d’une caste sacerdotale qui alla jusqu’à requérir la mort pour ceux qui voulaient librement pratiquer la philosophie, devenue subversive dès lors qu’elle revendiquait un exercice distinct de la foi. Giordano Bruno, brûlé vif sur leCampo dei fiori, en 1600, est le héros exemplaire de cette volonté. Tentera-t-on jamais d’évaluer (ex post) les dommages infligés à la liberté de la philosophie ?
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