Philosophie religieuse - Terre et ciel
458 pages
Français

Philosophie religieuse - Terre et ciel

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Description

Avant de nous occuper des autres mondes, n’est-il pas à propos de nous appliquer préalablement à voir d’une manière aussi exacte que possible quel est celui où nous sommes ? Il me semble que la connaissance de la terre n’est guère moins essentielle pour la détermination du système de l’univers que la connaissance même de l’homme. Si l’homme est l’ébauche de l’immortel, la terre est au même degré l’ébauche du ciel. Que la sévérité de cette étude préliminaire ne nous soit donc pas un motif de nous en dispenser.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 24 novembre 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346072224
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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Jean Reynaud
Philosophie religieuse
Terre et ciel
INTRODUCTION
Les dispositions de la France conviennent-elles à u n renouvellement des études théologiques ? N’eût-on sous les yeux que le specta cle du retour offensif qu’opèrent en ce moment par tant de voies les idées du régime déchu, ce serait peut-être assez pour se sentir entraîné à répondre affirmativement. C’est en effet sur le terrain qu’il affectionne et avec les armes qui font sa force que l’esprit du moyen âge peut être combattu avec le plus de succès ; et il importe que cet esprit soit réprimé, non-seulement dans l’intérêt de la philosophie et de la liberté, mais dans l’intérêt même de la religion qu’il tend à compromettre en amassant i mprudemment contre elle les éléments d’une réaction qui serait plus funeste enc ore que l’éphémère triomphe dont il aurait joui. Il est d’ailleurs sensible que les méthodes dont s’ est servi, pour l’attaquer, le dix-huitième siècle ont maintenant vieilli ; et il est d’autant plus urgent d’en chercher d’autres que les dangers résultant de leur emploi n e sont pas une des moindres raisons qui portent un si grand nombre d’intelligen ces à revenir se ranger, en désespoir de cause, sous la triste bannière du pass é. Les théories sensualistes, en devenant pratiques, ont découvert des conséquences si redoutables qu’il n’est plus permis de les soutenir, et, ne fût-ce qu’en vue de les combattre de plus haut, il serait à souhaiter que l’autorité de la théologie pût renaît re. Cette puissance est en effet la seule qui soit capable de prendre une position auss i élevée que le demandent les circonstances, entre le matérialisme et la supersti tion, et d’assurer la continuation de nos progrès en nous préservant de dévier soit vers le paganisme, soit vers le moyen âge. La restauration des études théologiques, si manifes tement opportune au point de vue des convenances de notre temps, parait encore p lus imminente quand on suit dans l’histoire le courant des idées, afin de recon naître où il porte. Il se voit en effet, dès le premier regard, que, depuis la révolution de Descartes, les écoles philosophiques n’ont cessé de s’appliquer, pour ain si dire exclusivement, à l’étude des facultés de l’âme. C’est sur ce chapitre initial de la psychologie qu’elles se sont toutes concentrées à l’envi, et l’on ne saurait nier que l e résultat de tant d’efforts, secrètement enchaînés même dans leurs contradiction s, n’ait été de répandre en définitive d’assez grandes clartés sur les difficil es problèmes que ce chapitre renferme. Sans doute, il s’en faut que l’on puisse considérer l’étude comme achevée, d’autant que, le sujet étant infini, on ne saurait même refuser d’avouer qu’il n’est pas de nature à s’épuiser jamais ; mais il semble du mo ins que la curiosité de l’esprit soit à peu près arrivée à son terme de ce côté, et qu’elle ait désormais besoin de se raviver en se tournant vers des régions moins épuisées ou p lus fécondes. La légitimité d’une telle disposition est d’ailleurs suffisamment évide nte ; car, après tant de méditations consacrées à la théorie des forces de l’âme et de l a formation des idées soit dans l’ordre de l’individu, soit dans celui des générati ons, il est d’une régularité logique d’en venir enfin à ce qui concerne l’histoire même de l’ âme. En admettant que les précédentes recherches aient réussi à nous instruir e sur ce que cette substance est en elle-même, il reste à déterminer plus à fond qu’ on ne l’a fait jusqu’à présent ce qu’est en réalité le lieu où nous l’observons, ce q ue sont ses précédents et sa destination, quelles sont les raisons de sa conditi on présente et les lois de l’avenir auquel il lui est permis de prétendre ; et ce n’est même qu’au moyen des progrès accomplis dans cette direction que l’on peut espére r de rentrer plus tard, d’une
