//img.uscri.be/pth/a0ba1b56f4ea7faa65800f4029ab308f8dd03ebd
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Ouverture spirituelle de la formation

De
202 pages
La démarche engagée par l' auteur dans une quête d'un sens spirituel de la formation l'amène à interroger à nouveau ce que l'on entend par formation. Une dimension fondamentale de l'action est d'être formatrice et évolutive. Interroger notre expérience spirituelle, c'est chercher à découvrir ses moments d'ouverture au sens spirituel de nos activités.
Voir plus Voir moins
L’OUVERTURE SPIRITUELLE DE LA FORMATION
Bernard Honoré, psychiatre et philosophe, est l’auteur de nombreux ouvrages sur la formation, le soin et la santé. Il a dirigé durant trente ans l’Institut de formation et d’études psychosociologiques et pédagogiques (IFEPP).
Bernard HONORÉ
L’OUVERTURE SPIRITUELLE DE LA FORMATION
Préface de Pascal Galvani
L’OUVERTURE SPIRITUELLE DE LA FORMATION
L’OUVERTURE SPIRITUELLEDE LA FORMATION
Du même auteur :Pour une théorie de la formation.Payot, 1977, tr. esp.Pour une pratique de la formation. La réflexion sur les pratiques.Payot, 1980.L’hôpital et son projet d’entreprise. Vers l’œuvre de santé. Privat, 1990. Sens de la formation, sens de l’être. En chemin avec Heidegger.L’Harmattan, 1990. Vers l’œuvre de formation. L’ouverture à l’existence. L’Harmattan, 1992. La santé en projet.InterÉditions Masson, 1996, tr. port. Etre et santé. Approche ontologique du soin.L’Harmattan, 1999.Soigner. Persévérer ensemble dans l’existence.Seli Arslan, 2001, tr. port. Pour une philosophie de la formation et du soin. L’Harmattan, coll. « Ouverture philosophique », 2003. L’épreuve de la présence. Essai sur l’angoisse, l’espoir et la joie.L’Harmattan, coll. « Ouverture philosophique », 2005. Résonances. Avec Heidegger et Teilhard de Chardin.Éditions Aubin, 2008.Lecture de Teilhard de Chardin. L’ouverture de la pensée et de la foi.Éditions Aubin, 2008. Ouverture spirituelle. Avec Bergson et Teilhard de Chardin.Éditions Aubin, 2009. Le soin en perspective. Au cœur d’un humanisme humanisant.Seli Arslan, 2009. L’esprit du soin. La dimension spirituelle des pratiques soignantes. Seli Arslan, 2011. La mise en perspective formative. A l’épreuve d’une rétrospective existentielle.Préface de Pierre Dominicé, L’Harmattan, 2012. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00329-0 EAN : 9782343003290
BernardHONORÉ
L’OUVERTURE SPIRITUELLEDE LA FORMATIONPréface de Pascal Galvani
Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau avec la collaboration de Pierre Dominicé (Un. de Genève), Martine Lani-Bayle (Un.de Nantes), José Gonzalez Monteagudo (Un. de Séville), Catherine Schmutz-Brun (Un. de Fribourg), André Vidricaire (Un. du Québec à Montréal), Guy de Villers (Un. de Louvain-la-Neuve). Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le voletFormations'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le voletHistoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens. Dernières parutions Volet :Formation Marie Christine NOIREAUD,De Pondichéry à Paris, parcours de femmes en formation, 2013.Martine LANI-BAYLE, Gaston PINEAU, Catherine SCHMUTZ-BRUN (coord.),Histoires de nuits au cours de la vie, 2012. Bernard HONORÉ,La mise en perspective formative, 2012. P. GALVANI, Y. de CHAMPLAIN, D. NOLIN, G. DUBÉ (coord.),Moments de formation et mise en sens de soi, 2011. Micheline THOMAS-DESPLEBIN,Les Thomas, une faille nombreuse e en milieu rural au XX siècle, 2011. Marie-Christine JOSSO,Expériences de vie et formation, 2011. Jean-Claude GIMONET (dir.),Maison Familiale Rurale de Férolles, Les clés du devenir, 2011. Martine LANI-BAYLE (dir.), Philippe MONTAIREAU, Carole BUFFA-POTENTE,André de Peretti, pédagogue d’exception. Regards croisés sur l’homme aux mille et un rebondissements, 2011.
