Paul Ricur et le paradoxe de la chair
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Paul Ricur et le paradoxe de la chair

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Description

Cet ouvrage veut montrer que Le paradoxe de la chair chez Paul Ricœur, fruit de l'exercice méthodique d'une ontologie fondamentale croisant phénoménologie et philosophie concrète de l'existence, est un dépassement qui serait, depuis l'écriture de la Philosophie de la volonté (1950), une riposte aux alternatives ruineuses du rationalisme, du vitalisme et de l'existentialisme.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2009
Nombre de lectures 75
EAN13 9782296237780
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À la mémoire de mon père

Jean-Marie TIAHA

J’exprime ma gratitude aux professeurs Charles ZacharieBOWAO et
Jean-Claude BAYAKISSA, auxenseignants de la Formation
Doctorale de Philosophie de l’Université Marien Ngouabi de
Brazzaville, ainsi qu’auxfrères dominicains qui de manière directe ou
indirecte m’ontaidé à la préparation de cetouvrage.

INTRODUCTION

e
Paul RICŒURsiècle à la foisest un philosophe du XX
admiré pour la clarté de son écriture philosophique et
critiqué à cause de la complexité pluridisciplinaire de sa
pensée considérée comme «éclectique »et trop
« œcuménique ».La tonalité disparate et composite de sa
philosophie rend difficile la délimitation de son unité
thématique. La thématique du travail de recherche
philosophique que nous envisageons est ainsi formulée:
Paul RICŒURet le paradoxe de la chair. Brisure et Suture.
Par son expression, elle veut être la formulation d’une
nouvelle hypothèse de recherche philosophique dans
l’œuvre de RICŒUR.
La dispersion de l’œuvre de RICŒURne doit en rien
constituer un obstacle à sa lecture rigoureuse. Notre
hypothèse de recherche est essentiellement axée sur la
question philosophique de la chair. Nous faisons l’option
de circonscrire le corpus spécifique de travail sur la base
du critère de la phénoménologie mise au service de
l’ontologie fondamentale de l’agir.
LaPhilosophie de la volonté(1950) etSoi-même
comme un autre(1990) constitueront ainsi les sources
fondamentales de notre étude. Il est vrai que
l’herméneutique peut être aussi mise au service de cette
ontologie fondamentale de l’agir. Mais nous la garderons
entre parenthèses jusqu’au moment où elles seront levées.
La formulation thématique de «la brisure et de la
suture »a une résonance «clinique ». Ilpeut paraître
surprenant que ces termes réservés à la pratique médicale
soient appropriés pour donner le fil directeur de la
compréhension d’une philosophie. Pourtant, le constat de
la brisure et l’opération de la suture traversent, travaillent
et commandent souterrainement la phénoménologie
herméneutique de RICŒUR. La brisure et la suture, il faut
9

le reconnaître, n’ont jamais fait l’objet d’un traitement
explicite et thématique dans l’œuvre de ce philosophe.

Phénoménologie comme questionnement clinique

Il n’est pas étonnant, en partant du thème de la brisure
et de la suture, de constater que RICŒURcompare son
diagnostic du rapport de la liberté à la chair dans la
Philosophie de la volontéà celui d’un médecin :

«Ce rapport n’est point a priori, mais lentement formé par un
apprentissage de signes. Cette sémiologie, que nous exerçons
ici au bénéfice du Cogito, est exercée par le médecin au
bénéfice de la connaissance empirique, un vécu dénonçant un
fonctionnement ou un trouble fonctionnel de ce
corps1
objet ».

Est-il possible de faireune phénoménologie comme
questionnement« cliniqude l’êe »tre-au-monde dumode
humain de l’existence ? Aumoyen de cette question, nous
formulons provisoirement une esquisse de l’hypothèse
déjà annoncée. Toutl’itinéraire philosophique de RICŒUR
estentièrement traversé de parten partd’une manière
répétitive par le constatphénoménologique de
l’éclatementde l’être en son dire eten son faire.
Ainsi, la disparité, la diversité de sa pensée etles
variantes méthodologiques de sa réflexion philosophique
ontsemble-t-il suivi etépousé ce mouvement
phénoménologique de la brisure de l’être pour en suturer,
aumoyen dulangage etde l’action, l’unité possible du
sens de l’être, comme horizon d’une ontologie implicite
qui sera mise en exergue aucours dudéveloppementnotre
travail philosophique.