manière profitable, dans le cercle des premières ét udes. En un mot, en consultant la philosophie elle-même, il semble patent que la théo dicée, laissée jusqu’à présent sur le second plan, tend à se placer maintenant au prem ier ; et dire la théodicée, c’est dire, sous un nom plus libre, la théologie elle-mêm e. Par une coïncidence remarquable, en même temps que la science de l’âme aspire à se soumettre les champs de l’univers afin d’y pours uivre, dans les phases variées de l’immortalité, l’objet qu’elle a en vue, la science de l’univers demande de son côté à se développer en attirant dans le domaine qu’elle cult ive l’idée magique de la vie. Elle a commencé par étudier les corps célestes en eux-même s ; elle a pesé leurs masses, calculé leurs dimensions et celles de leurs orbites ; reconnu, autant qu’il était possible de le faire de si loin et avec de si imparfaits ins truments, les lois de leur géographie ; Mais le résultat de tant de brillantes découvertes ne pouvait être que d’entraîner l’esprit humain à se demander : Qu’est-ce donc en d éfinitive que tous ces mondes ? Comment sont-ils peuplés ? Quels sont les rapports qui les unissent au nôtre ? N’y a-t-il entre les uns et les autres que ces enchaînement s de gravitation, de chaleur et de lumière dont les astronomes nous donnent témoignage ? Ou bien, indépendamment de ces enchaînements matériels, n’existe-t-il pas e ntre les forces vivantes qui règnent à la superficie des astres d’invisibles liaisons qu i unissent plus étroitement encore en un seul système toutes les parties de l’immense tot al ? Bref, l’astronomie, après s’être renfermée si longtemps dans les abstractions de la géométrie et de la mécanique, se trouve logiquement conduite à déboucher à son tour dans la théodicée ; car, si les astres sont manifestement faits, comme celui où nou s nous rencontrons aujourd’hui, pour servir de support à des vivants, il est indubi table que la justice de Dieu doit former également partout le principe de leur histoi re. Cette coïncidence, qui porte les sciences morales e t les sciences physiques à mettre fin à leur disjonction, pour ne pas dire à l eur hostilité, et à s’allier désormais en vue d’un idéal commun, suggère en même temps des re ssources nouvelles dont la psychologie serait coupable de ne point user. Au de là de ses précédentes recherches sur l’âme considérée en elle-même, elle se voit inv itée en effet à l’étudier en outre dans les conditions extérieures qui lui sont nature llement faites ; car les secrètes raisons de ces conditions sont justement les élémen ts de l’histoire de l’âme. A quel régime l’âme se trouve-t-elle actuellement soumise en vertu des lois astronomiques qui régissent la terre ? Quel est dès lors, au poin t de vue des destinées qui s’y poursuivent, le caractère général de cet astre ? Qu elles sont les variations séculaires dont son économie est susceptible ? De quelle maniè re les âmes y apparaissent-elles ? De quelles facilités y jouissent-elles pour la construction de leurs organes ? Quelles sont les causes des inégalités qui se décou vrent dans les circonstances au milieu desquelles les âmes prennent place ? Quelles sont celles des événements qu’elles subissent en dehors de toute provocation p ossible de leur part, tels que les souffrances du bas âge ou les morts prématurées ? E nfin, puisque l’immortalité s’accomplit dans le sein de l’univers et que la con stitution de l’univers nous est connue, quelles conclusions peut-on tirer, relative ment aux habitudes communes de ces substances éternelles, de la connaissance des l ieux qu’elles sont appelées à pratiquer ? Voilà, pour ne pas insister sur cette m atière plus qu’il n’en est ici besoin, une série de questions qui ne proviennent nullement de l’absolu de l’âme, mais qui, se rattachant cependant à son principe par d’intimes d épendances, sont excellemment propres à éclairer son histoire. C’est à peu près a insi, pourrait-on dire, que le naturaliste se satisfait lorsqu’il couronne ses ana lyses anatomiques par la détermination méthodique des mœurs, déduite soit de certaines actions
