Principes de la morale
539 pages
Français

Principes de la morale

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Description

I. Une science est un ensemble de propositions générales, plus ou moins fécondes en conséquences, et qui forment entre elles un corps de doctrine où l’on distingue un commencement, un milieu et une fin, c’est-à-dire un enchaînement tel que ce qui suit dépend de ce qui précède.

Toute science vraiment une dans toutes ses parties est donc dominée par une idée supérieure et unique, qui est l’objet même de cette science, et la raison de son unité.

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Date de parution 31 mai 2016
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EAN13 9782346074235
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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Joseph Tissot
Principes de la morale
Leur caractère rationnel et universel, leur application
AVERTISSEMENT
Le-présent ouvrage a été couronné par l’Académie des Sciences morales et politiques, dans la séance du 7 août 1858. Depuis huit ans bientôt qu’il a reçu cette honorable distinction, nous avons cherché à l’améliorer. Et, comme l’Académie impose à ses lauréats le devoir de signaler, lorsqu’ils impriment leurs mémoires, les changements essentiel s qu’ils y ont apportés, nous devons dire ici qu’aucune partie du travail primitif n’a été supprimée ; que la doctrine est restée ce qu’elle était ; mais qu’elle a été corrob orée en plusieurs points par des additions considérables. Les principales sont : l’introduction, une grande partie des livres II et III, les chapitres VI et VII du livre V. Cet ouvrage fait partie d’un cours qui est le fruit de plus de trente-sept ans de lecture et de réflexion. LaPsychologiea déjà paru sous le titre de :La vie dans l’homme, ses manifestations diverses,etc. L aThéorie de la connaissance ouLogique objectivepas à paraître, en ne tardera même temps que laLogique subjectiveouThéorie du raisonnement. UneThéologie rationnelleou philosophique terminera cette série d’études appropriées aux besoins de l’enseignement. Puissent-elles être de quelque utilité, ne fût-ce que comme moyen d’exciter la pensée et la réflexion, à des collaborateurs moins avancés dans la carrière de la vie et dans celle de l’instruction publique !
ERRATA.
INTRODUCTION
Il y a deux sortes de principes : ceux qui s’induis ent de l’expérience, et ceux qui procèdent de la raison pure. Les premiers sont le fruit de l’observation, de la généralisation et de l’induction. Tels sont les principes de toutes les sciences physiques, et plus généralement de toutes les sciences de faits, que les faits soient de l’ordre corporel ou de l’ordre spirituel. Tels sont la physique, la chimie, la grammaire comparée, etc. Les seconds sont le produit immédiat de la raison pure. Tels sont les principesa priori de toutes les sciences de l’ordre purement rationne l, les mathématiques, la logique comme théorie du raisonnement, la grammaire générale ou théorie de la parole d’après les seules lois de l’intelligence telles qu’on peut les connaître par l’étude abstraite de l’homme en général, etc. La morale peut être envisagée à ce double point de vue. Il y a donc une morale dont les lois sont moins des principes à proprement parler que des faits d’une généralité plus ou moins étendue. T els sont les résultats fournis par la statistique en matière de mariages, de délits et de crimes de toute nature, de suicide, etc. Tel est, en général, tout ce qu’on appelle un trait de mœurs chez un peuple. Il y a une autre morale dont les principes, s’ils e xistent, doivent avoir un caractère absolu, qui ne seraient pas sujets à varier suivant les temps, les lieux, les peuples, etc. Telle est cette maxime qu’on retrouve dans les écrits des sages de la Chine, de la Grèce et de Rome, comme dans nos Livres saints : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait. Elle a pour base le principe de réciprocité, principe qui est le fondement de toute justice commutative, soit contra ctuelle, soit pénale, et qui suppose lui-même l’identité de la nature humaine. La première espèce de morale, par cela seul qu’elle n’aboutit, comme science, qu’à des lois qui sont bien l’expressionmœurs, mais qui n’en sont pas la des règle, n’est qu’une science de faits, comparable en ce point à toute autre science de même nature, mais qui est plus sujette aux exceptions qu’aucune autre science de faits, à cause du libre arbitre et des mille circonstances diverses qui peuvent impressionner les sujets. Ce qu’on appelle, par extension, les mœurs des anim aux tient une sorte de milieu entre les phénomènes physiques et les mœurs humaine s. Encore est-il vrai de dire, comme nous le verrons tout-à-l’heure, que l’analogi e est portée par l’esprit humain jusqu’à concevoir une sorte de mœurs aux plantes, et même aux simples éléments des choses matérielles. Quoi qu’il en soit, les mœurs des animaux sont beau coup plus constantes que celles des hommes, et les actes d’un