Spinoza politique

-

Livres
343 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Ce volume rassemble les principales études consacrées par Étienne Balibar à la philosophie de Spinoza, dans son rapport intrinsèque à la politique. Partant de la thèse que Spinoza avait reprise de Tacite (la « crainte des masses »), il aboutit à une interprétation renouvelée des modes de communication et des genres de vie, que résume la triple explication du Nom divin : Dieu c’est la Loi, Dieu c’est l’Homme, Dieu c’est la Nature. Pour accomplir cette transition, il faut parcourir plusieurs espaces théoriques : la construction de la démocratie comme limite des régimes étatiques, où s’exprime la puissance de l’être en commun ; l’ontologie du transindividuel, qui affirme le primat de la relation sur l’être isolé ; enfin la constitution du sujet comme une conscience recherchant l’intelligence des affections de son propre corps. Cette enquête permet alors d’approfondir la conception de l’anthropologie philosophique que l’auteur défend dans le cadre du débat contemporain sur l’actualité du spinozisme.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782130807766
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0165 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
ISBN 978-2-13-080776-6
ère Dépôt légal – 1 édition : 2018, avril
© Presses Universitaires de France/Humensis, 2018 170 bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Avant-propos
L e présent volume rassemble – à dueldues exceptions près – l’ensemble Des étuDes due j’ai consacrées à ce jour à la philosophie De Spinoza, Dans son rapport intrinsèdue à la politidue :sapolitidue, aussi soigneusement rattachée à la conjoncture De son temps et De son lieu due possible, la politidue comme problème Du rapport conflictuel entre la construction D’un État et la Démocratisation Des institutions, tel du’il s’est formulé à l’aube De la moDernité et nous parvient aujourD’hui Dans Des formes totalement renouvelées, pour lesduelles Spinoza apparaît étonnamment comme l’inspirateur D’une refonDation. Il m’a semblé due, Dans leur Diversité et leur complémentarité (parfois consciemment recherchée, car plusieurs De ces étuDes s’enchaînent comme les moments D’une même Discussion, parfois inopinément surgie De la rencontre entre la conjoncture et l’écriture), ces étuDes formaient Désormais un ensemble cohérent – ce dui ne veut pas Dire un tout achevé, dui serait Dénué D’intérêt. C’est comme telles due je vouDrais les Donner à lire Dans leur «orDre» argumentatif. Plusieurs ne sont connues due Des spécialistes, en particulier celles dui ont été réDigées initialement en anglais. ’autres ont assez largement circulé, bénéficiant De la remarduable faveur Dont les étuDes spinozistes ont joui, en France et ailleurs, après due les travaux De Gueroult, eleuze, Althusser, Matheron et dueldues autres eurent Donné le branle, 1 à la fin Des années 1960, à ce du’on a justement appelé «le nouveau Spinoza». En ouverture, sous le titre venu De Tacite Dont Spinoza s’est réclamé par Deux fois : Terrere, nisi paveant, je rappelle (en reproDuisant sa version initiale De 1982, réDigée pour le congrès Spinoza D’Urbino, organisé par Emilia Giancotti Boscherini) ma thèse De la «crainte Des masses», c’est-à-Dire à la fois la présupposition réciproque De la politidue et De la métaphysidue Dans l’œuvre De Spinoza, et le caractère intrinsèduement ambivalent Du concept De la «multituDe» aux yeux De l’auteur Du Traité théologico-politique, Dont procèDe justement son impulsion philosophidue (point 2 central De ma Divergence avec D’autres lectures contemporaines) . Je reviens sur le fonctionnement Du concept spinoziste De lamultitudo,cette fois Dans son rapport avec la problématidue Du corps politidue en tant due quasi-individualité essentiellement instable (ce dui veut Dire aussi du’elle ne Doit jamais cesser De se «constituer») Dans une étuDe postérieure, Discutant Diverses interprétations De l’énigmatidue formule Du 3 Tractatus politicus : «Potentia multitudinis, quae una veluti mente ducitur.» Prises ensemble, ces Deux analyses montrent, me semble-t-il, du’un principe D’antinomie n’articule pas seulement l’opposition entre les Deux notions (potentia et potestas) dui expriment chez Spinoza l’iDée centrale De la «puissance D’agir» Dans le champ Des
