Leibniz et Diderot
339 pages
Français

Leibniz et Diderot

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Description

Ce livre s’intéresse à une rencontre : celle de deux philosophes, mais aussi celle de deux siècles et de deux régimes de pensée. Leibniz (1646-1716) et Diderot (1713-1784) appartiennent à deux traditions en apparence opposées : on associe généralement la pensée leibnizienne aux grands systèmes métaphysiques du XVIIe siècle, et celle de Diderot à la mise en pièces de ces édifices par la voie d’une philosophie expérimentale radicalement antisystématique. Pourtant, plusieurs liens entre les deux œuvres sont visibles, qu’il s’agisse d’emprunts conceptuels ou thématiques par Diderot ou de convergences plus difficiles à circonscrire. Le premier objet de ce livre est d’identifier ces liens et de faire le point sur cette sympathie entre les deux philosophies. Mais ce livre s’intéresse aussi à cette rencontre pour ses effets transformateurs, tant sur le plan des concepts, des thèses et des arguments que sur celui des méthodes. Il s’agit alors de voir comment la rencontre avec le leibnizianisme a nourri la pensée diderotienne, comment la lecture du texte leibnizien par Diderot en modifie le sens, comment elle peut parfois en être une interprétation ou un devenir possible. Pour saisir ces transformations, les auteurs ont examiné divers contextes théoriques dans lesquels les pensées de Leibniz et Diderot dialoguent : métaphysique et philosophie de la nature, épistémologie et philosophie des sciences, théorie de la perception et esthétique. À travers ce dialogue, l’ouvrage contribue à une réflexion générale sur les méthodes requises pour mettre en perspective les rapports entre des philosophies à la fois proches et éloignées.

