Penser le devoir de mémoire

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Ouvrage intéressant de lecture aisée sur un sujet dont on parle beaucoup aujourd'hui.

DOCUMENTS / Textes (extraits) de Jacques Chirac, Jean-Paul II, Primo Levi, Nicole Loraux, Pierre Nora, Paul Ricoeur --- Déclaration de Stockholm sur l'Holocauste des 26-28 janvier 2000 -- Loi pour promouvoir l'unité nationale et la réconciliation, parlement d'Afrique du Sud, 1995

SOMMAIRE :

Introduction

I -- Devoir de mémoire et souvenir des morts : Les rituels de commémoration -- Le lien entre les vivants et les morts -- La présence des morts -- Présence et reconnaissance

II -- Unité narrative et devoir d'humanité : Le sujet moderne et l'unité narrative de la vie -- Le respect des morts -- Devoir de mémoire et devoir d'humanité

III -- Histoire et mémoire : Connaissance historique et mémoire vécue -- Mémoire et répétition

IV -- Le devoir de mémoire et la Shoah : La mémoire comme devoir -- La mémoire-alibi, usages et mésusages du devoir de mémoire -- La mémoire garde-fou, la fonction préventive du devoir de mémoire -- La question de l'unicité de la Shoah -- Devoir pédagogique et intégrité

V -- Les vertus de l'oubli : Le besoin d'oublier -- Les malaises de la mémoire -- L'effort de mémoire et le droit à l'oubli -- Mémoire et réconciliation