actions collectives, mais refenD ou recoupe chacune D’entre elles. C’est pourduoi on ne peut se contenter De «DéDuire» ou De «reconstruire» l’articulation Des catégories De la philosophie et De la politidue en privilégiant une notion ou un orDre D’exposition. Mais, sans rien abanDonner De la rigueur conceptuelle du’il n’a cessé D’observer, il faut analyser les moments D’une recherche essentiellement inachevée (comme le Tractatus politicus, et peut-être, à sa façon, l’Éthique), dui fait l’épreuve De sa propre puissance explicative (ordinare ad intellectum) aux points mêmes où elle Devient le plus incertaine. ans cette perspective, j’ai organisé le volume en trois granDes parties. La première partie consiste Dans une rééDition De l’ouvrageSpinoza et la politique paru en 1985 Dans la collection «Philosophies» (Puf), Dont je Donne ici la version «étenDue» (augmentée D’un chapitre sur «Politidue et communication», dui avait été incorporé à la traDuction anglaise De 1998). Ce livre contient l’articulation la plus systématidue entre les trois ouvrages principaux De Spinoza, Dont ressort la centralité De la duestion De l’imagination comme «matière» De la construction Des inDiviDualités collectives. Je remercie très vivement les Presses universitaires De France (et particulièrement Paul Garapon) D’avoir accepté l’inclusion Du volume paru Dans la collection «Philosophies» (alors Dirigée par Pierre Macherey, Françoise Balibar, Jean-Pierre Lefebvre et Yves Vargas), plutôt due De le rééDiter à nouveau Dans sa forme originale, et D’avoir Discuté avec moi patiemment l’organisation D’ensemble dui en Découlait. Les Dimensions rigoureusement imposées aux volumes De cette collection (avec lesduelles j’avais seulement rusé en utilisant pour certains Développements un corps D’imprimerie plus petit) m’avaient consiDérablement aiDé à resserrer l’argumentation autour D’un problème unidue, dui se Déploie entre Deux pôles : la e présentation De la «topiduesiècle,» Des positions politidues Dans la HollanDe Du XVII dui impose ses contraintes à toute sa réflexion jusdu’au point où il construit, pour y intervenir, unesupplémentaire place , jusdu’alors inexistante, Dont il va lui falloir assumer les implications, et l’articulation D’une véritable anthropologie politidue (c’est-à-Dire une anthropologie De l’action commune, plus encore due De l’être en commun, dui se fonDe paraDoxalement sur l’iDée due l’essence humaine n’existe due Dans la 4 moDalité De ses multiples singularités) . CepenDant je n’avais pu faire place à un Développement spécifidue, et récapitulatif, où l’iDée Dede communication modes , dui seraient à la fois, inDissociablement, Des moDes (ou genres) De connaissance et Des moDes (ou conDitions) D’existence, soit complètement explicitée, pour due sa consistance puisse être éprouvée. C’est ce due j’ai fait Dans mon chapitre supplémentaire, Dont procèDent ainsi les Développements Des Deux parties suivantes. Je n’ai jamais renoncé à cette iDée, dui me paraît saisir mieux due D’autres, peut-être, ce dui renD impossible De Discuter séparémentSpinoza la « chez transition» De l’imagination à la rationalité et la «composition» dui institue entre les inDiviDualités (et même en Deçà De l’inDiviDualité, au niveau Des circulations D’iDées et D’affects) Différents régimes De convenance et De Disconvenance. Mais il est certain du’en la renommant et en Discutant les interprétations du’on peut en Donner, j’ai mieux compris du’elle ne saurait résoudre Des apories persistantes Dans le commentaire du’en Dégageant la question pour laduelle Spinoza n’a pas De réponse Définitive (ou Du moins pas De réponse simple, comme en témoigne l’écart entre la terminologie De la e e5 vertupartie De l’Dans la IV Éthiqueet celle De lasagesse) .à la fin De la V
