Misère de la philosophie négro-africaine

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De 1945 à nos jours, la philosophie africaine fait penser à une "nécropologie". On se contente de regarder en arrière et de penser en arrière. On cherche une philosophie dans les mythes, les contes, les proverbes, les coutumes, les civilisations anciennes. Que ceux qui n'ont rien à dire cessent de nous éreinter avec les polémiques sur l'origine de la philosophie, les sociétés secrètes négro-africaines. Que ceux qui veulent philosopher en Afrique fassent comme Descartes, qui rédigeait son autobiographie intellectuelle et ses traités de métaphysique à la première personne du singulier.

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Ajouté le 15 octobre 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782140049293
Langue Français
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ancestrales, au nom de la tribu, au nom de la fierté continentale, au nom
Que ceux qui n’ont rien à dire cessent de nous éreinter avec les définitions labyrinthiques de la philosophie, les polémiques soporifiques sur l’origine
Etudes africaines
Série Philosophie
Auguy M
Misère de la philosophie négroafricaine
Misère de la philosophie négro-africaine
Collection « Études africaines » dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
Edwige KOUADIO,Du fosterage à l’adoption plénière.L’adoption des enfants de la pouponnière d’Adjamé (Abidjan, Côte d’Ivoire),2017. Patrice MOUNDZA, Le quotidien des artères urbaines du Congo, 2017. Jean-Emery ETOUGHÉ-EFÉ,Les bars populaires de Libreville. Des construits de sociabilités, 2017. Guy MVELLE et Laurent ZANG (Dir.),L’Union africaine quinze ans après, Tome 2, 2017. Guy MVELLE et Laurent ZANG (Dir.),L’Union africaine quinze ans après, Tome 1, 2017. Joachim Emmanuel GOMA-THETHET, Marcel IPARI, Raymond Timothée MACKITHA,Introduction à l’histoire et aux civilisations des peuples de la Lékoumou (Congo), 2017. Alhousseini MOULOUL,L’intégration économique et juridique en Afrique, 2017. Martial JEUGUE DOUNGUE,La garantie des droits fondamentaux au Cameroun, 2017. Mamadou Billo BARRY,Gouvernance et coopération internationale en éducation, Le cas de la Guinée, 2017. Christine THÉODORE,Objets d’initiation.Rencontre avec un chasseur dozo. Échanges d’objets d’initiation et modifications des interactions, 2017. Pierre GIGUÈRE,L’accès à l’habitat dans l’Afrique des villes. Un toit pour l’Afrique, 2017. Daniel MULENDA LOMENA EMAMBA,La gestion de l’intégration des entreprises par la préservation des écosystèmes naturels, 2017.
Auguy MAKEY
Misère de la philosophie négro-africaine
Philosophie
Du même auteur
- L’homme, le sublime zéro, Paris, éditions, collection « Recherche & Pédagogie », 2008.
L’Harmattan,
- Les épines de la couronne (Réflexion sur le pouvoir politique),Paris, éditions L’Harmattan, 2015.
- Repenser l’homme, à paraître.
Pamphlet - Lettre ouverte aux partisans de la dot, Libreville, éditions Odem, 2012.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12708-8 EAN : 9782343127088
A mon cher collègue et ami Lazare Ndayongeje, qui a bien voulu relire mon manuscrit et le mettre en forme. Qu’il trouve ici l’expression de ma reconnaissance.
CHAPITRE PREMIER Ethnophilosophie : stoïcisme à l’africaine ?L’ethnophilosophie négro-africaine, par certains de ses aspects, rappelle le stoïcisme. A l’opposé des autres courants philosophiques qui tirent leur nom de celui du fondateur (platonisme par exemple) ou de celui du concept central (existentialisme), le stoïcisme tire son nom de l’endroit où cette philosophie s’est fait connaître pour la première fois : le Portique des peintures à laStoa Poikile, à Athènes. Le stoïcisme, c’est la philosophie du Portique (Portique qui était 1 recouvert d’une peinture particulière) .Les historiens de la philosophie divisent le stoïcisme en trois phases, compte tenu de la durée exceptionnelle de ce courant philosophique qui s’est étalé sur cinq siècles !. Ancien stoïcisme : Zénon de Cittium, Cléanthe et Chrisippe, Moyen stoïcisme : Posidonius ; Panétius, Nouveau stoïcisme (sous l’empire romain) encore appelé stoïcisme impérial : Sénèque, Epictète, Marc Aurèle. Ce mouvement philosophique est né, sous l’influence, semble-t-il, des grands bouleversements que connaît la Grèce à 1 Zénon de Cittium« donnait ses cours en allant et venant dans le Portique des peintures – on l’appelle aussi (Portique) de Peisiniax, mais « Portique des peintures » à cause de la peinture de Polygnote –, voulant ainsi dire que l’endroit ne soit pas encombré d’auditeurs (…) Au reste les gens venaient écouter Zénon et c’est pourquoi ils furent appelés « ceux du Portique », comme le furent aussi les philosophes issus de lui, bien qu’ils eussent été tout d’abord appelés Zénoniens, comme le dit aussi Epicure dans sesLettres. Et auparavant étaient appelés Stoïciens les poètes qui exerçaient sous ce Portique, comme le dit Eratosthène dans le huitième livre de son ouvrage Sur l’Ancienne Comédie ; ce sont eux qui ont rendu célèbre l’expression. » Laërce (Diogène),Vies et doctrines des philosophesillustres,traduction française sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, (coll. La pochothèque), 1999, p. 792-793.