caractéristiques qui lui dévoilent tout un ensemble , soit des rapports qui existent nécessairement entre l’organisation de l’être qu’il a en vue et celle des divers quartiers de la région où cette vie s’écoule. Il faut même remarquer combien il était difficile q ue la philosophie pût s’étendre avec sûreté sur le terrain dont il s’agit avant que l’astronomie ne lui en eût préparé les moyens. Réduite aux seules données de la métaphysiq ue, il n’est pas à croire qu’elle eût jamais réussi à s’élever à la conception de la véritable architecture de l’univers, ni par conséquent à celle des lois de la circulation é ternelle des vivants dans cette demeure infinie. Construisant le système du monde d ’après les convenances de l’âme prises dans leur abstraction, elle se serait vraise mblablement toujours arrêtée à la manière la plus simple de donner satisfaction à ces convenances ; et c’est ce qui s’est effectivement produit d’une manière bien sensible d ans l’antiquité et dans le moyen âge, quand les philosophes et les théologiens s’ima ginaient tout uniment que l’univers devait se partager en trois régions fondamentales, conformément aux trois états fondamentaux de l’âme, l’état d’épreuve, l’état de punition, l’état de récompense. Ce n’est que par une sage combinaison de tous les e fforts que l’on peut espérer d’empêcher les imaginations de s’égarer sur ces que stions importantes. De même que, livrée à ses seules ressources, l’astronomie n e sait en quelque sorte nous peupler l’espace que de pierres en mouvement ; de m ême, dans un isolement du même genre, la psychologie, ne spéculant que sur la spiritualité de l’âme, traite l’étendue avec la même indifférence que si l’univer s était vide, et la théodicée, ne visant qu’à assurer d’une part la rémunération et d e l’autre la récompense, arrive de son côté, comme ne l’apprend que trop l’exemple des scolastiques, à immobiliser l’univers dans la dualité fantastique du paradis et de l’enfer. Mais, instruite à la fois par la théodicée qui lui enseigne que toute faute appel le réparation comme tout mérite appelle récompense, par la psychologie qui lui mont re que l’activité est une propriété de l’âme aussi indéfectible que l’immortalité, par l’astronomie qui lui fait voir l’étendue divisée en une suite innombrable de mondes habitabl es, et s’élevant, à l’aide de tous ces précédents réunis, au-dessus de la physique des astronomes, du spiritualisme des psychologues, de l’immuabilité finale des scola stiques, la théologie philosophique se trouve enfin en mesure de poser avec certitude s on principe capital : La vie dans l’univers. Vu de haut, le mouvement de la philosophie ne paraî t donc qu’une sorte de détour destiné à lui permettre de revenir se jeter avec pl us de puissance et de liberté dans le plein courant de la théologie ; et même, à propreme nt dire, l’histoire de la pensée moderne ne doit-elle se prendre que pour un détail de l’histoire générale de la religion, car on la voit se placer justement à l’endroit où c ette histoire générale lui fait signe de venir. C’est ce qui se témoigne d’une manière fort simple quand on dirige son attention sur la suite des questions qui ont été résolues tou r à tour par les conciles. Il se découvre en effet que ces questions se déroulent de siècle en siècle suivant un ordre strictement conforme à la hiérarchie logique des id ées, jusqu’au point où cette hiérarchie arrive à faire appel à ce qui concerne l a constitution de l’univers ; et à ce point, les conciles s’arrêtent, la théologie demeur e en suspens, et pour qu’elle aille plus loin, l’intervention de l’astronomie et de la psychologie devient évidemment nécessaire. Il semble que d’aucun des points de vue sous lesque ls l’histoire de l’Église peut être considérée, cette histoire n’apparaisse avec plus d e grandeur et de simplicité que de celui-ci et ne fasse mieux découvrir les véritables caractères de la situation que nous occupons aujourdhui. Le principe de l’unité du créa teur une fois établi par le judaïsme