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Informations

Publié par
Date de parution 03 novembre 2015
Nombre de lectures 27
EAN13 9782760635463
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ANALYTIQUES
LEIBNIZ et DIDEROT Rencontres et transformations
Sous la direction de Christian Leduc, François Pépin, AnneLise Rey et Mitia RiouxBeaulne
Les Presses de l’Université de Montréal VRIN
leibniz et diderot
La collection ANALYTIQUES est codirigée par
Sylvain Auroux (CNRS — Université Paris 7) et François Duchesneau (Université de Montréal)
1. François Duchesneau,Genèse de la théorie cellulaire 2. Daniel Laurier(dir.),Essais sur le sens et la réalité 3. Claude Panaccio,Les mots, les concepts et les choses. La sémantique de Guillaume d’Occam et le nominalisme d’aujourd’hui 4. Daniel Laurieret François Lepage(dir.),Essais sur le langage et l’intentionnalité 5. Yvon Gauthier,La logique interne des théories physiques 6. Sylvain Auroux,La logique des idées 7. Michel Seymour,Pensée, langage et communauté. Une perspective antiindividualiste 8. ErosCorazza,Référence, contexte et attitudes 9. Georges J.D. Moyal,La critique cartésienne de la raison. Folie, rêve et liberté dans lesMéditations 10. Martin Montminy,Les fondements empiriques de la signification 11. François Lepageet Serge Lapierre,Logique partielle et savoir. Essai de philosophie formelle 12. François Duchesneau, Guy Lafranceet Claude Piché(dir.),Kant actuel. Hommage à Pierre Laberge 13. Alain Firode,La dynamique de d’Alembert 14. François Lepage, Michel Paquetteet François Rivenc(dir.),Carnap aujourd’hui 15. Yves Bouchard,Le holisme épistémologique de Kant 16. François Duchesneauet Jérémie Griard(dir.),Leibniz selon lesNouveaux Essais sur l’entendement humain 17. Christian Leduc,Substance, individu et connaissance chez Leibniz 18. Thomas Pradeu,Les limites du soi. Immunologie et identité biologique 19. JeanneRoland,Leibniz et l’individualité organique
Sous la direction de Christian Leduc,François Pépin, AnneLise ReyetMitia RiouxBeaulne
LEIBNIZ ET DIDEROT Rencontres et transformations
Les Presses de l’Université de Montréal
VRIN
Mise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre :  Leibniz et Diderot : rencontres et transformations  (Collection Analytiques)  Publié en collaboration avec Vrin.  Comprend des références bibliographiques.  ISBN 9782760635449 (PUM)  ISBN 9782711684007 (VRIN) 1. Leibniz, Gottfried Wilhelm, Freiherr von, 16461716. 2. Diderot, Denis, 17131784. 3. Philosophie – 17e siècle. 4. Philosophie – 18e siècle. I. Leduc, Christian, 1975 . II. Pépin, François, 1978 . III. Rey, AnneLise. IV. RiouxBeaulne, Mitia, 1973 . V. Collection : Collection Analytiques. B2598.L443 2015 193 C20159421772
e Dépôt légal : 4 trimestre 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 2015
ISBN(papier) 9782760635449 ISBN(ePub) 9782760635456 ISBN(PDF) 9782760635463
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
imprimé au canada
remerciements
Le présent volume réunit plusieurs textes d’un colloque sur Leibniz et Diderot organisé en juin 2013 à l’Université d’Ottawa à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Diderot. La tenue de l’événement et la publication des contributions ont été financées par de nombreux orga nismes que nous tenons à remercier : le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l’Université d’Ottawa, l’Université de Montréal, l’ANR Anthropos, le Centre d’Etudes en Rhétorique, Philosophie et Histoire des idées, le laboratoire Savoirs, Textes, Langage et l’Université Paris Ouest. Nous remercions vivement François Duchesneau et Sylvain Auroux d’avoir accepté d’accueillir le volume dans leur collection. Enfin, nous souhaitons remercier Maud BrunetFontaine, Alexandre Declos, Éric Leduc et Marc Silberstein pour leur aide précieuse à la réalisation de ce projet.
abréviations
Diderot DPVŒuvres complètes,éditées par Herbert Dieckmann, Jacques Proust, Jean Varloot & al., Hermann, 1975 et suiv., 34 vol. prévus. LEW.Œuvres complètes,éd. chronologique, introductions de Roger Lewinter, Le Club Français du Livre, 19691973, 15 vol. O. Ph. Œuvres philosophiques,édition Paul Vernière, Garnier, 1961. VERS.Œuvres, édition établie par Laurent Versini, Robert Laffont, 19941997, 5 vol.
Leibniz ASämtliche Schriften und BriefeLeibniz : , hrsg. von der Akademie der Wissenschaften zu Berlin. Darmstadt/Leipzig/Berlin, 1923. COpuscules et fragments inédits de Leibniz. Extraits des manuscrits… éd. par Louis Couturat. Paris 1903 (Nachdruck : Hildesheim 1961 und 1966). DutensOpera omnia, nunc primum collectaLeibniz : … studio Ludovici Dutens. T. 16. Genevae 1768. GMLeibnizens mathematische Schriften, hrsg. von C. I. Gerhardt. Vol. 17. Berlin/Halle 18491863 (Neudruck : Hildesheim 1962). GPDie philosophischen Schriften von Leibniz, hrsg. von C. I. Gerhardt. Vol. 17. Berlin 18751890 (Neudruck : Hildesheim 19601961).
