Les méandres de la raison impure
176 pages
Français

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Description

La philosophie s'en réfère à un archétype qu'elle invoque pour calibrer les choses : la Raison ou le Logos. Mais Marx, Nietzsche, Freud et d'autres ont commencé à relativiser ce qu'une Raison apparemment immuable semblait peser à l'étalon de sa mesure. L'auteur montre combien peu de raison entre dans la constitution de notre monde quotidien, combien la convention et le langage lui imposent leurs hiéroglyphes, leurs rites et leurs systèmes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2013
Nombre de lectures 31
EAN13 9782336660325
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jacques Steiwer
Les méandres de la raison impure
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Les méandres de la raison impure
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astrono-miques. Dernières parutions Philippe RIVIALE, L’éternel dans le fini. Rencontre de Maître Eckhart et de Simone Weil,2013. Norbert HILLAIRE,La fin de la modernité sans fin, 2013. Jean-Pierre GRES,La démocratie et le vivant. Un système à l’épreuve des hommes, 2012. François HEIDSIECK,L’Ontologie de Merleau-Ponty(réédition), 2012.María PUIG de la BELLACASA,Politiques féministes et cons-truction des savoirs, 2012. Pascal KOLESNORE,: éclairages kantiensHistoire et liberté , 2012. Mahamadé SAVADOGO,Penser l’engagement, 2012 Françoise KLELTZ-DRAPEAU,Une dette à l’égard de la culture grecque. La juste mesure d’Aristote, 2012. Julien GARGANI,Poincaré, le Hasard et l’étude des Systèmes Complexes, 2012. Jean-Pascal COLLEGIA,Spinoza, la matrice, 2012. Miklos VETÖ,Explorations métaphysiques, 2012. Marcel NGUIMBI,Penser l’épistémologie de Karl Popper, 2012.Joachim Daniel DUPUIS,Gilles Châtelet, Gilles Deleuze et Félix Guattari. De l’expérience diagrammatique, 2012. Oudoua PIUS,Humanisme et dialectique. Quelle philosophie de l’histoire, de Kant à Fukuyama ?, 2012.
Jacques Steiwer
Les méandres de la raison impure
Du même auteur Una Scuola per l’Europa, ouvrage collectif conçu sous la direction d’Enrico Tacchi et Jacques Steiwer, éditions Franco Angeli, Milan, 1998 (en italien). De la Démocratie en Europe, L’Harmattan, Paris, 2008. Mort d’un Nietzschéen, L’Harmattan, Paris, 2010. Vers une Théorie de la Connaissance systémique, L’Harmattan, Paris, 2010. Une Morale sans Dieu,L’Harmattan, Paris, 2011. Du Gâchis chez les Luxos,roman policier, éditions Phi, Luxembourg, 2012 © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00177-7 EAN : 9782343001777
«De vos mains grossières,  Parmi des poussières,  Ecrivez, sorcières :  Abracadabra. » Victor Hugo : Ballades, 14. De la constitution du sens e premier chapitre développera le socle épistémologique C sur lequel nous entendons construire ce livre. Il précisera donc les fondements d’une théorie de la connaissance systé-mique, telle que nous l’avons approfondie dans un autre ou-vrage. Le lecteur qui ne voudra pas s’enfoncer dans ce dé-broussaillage préliminaire pourra, sans trop de problèmes, lire les chapitres suivants, tout en se rendant compte que chaque pas dans une analyse de ce type nécessite une légitimation explicative.  Voyons quelles sont ces prémisses.  Le monde en lui-même n’a pas de sens. Il est une pure facticité qui s’accumule et qui, au contact de la conscience, charrie des interrogations. Le sens arrive par l’acte de néga-tion d’un moi qui s’affirme en s’opposant au monde et en se constituant par là-même en conscience autoréférentielle. Mais ce moi n’est pas unEgo transcendantalqui, extra-mondain, par le simple fait d’être soustrait à la mondanité, garantirait les intentionnalités et les jugements. Le système conscient ne peut être conscient que par son interface avec le monde en 1 tant queUmwelt. Le sens ne peut pas se supprimer, car en 1 Ce mot allemand signifie littéralement « monde environnant », mais dans le cadre des théories systémiques il est utilisé pour désigner tout ce qui en-