avec une telle fermeté qu’aucune hérésie ne peut dé sormais l’entamer, reste au christianisme la tâche de le développer. En premièr e ligne, c’est donc le dogme de la trinité qui se présente : ce dogme forme le sujet d es deux premiers conciles ; celui de Nicée fixe, contre Arius, la divinité de la seconde personne, celui de Constantinople, contre Macédonius, la divinité de la troisième. A l a suite de la trinité, viennent les difficultés inhérentes au mystère du médiateur, c’e st-à-dire de la deuxième personne conçue dans ses relations absolues avec l’humanité ; et ces difficultés, disposées aussi dans leur ordre logique, constituent de même l’objet des conciles subséquents : celui d’Éphèse décide, contre Nestorius, que le méd iateur ne forme qu’une seule personne, le fils de l’homme s’unissant en lui au f ils de Dieu par un mode essentiel ; celui de Chalcédoine décide, contre Eutychès, que d ans le médiateur, les deux natures subsistent dans leur perfection ; celui de Constantinople, continuant à préciser le dogme par la condamnation simultanée de Nestoriu s et d’Eutychès, arrête ceux qui, arguant fie l’anathème prononcé sur ce dernier, che rchaient à réveiller par réaction la dualité nestorienne ; et accessoirement, par la con damnation d’Origène, il maintient, à côté de l’humanité du médiateur, la dignité de la n ature matérielle. Le troisième concile de Constantinople revient encore à ce sujet diffici le, en insistant sur la condamnation d’Eutychès, comme le précédent sur celle de Nestori us, et pose, contre les monothélites, que les deux natures subsistent si pa rfaitement dans la personne du médiateur qu’il y règne les deux volontés. Enfin, l e deuxième concile de Nicée met le sceau à la religion du médiateur, en consacrant, co ntre les iconoclastes, le droit des représentations matérielles du crucifié ; et le qua trième concile de Constantinople clôt cette première série par l’affirmation de la double origine de la troisième personne, en déterminant par là le divorce de l’Église grecque a vec l’Église latine. Le premier chapitre de la théologie est épuisé ; un nouveau chapitre lui succède, et pour ce nouveau chapitre s’ouvre une nouvelle pério de. Au lieu des fondements de la foi, il s’agit maintenant des fondements de la soci été qui s’y rapporte, et l’on ignorerait que le siége des conciles s’est déplacé qu’on le de vinerait en quelque sorte à leur changement de caractère. Le premier de ces conciles , réuni à Rome dans la basilique de Latran, pose la question des investitures : la h iérarchie cléricale se trouve menacée par les pouvoirs politiques, et le concile, en cons acrant l’indépendance de l’Église, sauve l’institution spirituelle de l’Occident de l’ asservissement dans lequel va se perdre celle de l’Orient. Le second concile de Latr an légifère contre les dangers qui menacent à l’intérieur cette même hiérarchie, en sé vissant contre la simonie ; et, faisant les premiers pas dans une voie non moins es sentielle, fixe, contre Pierre de Bruys, les premiers linéaments de la doctrine des s acrements. Le troisième concile de Latran détermine les règles de la nomination des pa pes et des évêques. Le quatrième continue le second sur les questions de la discipli ne et de l’eucharistie. Organisation de la république pontificale, maintien de son indép endance, lois des sacrements et de leur administration, tel est, comme on le voit dès ce début, le fonds le plus général des conciles latins. Provoqués non-seulement par les hé résies courantes, mais par les entreprises des princes et par les assauts de la pu issance musulmane, ils se lient plus ou moins aux mouvements de l’ordre temporel et n’of frent pas ce cours paisible qui fait ressembler le système des conciles grecs à une conversation de philosophes. Mais au milieu de tant d’incidents qui se jettent à la traverse, leur fidélité à la tâche que la logique leur assigne n’est que plus digne de remarque. Sans parler des conciles de Lyon et de Vienne, occupés surtout des affaires d’Orient, l’œuvre de la théologie pratique reparaît, dès le concile de Cons tance, dans toute sa netteté, sur la question du partage de l’autorité entre les papes e t les conciles et sur celle des