Préface
L’homme existe en formation. Il n’en décide pas. Ce qu’il faut décider, ce sont les condi-tions de son existence formative. Ainsi, lors-qu’on parle d’actions de formation, il convien-drait de considérer qu’il s’agit d’actions portant sur les conditions favorables au dévoilement de la formation dans notre existence. (Honoré 1992)
Disons-le directement et simplement : ce livre est très im-portant. Il est l’approfondissement d’une démarche théorique développée depuis quarante ans dans le champ de la formation par Bernard Honoré au fil des seize ouvrages précédents. Cette démarche théorique est réflexive, c’est une pratique réfléchie, explicitée puis théorisée. Il ne s’agit pas ici de définir la forma-tion à partir d’une philosophie ou de théories préétablies qui risqueraient d’en limiter la compréhension, mais à partir du dévoilement de son expérience elle-même. Qu’est-ce que la formation pour un être humain ? C’est fi-nalement autour de cette question prise dans son sens le plus radical que s’organise ce nouvel ouvrage de Bernard Honoré. L’interrogation radicale prend aussi une dimension critique en refusant de limiter la formation aux pratiques sociales qui l’instrumentalisent par la séparation arbitraire des dimensions personnelles et professionnelles. Il s’agit donc de s’interroger sur la formation pour en déceler l’essence et les potentiels de sens. L’exploration du sens de la formation se nourrit ici autant de la réflexion sur l’expérience concrète que des apports théo-riques des sciences et de la philosophie. Ce faisant, Bernard Honoré illustre magnifiquement la double hélice de la dé-marche herméneutique qui entrelace alternativement l’exploration phénoménologique de l’expérience vécue et sa compréhension herméneutique par l’exploration des produc-tions scientifiques, philosophiques et artistiques qui peuvent
5
l’éclairer. Ici chaque spirale réflexive d’approfondissement intérieur se double d’une spirale dialogique d’appropriation des référents culturels qui permettent de la mettre en mots. C’est ainsi que Bernard Honoré, tout en exprimant la richesse de ses nombreuses années d’expérience dans le champ des pra-tiques de formation, nous permet aussi de revisiter les apports philosophiques d’Aristote, Hegel, Heidegger, Gadamer, Blon-del, Jaspers et Lavelle autant que les apports scientifiques de Bateson, Morin, Pineau, ou Fabre. La formation comme ouverture à la vie vivante La formation est ici définie comme « prise de forme ». C’est la mise en sens et en forme d’un être dans son interaction perma-nente avec l’environnent physique et social (Galvani P., Nolin D., De Champlain Y., & Dubé G., 2011). La formation est irré-ductiblement liée à l’émergence du sens dans l’expérience. Pour Honoré, ce dont il est question, ce n’est rien de moins que la prise de conscience du processus de l’évolution dans l’expérience humaine. Au cœur de la démarche de Bernard Honoré se trouve une conception fondatrice de la formation comme ouverture à la vie vivante. Cette posture fondamentalement existentielle reconnaît la présence d’une vie vivante qui sourd en dessous des habi-tudes héritées, en deçà et au-delà de la vie banale quotidienne. Cette intuition essentielle qui m’a toujours attiré dans les tra-vaux de Bernard Honoré entre en résonnance avec l’idée taoïste de marche dans la vie ouverte que présente brillamment François Cheng. Pour François Cheng, « nous sommes là pour vivre, en tendant vers une vie toujours plus élevée, plus ou-verte » (Cheng, 2006). La formation, c’est le cheminement vers la vie ouverte porté par la dynamique de déploiement de chaque être. Dans la perspective taoïste chinoise cette dyna-mique de formation se confond avec le Tao : la Voie.
La vraie beauté est celle qui va dans le sens de la Voie, étant entendu que la Voie n'est autre que l'irrésistible marche vers la vie ouverte, un principe de vie qui maintient ouvertes toutes ses promesses. (Cheng, 2006)
6
Mais si cette vie vivante est immanente à l’existence elle n’est pourtant pas accessible sans un travail sur soi. Rappelons ici la belle citation de Dostoïevski qu’évoque Alexandre Lhotellier dans ses écrits sur les haïkus en formation d’adulte.
-"Qu'est-ce donc, d'après vous, que cette vie vivante ?" -"Je ne sais pas non plus, Prince, je sais seulement que ce doit être quelque chose d'infiniment simple, de tout à fait ordinaire, qui saute aux yeux chaque jour, à chaque minute. Si simple que nous avons peine à croire que ce soit si simple, et que nous pas-sons naturellement devant depuis bien des milliers d'années sans le remarquer, ni le reconnaître." (Dostoïevski,L'Adoles-cent)
La formation comme transformation créatrice
Il faut donc ré-ouvrir l’accès à la vie vivante par une pratique de soi que Michel Foucault qualifiait précisément de spirituelle. Dans sonHerméneutique du sujetprésente le travail Foucault du sujet sur lui-même comme une émancipation spirituelle. Le mot spirituel ne désigne pas ici un ancrage religieux mais sim-plement le travail sur soi, la transformation de soi, nécessaire au dépassement des illusions liées à l’égocentrisme.
