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Traités 1-6

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290 pages
Ce volume contient les Traités :
1. sur le beau
2. sur l'immortalité de l'âme
3. sur le destin
4. sur la réalité de l'âme I
5. sur l'intellect, les idées et ce qui est
6. sur la descente de l'âme dans les corps
Né en Égypte au début du IIIe siècle apr. J.-C., Plotin s’installe à Rome en 246,en terre stoïcienne, pour y enseigner les principes d’une philosophie platonicienne et y inaugurer la tradition qu’on dit aujourd’hui « néoplatonicienne ». De 254 jusqu’à la veille de sa mort, en 270, Plotin rédige un ensemble de textes que son disciple Porphyre éditera vers l’année 300 en les distribuant en cinquante-quatre traités, regroupés en six « neuvaines » : les Ennéades. Dans ces traités, Plotin se propose de guider l’âme de son lecteur sur le chemin d’une ascèse qui doit la conduire vers son principe, « l’Intellect » et lui permettre alors de percevoir, pour s’y unir, le principe de toutes choses qu’est « l’Un ». La présente collection regroupe, en neuf volumes, les cinquante-quatre traités de Plotin, traduits et présentés dans l’ordre chronologique qui fut celui de leur rédaction.
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Plotin
Traités 1-6
GF Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
© Flammarion, Paris, 2002. Dépôt légal : janvier 2002 ISBN Epub : 9782081364363
ISBN PDF Web : 9782081364370
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080711557
Ouvrage numérisé et converti par Meta-systems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Né en Égypte au début du III e siècle apr. J.-C., Plotin s’installe à Rome en 246, en terre stoïcienne, pour y enseigner les principes d’une philosophie platonicienne et y inaugurer la tradition qu’on dit aujourd’hui « néoplatonicienne ». De 254 jusqu’à la veille de sa mort, en 270, Plotin rédige un ensemble de textes que son disciple Porphyre éditera vers l’année 300 en les distribuant en cinquante-quatre traités, regroupés en six « neuvaines » : les Ennéades. Dans ces traités, Plotin se propose de guider l’âme de son lecteur sur le chemin d’une ascèse qui doit la conduire vers son principe, « l’Intellect » et lui permettre alors de percevoir, pour s’y unir, le principe de toutes choses qu’est « l’Un ». La présente collection regroupe, en neuf volumes, les cinquante-quatre traités de Plotin, traduits et présentés dans l’ordre chronologique qui fut celui de leur rédaction. Ce volume contient les Traités 1. SUR LE BEAU 2. SUR L’IMMORTALITÉ DE L’ÂME 3. SUR LE DESTIN 4. SUR LA RÉALITÉ DE L’ÂME I 5. SUR L’INTELLECT, LES IDÉES ET CE QUI EST 6. SUR LA DESCENTE DE L’ÂME DANS LES CORPS.
Traités 1-6
1.Sur le beau 2.Sur l'immortalité de l'âme 3.Sur le destin 4.Sur la réalité de l'âmeI 5.Sur l'Intellect, les idées et ce qui est 6.Sur la descente de l'âme dans les corps
INTRODUCTION
Le présent volumeest le premier d'une sérier qui assemblera l'ensemble des cinquante-quatre traités rédigés par Plotin,au IIIe siècleapr. J.-C. Cette traduction inéditeet complète de l'œuvre plotinienne comptera neuf volumes, regroupant chacun plusieurs traités, traduitset présentés dans l'ordre chronologiquefut c qui elui de leur rédaction, si l'onen croit les indications de Porphyre, disciple de Plotinet éditeur deson œuvre. Les pages de cette introduction ne présentent que de manière très générale la doctrine de Plotin. Il reviendraaux notices qui précèdent chacun des traités, commeaux notes qui lesaccompagnent, de préciseravec davantage de détail les thèseset lesarguments que ce dernier soutint ; ici, nous nous proposons plutôt derappeler cequenous savons du philosophecommedes circonstances dans lesquelles il rédigeason œuvre.