sacrements à l’occasion de Wiclef et de Jean Huss. Bâle continue la question de l’autorité, et Florence, après avoir vaguement effl euré, en vue de l’Église grecque, la doctrine du Saint-Esprit, poursuit celle des sacrem ents. Le cinquième de Latran roule sur les relations avec les princes et sur la discip line, et, rappelé sur le terrain de la métaphysique par la renaissance de la philosophie, pose, contre le panthéisme et le matérialisme, les deux vérités fondamentales de la personnalité et de l’immortalité de l’âme. Enfin, le concile de Trente termine la pério de en même temps qu’il en résume exactement l’esprit et les travaux par ses décrets sur la réforme du clergé, sur les écritures canoniques, sur le pêché originel et la j ustification, sur les sept sacrements, sur le sacrifice de la messe, sur le purgatoire. Par ce dernier décret, le concile touche à un nouve au chapitre, différent à la fois de la théologie pure de la première période et de la t héologie appliquée de la seconde. A la suite du dogme du purgatoire s’ébranle en effet tout l’ensemble du système de l’univers. Mais, comme pressentant ici une autre œu vre que celle de Rome, le concile s’arrête après avoir simplement énoncé ce qui est i ndispensable pour le gouvernement des indulgences, et recommande à son c lergé de ne point s’ingérer d’ouvrir à l’esprit humain ces portes mystérieuses. Les observations qui précèdent prennent encore plus de vivacité quand on les rapporte à la déclaration si connue sous le nom de symbole des apôtres. En effet, cette profession de foi que l’on peut regarder comm e le résumé, et si l’on peut ainsi dire comme le programme primitif du christianisme, se partage visiblement, comme le veut l’ordre naturel des idées, en trois parties di stinctes. La première implique les questions relatives à la Trinité et à la personne d u médiateur :Credo in Deum patrem, etc. ; la seconde, les questions relatives à l’inst itution de l’Église et des sacrements : Sanctam ecclesiam catholicam, sanctorum communionem , remissionem peccatorum ; la troisième, les questions relatives à l’immortali té, et par suite au système général de l’univers :Carnis resurrectionem, vitam œternam : Amen.Les deux premières sections de ce mystique programme ont été discutées et expli quées conformément aux sentiments et aux connaissances des générations que l’ordonnance logique, favorisée par les circonstances, y a successivement appliquée s ; la troisième demeure en suspens. Jamais aucun concile n’en a fait le sujet de ses délibérations et de ses décrets, et, placée comme une interrogation en face de l’avenir, elle lui désigne sa tâche. Comment l’âme reprend-elle la chair au delà du tombeau ? Quelles sont les lois que suivent les créatures dans le cours de leur imm ortalité ? et quelle est la vérité qui conclut le mieux tout le mystère, sinon la circulat ion de la vie dans l’immensité de l’univers, sous l’impulsion du Dieu trinaire et pou r un progrès à l’infini ? Ainsi, le courant de la religion porte bien l’espri t humain vers les mêmes problèmes que celui de la philosophie, et il y a dans cette l ente et méthodique succession quelque chose qui contraste si grandement avec le t umulte des siècles à travers lesquels elle se fait, qu’il est difficile d’y méco nnaître une loi de Dieu. Donc il est à croire que la loi qui embrasse tout ce mouvement te nd à son accomplissement. Il semblerait sans raison que de tels précédents demeu rassent privés de leur complément naturel, et le principe du progrès serai t contrarié si un revirement venait à se produire avant que ce merveilleux déroulement n’ ait atteint sa conclusion logique. Tous ses termes sont en effet nécessaires l’un à l’ autre, car ils s’illuminent mutuellement ; et c’est par ces réflexions réciproq ues, non moins que par les déductions nouvelles, que s’opère le développement séculaire de la théologie. L’esprit humain, dans le divin entraînement de la foi, ne pe ut arriver à des termes qu’il ne possédait point encore, sans que les termes auxquel s il adhérait déjà, éclairés dès