1
RICŒUR, (P.),La philosophie de la volonté.I :Le Volontaire et
l’Involontaire, Paris, Aubier, 1950, p.16.
10

La présence implicite du thème de la brisure et de la
suture dans son œuvre exige une justification qui fera
sortir ce thème du non-dit d’une pensée, pour en être une
approche explicite et décisive de la lecture d’une œuvre
aussi immense.Dès le départ, la philosophie de RICŒUR
2
s’annonce commeune réflexion sur le soiqui seveut
«une expérience intégrale ducogito(qui) enveloppe le je
désire, je peux, jevis et, d’une façon générale, l’existence
3
comme corps » .
Penser lecogitocommeuneexistenceincarnéeveut
dire articuler le corps etle sujetqui sontsouventapposés
l’un sur l’autre. Cette apposition estla conséquence d’une
lecture dualiste ducogitoincarné. Ilya, d’un côté, le
corps d’un sujet, etde l’autre,un corps-objetanonyme
posé dans le monde.
Il convient, en reprenantle propos de RICŒUR, de faire
remarquer la difficulté d’une compréhension dualiste de
l’incarnation ducogitoLe corps comme corps d’: «un
sujetetle corps comme objetempirique anonyme ne
coïncidentpas. On peutsuperposer deuxobjets, mais non
un momentducogitoet un objet. Le corpsvécuest
4
réciproque d’une «tenue » de lavolonté » .
Apparaît, dès lors, la question de la séparation du
cogitoavec le corps. Le désir n’estpasune décision,
l’intention n’estpastoujours pouvoir de mobilité ducorps,
la nécessité n’estpas le librevouloir.

2
Audébutde sa réflexion philosophique dès 1950, le soi désignaitle
sujetdans laPhilosophie de la volonté. Mais, dès 1986 dans les
Gifford Lectures, P. RICŒURs’approprie le conceptdusoi, ausens
d’ipséité, comme l’existential le plus fondamental de son ontologie,
emprunté au§ 64 deÊtre et Tempsde HEIDEGGER(Cf.Soi-même
comme un autre, Seuil, Paris, 1990, p.359).
3
RICŒUR, (P.),La philosophie de la volonté.I :Le Volontaire et
l’Involontaire, p. 13.
4
Ibid., p. 15.
11

Au-delà d’une lecture dualiste opérée par
l’entendementdiviseur, depuisDESCARTESetKANT,
RICŒURémetl’hypothèse d’une brisure ducogitoetde
5
l’être : le «Cogito estintérieurementbrisé »,d’une part,
6
etd’autre part, l’« existencet».end à se briser
Pour ce qui relève ducogito, sa brisure estl’expression
d’une réflexion, comme reprise sur soi de la conscience,
qui exclutle corps etle monde, pour faire cercle fermé
avec elle-même. En cela, la brisure estradicalement une
« perte d’êtdès lors, qre »,ue lecogitocesse d’êtreune
existenceincarnée dans le monde. La brisure courtdans
l’œuvre de cetauteur.

« J’aiparlé, ditRICŒUR, dans la préface de cetouvrage de
Cogitobrisé pour dire cette situation ontologique insolite. Il
fautajouter qu’elle faitl’objetd’uneattestation elle-même
brisée,en ce sens que l’altérité jointe à l’ipséité, s’atteste
seulementdans des expériences disparates, selonune
7
diversité de foyers d’altérité ».

Devantcette menace de la brisure radicale de l’être,
comme risque dunon-sens, il convientde réaffirmer la
véhémence ontologique de la suture.

5
Ibid., p. 17.
6
Ibid., p.21.
7
RICŒUR, (P.),Soi-même comme un autre, p.368.
12

La suture en question est envisagée par RICŒURcomme
réconciliation, restauration, jointure de l’être en ses lieux
de fragilité. Il s’agit d’une suture comme tissage de l’unité
de l’être, du soi, du corps et du monde.Elle estla couture
dupossible du vouloir (cogito) avec les possibles du
8
monde dans la pâte de l’exist.ence par l’agir
Atravers la phénoménologie duVolontaire et de
l’Involontaire, RICŒURinaugureunvaste programme
d’élaboration d’une ontologie.