VI -- La mémoire apaisée

VII -- Devoir de mémoire et intégrité

Conclusion -- Textes et documents -- Bibliographie

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Nombre de lectures 6
EAN13 9782130638407
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Emmanuel Kattan
Penser le devoir de mémoire
2002
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130638407 ISBN papier : 9782130524786 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
N’est-il pas étrange d’attacher un devoir à la mémoire ? A qui le devoir de mémoire s’adresse-t-il en vérité ? N’est-ce pas davantage un effort collectif de transmission d’un héritage et de maintien des valeurs d’une communauté plus qu’un devoir individuel ? Ce devoir de mémoire a une fonction pédagogique : la connaissance de l’horreur du passé peut et doit aider à dénoncer les violences actuelles . Les historiens ont la responsabilité d’établir ou de rétablir la vérité, de restituer contre les “assassins de la mémoire” l’authenticité des faits.
L'auteur
Emmanuel Kattan Né à Montréal, Emmanuel Kattan est docteur en philosophie de l’École des hautes études en sciences sociales. Il est conseiller auprès du secrétaire général du Commonwealth à Londres.
Introduction
Ta b l e
d e s
m a t i è r e s
1. Devoir de mémoire et souvenir des morts
Les rituels de commémoration
Le lien entre les vivants et les morts
La « présence » des morts
Présence et reconnaissance
2. Unité narrative et devoir d’humanité
Le sujet moderne et l’unité narrative de la vie
Le respect des morts
Devoir de mémoire et devoir d’humanité
3. Histoire et mémoire
Connaissance historique et mémoire vécue
Mémoire et répétition
4. Le devoir de mémoire et la Shoah
La mémoire comme devoir
La « mémoire-alibi » : usages et mésusages du devoir de mémoire
La « mémoire-garde-fou » : la fonction préventive du devoir de mémoire
La question de l’unicité de la Shoah
Devoir pédagogique et intégrité
5. Les vertus de l’oubli
Le besoin d’oublier
Les malaises de la mémoire
L’effort de mémoire et le « droit à l’oubli »
Mémoire et réconciliation
6. La mémoire apaisée
7. Devoir de mémoire et intégrité
Conclusion
Textes et documents
« Une dette imprescriptible ». Allocution de Monsieur Jacques Chirac, président de la République, prononcée lors des cérémonies commémorant la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942 - dimanche 16 juillet 1995
Homélie du Pape Jean-Paul II. Messe pour la journée du pardon de l’année sainte 2000, dimanche 12 mars 2000 (extraits)
Déclaration du Forum international sur l’Holocauste de Stockholm. 26-28 janvier 2000
Loi pour promouvoir l’unité nationale et la réconciliation (1995). Parlement d’Afrique du Sud - 26 juillet 1995 (préambule)
Les naufragés et les rescapés. PRIMO LEVI(Les naufragés et les rescapés ; quarante ans après Auschwitz,Paris, © Éditions Gallimard, 1989) L’oubli dans la cité. NICOLE LORAUX(La cité divisée. L’oubli dans la mémoire d’Athènes, Paris, © Éditions Payot & Rivage, 1997) Entre mémoire et histoire. PIERRE NORA(Les lieux de mémoire. La République,Paris, © Éditions Gallimard, 1984)
L’oubli et la mémoire manipulée. PAUL RICŒUR(La mémoire, l’histoire, l’oubli,Paris, © Éditions du Seuil, 2000)
Bibliographie
Introduction
epuis la fin des années 1980, le souci du passé, dans ses diverses manifestations -Dqu’il s’agisse de la commémoration du débarquement allié, de la célébration du bicentenaire de la Révolution française ou des gestes de piété posés en mémoire des victimes du nazisme -, occupe une place prépondérante dans l’espace public. Cet intérêt accru pour l’histoire - et tout particulièrement pour les crimes de l’histoire -s’accompagne souvent d’une invocation au souvenir, d’un appel au « devoir de mémoire ». L’usage de cette expression ne semble pas, de prime abord, faire problème ; il nous semble même aller tout à fait de soi lorsqu’il est question de crimes contre l’humanité, ou des injustices subies par certains peuples. Ainsi, il nous incomberait de nous rappeler le crime nazi de manière à nous garder contre le retour du fascisme ; nous aurions l’obligation de nous souvenir des victimes des Goulags et, grâce à ce souvenir, de lutter contre toutes les formes du totalitarisme. Le « devoir de mémoire » semble revêtir, dans ces contextes, une évidence incontestable[1]. Mais n’est-il pas étrange d’attacher un devoir à la mémoire ? La mémoire - en tant que faculté - n’échappe-t-elle pas à tout devoir, comme l’imagination ou la pensée ? A qui le devoir de mémoire s’adresse-t-il en vérité ? Renvoie-t-il avant tout à la vie personnelle de l’individu ? Ne concerne-t-il pas plutôt des événements que ce dernier n’a pas nécessairement vécus, mais qui appartiennent à l’histoire du groupe auquel il est lié ? Est-ce à la faculté de la mémoire elle-même que se rattache l’injonction au souvenir ? Cette dernière ne vise-t-elle pas plutôt un effort de transmission, le maintien des valeurs et de l’héritage d’une communauté ? Ces questions nous amènent à nous interroger sur l’usage que l’on fait de l’expression de « devoir de mémoire » et, plus généralement, sur ses origines. Comme le montre Josef H. Yerushalmi[2], l’idée d’une obligation du souvenir apparaît d’abord dans l’Ancien Testament, où elle se trouve répétée de plusieurs manières : « Souviens-toi des jours d’antan, repassez les années de génération en génération. »[3]« Rappelle-toi ces choses, Jacob, Israël ! car tu es mon serviteur, je t’ai formé, tu es pour moi un serviteur, Israël ! tu ne m’oublieras pas ! »[4]Si l’origine d’une telle injonction est explicite - il s’agit d’un commandement que Dieu adresse aux hommes, plus précisément, au peuple d’Israël - son contenu n’est pas immédiatement clair. De quels événements, de quel passé faut-il se souvenir ? Ce sont, d’une part, les injustices subies par le peuple d’Israël : « Rappelle-toi ce que t’a fait Amaleq quand vous étiez en chemin à votre sortie d’Egypte. Il vint à ta rencontre sur le chemin et, par derrière, après ton passage, il attaqua les éclopés ; quand tu étais las et exténué, il n’eut pas crainte de Dieu. Lorsque Yahvé ton Dieu t’aura établi à l’abri de tous tes ennemis alentour, au pays que Yahvé ton Dieu te donne en héritage pour le posséder, tu effaceras le souvenir d’Amaleq de dessous les cieux. N’oublie pas ! »[5]Mais la raison d’être de l’injonction biblique du souvenir n’est pas uniquement - ni peut-être même avant tout - de maintenir la mémoire d’injustices passées. Ainsi, le
