//img.uscri.be/pth/4696f7ec4b42aefd21e3e41c1b30b5bd3dbd5eef
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Tous fous

De
111 pages
Cet essai "Tous fous" analyse cette folie liée à nos parties infantiles qui nous fait vénérer la puissance et les "recettes" imaginaires qu'elle nous fait miroiter. Conjointement, nous sommes tous fous de peur et d'omnipotence défensive face à ce même pouvoir que notre infantile laisse régner. Si nous ne savons pas trouver l'intelligence des limites, la catastrophe qui nous menace aujourd'hui pourra être autant écologique, socioculturelle que psychologique.
Voir plus Voir moins

TOUS FOUS

site: \v\vw.librairiehannattan.coln diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00601-9 EAN : 9782296006010

Sylvie PORTNOY LANZENBERG

TOUS FOUS
La catastrophe

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 1282260 Ouagadougou 12

Du même auteur

aux éditions 1'Harmattan :
Le pouvoir infantile en chacun L'abus de pouvoir rend malade Création ou destruction autodestruction Le mal et le bien, renoncer au clivage L'amour et Hommage à Albert Camus

aux éditions du Cygne:
J'accuse la dérive de la psychanalyseSylvie Portnoy Lanzenberg

Je voudrais faire de la lumière avec la part d~ombre la plus sombre.

Prologue
Pour sauvegarder son humanité bonne, ainsi que la continuation de la vie terrestre, l'homme se doit d'être un résistant contre sa tendance nazie, laquelle n'est que le culte de la puissance pour la puissance, sans souci pour la fragilité. C'est même l'arrogance de ce pouvoir d'afficher son mépris pour la faiblesse et la vulnérabilité. En d'autres termes, pour défendre sa part de créativité ainsi que la création dont il est issu, l'homme doit s'élever en permanence contre l'abus de pouvoir aliénant, c'est-àdire contre le rapport dominant-dominé, dans lequel toujours agonisent sa liberté et sa dignité. Bien qu'il ait été de tous les temps, ce combat à mener contre la destructivité s'impose aujourd'hui de façon évidente et impérieuse, puisque nos performances technologiques, en leur excellence, nous ont conduits à un point où nous avons les moyens de porter des coups fatals tant à la biosphère que par nos attaques guerrières. Nous qui sommes les enfants et petits-enfants survivants du mal nazi et de l'ère atomique, quel devoir nous incombe, si ce n'est le combat contre cette folie de domination? Notre civilisation hautement technicisée reste potentiellement menacée par les risques grandissants qu'elle continue d'engendrer. Et nous nous tenons debout, entre les catastrophes passées et celles à venir, à devoir les repousser, si possible en trouvant une sagesse apte à les conjurer. Notre pouvoir de provoquer des actions terriblement destructrices peut-il nous conduire à l'intelligence du renoncement, 9

qui est d'abord renoncement à noris servir de cette puissance diabolique? Le vrai pouvoir, de créativité et non de destruction, est celui que nous savons conquérir sur notre folie, qui jamais ne sait s'arrêter à la limite, par souci d'autrui et de la vie. Ce respect, l'individu le trouve s'il parvient à grandir jusqu'à franchir la position dépressive (concept psy qui sera développé plus loin), dépressive car à chaque passage par ce stade d'évolution chacun est amené à renoncer à son égocentrisme omnipotent, par inquiétude quant aux conséquences de ses actes. Et ce franchissement est à refaire la vie durant, le primaire nous enjôlant sans cesse avec ses postures totalitaires pleines de promesses imaginaires et d'idéalités. Pour ne pas renoncer à la toute-puissance imaginaire et rester dans l'illusio~ le plus souvent nous nous faisons inconscients volontaires, inconscients quant aux conséquences de nos actes. Nous choisissons d'être campés en nos certitudes, ce qui nous rend incapables de penser le pouvoir dangereux de nos actions. Sinon, dès que nous pouvons anticiper et comprendre l'impact nocif de nos actes, nous sommes déjà forts d'une pensée évoluée, laquelle peut nous rendre aptes à arrêter de faire le mal en contenant les excès de nos pulsions. C'est justement lorsque l'individu est inconscient et borné qu'il est le plus destructeur car il laisse ses pulsions primaires le mener et lâcher leur charge tensionnelle, sans qu'il ait la moindre idée, ni le souci de l'effet que ce faisant il produit sur son environnement. Lorsque j'intitule cet essai Tous Fous, je pense à cette folie liée à nos parties infantiles~ qui nous fait vénérer la puissance et les « recettes}) imaginaires qu'elle nous fait miroiter. Aliénés volontaires à l'immaturité, nous sommes prompts à collaborer à toutes sortes d'illusions grosses de cette toute-puissance imaginaire: pouvoirs totalitaires, idolâtries et mystifications en tous genres. Conjointement, nous sommes tous fous de peur et d'omnipotence défensive face à ce même pouvoir que notre infantile laisse régner. Car notre immense dépendance de naissance face à nos parents continue, la vie durant, de nous rendre perméables et vulnérables à ce qui nous vient d'autrui, si bien que 10