I. Plotin (205-270) : uneviedephilosophe
Nous sommes renseignés sur laviedePlotinet larédaction deson œuvrepar l'ouvragequePorphyre (c. 234-305) rédigeaprès detrenteansaprès lamort deson maître:Sur laviedePlotinet sur l'ordrede ses traités1. Leprojet dePorphyreétait double: il souhaitait à lafois édifier lepublic sur cequefut la viedeson maître, legénieet labonté desapersonne, maisaussi introduireà son œuvrecommeà son enseignement. Lapart biographiquedesonouvrageest un élogedu modedeviephilosophiquepratiqué par Plotin, quand sapart bibliographiqueexpliquecomment Porphyrelui-mêmeavait regroupé pour les éditer les traités de son maître. Cesexplications s'imposaienteneffet d'autant plus que Porphyre était l'éditeur posthume de traités que Plotin n'avait ni édités, ni rassemblés ni même rédigés sous la forme quePorphyreavait choisi deleur donner. Plotin serait néen 205apr. J.-C. L'établissement decettedatereposeuniquement sur letémoignagedu médecin Eustochius, qui fut leseul discipleà setrouverauprès du maîtrelorsquecedernier rendit son dernier souffle. Selon certains des quelques témoignages donton disposeen sus delabiographierédigée par Porphyre, Plotin étaitoriginairede« Lyco»,en Égypte. Peut-êtres'agit-il delavilledeLycopolis, en Haute-Égypte (aujourd'hui Assiout). Plotin n'était toutefois pas égyptien. Son nomesteneffet un nom latin,et sa culture paraît êtreessentiellement grecque2. Nous ne savons rien de sesorigines familiales ni deson rang ; detouteévidence, safamilleétait richeet cultivée: Plotin reçut uneéducation complète, puis il semiten quête, à vingt-septans, d'un maîtredephilosophieà Alexandrie. Il rencontra bientôt Ammonius Saccas, dont il suivit les leçons dixannées durant, de 232 à 243. Làencore, les informations manquent : nous sommes peu renseignés sur le statut des écoles philosophiques à Alexandrie,etencore moins sur la personne d'Ammonius3c ; e dernier était un platonicien, probablement influencé par Numénius4, quiavait délibérément refusé de rédiger une œuvre écrite,en cultivant le silenceet le secret qui étaient caractéristiques des pratiques néopythagoriciennes de l'époque5. Ainsi Plotinet deux deses condisciples, Érenniuset Origène, firent-ils à leur tour levœu de nerien révéler del'enseignement dispensé par Ammonius6. En 243, Plotin quitta Alexandrieet l'école d'Ammonius pour suivre la cour du jeuneempereur Gordien qui préparaitalors unecampagnecontreles Perses. PorphyrerapportequePlotinavait choisi de rejoindre cetteexpéditionorientale pour « faire l'essai tant de la philosophie pratiquée chez les Perses que de celle qui florissait chez les Indiens » (3.15-17). Âgé de trente-huitans, Plotin ne porta pas les armes ; il rejoignit l'Empereur, probablement à Antioche, pour y séjourner peut-êtreuneannée. Contesté par Philippe, Gordien mourut à Zaitha,au début de244. Plotin quittaprécipitamment lacouret rejoignit Romelamêmeannée, pour s'y installer presquedéfinitivement. Il put youvrir uneécole, sans douteen 246. Si l'onen croit Porphyre, Plotin dispensaalors unenseignement régulier, sans publier le moindre écrit pendant dixans7. Plotin commearédig à er ses traitésau cours de la premièreannéerègn du e de Gallien, à l'âge de quarante-neufans. Neufans plus tard, ilavait écrit près de la moitié de son œuvre. C'est ce que note Porphyre, quiarrive pour sa part à Romeen 263 : « Or, à partir de la premièreannéerègn du e de Gallien, Plotin futamené à traiter par écrit les sujets qui s'offraientet, la dixièmeannéerègn du e de Gallien, lorsquepour lapremièrefois moi, Porphyre, jefusadmis à fairesaconnaissance, il s'avèrequ'il avingt écrit et un livres » (4.9-13). Et Porphyre de donner la liste de ces vingtet un traités, touten précisant la placel qu'il euraccorde dans les six « neuvaines » (enneádesen grec) thématiquesentre lesquelles son édition partagel'ensembledes traités plotiniens.