souvenir de l’esclavage en terre d’Egypte, maintes fois évoqué dans l’Ancien Testament[6], est destiné à rappeler le peuple d’Israël à ses devoirs envers les autres, envers ceux qui souffrent comme lui-même a souffert. Plus encore, le commandement du souvenir met en évidence le caractère propre de la nation juive dans l’alliance qui l’unit à Dieu, cette dernière constituant l’une des modalités à travers laquelle le groupe se rassemble sur lui-mêm e et scelle son identité. Le « souviens-toi » biblique peut être ainsi entendu : « Souviens-toi de tes devoirs envers ton Dieu, c’est-à-dire, rappelle-toi qui tu es, à quel devenir tu es destiné. » Dans le discours contemporain, c’est en France que l’on retrouve le plus souvent la formulation d’un « devoir de mémoire ». Il est question ailleurs - dans la réflexion anglo-saxone sur l’histoire, par exemple, et plus particulièrement, dans le débat sur la Shoah -de la nécessité du souvenir, et du rôle préventif qu’il peut jouer face aux menaces du présent. L’idée selon laquelle « ceux qui oublient le passé sont condamnés à le répéter », la conviction qu’il y a des « leçons » à tirer du passé, trouvent un écho chez certains historiens anglo-sax ons : « L’histoire peut nous montrer ce qu’il fautéviter,si elle ne nous enseigne pas quoi faire - en nous même montrant les erreurs les plus communes que l’humanité est capable de commettre et de répéter. »[7] Plusieurs spécialistes américains de la Shoah (dont, par exemple, Robert Jay Lifton, Herbert Hirsch et Geoffrey H. Hartman) assignent à la mémoire un rôle pédagogique et évoquent l’importance de la connaissance de l’histoire dans l’effort pour prévenir la répétition du passé. Mais la formulation d’un « devoir de mémoire » - peut-être parce que ce dernier est considéré comme une évidence qui n’a pas besoin d’être énoncée explicitement - demeure essentiellement étrangère à leurs réflexions[8]. Le contraste est frappant avec le discours politique et intellectuel français sur le passé, qui, depuis quelques années, a fait du « devoir de mémoire » une notion incontournable. On la retrouve tout d’abord dans le discours intellectuel et historique. Ainsi, Stéphane Courtois explique queLe livre noir du communisme,dont il est l’un des auteurs, répond à un devoir de mémoire : « C’est une obligation morale d’honorer la mémoire des morts, surtout quand ils sont les victimes innocentes et anonymes d’un Moloch au pouvoir absolu qui a cherché à effacer jusqu’à leur souvenir. »[9]La notion de devoir de mémoire apparaît également dans les médias et dans les déclarations de personnalités politiques. Ainsi, Jacques Chirac, à l’occasion de la rencontre internationale des communautés amérindiennes à Paris, le 20 juin 1996, évoquait un « devoir collectif de mémoire à l’égard des premières nations », affirmant que : « La France, qui assume tout son passé, s’impose un devoir de mémoire. » De la e même manière, à l’occasion du 150 anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 23 avril 1998, le président de la République parlait d’« assumer pleinement notre devoir de mémoire qui n’a d’égal que le devoir de vigilance »[10]. Il est avant tout question de devoir de mémoire en référence à la période de Vichy et à la Shoah. Comme le montre Tzvetan Todorov, « les récents procès pour crimes contre l’humanité, comme les révélations sur le passé de certains hommes d’État incitent à proférer de plus en plus souvent des appels à la “vigilance” et au “devoir de
mémoire” ; on nous dit que celle-ci “a des droits imprescriptibles” et qu’on doit se constituer en “militants de la mémoire” »[11]. Selon Jean-François Forges, la transmission du souvenir de la Shoah constitue un « impératif catégorique », car il est « l’unique chance de nous protéger contre le retour de l’horreur »[12]. Le devoir de mémoire revêt ainsi une fonction pédagogique. Il faut « éduquer contre Auschwitz », car la connaissance de l’horreur du passé peut nous rendre vigilants face aux dangers du présent. Cette fonction préventive de la mémoire se trouve également au fondement du projet du Musée de l’Holocauste à Washington. Selon l’ancien Président du Conseil pour le Mémorial de l’Holocauste, Harvey Meyerhoff, l’objectif visé par le Musée est « que tous les visiteurs repartent, non seulement avec une connaissance des faits, mais avec la résolution de dénoncer et de lutter contre l’injustice, le racisme et la négation des droits de l’homme, et que cet engagement fasse partie intégrante de leur vie »[13]. Dans le même ordre d’idées, le Grand Rabbin de Grande-Bretagne, Jonathan Sachs, déclarait, au sujet de la guerre en ex-Yougoslavie : « Notre crédibilité morale après l’Holocauste repose sur un engagement collectif de ne jamais plus être les témoins passifs d’exterminations de masse, de camps de concentration, de “purification ethnique”. »[14]Mais cette efficacité conférée au souvenir suscite plusieurs questions. À