Où va le monde ?

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Edgar Morin cherche à renouveler nos catégories intellectuelles (pour rendre compte de la complexité du réel), à permettre l’avènement d’une nouvelle vision du monde, et c’est le fil conducteur de toute sa pensée. Il en va de la survie de l’humanité. « Plus que jamais, nous ne savons ce qui arrive et c’est cela qui arrive », sa réflexion le conduit à revisiter la notion de prospective
Où va le monde ?, extrait de Pour sortir du XXe siècle, envisage à nouveaux frais les rapports du passé, du présent et de l’avenir, se demandant où nous allons, ce que « crise » veut dire et ce que valent les vieilles idéologies politiques face aux enjeux du XXe siècle.
« Chacun de nos organismes est une république de trente milliards de cellules. Pourquoi une fédération de quelques centaines de nations et de 3 à 6 milliards d’homo sapiens, ne parviendrait-elle pas à s’auto-organiser ? Il est non seulement raisonnable, il est vital de l’envisager… »

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Date de parution 24 mars 2011
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Langue Français

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Edgar Morin Où va le monde ?
Carnets L’Herne
OÙ VA LE MONDE ?
Carnets
Carnets de L’Herne Jacques Derrida Et cetera Surtout pas de journalistes ! Les yeux de la langue Histoire du mensonge. Prolégomènes Poétique et politique du témoignage Pardonner : l’impardonnable et l’imprescriptible Qu’est-ce qu’une traduction « relevante » ? Le parjure, peut-être (« brusques sautes de syntaxe ») Paul Ricœur Discours et communication Le juste, la justice et son échec L. F. Céline À l’agité du bocal Carl G. Jung Les sept sermons aux morts E. M. Cioran Des larmes et des saints N. Chomsky et M. Foucault De la nature humaine : justice contre pouvoir A. Koestler La pulsion vers l’autodestruction
Edgar Morin, 1981 Éditions de L’Herne, 2007 22, rue Mazarine 75006 Paris lherne@wanadoo.fr
Edgar Morin
OÙ VA LE MONDE ?
L’Herne
PRÉFACE
« Aujourd’hui la bataille se mène sur le terrain de l’esprit » Edgar Morin Edgar Morin aurait pu se contenter d’être doué et de laisser à la postérité – et aux sciences sociales – quelques essais brillants sur des sujets inattendus : la mort, les stars ou la 1 rumeur . Cela aurait suffi à assurer la renom-mée d’un chercheur ordinairement inventif. Mais quel est l’ordinaire d’un pourfendeur d’idées rebattues, qui plus est « affecté d’une résistance quasi biologique de l’esprit » ? Bardé d’aucun des titres qui font générale-ment une carrière universitaire, au sortir d’une guerre qu’il fit en franc-tireur, Edgar Morin a construit dans la solitude, patiemment, une
1.L’Homme et la mort(1951) ;Les Stars(1957) ; La Rumeur d’Orléans(1969).
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œuvre originale, l’une des plus fortes de notre époque, qui fait de lacomplexitéun problème fondamental et un nouveau paradigme. Les représentations traditionnelles de l’homme ont participé à le morceler, à le frag-menter, le privant de sa richesse multidimen-sionnelle (son identité est à la fois biologique, psychologique et sociale). Il s’agit maintenant et urgemment de relier, d’articuler ce que les humanités et les sciences classiques avaient dispersé. Entreprise considérable qui mobilise tous les savoirs disponibles et exige la mise en place de nouveaux modes de pensée. Claude Lévi-Strauss disait que le but des sciences de l’homme n’est pas de révéler l’homme mais de le dissoudre. Edgar Morin cherche au contraire à lui redonner vie et chair, en le replaçant dans le grand roman du monde. L’homme doit êtreenrichide toutes ses contradictions. La pensée doit se faire « dia-logique », capable de laisser flotter les contrai-res, qui se complètent et se combattent. C’est ce qu’enseignait déjà Héraclite : « Vivre de mort et mourir de vie. » L’homme n’est pas seulementsapiens »homo « (en tant qu’il sait et qu’il sait qu’il sait),« faber »(fabricateur) ou «œconomicus »(calculateur et mû par le
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PRÉFACE
« Aujourd’hui la bataille se mène sur le terrain de l’esprit » Edgar Morin Edgar Morin aurait pu se contenter d’être doué et de laisser à la postérité – et aux sciences sociales – quelques essais brillants sur des sujets inattendus : la mort, les stars ou la 1 rumeur . Cela aurait suffi à assurer la renom-mée d’un chercheur ordinairement inventif. Mais quel est l’ordinaire d’un pourfendeur d’idées rebattues, qui plus est « affecté d’une résistance quasi biologique de l’esprit » ? Bardé d’aucun des titres qui font générale-ment une carrière universitaire, au sortir d’une guerre qu’il fit en franc-tireur, Edgar Morin a construit dans la solitude, patiemment, une
1.L’Homme et la mort(1951) ;Les Stars(1957) ; La Rumeur d’Orléans(1969).
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clé pour le millénaire à venir d’une véritable politique de civilisation.
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François L’Yvonnet
OÙ VA LE MONDE ?
L’interdépendance
passé/présent/futur
La prospective des années soixante posait que le passé était archiconnu, que le présent était évidemment connu, que le socle de nos sociétés était stable, et que, sur ces fondements assurés, l’avenir se forgeait dans et par le déve-loppement des tendances dominantes de l’éco-nomie, de la technique, de la science. Ainsi, la pensée techno-bureaucratique croyait qu’elle pouvait prévoir l’avenir. Elle croyait même, dans son optimisme débile, que le e XXIsiècle allait cueillir les fruits mûrs du pro-grès de l’humanité. Mais, en fait, les prospectivistes ont édifié un futur imaginaire à partir d’un présent abstrait. Un pseudo-présent engraissé aux hormones leur a tenu lieu de futur. Les outils grossiers, mutilés, mutilants qui leur servent à percevoir,
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concevoir le réel les a rendus aveugles non seu-lement à l’imprévisible, mais au prévisible. Je ne résiste pas au plaisir de reciter l’expert des experts, Robert Gibrat, président des Sociétés statistiques de France : « Les experts se sont régulièrement trompés depuis vingt ans. » C’est qu’ici encore, et surtout, il faut, pour concevoir le devenir historique, substituer une conception complexe à la conception simpliste régnante. La conception simpliste croit que passé et présent sont connus, que les facteurs d’évolution sont connus, que la causalité est linéaire, et, par là, que le futur est prédictible.
En fait, il y a toujours un jeu rétroactif entre présent et passé, où non seulement le passé contribue à la connaissance du présent, ce qui est évident, mais aussi où les expériences du présent contribuent à la connaissance du passé, et par là le transforment.
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