Descartes ATŒuvres de Descartes, éd. par C. Adam et P. Tannery (18971913), présen tation par B. Rochot et P. Costabel, Paris, Vrin, 19641974.
Avantpropos
Il est difficile de déterminer de manière exacte ce que Diderot a lu et étudié de l’œuvre leibnizienne – dont seule une petite partie, on le sait, e est disponible auxviiisiècle – et à quel point celleci a été une source d’inspiration. Le problème s’applique à de nombreux cas, dont celui, à notre avis particulièrement éclairant, desNouveaux Essais sur l’entende ment humain, publiés de façon posthume par Raspe en 1765 et que Diderot aurait très certainement pu consulter étant donné son intérêt avéré pour le leibnizianisme depuis au moins les années 1740. LeRêve de d’Alembert, dont la rédaction suit de quelques années cette publication, comprend d’ailleurs des thèmes similaires, en particulier quant aux propriétés de la matière et du vivant, aux concepts de conscience et de mémoire, aux principes de continuité et des indiscernables. Il serait par conséquent en partie fondé de faire un rapprochement entre les thèses leibniziennes et diderotiennes sur la base d’une connaissance du contenu desNouveaux Essais. Le positionnement fondamental du principe de continuité dans ces ouvrages respectifs serait, par exemple, une preuve d’une certaine parenté entre les deux philosophies. Toutefois, rien n’in dique ni dans les textes de Diderot, ni dans sa correspondance qu’il ait pris connaissance de l’ouvrage de Leibniz dans l’édition Raspe. On reste donc aux prises, pour ce texte mais aussi ailleurs, avec une importante lacune contextuelle qui empêche de traiter ce rapport comme étant de l’ordre d’une réception au sens plus classique. Le problème s’inscrit dans la façon dont Diderot use des textes de l’histoire de la philosophie. On constate que Leibniz n’est en réalité pas une exception : Diderot récupère, transforme ou réoriente très souvent les concepts et arguments de la tradition selon ses propres intérêts et cadres théoriques. Il le fait avec Bacon, Hobbes et Spinoza, de sorte que Leibniz ne saurait être un cas isolé. Prenons l’exemple des réflexions de Diderot sur la différenciation des êtres dans lesPensées sur l’interprétation
1 0wleibniz et diderot
de la nature. Un extrait fait même directement référence à Leibniz et se lit comme suit : Qu’en devait penser celui qui assura que sur tout un arbre il n’y aurait pas deux feuilles sensiblement du même vert ? Qu’en penserait celui qui, rééchissantsurlegrandnombredescauses,mêmeconnues,quidoiventconcourir à la production d’une nuance de couleur précisément telle, pré tendrait, sans croire outrer l’opinion de Leibnitz, qu’il est démontré, par la différence des points de l’espace où les corps sont placés, combinée avec ce nombre prodigieux de causes, qu’il n’y a peutêtre jamais eu, et qu’il n’y aura peutêtre jamais dans la nature, deux brins d’herbe absolument du même 1 vert ? Le passage renvoie bien entendu au principe de l’identité des indiscer nables et témoigne d’une connaissance, directe ou indirecte, de certaines contributions de Leibniz, en l’occurrence de la correspondance avec Clarke, plus précisément de la quatrième lettre de l’échange, dans laquelle le célèbre exemple de la différenciation des feuilles dans le jardin 2 de Herrenhausen est utilisé . Le caractère imperceptible des nuances singulières entre les êtres et l’idée de recourir à des instruments d’obser vation, comme le microscope, sont de plus présents dans les deux textes. Un rapport peut donc très certainement être établi et favoriserait la thèse d’une réhabilitation ou d’un emploi du principe leibnizien dans la phi losophie diderotienne de la nature. Cependant, le problème, tel que posé dans lesPensées, s’éloigne grandement de l’usage du concept de l’indis cernable dans la lettre à Clarke. Chez Leibniz, il s’agit de s’opposer à la thèse newtonienne selon laquelle la différenciation des individus procé derait d’un positionnement dans l’espace et le temps, étant donné que Leibniz refuse de leur conférer un statut métaphysique en tant que réa lités absolues. Diderot, pour sa part, se sert plutôt du principe comme d’un exemple visant à condamner la formation d’axiomes généraux, due à notre précipitation, telle l’opinion suivant laquelle il n’y aurait jamais rien de nouveau qui se produirait dans la nature. Il n’est par ailleurs pas question de la critique de l’espace absolu, bien au contraire, et le principe des indiscernables n’est pas considéré par Diderot comme étant la raison suffisante de la distinction ontologique des individus. De sorte que si l’origine du principe est à l’évidence leibnizienne, son emploi et même sa signification s’en écartent considérablement. En conséquence, une étude du rapport entre Leibniz et Diderot, comme dans le cas du concept
1.Pensées sur l’interprétation de la nature, § LVII, DPV, IX, p. 91. 2. Quatrième lettre de Leibniz à Clarke, GP, VII, p. 372.