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2 la mort d’Alexandre le Grand . La dilatation de la cité grecque apporte de nouvelles attitudes chez l’individu : autarcie concep-tuelle qui marque la réaction instinctive de l’homme devant des lendemains incertains, crainte d’un esclavagisme universalisé. « L’éclatement de la cité traditionnelle favorise le repli sur soi afin d’affronter un destin, pour chacun imprévisible… Dans l’époque trouble où il prend naissance, le stoïcisme, comme l’épicurisme, est un art de vivre heureux, en dépit de tout ce qui 3 peut nous advenir ». Ce repli ira s’accentuant jusqu’à l’invasion de la Grèce par Rome. L’on verra paradoxalement les conquérants adopter cette philosophie stoïcienne qui deviendra celle de l’élite romaine. La Grèce antique est considérée par de nombreux auteurs comme la société par excellence, celle où règne l’harmonie. Société dans laquelle le sujet n’entretient aucun conflit majeur à l’égard de l’Etat. Hegel s’est fait le défenseur de cette thèse. 4 Pour Hegel, la Grèce représente le monde de la liberté . « C’est le règne de la liberté : non de la liberté déchaînée, naturelle, mais de la liberté éthique qui a un but universel, qui présuppose, veut et connaît non l’arbitraire et le particulier, mais la fin universelle du peuple lui-même. Il s’agit seulement de la belle liberté qui se trouve dans un rapport naturel, spontané avec la fin substantielle. L’union de l’ordre éthique et de la volonté subjective est ainsi faite que l’Idée s’unit à une figure plas-tique : elle ne se tient pas encore arbitrairement à part pour elle-même, mais elle est immédiatement reliée au réel, de même que
2 « La guerre du Péloponnèse et les victoires de Philippe avaient profondément démoralisé la Grèce. Les foudroyantes conquêtes d’Alexandre et la constitution de son empire avaient enlevé aux Cités leur importance. Après sa mort soudaine, les luttes entre les diadoques plongèrent les esprits dans la détresse. Il est significatif de voir se développer à ce moment le culte de Tyché, la chance, le hasard divinisé. Dans l’univers élargi, l’homme n’a plus où se prendre, et l’au-delà ne lui confère que terreurs. » Schul (Pierre Maxime), Préface du livreLesStoïciens, textes traduits par Emile Bréhier, Paris, éditions Gallimard, (coll. Bibliothèque de la Pléiade), 1962, p. XIV. 3 Rodis-Lewis (G.),La morale stoïcienne, Paris, éditions PUF, (coll. Sup), 1970. 4 Cette thèse est aujourd’hui très discutée. En effet, on sait qu’à Athènes, la liberté, les droits, n’étaient réservés qu’aux citoyens qui étaient d’ailleurs peu nombreux. Les esclaves, les femmes, les barbares et même les métèques étaient des individus de seconde zone.
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dans une belle œuvre d’art, le sensible porte l’empreinte et 5 exprime le spirituel ». Dans cette Grèce paisible, dans cet espace politico-social que Hegel appelle « monde éthique », « le tout est un équilibre stable de toutes les parties, et chaque partie est un esprit dans son élément natif, qui ne cherche plus sa satisfaction au-delà de soi, mais la possède au-dedans de soi-même parce qu’il se trouve lui-même dans cet équilibre avec le 6 tout ». La Grèce antique est donc un monde harmonieux, sécurisant ; le « monde éthique » est tout le contraire d’un monde bouleversé, contradictoire, aliénant. « Le règne éthique est alors dans sa substance un monde immaculé, qui n’est altéré par aucune scission. Son mouvement est aussi bien un calme devenir, le passage d’une de ses puissances à l’autre, en sorte 7 que chacune reçoit et produit l’autre ». Dans cette Grèce indépendante, le sujet n’est pas encore un soi exclusif, conscient de sa stricte individualité. Il se confond simplement avec les coutumes, les traditions de la cité auxquelles il ne s’oppose point. L’ordre éthique est immédiat, c’est-à-dire que l’esprit existe immédiatement. La moralité se résume à la simple coutume. La cité est pour le Grec une nécessité hors de laquelle la vie n’a guère de sens. Cité somme toute restreinte, où l’existence du sujet n’entre pas en contra-diction avec le devenir de l’Etat. Cet ordre éthique compte deux totalités spirituelles : la famille et la cité. « L’homme trouve la chair de sa chair dans la femme, mais l’esprit de son esprit dans 8 la Cité ». A ce niveau, l’harmonie entre le sujet et la cité est incon-testable. Le désaccord entre le soi et la substance n’est pas encore effectif. La religion grecque est étroitement liée à la vie. C’est la religion du peuple, un peuple libre. Le citoyen est libre
5 Hegel,La raison dans l’histoire, traduit de l’allemand par Kostas Papaioannou, Paris, Union Générale d’Edition, (coll. 10/18), 1965, p. 287. 6 Hegel,La phénoménologie de l’esprit, traduit de l’allemand par Jean Hyppolite, tome 2, Paris, éditions Aubier Montaigne, 1941, p. 28. 7 Ibidem, p. 29. 8  Hegel, Werke, éd. Lanson VII, p. 465. Cité par Jean Hyppolite dansGenèse et structure de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, Paris, éditions Montaigne, 1946. Editions Aubier, (coll. Philosophie de l’esprit), 1978, p. 330-331.
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