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Les passions de l'âme

De
304 pages
"Passion et morale se dit des différentes agitations de l'âme selon les divers objets qui se présentent à ses sens. Les philosophes ne s'accordent pas sur le nombre des passions. […] Voyez surtout M. Descartes qui a fait un beau traité des Passions d'une manière physique."
(Dictionnaire de Furetière)
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René Descartes
Les passions de l'âme
GF Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
© Flammarion, Paris, 1996.
ISBN Epub : 9782081406063 ISBN PDF Web : 9782081406070 Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080708656
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur « Passion et morale se dit des différentes agitatio ns de l'âme selon les divers objets qui se présentent à ses sens. Les philosophes ne s' accordent pas sur le nombre des passions. […] Voyez surtout M. Descartes qui a fait un beau traité des Passions d'une manière physique. » (Dictionnaire de Furetière)
Les passions de l'âme
AVERTISSEMENT
Selon l'usage, nous nous référons dans les notes et l'introduction à la pagination des Œuvres complèteséditées par Charles Adam et Paul Tannery, que rest ituent la plupart des autres éditions.
INTRODUCTION
Il y a quelque chose en moi, Au fondde moi, au centrede moi, Quelque chosed'infiniment aride.
V. LARBAUD.
Si la questionde savoirpourquoi unouvrage a été écrit et publié peut toujours être posée, elle est des plus embarrassantes s'agissantdesPassionsde l'âmeouTraitédes passions, pourlui conserver le titre entériné parla tradition et cautionné parDescartes lui-même (lettre à Élisabethde mai 1646). Précisons toutd'abordque,derniertextede Descartes, ceTraiténe fut pas publié contre son gréou de manière posthume. Si l'on suit l'étude chronologique proposéedans la préfacede l'éditionde Charles Adam et Paul Tannery (AT XI, 294-297), Descartes en aurait corrigé les épreuves et le texte 1 aurait été prêt avant même sondépart pourStockhoEn tlm . out étatde cause,deux exemplaires au moinsde la version manuscrite avaient circulé, envoyés l'un à Élisabeth, l'autre à Christinede Suède (lettresdu 20 novembre 1647), et peut-être aussi un troisième, puisque les correctionsrépondent à 2 des suggestionsde Clerselier. Aux yeuxde Descartes, cette publicationdevaitdonc avoirun sens, 3 et ce à une périodeoù il avait annoncé ne plusrien vouloirécrire .Mais cesremarques légitiment la question sans larésoudre et le peude commentairesdont leTraitédes passionsfait l' a objet, en regarddesMéditationsouduDiscoursde la méthode, témoignede ce que l'embarras est général. Toutd'abord, àdéfautd'une absence totalede structure, ceTraitéparaît quelque peudésarticulé. Aucun mouvement général ne sedégage et la « nouvelle classificationdes passions » (art.57,68) se signale parla multiplicationdes entorses qu'elle admet. Ensuite se pose le problèmede sonobjet. Les passions, certes, mais encore… Il s'agit, écrit Descartes,d'unouvragede physicien (lettre-préfacedu 14 août 1649) et, partiede la physique, l'anatomie yoccupe effectivement une place importante. Toutefois, parpassions, il faut entendre «des perceptions,oudes sentiments,oudes émotionsde l'âme, qu'onrapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, entretenues et fortifiées parquelque mouvementdes esprits » (art.27). Cedonton va parler, ce n'est pasde la faim,de la soifoude la douleurque l'onrapporte au corps, maisde l'allégresse,du mépris,de la honte,de la core…, toutes émotions qui lui sont étrangères. Or, l'âme n'a jamais étéobjetde physique. À première lecture, la « physique » n'intervient que comme le complémentde ce qui s'apparente à un traitéde psychologie empirique, proposant aussi bien une typologiedes passions quedesrecettes pourles maîtriser.Mais comment peut-il en ce cas s'inscriredans la philosophie généralede Descartes ? Certes, ilrépondà l'attente exprimée parla princesse Élisabeth, mais peut-on faire coexisterdécemment lesMéditations métaphysiquesavec ce quirelèveraitde larubrique « Psychologie »d'un hebdomadaire ? Descartes la tenait-il en si piètre estime qu'il la jugedignede telles lectures ? Si, inversement,on cherche à mettre l'accent sur le caractère (relativement) novateurde ladimensionorganique conférée aux passionsde l'âme, c'est le lecteur moderne qui, peu convaincu, peut-être,de la pertinencede la biologie cartésienne,risquede s'interrogersurle bon emploidu temps qu'il aura passé à le lire. Il est vrai que l'onretrouve aussidans leTraitédes tracesde la métaphysique cartésienne et l'indicede ses possiblesdéveloppements éthiques.Mais il sembledifficilede voir là un traitéde métaphysique précisant les modalitésde l'unionde l'âme etdu corps. En la matière, leTraitédes passions ne propose guère quedesrappels et serévèle plutôt moins précis que lesRéponses aux Objections. S'agit-ild'unouvragede morale,destiné àdélivrer ladernière branchede l'arbrede la 4 science ?Mais les articles qui lui sont consacrés sontdes plus minoritaires et Descartes lui-même écrit,dans ladernière lettre-préface, que son «dessein n'a pas étéd'expliquer les passions […] en philosophe moral ». S'agissantde la morale, commed'ailleursde l'unionde l'âme etdu corps, le Traitédes passions paraîtdonc moins fournir laréponse attendue que maintenirlacune. Au une mieux serait-il alors un manueldesavoir-vivre, se situant justement au pointoù la vie, l'existencede l'homme concret insérédans le monde, est enrupture avec tout ce que apporterc une onnaissance 5 claire etdistincte produite par l'entendement .Mais il s'agit alorsd'une gageure, etd'une gageure
d'autant plus vaine que cette expérience est immédiate, pourpeu précisément que l'on s'abstiennede 6 diter.