Lorsqu'ilarriveR à omeavec Antoine de Rhodes, Porphyre, âgé de trenteans, vient probablement d'Athènes,où ilavait suivi l'enseignement deLongin. Pendant les cinqannées durant lesquelles Porphyresuivit l'enseignement dePlotin, de263 à 268, ce dernier écrivit vingt-quatre traités (22 à 45). Avant d'en donner la liste, Porphyre s'approprie le mérite d'avoir infléchi la production de son maître« […] : et j'amenai le maître lui-mêmes à e fairep un oint d'honneur demarquer lesarticulations deses doctrineset deles écriredefaçon plusextensive» (18.21-22). Et Porphyre ne craint pas d'ajouter que les meilleurs des traités plotiniens sont ceux que « le maîtreécrivit » entre 263et 268, quand son fidèle disciple était à ses côtés. Pour dépourvu d'humilité qu'il soit, le témoignage de Porphyreatteste une diffusion réelle des écrits de Plotin, qui semblent circuler dans les milieux savants. Les traités sonteneffet luset discutés, des polémiques s'engagentavec desadversairesextérieurs à l'école8. En 265, Longin publieainsi un traitéContrePlotinet Gentilianus Amélius, Sur lafin,et il paraîtavoiralorsentreles mains laquasi-totalité des écrits dePlotin. À lamême époque,auxalentours de265, PorphyrerapportequePlotinestaccusé par des « gens venant deGrèce» deplagier Numénius. Des copies deses traités circulent donc à Athènes9. En 268, l'empereur Gallienestassassinéet Claudelui succède. Cerenversementasans douteeu des répercussions immédiates sur l'école de Plotin, qui était sous la protection de la femme de Gallien, Salonine,et d'un certain nombredeses proches. En 269, c'est Amélius, l'autreplus prochedisciple, qui quitte Rome pour Apae,en Syrie. La mêmeannée, gravement malade, Plotin se retire lui-mêmeen Campanie. Il y meurt l'annéesuivante, sans doutedes suites d'unetuberculose. En 269et 270, il rédige ses neuf derniers traités, qu'ilenvoieà Porphyre(traités 46 à 54). Porphyre rapporteencore le récit qu'Eustochius lui fit de la mort de leur maître : « Sur le point de mourir –ainsi quenous leracontaEustochius –, commeEustochius, qui habitait à Pouzzoles, étaitarrivé tardauprès delui, Plotin lui dit : “C'est toi quej'attendais”,et ilaffirmaqu'il s'effoait defaireremonter ledivin quiesten nous vers ledivin quiest dans leTout ; un serpent passasous lelitoù il était étenduet secouladans un trou qu'il yavait dans lemur ; Plotin renditalors lesouffle, âgé,au dired'Eustochius, desoixante-sixans, commes'achevait ladeuxièmeannéedu règnedeClaude. À samort, moi, Porphyre, jemetrouvais séjourner à Lilybée, Amélius à ApaedeSyrie, Castricius à Rome, seul Eustochius était à ses côtés » (2.23-34)10.
II. Plotin, maîtred'école
La philosophie à laquelle le platonicien Plotin se consacreest un mode de vie qui ne se laisse aucunement réduire à l'enseignementou à la rédaction de traités. L'existence de Plotinest celle d'un maître d'école philosophique, c'est-à-dire à l'époque d'un guide, instruisantet gouvernant une communautéoù semêlent des jeunes gens qui reçoivent uneéducation, desadultesaisés qui viennent s'y instruire, des philosophesou des savantsattirés par le renom du maîtreou l'intérêt des débats qui occupent son école11. Au sein de cette communauté, l'enseignementestordonné à desexercices spirituels, maisassociéaussi bien à unepratiquereligieuseouencoreà uneinstruction civique, detelle sortequelaviedel'élèves'y trouveentièrement impliquée. Laposition éminentequ'yoccupelemaître est cellem d'un odèle, dont l'existence toutautant que la doctrine doit instruireet édifier ceux qui le suivent. C'est bien dans cette perspective que Porphyre rédige saVie de Plotin, dont bon nombre d'anecdoteset d'apophtegmes ne serventainsi qu'à mettreen valeur le degré de perfectionauquel était parvenu Plotin. Si la biographie de Porphyre confine très souvent à l'hagiographie, c'est bien parce qu'elleseproposedegarder lesouvenir des vertus dont, indistinctement, l'œuvreet lapersonnedePlotin firent ladémonstration12. Plotin était installé à Romesous laprotectionet dans larichedemeuredeGémina, qui était peut-être laveuvedeTrébonien,empereur de251 à 253. CommePorphyrelelaisseentendre, Géminaappartenait à laclassesénatoriale: « Beaucoup d'hommeset defemmes delaplus hautenoblesses'empressèrent, à l'approchedelamort, delui [Plotin] confier leursenfants, commeà un gardien sacréet divin » (9.5-9). PorphyrePl décrit