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Règne des femmes

De
102 pages
L'action du Règne des femmes se déroule cinq mille ans après l'explosion de bombes atomiques qui ont failli détruire la vie sur notre planète. Seules ont survécu quelques communautés de femmes qui ont pris le pouvoir et qui entendent le garder. Ces sociétés, qui proclament constamment qu'elles ont sacralisé le respect de la vie, ne sont toutefois pas aussi idylliques qu'elles le prétendent.
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Le règne des femmes
Paula DUMONT Le règne des femmes Conte philosophiqueL’Harmattan
Du même auteur : Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, L’Har-mattan, 2009. La Vie dure, éducation sentimentale d’une lesbienne, L’Harmattan, 2010. Lettre à une amie hétéro, propos sur l’homophobie ordi-naire, L’Harmattan, 2011. © L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96831-8 EAN : 9782296968318
L’avenir de l’homme est la femme Elle est la couleur de son âme Elle est sa rumeur et son bruit Et sans elle il n’est qu’un blasphème Il n’est qu’un noyau sans le fruit Sa bouche soufe un vent sauvage Sa vie appartient aux ravages Et sa propre main le détruit
Louis Aragon,le fou d’Elsa
Ce livre s’adresse à :
Tous les chefs d’états qui ont le pouvoir de faire exploser notre planète en ap-puyant sur un bouton.
Il ne met pas en cause :
Adrien, Alain, Alexis, Bernard, Christian, Damien, Daniel, Edisson, Edgar, Francis, Gérard, Hans, Herman, Hubert, Hussein, Jacques, Jérémie, Jérôme, Jean-Claude, Joël, Julien, Mathis, Marc, Martin, Maxime, Michaël, Michel, Pascal, Pa-trick, Paul, Pierre, Rémi, Ronald, Sylvain, Thierry, Vincent, Yves et tous les hommes de paix et de bonne volonté.
Et il est dédié à mon amie : Françoise Mariotti
CINQ MILLE ANS APRES LE CATACLYSME
La directrice de l’Institut de Recherches historiques frappa sur la table du plat de la main en s’écriant : — Vous vous rendez compte de ce que vous avancez ? Les deux étudiantes qui lui faisaient face se regardèrent d’un air gêné et baissèrent les yeux. Stella, la plus hardie, ouvrit la bouche pour ébaucher timidement une réponse : — Nous sommes vraiment les premières surprises par nos découvertes… La directrice lui coupa la parole avec brutalité : — Vosdécouvertesen détachant le mot s’exclama-t-elle avec une feinte gravité pour le tourner en ridicule. C’est trop drôle ! Vous n’avez pas encore terminé votre deuxième année d’étude et vous prétendez avoir fait des découvertes! C’est à mourir de rire ! Les deux stagiaires n’osèrent rien ajouter car la directrice, contrairement à ce qu’elle venait d’afrmer, ne riait pas le moins du monde. Elle reprit d’une voix plus sereine : — Vous osez prétendre que pendant l’ère de l’Antécata-clysme, les femmes vivaient isolées les unes des autres parce qu’elles avaient été domestiquées par les mâles ! Véra, la stagiaire qui était restée muette jusque-là, essaya de placer quelques mots : — Quand nous sommes entrées dans l’habitation dégagée lors des fouilles… Mais elle ne réussit pas mieux que son amie à terminer sa phrase car la directrice l’interrompit sans pitié : — J’ai eu tort de coner un travail de cette importance à des novices. Dorénavant, vous vous bornerez à réintégrer vos salles de cours et vos matriciaires et vous attendrez d’avoir terminé la totalité de votre cursus pour vous lancer dans la recherche. Vous m’avez fait perdre assez de temps comme ça. Comme les deux stagiaires restaient pétriées, la directrice se leva en repoussant brusquement son fauteuil derrière elle. Confuses, elles enrent autant et après avoir murmuré un ti-mide « au revoir, Madame la directrice », elles se dirigèrent vers la porte. — Un instant ! La voix impérieuse de leur supérieure venait de les clouer sur place. Cette dernière leur déclara : — Ne perdez jamais de vue que vous avez la chance de vivre dans la Grande Sororité. Et souvenez-vous que le respect de la vie et de la vérité sont nos valeurs suprêmes !
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Stella et Véra écoutèrent en silence le leitmotiv qu’on leur serinait depuis leur plus tendre enfance. Comme elles n’osaient pas remuer d’un pouce, la directrice reprit : — Bon, vous pouvez vous retirer, maintenant. Et ne venez plus m’importuner avec vos réexions puériles ! Elles ne se lerent pas dire deux fois et sortirent du bureau avec soulagement. Restée seule, la directrice ricana : — Quelle jeunesse ! Et quel métier ! Les deuxlles prirent la direction de la salle de sport. En chemin, elles purent exprimer leur rancœur sans retenue : — Je n’y comprends rien, dit Stella. Dans les documents qu’on a traduits, tout concorde. Si la datation qu’on nous a don-née est exacte, nos ancêtres de ce temps-là ne vivaient pas du tout comme nous. — On ne pourra rien vérier de plus, puisqu’on nous retire ce travail, soupira Véra. Tout ce qu’on pourra faire, c’est suivre les recherches des autres, se renseigner sur ce qu’elles auront trouvé... — Je ne vois pas pourquoi la patronne prend ça tant à cœur ! C’est si important, ce qui se passait il y a cinq mille ans ? — Tu simplies le problème, comme toujours. C’est le cata-clysme qui a eu lieu il y a cinq mille ans. L’ère de l’Antécata-clysme a duré environ six mille ans, ce qui fait… — Ça ne change rien à ce que je dis ! Qu’est-ce que ça peut nous faire, le mode de vie de ces primitives ? Je ne vois pas pourquoi elle nous traite comme ça ! On dirait que ça la dé-range, que nos aïeules aient été domestiquées par les mâles… — Ça ne la dérange pas du tout, simplement elle pense qu’on lui fait perdre son temps. D’ailleurs elle ne nous l’a pas envoyé dire ! — On pourrait peut-être en parler à la prof d’Histoire an-tique. C’est sa spécialité, après tout… — Ouais… Je ne sais pas si c’est une très bonne idée. Parce que si ça revient aux oreilles de la patronne, ça risque de nous retomber sur le coin de lagure ! Et moi, ce que je veux, c’est être un jour une historienne célèbre dans toute la Grande Sorori-té... Elles venaient d’arriver à la salle de sport. Tout en bavar-dant, elles ôtèrent les vêtements qu’elles avaient choisis avec soin avant leur entrevue avec la directrice : — Ce n’était pas la peine de nous mettre sur notre trente et un, soupira Véra. On aurait pu aussi bien aller voir la patronne avec nos combinaisons ordinaires...
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