« Uneontologie paradoxale n’estpossible que secrètement
réconciliée. La jointure de l’être estaperçue dansune
intuition aveuglée qui se réfléchiten paradoxe. (…) Ainsi
cette étude du volontaire etde l’involontaire est une
contribution limitée àun dessein plusvaste qui serait
l’apaisementd’une ontologie paradoxale dansune ontologie
9
réconciliée ».

La réflexion pure, comme phénoménologie dusoi, fait
le constatde la brisure de l’être qui la rend non
transparente à elle-même. Lecogitoéprouve, par la
conscience de la brisure, ses propres limites etdécouvre
qu’il estposé dans l’être avantmême qu’il ne se pose et
n’habite le langage avec lequel il signifie symboliquement

8
RICŒUR, (P.),La philosophie de la volonté.I.Le Volontaire et
l’Involontaire, p. 53. L’auteurutilise leverbe coudre pour désigner la
suture :« Eneffetl’accord de mes possibilités propres avec les
possibilités dumonde seraitincompréhensible si les œuvres de
l’homme etl’ordre dumonde ne devaientêtre pétris dansune même
pâte d’existence par letruchementde la motionvolontaire ; le possible
que je projette etcelui que je découvre sontcoususensemble par
l’action (souligné par nouAilles). »urs, il envisage l’imagination
comme la couture du vouloir etducorps (p. 104). Le conceptde
suture estexplicitement utilisé à la page 133. La suture, comme
réconciliation, s’opère dans l’acte (p. 172) avecune certitude (p. 136 ;
150; 178 ; 186 ;203;330-331).
9
Ibid., p.22.

13

l’être. La brisure de l’existence incarnée ducogitol’ouvre
à la quête du sens de l’être.

La médiation de la chair

RICŒURreconnaît que son entreprise de mettre en
œuvre une ontologie est proche de celle de HEIDEGGER
dansÊtre et Temps, même si les perspectives sont très
différentes dans la mesure oùil emprunte, contrairementà
lavoie courte de celui-là, lavoie longue de la
méthodologie pointant vers l’ontologie. Il souligne qu’il
s’agitd’«une ontologie dans la mouvance de la
10
phénoménologie dusoi ». Le conceptfondamental de
l’ontologie ricœurienne estemprunté à HEIDEGGER:

« Lesoi – leSelbst– est un existential, c’est-à-dire qu’il est
auDaseince que les catégories sontauxétants que
Heidegger range sous la rubrique duVorhandenetdu
Zuhanden. On peutd’ailleurs suivre le fil qui courtdansÊtre
et Temps, depuis l’assertion de la « mienneté » duDasein, en
passantpar la question : qui estleDasein?jusqu’aupointde
jonction entre souci etipséité. En ce sens, je reconnaisune
parenté certaine entre la catégorie de mêmeté, dans le
contexte de mes analyses, etcelle de Vorhanden (sous la
11
main)/Zuhanden (à portée de la main)».

RICŒURva écrireuntexte, intitulé «L’attestation :
entre phénoménologie etontdans leqologie »,uel il
conjoint une double problématique méthodologique. La
première estaucroisementde la phénoménologie etde
l’ontologie :

10
RICŒURL’a, (P.) «ttestation : entre phénoménologie etontologie »,
inPaul Ricœur. Les métamorphoses de la raison herméneutique,
Actes ducolloque de Cerisy-la-Salle 1-11 août1988, Sous la direction
de J. GREISCHetR. KEARNEY, Paris, Cerf, 1991, p.396.
11
Ibid., p.397.

14

« A cetégard, cetessaiveutépouser la pente qui inclineune
phénoménologie, ausens le plus précis de la description de ce
qui apparaît,tel que cela se montre,versune ontologie, au
sens dudiscernementdumode d’être adjointé à ce qui
12
apparaît».