La Deuxième partie commence par Deux essais dui exposent chacun une facette De l’articulation entre «ontologie» et «politidue» chez Spinoza Dans la conception due je m’en fais. Cette conception se fonDe sur le concept De transindividualité systématiduement Développé Dans l’essai De 1996 (à partir D’une conférence Dans la maison Spinoza De Rijnsburg), dui montre comment Spinoza a surmonté l’antithèse classidue Des Discours «inDiviDualistes» et «organicistes», non pas en leur superposant une synthèse Dialectidue, mais en y lisant Deux représentations imaginaires (Donc «abstraites») De la connexionles choses dui Détermine leur entre singularité. Ce concept, Dont le nom est emprunté à l’œuvre De philosophes contemporains, en particulier SimonDon (aujourD’hui objet D’une très granDe 6 attention) mais aussi Kojève, Lacan et Lucien GolDmann, permet également De comprenDre la place singulière due Spinoza occupe Dans l’histoire De la métaphysidue, aux côtés D’autres philosophes De laontologique relation  (comme Marx ou FreuD) et 7 en face Des philosophes De l’intersubjectivité. CeRousseau ou Hegel)  (comme thème traverse tous les essais regroupés ici, soit du’ils examinent Des duestions De Définition conceptuelle stratégidue chez Spinoza (la conscience, le Droit naturel, la vérité, l’inDiviDualité collective), soit du’ils Discutent l’articulation entre la métaphysidue et l’histoire, du’on peut caractériser chez Spinoza comme variation continue Des «régimes» De gouvernement (et D’autogouvernement) De la multituDe, soit enfin du’ils esduissent certaines Des granDes comparaisons Doctrinales Dont DépenD la lecture philosophidue Du spinozisme. L’essai conclusif De cette partie est précisément consacré, par le biais due j’estime privilégié D’une Discussion comparée Des moDalités De «l’effet De société» chez Spinoza, Marx et FreuD, à tenter De Déplacer et De relancer les Discussions dui se Développent aujourD’hui sur ce thème. Elle me conDuit à montrer comment chacun De ces penseurs a élaboré la granDe thématidue Du rapport social comme «Double inscription» Du lien Des sujets inDiviDuels entre eux et à leur communauté Dans le réel et Dans l’imaginaire, Donc Dans le réel par le moyen De l’imaginaire. Mais aussi due chacun D’entre eux, bien due suivant une pente raDicalement Différente, a perçu la présence D’une «ligne De fuite» (comme aurait Dit eleuze) dui ouvre le rapport social Donné sur la possibilité De sa transformation. Comment instruire une duestion ontologidue sans pour autant Disdualifier la problématidue anthropologidue Dans laduelle s’enracinent les Dilemmes De l’éthidue et De la politidue, tel est à beaucoup D’égarDs le problème formel Dont je veux montrer les enjeux pratidues. Enfin, Dans la troisième partie, j’esduisse une problématisation De la duestion Des «trois genres De connaissance», traDitionnellement consiDérée comme relevant (tautologiduement) De la «théorie De la connaissance» ou constitutive D’une épistémologie. Je veux montrer du’elle peut apparaître autrement, en partant De ce due Danset la politique Spinoza appelé une philosophie Des moDes De j’avais communication, et en examinant ses «applications» aux duestions Du Droit et De la religion, dui en réalité sont plutôt sesprésupposés.En effet Spinoza ne Discute pas De la duestion De la vérité – Depuis le célèbre verum index[ounorma]et falsi sui  jusdu’à la Doctrine De l’adaequatioDevenir intelligible Des « comme causalités» singulières permettant De comprenDre chadue chose «Dans la perspective De [son] éternité» – De façon strictement «cognitive» (ce dui le ramènerait, ou ramène inévitablement ses commentateurs, Dans l’orbite D’une conception représentativel’intelligibilité). Il ne De cherche pas non plus (comme le proposera Marx Dans les propositions célèbres Des