lors par le reflet des autres, ne se présentent à l ui sous un jour tout différent de celui auquel il était habitué ; et c’est ainsi que, tout en demeurant fidèle au fond de sa tradition, il conserve cependant la plénitude de so n initiative et de sa liberté, car non-seulement il perfectionne sa tradition en l’étendan t continuellement, mais, par l’effet même de cet avancement, il devient capable d’en int erpréter les anciennes leçons avec une force de vérité de plus en plus pénétrante , maître du passé par ses éclaircissements, comme il l’est de l’avenir par se s conquêtes. Après avoir reconnu par ces observations que les ét udes théologiques sont vraisemblablement sur le point de commencer un mouv ement décisif vers les questions relatives au système de l’univers, on est assez naturellement conduit à se demander quel est, entre tous les génies des nation s, celui auquel il est le plus probable que soit principalement destinée la tâche nouvelle. L’histoire nous montre en effet que le développement de la théologie s’est no n-seulement divisé dans la suite des temps par périodes distinctes, mais que, dans c hacune de ces périodes, la présidence de l’esprit humain s’est toujours trouvé e dévolue à une nationalité spéciale. L’unité de Dieu appartient au foyer de la Judée ; la métaphysique de la trinité et du médiateur, à celui de la Grèce ; l’organisati on de la hiérarchie et du culte, à celui de Rome : à qui appartiendra le dogme de l’immortal ité ? Ce ne saurait être à cette puissance romaine qui, à son dernier concile, a si manifestement scellé son œuvre : non-seulement une telle prorogation constituerait à l’égard de la loi de mutation qu’indique l’histoire, une anomalie que rien ne jus tifie, mais il est sensible que le génie latin ne jouit, dans l’ordre de questions dont il s ’agit aujourd’hui, d’aucune prédisposition spéciale. Ainsi que l’attestent tous ses actes dans l’antiquité et dans le moyen âge, s’il excelle aux choses de la terre et d e la discipline, il est absolument inhabile à celles de l’idéal et du ciel. De plus, m algré toute l’agitation qu’il se donne, qui ne comprend, en voyant la société des intellige nces se déployer en dehors de son empire, que son apparente activité n’est plus qu’un e fièvre, et que sa décadence est dès à présent en train de s’effectuer ? Pour la tâc he nouvelle, il faut une âme nouvelle ; et à la suite de l’âme de la Judée, de l ’âme de la Grèce, de l’âme de Rome, successivement épuisées, n’est-ce pas l’âme de la G aule qui semble enfin providentiellement appelée ? Comme la Judée à l’adoration de l’absolu, comme la Grèce à la métaphysique, comme Rome à l’administration, la Gaule est instinc tivement portée au goût de l’immortalité. C’est ce goût qui constitue, dès les temps anciens, aux yeux des autres nations, son caractère distinctif. Elle ne craint p as la mort, car grâce aux sublimes aspirations de son génie, elle voit l’individualité se continuer indéfectiblement dans l’univers, et nulle part le sentiment de la vie ne règne au cœur de l’homme avec une aussi prodigieuse énergie. Mais, de même que les qu estions relatives à l’ordonnance générale de l’univers ne se présentent dans la séri e logique que postérieurement à celles qui touchent à la nature de Dieu et à ses re lations avec la nature de l’homme, de même faut-il que la Gaule, pour prendre sur la s cène de l’histoire la place qui lui convient, attende son temps. Aussi, l’a-t-elle atte ndu ; mais sans cesser de se préparer en secret à sa destinée en s’assimilant, p ar une merveilleuse capacité d’éducation, tout ce qui s’est successivement produ it de salutaire autour d’elle. Et même, à voir la prépondérance dont elle jouit depui s plus de deux siècles dans les affaires spirituelles les plus considérables du mon de, il n’est plus permis de douter que ce temps ne soit venu. Les rayonnements de son génie plus libre et plus ouvert remplacent, dès à présent, devant l’élite des espri ts, ce vieux génie romain dont la tyrannie et le terre à terre ont fini par fatiguer les nations. Déjà, d’inspiration, sans parti