qui, tout d’abord, le devoir de mémoire incombe-t-il ? Concerne-t-il avant tout les témoins de l’événement, les historiens, les éducateurs ? Ou bien s’adresse-t-il à chaque individu, indépendamment de son appartenance à tel ou tel groupe ou de sa fonction dans la société ? Selon certains auteurs, le rôle de survivant impose un devoir particulier. Parlant de l’expérience dont sont dépositaires les survivants des Lager nazis, Primo Levi met en évidence l’importance du rôle du témoin : « Il nous est de plus en plus difficile de parler avec les jeunes. Cela nous apparaît comme un devoir, et, en même temps, comme un risque : le risque de leur apparaître anachroniques, de ne pas être écoutés. Il faut que nous le soyons : au-delà de nos expériences individuelles, nous avons été collectivement les témoins d’un événement essentiel et imprévu, essentiel parce que, justement, imprévu, que personne n’avait prévu. »[15]le même Dans ordre d’idées, Czeslaw Milosz évoque la responsabilité particulière qui s’impose aux témoins : « Ceux qui sont encore vivants reçoivent un mandat de ceux qui demeureront silencieux pour toujours. Ils ne peuvent s’acquitter de leurs devoirs qu’en essayant de reconstruire avec précision l’état des choses tel qu’il était en séparant le passé des fictions et des légendes. »[16]En racontant leur histoire, les victimes font œuvre de résistance. Dans la mesure où les nazis cherchaient précisément à effacer toutes traces de leur crime, le témoignage constitue un acte qui s’oppose à la « guerre contre la mémoire »[17]menée par les nazis. L’histoire des vainqueurs devait prévaloir, le crime ne devait laisser aucune trace. Selon la fameuse déclaration de Heinrich Him mler, la destruction des Juifs devait constituer « une page glorieuse de notre histoire, qui n’a jamais été écrite et ne le sera jamais »[18]. Face à un tel projet, le survivant se sent un devoir de raconter son histoire, de la transmettre, afin qu’à l’injustice du crime lui-même ne succède pas une seconde injustice, celle de l’oubli. Le témoin ressent également une responsabilité particulière à l’égard de ceux qui ont
péri. Primo Levi parle de la « honte » d’avoir survécu, la honte d’être vivant à la place d’un autre[19]. Les vrais témoins, explique-t-il, ne sont pas les survivants, mais « ceux qui ont touché le fond », et qui ont disparu. « Les “sauvés” du Lager n’étaient pas les meilleurs, les prédestinés au bien, les porteurs d’un message… ceux qui survivaient étaient de préférence les pires, les égoïstes, les violents, les insensibles, les collaborateurs de la “zone grise”, les mouchards. »[20] Les survivants se sentent d’autant plus responsables de la mémoire de leurs camarades, qu’ils éprouvent le sentiment de ne pas avoir « mérité » de survivre. Leur effort pour raconter leur histoire, leur travail de mémoire prend alors la forme d’une commémoration des morts. Pour Élie Wiesel, écrire constitue un « tombeau invisible érigé à la mémoire des morts sans sépulture »[21]. On assigne également à l’historien un rôle spécifique dans la transmission du passé : « L’historien est le médecin de la mémoire. Il lui revient le privilège de soigner des blessures, d’authentiques blessures, sans tenir com pte des théories médicales… Dès lors que le patient est malade, l’historien est soumis à l’obligation morale de restaurer la mémoire d’une nation, voire de l’humanité. »[22]le rôle de Évoquant l’historiographie et de sa relation de dette à l’égard des hommes du passé, Paul Ricœur souligne qu’ « en certaines circonstances, en particulier lorsque l’historien est confronté à l’horrible, figure limite de l’histoire des victimes, la relation de dette se transforme en devoir de ne pas oublier »[23]. Selon George Steiner, les historiens de la Shoah s’acquittent, par leurs recherches et leur travail, d’un devoir particulier envers les victimes : « Par la simple publication d’archives des camps de la mort, des massacres en général, de la résistance juive, les historiens de la Shoah ont accompli un acte absolument essentiel de rappel véridique du souvenir et de résurrection. Ce fut là leurKaddish(leur prière pour les morts) contre les mensonges, et contre le plus grand mensonge qu’est l’oubli… »[24]Face au négationnisme en particulier, l’historien a la responsabilité d’établir ou de rétablir la vérité, de restituer, contre les « assassins de la mémoire », l’authenticité des faits. Comme le montre Yosef Yerushalmi, si l’histoire - comprise comme historiographie, c’est-à-dire comme « récit, discipline ou genre ayant ses règles, ses institutions et ses procédures » - ne peut se substituer à la mémoire collective, « la dignité essentielle de la vocation historique demeure, et son impératif moral […] semble même avoir actuellement plus d’urgence que jamais. […] Contre les militants de l’oubli, les trafiqueurs de documents, les assassins de la mémoire, contre les réviseurs des encyclopédies et les conspirateurs du silence […] l’historien, l’historien seul, animé par l’austère passion des faits, des preuves, des témoignages, qui sont les nourritures de son métier, peut veiller et monter la garde »[25]. Mais, au-delà de la responsabilité que doivent assumer le témoin et l’historien, ne revient-il pas à chaque individu de garder présente à l’esprit la mémoire du nazisme ? Les « leçons de l’histoire », en particulier celles que nous pouvons dériver d’événements tragiques, ne nous concernent-elles pas tous ? C’est l’idée que défend, par exemple, le Grand Rabbin de Grande-Bretagne : « L’Holocauste fut plus qu’une tragédie juive. Ce fut une tragédie humaine… Voilà pourquoi nous devons tous nous rappeler où finissent les rails de la haine. »[26]