nous ne sommes jamais à 1~abri de 1~ emprise destructrice de
l'influence nocive de notre vis-à-vis. Si ce dernier veut nous soumettre ou nous nuire, nous savons intuitivement la désastreuse impuissance dans laquelle il peut nous plonger. En témoignent les conséquences psychoaffectives du harcèlement moral: à quelque âge que ce soit, la violence d'autrui ou sa méchante indifférence a le pouvoir de nous désespérer, au point d~effondrer nos défenses, jusqu'à nous rendre fous. C~est la peur de cette catastrophe potentielle qui toujours nous hante. C'est donc d'abord la peur d~attiser la destructivité de notre partenaire qui nous fait servir le rapport dominant-dominé. Nous collaborons avec le «dictateur », dans l'espoir que cette compromission nous épargne sa malveillance. Ce faisant, en cette soumission, nous nous auto-sabordons en nos parties évoluées. Car notre esprit est pétrifié et notre être à l'agonie, lorsque notre liberté-créativité se sacrifie ainsi au profit de la survie de notre corps et de notre ego. En «aimant» de la sorte notre «dominant», l'enfant qui est en nous espère l'amadouer, le séduire, jusqu'à rencontrer sa clémence. Entre adultes, ce jeu est déplacé; il importe de ne pas flatter le «tyran » mais d'entrer en conflit avec lui pour stopper ses abus, obligeant ainsi notre relation à exister libérée du rapport maître-esclave. Je donne réalité à ce rapport de domination, dès que j'accrédite ou vénère la toute-puissance: je lui offre en quelque sorte un règne, alors qu'elle n'existe pas sur cette terre, sauf dans l'imagjnalre. De plus, par un curieux jeu d'identifications croisées, la toute-puissance que je prête au dominan~ j'escompte à mon tour y accéder, la relation maître-esclave étant une symbiose reversible. L'esclave que je suis d~abord aspire dans un second temps à être bientôt le maître (quand je serai grande, ou possédante, etc.), à avoir mon «petit» à ma merci, y compris pour l'anéantir si la fantaisie m'en prend. La seule façon de rompre le cercle vicieux qui nous entraîne de la soumission à la domination est de sortir de ce tourniquet maître-esclave, c'est-à-dire de déjouer cette configuration relationnelle aliénante, forts de notre capacité d'analyser les enjeux cachés et forts de notre solidarité avertie contre le mal. Certes, la vie humaine est spécialement tragique car sans cesse travaillée par le mal. Mais face à ce mal, il s'agit de Il

cultiver notre lucidité de résistant et notre conscience réfléchie si nous voulons sauvegarder le seul bien vraiment précieux: le principe de création, lequel ne peut que sombrer sous le joug des pouvoirs abusifs qui écrasent la liberté. Ramener la vie à la lumière, c'est sans cesse lutter contre notre immaturité, contre la cécité qu'elle engendre, et regarder alors le mal dans toute sa vilenie pour mieux savoir l'affronter. Ramener la vie à la liberté, c'est ne jamais oublier le monstre tapi en nous, ce principe nazi, ce rapport dominant-dominé qui presque jamais ne somnole. Si nous savons la force de notre tendance à l'omnipotence, qui, trop souvent, méprise les interdépendances par où circule la vie, nous pouvons alors mobiliser en nous et autour de nous toutes les forces évoluées de l' éducatio~ de la culture, de la vigilance morale contre la peur et le mal. Donc, tous fous d'omnipotence défensive, dans l'illusion qu'il serait possible d'échapper à la réalité tragique, moyennant quoi nous détruisons la beauté fragile.

12

Comment prendre conscience qu'en notre époque se jouent les fondements de toute civilisation et la continuation ou non de la vie terrestre animée, et ce peut-être pendant deux siècles, pas davantage, vu la dégradation accélérée de notre environnement et les multiples régressions qui affectent I'humanité, alors qu'elle a les moyens de sa destruction? Je ne suis pas une semeuse de désespoir, au contraire. L'illusion qui consiste à se croire évolué et mû d'emblée par de bonnes intentions, nous évite souvent d'endosser la part que nous prenons au mal et la responsabilité qui nous échoit. Egalement, l'utopisme visant à la réalisation de quelque société idéale me semble pernicieux: en plus d'être prétentieux, il est dangereux car il entretient chacun dans un imaginaire de bonheur fallacieux. Et cela risque de démobiliser les forces dont nous avons besoin pour affronter le mal, ce mal inévitable qui hante la condition humaine. La lucidité grâce à laquelle je cherche à motiver chacun pour ce combat (même si parfois, pour grossir le trait, je le noircis sciemment afin de rendre le danger plus apparent) me semble le meilleur moyen d'éveiller et d'armer notre volonté de résistance.

13