Pourquoi unTraitédes passions?
Audirede Baillet, Descartes n'avait pasdesseinde fairede ceTraité« quelque chosede fini qui ritâtde voirle jour» (La ViedeMonsieurDescartes, 1946, p. 228 ; 1691, II, p. 280). Comme l'indique ladernière lettre-préface, il n'avait initialement qu'unedestination privée et s'adressait à la princesse Élisabeth. Fillede Frédéric V, éluroide Bohême au coursde l'hiver1619-1620 avantd'être chassé ce même hiver par uneoffensivedes troupes autrichiennes, la princesse a suivi sa famille en exil. Depuis 1620, ellerésidedonc en Hollande, à La Haye,où elle subit les contrecoupsdes troubles politiques qui agitent l'Europede la première moitiédsiècle. Cultivée, ayant le gu XVIIe oûtdes mathématiques, elle lit lesMéditations, puis lesPrincipesde la philosophiequi lui sontdédiés et, à partirde 1643, entretient avec le philosophe une correspondance qui se prolongera jusqu'à la mortde celui-ci. En 1644, s'engage unediscussion concernant la morale. Alors que leDiscoursde la méthode présentait la connaissance comme moyend'acquérir toutes les vertus (AT VI, 28), que la lettre-préfacedesPrincipesfaitde la morale ledernierdegréde la sagesse, à cette époque il n'y a pas de morale cartésienne,oudu moins pas plus qu'en 1637,où il ne s'agissait qued'une moralepar 7 provision. La question toutefois n'est abordée quede biais. La princesse Élisabeth connaîtdivers problèmes de santé que Descartes attribue à l'influencedes affectionsde l'âme : « la cause la plusordinairede la fièvre lente est la tristesse » (lettredu 18 mai 1645). Pourrecouvrer la santé, Élisabethdoitdonc, parla forcede sa vertu,rendre son âme contente, ce qui, en quelque sens que l'on prenne ce termede « contentement », suppose qu'elle parvienne à s'affranchirde ses passions.Mais, auxdifficultés politiques liées aurétablissementde la maison palatine, s'ajoutent celles querencontre Charles Ier d'Angleterre,onclede la princesse, qui finiradécapité en 1649. De plus, en 1645, Édouard, frère d'Élisabeth, trahit les siens en épousant une Française et en se convertissant au catholicisme. En 1646, Philippe, un autrede ses frères, tue l'amantde sa sœur Louise et Élisabeth, plusou moins accuséed'avoirparticipé au complot,doit seréfugieren Allemagne. Rendre son âme contentedans ces conditions, quoi qu'il en soitde sa vertu etde son soucid'appliquerles préceptes cartésiens, ne va guèrede soi :
Je considère bien qu'en effaçantde l'idéed'une affaire tout ce qui me larend fâcheuse […], j'en jugerais tout aussi sainement et y trouverais aussitôt lesremèdes que [je le fais avec] l'affection que j'y apporte.Mais je ne l'ai jamais su pratiquer qu'après que la passion avait joué sonrôle. (Lettredu 22 juin 1645.)