Thèses sur Feuerbach) à transformer en «duestion pratidue» la «duestion théoridue» De la vérité «c’est-à-Dire [De] la réalité, et [De] la puissance De sa pensée, 8 Dans ce monDe et pour notre temps». Mais il s’engage Dans une politique de la vérité, Dont il cherche à penser à la fois le contenu et les conDitions De possibilité, ce 9 dui retentit sur sa Définition même, en tant due Définition «opératoire». J’inclus ici D’aborD trois essais relativement anciens, Dont je ne maintienDrais peut-être pas chadue formulation à la lettre, mais Dont la Démarche me paraît toujours DéfenDable : l’un dui porte sur la construction de la loi comme représentation du droit dans l’imaginaire,seconD dui porte sur la le interne du concept de la conscience division chez Spinoza (faisant De lui, en face De Locke, l’autre «inventeur De la conscience» Dans la postérité De escartes et contre sa conception De la présence à soi Du sujet pensant), le troisième (à partir De la Discussion D’un essai De GérarD Lebrun) sur l’opposition des «politiques de la vérité»Spinoza et chez Hobbes. Enfin, pour chez conclure, je Donne le plus récent (2013) De mes essais De lecture spinoziste, dui reprenD plusieurs Des thématidues précéDentes, mais tente D’ouvrir (ou De réouvrir) une duestion dui était restée latente à travers la Discussion Des articulations précéDentes : celle Du signifiant religieux dui sert en permanence De référent «théologidue» immanent à la communication. Nul Doute du’il comporte un élément raDicalement subversif, due le simple usage Du petit motsive concentre et Distribue à travers toute l’œuvre De Spinoza. Mais, comme à propos De la multituDe ou De la puissance De l’imagination, c’est Dans une logidue De l’éduivocité (ou De la multiplicité Des interprétations) du’il faut, selon moi, en Déployer les conséduences. Après AnDré Tosel et Wim Klever en particulier, je propose De lire chez lui, non pas tant une critidue Des formes De la religion due, plus profonDément, une analytidue De la Divergence et De la circularité Des trois granDes conceptions de «Dieu»lesduelles se entre partagent les Discours (et Donc les institutions) Du théologidue en OcciDent : l’énonciation De la loi, l’iDéalisation De l’amour universel entre les hommes, la proDuctivité infinie De la nature, chacune D’entre elles étant susceptible De «fluctuer» entre la superstition et la rationalité. Je montre ainsi due la duestion Du «ieu De Spinoza» gagnerait à être reformulée en tant due duestion Des régimes De vérité dui corresponDent à Différentes iDées Du Divin dui, pour Spinoza, ont chacune leur nécessité et leur usage. On voit bien du’au terme De ce parcours, rationalisé après coup plutôt due procéDant D’un «programme» préétabli, la signification Du titre due j’avais Donné à mon premier ouvrage (ou due j’avais repris à mon compte comme énoncé D’un «cahier Des charges») s’est en dueldue inversée, ou plutôt a libéré complètement l’élément antinomidue dui lui était immanent. e la crainte Des masses aux énonciations De la formesive X Deus , où la place marduée X vient accueillir, pour en duestionner les usages, toutes nos représentations Du Divin (Lex, Homo, Natura), la «politidue» s’est Doublée D’une «impolitidue» dui ne l’abolit pas, mais dui l’oblige à se confronter à ses autres, et Donc à se porter en permanence aux limites De sa «10 puissance». L’ouvrage est DéDié à la mémoire De Deux amis très chers, avec dui j’ai beaucoup Discuté De Spinoza, et Dont je n’ai cessé De regretter la Disparition prématurée : Emilia Giancotti, auteure DuLexicon Spinozanumet De la traDuction italienne commentée De l’Éthique, cofonDatrice DesStudia Spinozanaet initiatrice Des Débats internationaux dui
structurent le spinozisme moDerne (au moins Dans sa variante «continentale»), et François Zourabichvili, dui était venu Dans les années 1980 me proposer De Diriger un mémoire De maîtrise sur Spinoza, avant De s’engager Dans une brillante carrière philosophidue, marduée en particulier par la publication Des Deux livres issus De sa thèse, tous Deux publiés en 2002 aux Puf (Dont l’un Dans la collection due j’y Dirigeais alors avec ominidue Lecourt : Le Conservatisme paradoxal de Spinoza. Enfance et royauté, collection «Pratidues théoridues»). L’un et l’autre ils eurent, me semble-t-il, une iDée vraie, dui pour cette raison Demeure.