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affirmant qu’il est non-sens ou qu’il y a non-sens, il s’affirme lui-même en tant que thétique. Dire qu’il y a du non-sens est aussi déjà du sens.  Le sens arrive par la position d’une différence. Dans un espace non marqué, tous les possibles sont également pos-sibles, et tout ce qui arrive est, par conséquent, totalement contingent. Mon moi et ce qu’il perçoit comme ma cons-cience autoréférentielle n’advient que par la distinction que 2 celle-ci établit entre l’intérieur du système et l’extérieur. Cette distinction originelle n’est pas réfutable. En cela elle ressemble au doute cartésien, qui, par la mise entre paren-thèses de toute connaissance, en découvre une qui n’est pas niable. La fermeture circulaire de mon autoperception me projette, du même coup, dans une perception d’un monde en-vironnant, changeant, incertain, mortifère. Nous percevons le monde en tant que monde, parce que, et seulement parce que nous en sommes exclus ! 3  Le sens lui-même n’a pas de préalable. Cela veut dire qu’il n’émane pas d’une source autre que l’autoréférence de 4 notre conscience, au contact de sonLebensweltet donc aussi de l’intersubjectivité offerte par celui-ci. Il n’y a pas dans le monde le moindre indicateur de ce que pourrait être une es-sence immuable ou une rationalité inhérente aux choses ni toure un système sans faire partie de lui. L’Umweltpeut cependant pertur-ber le système et constituer une irritation pour lui. Il définit les limites du système, comme interface. 2 On peut s’imaginer ainsi le début de l’univers, où ni l’espace nia fortiorile temps n’existent. A partir du moment où s’installe une fluctuation, met-tons qu’un électron se distingue d’un proton, espace, temps et univers sont nés. Tout ce qui arrive dans cet univers y arrive par distinctions successives. 3  La célèbre question des épistémologues anglo-saxons :What is the mea-ning of meaning ?n’a donc, au plus profond d’elle-même, pas de sens !4 Le monde du vécu, ou le monde du vivant (traduction de Suzanne Bache-lard) désigne, depuis Husserl, la région du monde qui enveloppe le moi d’une sphère intersubjective de contacts et de références culturelles, perçues dans une immédiateté apodictique, comme aperception intentionnelle d’un horizon.
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aux événements. Le sens émerge par rapport à un horizon de possibles, dont un certain nombre s’évanouissent comme in-signifiants, d’autres restent dans le champ de l’intentionnalité comme aptes à la distinction. Celle-ci fait du chaos un cos-mos, où les notions – et d’après elles les choses – apparais-sent comme ordonnées, rangées, catégorisées, en abstraction séquentielle, définissables.  Toute donation de sens doit être à la limite circulaire. Cela apparaît le plus clairement dans l’exemple du dictionnaire : chaque mot se définit par d’autres mots, lesquels renvoient à d’autres mots, et ainsi de suite. En dernière analyse, la vraie définition estdéictique, c’est-à-dire qu’elle montre du doigt ce qui est désigné comme cette chose-ci ou celle-là. Quelque-fois, d’ailleurs, les dictionnaires ont recours à des images pour illustrer tel ou tel terme, mais alors ils font appel au ré-férent du mot et donc à une expérience intramondaine. Ils confirment ainsi en quelque sorte la maxime kantienne selon 5 laquelle « des concepts sans intuitions sont vides » . Saussure a magistralement relevé la particularité circulaire du langage : « [Les concepts] sont purement différentiels, définis non pas positivement par leur contenu, mais négativement par leur rapports avec les autres termes du système. Leur plus exacte 6 caractéristique est d’être ce que les autres ne sont pas. » Il fut ainsi un des premiers à percevoir la structure systémique et du langage et de toute donation de sens, au-delà du lan-gage.  Le sens se crée d’abord dans le système autoréférentiel de la conscience individuelle. Mais comme nous l’avons montré 7 ailleurs , cette conscience individuelle ne peut être solipsiste : elle est toujours déjà codimensionnée à l’Alter Ego. Ainsi
5 Begriffe ohne Anschauungen sind leer. 6  Ferdinand de Saussure : Cours de linguistique générale,Paris 1973, p. 162 7  Cf. Jacques Steiwer :Vers une Théorie de la connaissance systémique,L’Harmattan, 2010.
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