Descartes se bornedans un premier temps àreprendre la moraleduDiscours (lettredu 4 août 1645).Mais la princesse insiste : « je ne saurais encore medésembarrasserdudoute, sion peut arriverla béatitu à dedont vous parlez, sans l'assistancede ce qui nedépendabs pas olumentde la volonté » (lettredu 16 août 1645). Il y ades maladies qui ôtent tout à fait leraisonnement et il est difficile à une princesse, perpétuellement confrontée àdesreversde fortune,de s'en teniraurôlede philosophe. Ainsi mis endemeure, Descartes, qui pour consoler Huygensde la mortde sa femme se bornait jadis à lui écrire qu'il n'avait qu'à cesserd'imaginerune possiblerésurrection pourne plus laregretter (lettredu 20 mai 1637),doit s'expliquerd'une part surce qu'estréellement la vertu,d'autre part sur sa compatibilité avec les passions et sur les moyens concretsde maîtriser celles-ci. La basede la discussion est fournie par leDe vita beatade Sénèque, que Descartes stigmatise précisément pour n'avoirenseigné « t pas outes les principales ventésdont la connaissance estrequise pour faciliter l'usagede la vertu, etrégler nosdésirs et nos passions » (lettredu 4 août 1645). Parmi ces principales vérités, il y a sansdoute les acquisde ladoctrine cartésienne, touchant l'existencede Dieu, ladistinctionde l'âme etdu corps et l'indéfinitédu monde, mais aussi et surtout celles qui se rapportent à la naturedes passions (lettresdes 1er et 15 septembre 1645). À la morale initiale, stipulant qu'« il suffitde bien jugerpourbien faire » (Discoursde la méthode, III, AT VI, 28), qu'un
effortde volonté permetde triompherde toutdésir, voirede toute passion, se substitue l'idéed'une discipline. La seule forced'âme ne suffit pas à maîtriserle corps (art.45). Il faut utiliserdes moyens plusdétournés et instituer commedes automatismes qui, à l'occasionde chaque passion, feront surgirles idées susceptiblesde les contrecarrer. Finalement, ce que Descartesreproche à Sénèque, ce sont les insuffisancesde sa propre morale. 8 C'estdans ce contexte qu'estrédigée la première versionduTraité, vraisemblablementremise à 9 Élisabeth en mar. La questis 1646 on à laquelle Descartes est tenuderépondre est cellede savoir comment il est possible sinonde vaincre ses passions, caril n'est pas «de ces philosophes cruels qui veulent que leur sage soit insensible » (lettre à Élisabethdu 18 mai 1645),du moinsde ne pas en souffrir. Dans la mesureoù ilrépondla à demanded'Élisabeth, le butduTraité n'estdonc pasde rappelerla métaphysique cartésienne, ni mêmede proposerune connaissancede l'hommedestinée à 10 relayer laDescriptiondu corps humain, à laquelle Descartes n'a pasrenoncé , maisde nous indiquer comment nous pouvons etdevons vivre. Il ne s'agit pasdereproduire une expérience immédiate, mais tout au contrairededéterminernatu la redes passions, afinde clarifieroude démystifier lesreprésentations fallacieuses qu'elles nous proposent spontanément sur les biens extérieurs (lettre à Élisabethdu lerseptembre 1645).
La possibilitédes passions
Prenant la suiteduDiscoursde la méthode, lesMéditationsont fourni un fondement métaphysique à ladistinction substantiellede l'âme etdu corps : […] parce qued'un côté j'ai une claire etdistincte idéede moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et qued'un autre j'ai une idéedistinctedu corps, en tant qu'il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que ce moi, c'est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablementdistinctede mon corps, et qu'elle peut êtreou existersans lui. (Méditations, VI, AT IX, 62 ; voiraussiPrincipes, I, 61.)
Rappeléedans la première partie (art.2-5), cettedistinctiondéfinit le cadrede la théorie cartésiennedes passions et aussi bien ce qui en constitue l'originalité enregarddes traités antérieurs ou contemporains. S'il arrive en effet que ceux-ci sedémarquentdudétailde ladoctrine thomiste, et notammentde la classification enonze passions primitives (Thomasd'Aquin,Somme théologique, I-II, Q. 23), aucund'entre eux ne metréellement en question la localisationdes passionsdans une âme sensitive,dont le statut, corporelou spirituel, n'est pas clairement fixé. Définie parAristote comme « entéléchie premièred'un corps naturel ayant la vie en puissance » (De l'âme, II, 1, 412 a 38-39), l'âme est avant tout principede vieoud'animation. Elle se partage ensuite en puissance végétative –responsablede la croissance, nutrition et génération –, puissance sensitive –originede la sensibilité,du mouvement etdudésirenfin intellective – s –, ourcede la pensée (ibid., II, 2). La première est commune à l'ensembledu vivant, la seconde appartient aux hommes et aux animaux, la troisième estréservée aux hommes et, chez Thomas, quireprend l'essentielde ladoctrine aristotélicienne, aux intelligences séparées telles que les anges. Le statutontologiquedesdeux premières âmes est ambigu. Il est clairen effet qu'elles ne sont pas à proprement parlermatérielles, car, note Thomas, si le corps était en tant que tel principede vie, il n'y aurait quedes corps vivants (op. cit., I, Q. 75, 1).Mais elles ne sont pas pourautant susceptibles d'êtredissociéesdes corps qu'elles animent. Si l'œil était un animal complet, la vue en serait l'âme : c'est là en effet la substancede l'œil, substance au sensde forme. Quant à l'œil, il est la matièrede la vue, et celle-cidisparaissant, il n'est plus un œil, sinon parhomonymie, comme un œilde pierreoudessiné. Il fautdonc étendre ce qui vautd'une partie à la totalitédu corps vivant : lerapport qui existe entre la partiedu pointde vuede la forme et la partiedu pointde vuede la matière seretrouve entre le toutde la faculté sensitive et le toutdu corpsdode sensibilité pris comme tel. (Aristote,De l'âme, II, 1, 412 b.) De même que le mouvement n'estrien horsdu mobile qui se meut,de même l'âme sensitive n'est rien endehorsde la sensibilité effectivede l'animal et ne saurait se concevoirindépendammentde la