animal déterminé plus faciles à prévoir que ceux d’un homme en particulier. Toutefois, il n’y a pas moins de caprice apparent et de diversité entre les excursions d’une abeille dans les campagn es fleuries, où elle butine en tous sens, et les courses d’une autre abeille, qu’entre les actes d’un homme et ceux d’un autre. Et si, comme on n’en peut douter, les mouvem ents de l’abeille ou de toute autre espèce animale ont leur mobile commun, de même les actes d’un homme et ceux d’un autre s’expliquent souvent par des principes commun s à tous les membres de l’humanité. Quelques-uns même de ces principes ont la plus grande analogie avec les mobiles des animaux. Qui pourrait assurer qu’il n’y a rien là qui ne soit commun à l’homme et à la plante même ? On peut dire, en effet, mais dans un sens plus larg e qu’en parlant des animaux, que les plantes aussi ont des mœurs ; que ces mœurs varient suivant les espèces, et dans
chaque espèce suivant les variétés ; qu’elles offre nt même des différences d’individu à individu de même espèce. Ici encore, et malgré ces différences individuelles de variétés, d’espèces et de genres, on pourrait constater des l ois de formation, de nutrition, de développement, de conservation, de dépérissement et de mort, qui se rattachent à des influences extérieures et à la constitution même des végétaux. Ainsi, en s’élevant par degrés dans l’échelle des généralités, en cherchant les rapports de ressemblance qui unissent encore entre eux les d egrés les plus éloignés, on trouve quelque chose d’analogue à des mœurs dans les lois de toute chose, aujourd’hui surtout que la matière est généralement considérée comme un ensemble de forces dont quelques-unes sont toujours en exercice. C’est ainsi que les lois qui régissent les plus grandes masses corporelles et les plus petits éléments dont ces masses se composent, em brassent l’indéfiniment grand et l’indéfiniment p etit à travers l’immensité, et se rattachent d’un côté à ce qui prend le nom de passion, de sympathie et d’antipathie dans les mœurs humaines, et d’un autre côté par ce qu’il y a de mathématiquement précis et invariable, aux loisa prioriqui s’imposent par la raison aux actes humains. Je n’oublie assurément point les différences extrêm es qui séparent ces divers ordres de choses ; mais je ne crois pas non plus faire la moindre violence à la vérité en rappelant des analogies qui n’avaient pas échappé a ux premiers sages de la Grèce, et que. les savants de tous les pays laissent évidemme nt apercevoir dans leur esprit, lorsqu’ils disent, dans une langue ou dans une autre, que des substances en présence d’autres substances, et dans d’autres circonstances qu’ils déterminent, secomportentde telle ou telle manière, comme on le dirait déjà figurément d’un animal, et comme on le dit proprement de l’homme seul. Ces rapprochements possibles, naturels même, puisqu e l’esprit humain les fait spontanément, prouvent la parenté qui existe entre tous ces ordres de faits. Tous ces phénomènes ont en effet cela de commun qu’ils sont des faits ; qu’ils sont rapportés dans chaque espèce à une force particulière ; qu’ils son t plus ou moins sujets à exception, mais que ceux qui le sont le moins n’ont absolument rien de nécessaire ou dont le contraire implique contradiction ; qu’ils sont tous soumis à des influences diverses, et peuvent varier en conséquence, quoique tous ne varient pas avec la même constance et dans la même mesure. Ils forment donc, les uns et les autres, la matière de sciences descriptives qui aboutissent à des généralités qu’on appelle lois, m ais qui ont d’autant moins de rigueur, d’unité et d’universalité qu’on se rapproche davantage des êtres libres. Mais, dans les êtres libres eux-mêmes, les faits et les lois qui en résultent par voie de généralisation et d’induction sont l’objet d’une sc ience particulière, l’Anthropologie pratique ou l’Ethographie. Est-ce là ce qu’on appelle les principes de la morale ? Non. Les principes qu’il s’agit de retrouver dans les fa its moraux, tels que la nature humaine les présente, et par suite de les en dégager, sont les « principes constants et universels de la morale, » c’est-à-dire des principes régulateurs, qui donnent la loi aux faits moraux, loin de l’en recevoir. Or, de pareils principes ont aussi un caractère de nécessité pratique qui les met au-dessus de notre volonté, en ce sens qu’ils sont faits pour lui commander et nullement pour lui obéir. Ces principes constants, universels, nécessaires, ont un quatrième caractère, antérieur et supérieur aux trois précédents qui en dérivent, celui d’être rationnels oua priori. La science dont ils sont l’objet est donc une scien ce apriori,doit être faite en et consultant la conscience morale, la raison pratique, qui proclame ces principes avec les caractères qui leur sont propres. Mais comme ces principes se manifestent au sein de la conscience, accompagnés de