Je crois qu’on pourrait appeler « spiritualité » la recherche, la pratique, l’expérience par laquelle le sujet opère sur lui-même les transformations nécessaires pour avoir accès à la vérité. La vérité n’est donnée au sujet qu’à un prix qui met en jeu l’être même du sujet. Car tel qu’il est, il n’est pas capable de vérité. (…) il ne peut pas y avoir de vérité sans une conversion ou sans une transformation du sujet. (Foucault, 2001)
Bernard Honoré, plus inspiré par la phénoménologie her-méneutique de Heidegger, considère que cette vie vivante est recouverte par une vie inauthentique constituée d’actions pas-sives, réactives, répétitives et conformistes. Cette vie inauthen-tique que Heidegger appelle celle du « on ».
Constituant la manière d’être caractéristique de l’homme en tant qu’être-au-monde, l’existence est selon Heidegger, une possibilité d’être authentique ou inauthentique, comme c’est le
7
plus souvent le cas lorsqu’elle est déchue dans la quotidienneté du on. (Honoré dans ce volume, conclusion du chapitre 3)
Dans cette perspective, la pratique de la formation est es-sentiellement une réflexion sur la pratique pour ouvrir la com-préhension du sens de l’expérience vécue (Honoré, 1992). Agir en formation consiste donc à développer les aspects suivants :
- créer les conditions favorables au dévoilement de la formation (ou à l’ouverture à l’existence) ; - mettre des pratiques en questions ; - développer le sens formateur essentiel de toute production ; - découvrir l’origine interformative de toute pratique ; - laisser se manifester la présence à une situation ; - trouver les situations d’une interpellation mutuelle ; - laisser se déployer l’intercompréhension de ce qu’il y a à comprendre dans une situation ; - trouver sa manière d’exister en un lieu. (Honoré, 1992) L’orientation de la formation est ici toujours une ouverture de l’horizon du sens. Il s’agit d’ouvrir les possibilités de dé-ploiement de sens dans l’actualisation d’une cohérence person-nelle, d’une authenticité dans la présence à soi, au monde et aux autres. C’est précisément par son exigence d’authenticité dans la présence que la formation suppose une ouverture spiri-tuelle. Pratique réflexive de transformation de soi, la formation a partie liée avec ce que Pierre Hadot nomme les exercices spirituels d’une philosophie existentielle envisagée comme ma-nière de vivre (Hadot, 2001; Hadot, 2002). Enracinée dans une visée existentielle la formation se confond avec une philosophie pratique, c’est-à-dire une compréhension (herméneutique) du sens de l’expérience vécue.
(…) comprendre, là où ça réussit, signifie un s'apercevoir(In-newerden)qui entre à titre de nouvelle expérience dans le tout de notre propre expérience spirituelle. Comprendre est une aventure et s'avère, comme toute aventure, dangereuse. (…) Car tout ce que la compréhension médiatise est médiatisé avec nous-mêmes. (…) Comprendre est justement plus que l'applica-tion experte d'un savoir faire. Il est toujours aussi acquisition d'une compréhension de soi élargie et approfondie. Mais cela
8
veut dire: l'herméneutique est philosophie et, comme philoso-phie, philosophie pratique. (Gadamer, 1990) Mais si l’interprétation compréhensive de l’expérience est bien une auto-transformation, elle n’est jamais une « solo-formation ». Avec Bernard Honoré la formation est toujours envisagée en dialogue avec d’autres. Dans une proximité re-vendiquée avec la démarche d’histoire de vie en formation dé-veloppée par Gaston Pineau, nous sommes ici dans une pers-pective personnaliste intersubjective qui évite les dérives de l’individualisme (Pineau G. & Marie-Michèle, 2012). Le soi-même est une originalité en relation, il n’est pas à chercher dans une intériorité coupée du monde. Le soi-même, comme l’esprit, est une circulation, il se manifeste dans les relations (Bateson, 1977).Marier rigueur conceptuelle, amour de la vie et ouverture d’espritSoulignons que dans ce livre, Bernard Honoré nous offre aussi une synthèse très lisible des différentes perspectives philoso-phiques (phénoménologique, herméneutique, pragmatique, critique et existentielle) qui permettent d’éclairer les pratiques de formation. Du côté des sciences, les références théoriques s’enracinent dans les approches systémiques où l’esprit est envisagé comme reliance co-formatrice de soi, du monde et des autres (Bateson, Morin, Pineau, Fabre, Dominicé). Bernard Honoré participe depuis plusieurs décennies à l’émergence des sciences de la formation dans une épistémologie de la com-plexité qui intègre le sujet connaissant dans les processus de connaissance (Morin, La méthode, 2008). Avec la multiplication des pratiques et l’importance de ses récents développements, la formation ne peut plus se passer d’une théorisation. Mais cette théorisation ne peut pas faire l’impasse d’une posture en première personne, pour être ca-pable de rendre compte de l’expérience de conscientisation du sujet (Vermersch, 2011).
9