pris, pour ainsi dire sans conscience de lui-même, ce génie nouveau est à l’œuvre que demande l’avenir : sa philosophie a réveillé, au di x-septième siècle, le principe sacré de l’individualité et de la raison, et au dix-huiti ème, elle est ouvertement entrée dans la guerre contre les systèmes surannés du monde et de l’histoire, dont, sur la foi de ses docteurs, s’était provisoirement payé le moyen âge. C’est là le mouvement qu’il s’agit actuellement de continuer, mais en pleine lumière. Il faut désormais que la France sente son droit, non-seulement dans son présent, ma is dans ses origines. C’est ainsi que, se faisant jour à travers les sophismes et gui dée par l’ange de sa race, elle marchera sans faillir dans les voies sublimes de sa destinée. Par là se vérifiera cette antique prédiction de ses druides, qui, animés, com me les prophètes d’Israël, par l’évidente supériorité de leur religion sur les rel igions d’alentour, annonçaient, même sous le glaive de César, que la Gaule était faite p our devenir à son tour la tète du monde. Comme le répète aujourd’hui encore, avec une indestructible espérance, le sang breton, Arthur n’est pas mort ! Telles sont, dans leur expression la plus simple, l es considérations générales qui ont donné naissance à la composition de ce livre. E lles indiquent à la fois son esprit et sa mesure. Il se propose surtout d’entr’ouvrir deva nt la religion les horizons nouveaux vers lesquels l’histoire semble lui faire une loi d e marcher ; et, dans ce but, il s’applique instamment à montrer, contre l’opinion c ommune, que le moyen âge a réellement laissé en suspens tous les articles esse ntiels du système de l’univers, et que par conséquent les disciples de l’Église ne pos sèdent, pour ainsi dire, pas moins d’indépendance à cet égard que les philosophes eux- mêmes. Naturellement entraîné vers les horizons qu’il a en vue de signaler, il s’ y attache de préférence aux questions qui sont du domaine propre de la période théologiqu e actuelle, ne touchant qu’accidentellement à celles qui sont du ressort de s périodes antérieures, et visant ainsi bien plutôt à gagner du terrain par les passa ges demeurés libres qu’à lutter sur les positions déjà officiellement occupées. Le livre se divise en deux parties, l’une concernan t la terre, l’autre le ciel. La première étude roule sur les lois astronomiques qui président au monde dans lequel nous vivons en ce moment et fait voir que, malgré l es variations séculaires de ces lois, le régime de la terre est sensiblement constant rel ativement à l’homme ; autrement dit, que la terre est un lieu de souffrance dont on ne p eut espérer l’amélioration que moyennant labeur, vérité de fait sur laquelle se re ncontrent parfaitement la religion et la science. La seconde étude déduit des phénomènes de l’animalité et de l’histoire le grand principe du développement progressif de la vi e, principe auquel l’esprit général de la religion chrétienne se prête également. La tr oisième étude recherche la cause des maux infligés par Dieu aux êtres qui occupent c e monde ; et amenée ainsi à la question de l’origine de l’âme, demeurée en suspens dans l’Église sous les voiles dont l’entoure le dogme du péché originel, elle commence à découvrir ce mystérieux univers sur lequel les portes de la terre donnent, d’un côté, par la naissance, comme, de l’autre, par la mort. Maîtresse par ces première s études des lois essentielles de l’un des quartiers de l’univers, c’est vers l’univers co nsidéré dans son ensemble que s’élance dès lors la spéculation. A l’aide des révé lations de l’astronomie moderne appuyées par le principe de l’infinité du Créateur, elle se porte d’abord à l’examen de ce magnifique appareil des astres sur l’ordonnance duquel le moyen âge s’était si profondément mépris, et, joignant à cette définitio n préalable le principe que l’homme est l’image du Créateur, elle s’élève à déterminer les lois que doivent suivre dans le cours de leur immortalité les âmes que la Providenc e fait circuler au sein de cette immensité. On en vient ainsi à prendre position con tre les décisions arbitraires de la