sentiments, de mobiles et de motifs divers, il s’ag it de soumettre ce mélange naturel à une scrupuleuse analyse, de distinguer dans ce mélange l’élément empirique et l’élément rationnel, d’édifier avec les matériaux de cette de rnière espèce une science propre, la science des mœurs, la morale. Un premier livre aura donc pour objet de déterminer l’idée même de la morale comme science de la vie pratique. Un second fera connaîtr e les raisons pour ainsi dire extrinsèques ou étrangères aux doctrines morales, m ais tirées de fausses doctrines métaphysiques (théologiques ou psychologiques) qui ont fait révoquer en doute la possibilité d’une science qui soit la régulatrice s uprême de la libre activité de l’homme. Dans un troisième livre, nous exposerons, en les ex aminant, les doctrines morales mêmes qui ont pu faire douter de la morale. Dans un quatrième, nous chercherons à dégager de tous les systèmes, et du sein même de no tre nature, les principes d’une science suprême de la vie pratique ou de la destinée morale de l’homme. Nous poserons les règles les plus générales de la casuistique, c’est-à-dire les principes propres à diriger le jugement dans la solution des questions de morale pratique les plus circonstanciées. Enfin, dans un cinquième, nous montrerons l’accord des grands moralistes de l’antiquité dans l’application de ces principes aux différents espèces d’actes qui remplissent la vie, et nous ferons voir par l’histoire que la morale, e t jusqu’à un certain point la moralité même, sont indépendantes des croyances religieuses, mais que la moralité est cependant plus assurée avec de saines croyances que sans elles.
LIVRE PREMIER
Idée de la Morale comme science. — Ses rapports avec les sciences analogues
CHAPITRE PREMIER
Objet de la Morale comme science. — Son importance. — Son utilité. — Possibilité de cette science. — Méthode à suivre pour la faire. — Sources Accessoires où l’on peut puiser
I. Une science est un ensemble de propositions générales, plus ou moins fécondes en conséquences, et qui forment entre elles un corps d e doctrine où l’on distingue un commencement, un milieu et une fin, c’est-à-dire un enchaînement tel que ce qui suit dépend de ce qui précède. Toute science vraiment une dans toutes ses parties est donc dominée par une idée supérieure et unique, qui est l’objet même de cette science, et la raison de son unité. De là encore, de cette idée, la dénomination de la science. La science de la morale, la morale en un mot, est d onc la science qui a pour objet la règle des mœurs, c’est-à-dire la conduite de la vie. La morale, en d’autres termes, est la science pratique de la vie. Mais comme nous pouvons en agissant nous proposer des fins très diverses, suivant, par exemple, les différentes professions ou occupations auxquelles nous pouvons nous livrer, la morale a pour objet la fin suprême ou de rnière de toutes nos actions, le but extrême auquel nous devons tendre, et les règles à suivre pour l’atteindre, ou du moins pour en approcher indéfiniment. La morale n’est donc pas simplement la science pratique de la vie ; elle en est de plus la science pratique en tant que la vie est appelée à être réglée par une idée supérieure, celle du bien par excellence, du bien absolu, appelé aussi bien moral. De cette manière la morale, comme science pratique de la vie, se distingue de la science de la vie pratique ou de la science des mœurs. La première est la science de la vie active, telle qu’elle doit être, la seconde est la science de cette même vie, telle qu’elle est. La première est la science de la morale, la se conde est la science des mœurs : la première est une science d’idées oua priori, déduite de la connaissance de la nature humaine et de sa destinée ; la seconde est une scie nce de faits, d’observation, une sciencea posteriori ou de faits, une science naturelle, où l’on décrit les actions des hommes, comme le naturaliste décrit les opérations des animaux, opérations qu’il appelle aussi, mais par analogie, des mœurs. La morale est donc une science dedroit, puisqu’elle enseignece qui doit être fait ; la science des mœurs est au contraire une science defait,puisqu’elle n’a d’autre objet que de bien voir et de bien décrirece qui se fait. La morale, comme science ou comme ensemble systémat ique de principes et de règles destinés à éclairer de haut et dans toute son étendue l’horizon de la vie, à diriger chacun de nous vers le but essentiel à atteindre, s i nous voulons rester fidèles à notre dignité d’êtres raisonnables, en quoi, certes, nous ne sommes pas plus libres que nous ne le sommes d’être ou de n’être pas hommes. La mor ale ainsi entendue se distingue aussi du sens moral, c’est-à-dire de cette espèce d ’instinct supérieur d’honnêteté et de justice qui est propre à l’homme, et en vertu duque l nous sentons que telle chose doit être faite ou omise. Mais, qu’on ne s’y trompe point, cet instinct n’est déjà qu’une idée vague, sourde, mal démêlée d’avec les sentiments qui l’accompagnent da ns la pratique. C’est parce que nous sommes des êtres naturellement capables de raison, que ces sortes d’idées se font