D’entrée de jeu, il faut signaler que chez RICŒUR
l’action est événement arrivant dans le monde et
l’événement est action. Le mouvement du parcours semble
ainsi indiqué: un mouvement qui va de la
phénoménologie du soi vers l’ontologie de
l’actepuissance, c’est-à-dire l’ontologie de l’événement. Mais il
est impulsé, soutenu et tendu par le mode épistémologique
de cette phénoménologie: l’attestation.Elle estainsi
définie :« Parattestation, écritRICŒUR, j’entends la sorte
d’assurance, deconfianceque chacun a d’exister sur le
13
mode de l’ipséité».
La seconde tient au fait que cette assurance n’est pas
une certitude dans la mesure oùelle ne marque pas
l’inscription de lavérité dans le registre de lavérification,
mais dans le registre de la reconnaissance. Ducoup, il
affirme sa conviction selon laquelle l’attestation aune
visée ontologique quitraverse l’apparaître duphénomène
soi.Ainsi la relation triangulaire entre phénoménologie du
soi, ontologie de l’acte et épistémologie de l’attestation
annonce l’ontologie fondamentale de l’agir:
« Soi/acte/attestation :c’est entre ces trois pôles que la
14
pensée va circuler».
RICŒURse réapproprie les catégories de l’être chez
ARISTOTEpour élaborer l’ontologie fondamentale de l’agir
mise en œuvre dans sa philosophie. Lestransitions de
glissementd’un mode d’être dusoi àun autre deviennent

12
Ibid., p.381.
13
Ibid., p.381-382.
14
Ibid., p.383.

15

raffinées. Comment l’attestation du soi assure-t-elle ces
transitions et transformations modales ?
La nouvelle orientation de la phénoménologie
herméneutique, allant du soi à l’acte par l’ancrage
ontologique de l’attestation, pourrait faire penser que
l’ontologie occupe une position finale. Ce qui semble être
confirmé par la position qu’occupe la dixième et dernière
étude intitulée «Vers quelle ontologie» dansSoi-même
comme un autre.
Une question permet d’éprouver la transition du
glissement de la phénoménologie du mode d’être du soi à
l’ontologie de l’acte-puissance: quel est le lieu
ontologique de l’ancrage de l’attestation permettant la
reconnaissance de soi par identification et désignation en
face de la menace de la perte d’être que constitue la
brisure inhérente au mouvement d’incarnation ducogito
dont le soi, pour cette raison, est éprouvé par la résistance
de la chair, lors de sa traversée vers l’acte comme
événement ?
Si la chair est bien le lieu ontologique de l’ancrage de
l’attestation du mouvement d’incarnation du soi vers l’acte
comme événement, elle est alors, en tant que corps propre,
selon le propos de RICŒUR, ce «point perspective
15
insubstituable ».
La corporéité s’annonce phénoménologiquement
comme un phénomène à double entrée : «à savoir, qu’il y
ait ici et maintenant un corpsetque je sois ce corps
16
(souligné par l’auteur)» .Il convient de constater que
cette double entrée de la corporéité, en tant que chair, n’est
pas aussi simple à clarifier d’après ce texte d’un auteur,
comme Ricœur, réputé pour la clarté de son propos. Il veut
souligner, d’un côté, la présence objective d’un corps
anonyme situé dans l’espace et le temps, et, de l’autre,

15
Ibid., p. 388.
16
Ibid.

16

l’identification et la désignation d’appropriation subjective
de ce corps-là par un sujet.
On peut dès lors préciser la double entrée de la
corporéité. La première voie d’entrée de la corporéité
appartient à la structure ontologique dumonde-de-la-vie,
selon l’expression de HUSSERL, oude l’être-au-monde,
selon l’expression de HEIDEGGER. La seconde entrée est
celle de la corporéité sous le mode de son appartenance au
monde dusoi. La corporéité estdonc partagée entre
l’êtreau-mondeetl’être-au-soi.Autrementdit, la chair est
l’« interface » entre le soi etle monde. Comment, dans son
ontologie, RICŒURparvient-il à la jonction oula suture
entre le soi etl’être-au-monde, selon l’unité analogique de
l’agir dontle mode d’être se ditde multiples manières ?

« Dèslors qu’il n’est répondu à la question qui? que par le
détour de la question quoi?, de la question du pourquoi?,
l’être du monde est le corrélat obligé de l’être du soi. Pas de
monde sans un soi qui s’y trouve et y agit, pas de soi sans un
17
monde praticable en quelque façon ».