1.Warren Montag, Ted Stolze (dir.),The New Spinoza (Theory Out of Bounds), Minnesota University Press, 1997. J’ai publié en 2002, sur la proposition de mon ami Vittorio Morfino, aux Edizioni Ghibli de Milan, un recueil intitulé Spinoza: Il transindividuale, dans lequel figurant en traduction italienne bon nombre des études présentées ici. 2.Cette maxime vient de Tacite (Annales, I, 29). Au Traité politique, VII, 27 elle figure dans le contexte d’une réfutation par Spinoza des arguments antidémocratiques, ce qui incite généralement les commentateurs à penser que Spinoza ne la prend pas à son compte. C’est gommer toute l’ambivalence que, précisément, je cherche à expliciter. La même formule figure dans l’Éthique sous une forme à peine différente, assumée cette fois par l’auteur : «Terret vulgus, nisi metuat» («la foule est terrible quand elle est sans crainte»,Éthique, IV, scolie de la prop. 54). Une version développée de mon essai figure dans l’ouvrage La Crainte des masses. Politique et philosophie avant et après Marx, Paris, Galilée, 1997. 3.Tractatus politicus, III, 2. Voir ci-dessous deuxième partie, chap. 2. 4.L’idée de la place supplémentaire, d’abord inexistante, dans un champ discursif conflictuel (Kampfplatz) que son identification vient réorganiser, provient de Kant (Conflit des facultés) à travers le développement qu’en a proposé Althusser («Soutenance d’Amiens», inAlthusser, L. de Machiavel et autres textes Solitude , présentation par Yves Sintomer, Paris, Puf, 1998). 5.J’ai dû revenir constamment sur la lecture «symptomale» que, dès le livre de 1985, j’avais proposée pour leregistre discursif double  (double démonstration, double scolie, et donc double «généalogie» dans le réseau des propositions de e l’Éthiquepartie : «) qui caractérise la proposition 37 de la IV Bonum, quod unuscuisque, qui sectatur virtutem, sibi appetit, reliquis hominibus etiam cupiet, et eo magis, quo majorem Dei habuerit cognitionem.» Cette lecture, qui engendre l’idée suivant laquelle le «troisième genre de connaissance», dans sa réalisation «politique», est essentiellement une résolution, à chaque fois singulière, de l’antithèse entre l’imagination et la raison, constitue donc, en un sens, l’obsession textuellemon travail sur presque trente années. Ai-je eu tort ou raison de de penser qu’on n’en faisait pas aisément le tour? Ce sera, s’il le veut bien, au lecteur d’en juger. 6.Voir surtout les travaux de Muriel Combes, depuis son petitSimondon. Individu et collectivitéen 1999 dans la même collection des Puf que mon propre (paru Spinoza et la politique, réédition augmentée sous le titre : Simondon, une philosophie du transindividuel, Paris, Dittmar, 2013). 7.Sur toutes ces questions de généalogie et de confrontation, voir en particulier le volume collectif que j’ai codirigé en Italie avec Vittorio Morfino :transindividuale. Il Soggetti, Relazioni, Mutazioni, Milan/Udine, Mimesis Edizioni, coll. «Eterotopie», 2014.
8.Marx,sur Feuerbach Thèses  (1845) «La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l’irréalité d’une pensée qui s’isole de la pratique, est purement scolastique» (Thèse 2).
9.Cela veut dire que la «définition» de la vérité ne concerne pas tant (ou du moins pas seulement) ce qu’elleest, que ce qu’ellefait(qui est en réalité sa façon d’être, comme «cause efficiente» et «immanente» à la pensée). Je suis ici de près l’inspiration qui anime des travaux comme ceux de Pierre Macherey et de François Zourabichvili.
10.Bien que j’en fasse usage à ma façon, il est certain que cette catégorie de l’impolitique désignant l’excès interne de la rationalité politique (das Unpolitische, l’impolitico)constitue de ma part un emprunt à l’œuvre de Roberto Esposito et demeure constamment en dialogue avec lui (non seulement pour les Catégories de l’impolitique, Paris, Seuil 2005, et pour Communitas. Origine et destin de la communauté, Paris, Puf, 2000, mais pour le précieux recueil non traduit : Nove pensieri sulla politica, Bologne, Il Mulino, 1993). Voir également mes deux recueils :La Crainte des masses,op. cit. etViolence et Civilité. The Wellek Library Lectures 1996 et autres essais de philosophie politique, Paris, Galilée, 2010.