Cette clarification de la venue du soi et de la venue du
monde à la chair, comme point perspective commune de
rencontre, permet d’envisager les coordonnées
constitutives de l’ontologie fondamentale de l’agir.Elle
veutêtre, ausens kantien du terme,une condition de
possibilitéa prioristructurantl’avènementde l’événement
de la parole etde l’action dans le monde.Cette ontologie
fondamentale de l’agir a pour point de départ le fait qu’il y
a une relation réciproque entre le mode d’être du monde et
le mode d’être du soi par la médiation du mode d’être de
la chair.
La relation réciproque est même dialectique dans la
mesure où, d’une part, le monde n’estmonde que par la

17
RICŒUR, (P.),Soi-même comme un autre, p. 360.
17

présence du soi qui s’y manifeste comme motif et cause de
l’événement, et d’autre part, le soi n’est soi que si le
monde ne vient à lui que comme horizon du praticable
possible conditionnant l’avènement de l’événement.
Le mode d’être du soi, en s’appuyant sur la chair
comme son point perspective, suppose la totalité du
monde qui est l’horizon de son penser, de son faire, de son
sentir. Il y a là chez RICŒURune mise en relation entre
l’ontologie du soi et l’ontologie de l’agir (parole et action)
comme événement par l’entremise d’une ontologie de la
chair et de l’être-au-monde.
Le croisement de cette triple ontologie oriente l’angle
d’attaque de notre problématique et circonscrit en même
temps notre champ d’étude: Comment la rencontre entre
l’être au monde et l’être du soi dans la chair se réfléchit,
s’interprète et se reflète dans l’événement de l’agir pour
dire le vécu existentiel (le bonheur et la souffrance) ?
La problématique est exprimée ici sous sa forme
nodale. Mais une lecture du corpus ricœurien conduit au
constat selon lequel, d’une manière dominante, mais non
exclusive, cette problématique est souvent dénouée et
orientée dans la direction suivante : Comment le soi
vientil à des actions-événements dans le monde ? Orienter ainsi
la problématique revient à analyser le mouvement
d’incarnation ducogitoà trois niveaux : la chose, le
corpschair et le monde. Comment lecogitodevient une chair
vivante chargée d’existence et de sens ? Comment le désir
vient-il à l’événement de l’action ? Comment l’intention/la
volonté (le verbe silencieux) se fait chair dans l’événement
d’action ?

18

La triple incarnation et les trois figures du paradoxe de
la chair : brisure-suture

La démarche ricœurienne consiste à mettre en exergue
une altérité prime à soi comme incarnation qui consiste à
retrouver un soi plus profond que le moi. N. DEPRAZ
18
rattache cette démarche àSoi-même comme un autre.
Mais il convientde faire remarquer que l’incarnation
trouve son pointde départplustôtdans laPhilosophie de
la volonté: «Pourun être incarné, la liberté est
tincarnaemporelle ;tion et temporalité sont une seule et
19
même condition hu.maine »
Letriple processus phénoménologique d’incarnation du
cogito(chose, corps-chair etmonde), que nous dégagerons
dans notre réinterprétation deIdeenII, peutêtre mis en
corrélation avec latriple incarnation explicite de la
structure etde la méthode dansLe volontaire et
l’involontairele: «triple rapportauprojet(‘‘jeveux
ceci’’), à soi-même (‘‘jemedétaermine ainsi’’),umotif
20
(‘‘je décideparce que.…’’) »
Il s’agitd’unvéritable exercice de méthode d’une
ontologie fondamentale qui croise phénoménologie pure et
philosophie concrète de l’existence. Lavoie existentielle
se situe à la limite de l’intelligibilité des essences décrites
par lavoie phénoménologique.Elle en estlà parce que le
corps estle site ontologique de ce jaillissementde
21
l’existence caractérisée par l’affectivité .
La question de la chair etducorps estde l’ordre de
l’opacité. Paul RICŒURprécise très bien que l’éclairage de

18
N. DEPRAZ,Transcendance et Incarnation. Le statut de
l’intersubjectivité comme altérité à soi chez Husserl, Paris, Éditions J.
Vrin, coll. « Histoire de la philosophie », 1994, p.34-37.
19
RICŒUR, (P.),La philosophie de la volonté.t:. ILe Volontaire et
l’Involontaire, 130.
20
Ibid., p. 128.
21
Ibid., p. 82-85.
19

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