otinen véritable intendant, vérifiant les comptes desenfants dont il était le tuteur, allant jusqu'à faireréciter leurs leçons à certains d'entreeux, intervenant lors d'incidents domestiquesou répondantencoreà des demandes d'arbitrage. Lediscipleévoquelesouvenir d'un hommeattentionné : « Il était doux, à ladisposition detous ceux qui, d'unefaçonou d'uneautresesont trouvésen relation avec lui » (9.18-20). Si Plotin paraîtavoir gagné très tôt les faveurs delacour impériale(il « fut honoau plus haut point et vénéré par l'empereur Gallienet sa femme Salonine » (12.1-2)),et lesavoir conservées jusqu'à sa mort, il nesemblepourtant pasavoir pris part à laviepolitiqueromaine. C'estau contraireà l'apologie d'un certain renoncement qu'il sembleavoir consacré sonexistenceet sonenseignement. Hébergé dans
la demeure de Géminaoù il donne ses cours, Plotin n'y possède rienen propre. Sa vieest celle d'un ascètequi prônelerenoncementaux biens matérielset l'imposeà ceux des jeunes gens dont ilest tuteur et qui souhaitent devenir philosophes : « Tant qu'ils nesont pas philosophes, disait-il, ils doivent garder leurs bienset leurs revenus intactset préservés » (9.12-16). Lerefus deposséder lemoindrepatrimoine, dans unesociétéoù l'exerciced'uneresponsabilité politiqueexigeait lepaiement d'un cens, valaitainsi pour renoncement à touteactivité politique. Plotin fit toutefois part à Gallien du projet de fonder une « Platonopolis », unecité dans laquelleles citoyensauraient vécu conformémentaux lois dePlaton (12). Plusencore que dans son rapportaux biens, c'est dans l'attitude qu'iladoptait à l'égard de sa propre personne que Plotin manifestait le détachementascétique lestrict. Al plus ors qu'il « étaitagréable à voir », écrit Porphyre (13.7), il « donnait l'impression d'avoir honte d'être dans un corps » (1.1-2). Apparemment dépourvu de la moindre vie « privéePl », otin refusait qu'on prête à sa personne une attention quelconqueil n' : autorisait pas que l'on fête sonanniversaire de naissance, pas plus qu'il ne souhaitait que l'on fasse son portrait. Ce détachement à l'égard du corpsavait des raisons proprement doctrinales, dont les traités rendent parfaitement compte; mais il semanifestaitencoreau travers d'une hygiènedevietrès stricte. Végétarien scrupuleux, pour des raisons qui tiennentaussi bien à lafrugalité del'alimentation végétalequ'à lacroyanceen lamétempsycose13. D'unesobriété làencoreexemplaire, Plotin satisfaisait levœu platonicien d'unevieéveilléeen nes'accordant quetrès peu desommeil, pour n'en soutenir que davantage « l'attention qu'il portait à lui-même(8.20) » etaccomplirainsi une « conversion soutenue vers l'Intellect » (8.22-23). La rigueur de l'ascèse n'estainsi que le moyen de libérer l'âme des soucis subalterneset de lui permettre de se consacrer le plus qu'ilest possiblel à a « conversion » du regard qui, détourné des soucis corporelsouordinaires, doit se porter sur ce qui,en elle-même,est à la fois son principeet la fin de sonexcellence : l'Intellect. L'ascèseest la purification d'uneviequi chercheà seconsacrer à lacontemplation. En lamatière,admirePorphyre, Plotinatteignait uneexcellencedivine: « Quand il parlait, semanifestait l'intellect, qui faisait briller salumièrejusque sur son visage » (13.5-7). Sa concentration était telle que rien ne pouvait la troubleret que son âme, purifiée de tout souciet voe à la seuleactivité contemplative,atteignait à l'imperturbable perfection quiest celle du divin. Dans les pages les plus hagiographiques de sa biographie, Porphyreattribue à Plotin des talentset des dons hors du commun, parmi lesquels laclairvoyanceet laprédiction del'avenir (11.1-11)14. Àen croire Porphyre, Plotinavaitainsi incarné à la perfection lesexigences spirituelles les plus élees desapropredoctrine; ilavaitatteint cequel'âme, selon ses propres traités, doit réaliser : l'union avec l'Intellect. Lerécit des «extases » à lafaveur desquelles son âmesedélivrait detout pour s'unir à l'Intellect témoigneainsi de l'aptitude de toute âme,au prix d'une certaineascèse, à retrouverenelle-même l'intelligible quiest sa véritable nature, l'Intellect quiest son principeet, de façon ultime, à pouvoir setourner vers l'Un, principepremier detoutes choses.
III. Les traités dePlotinet les Ennéades
Plotin n'a pas rédigé lesEnnéades. La division de son œuvreen cinquante-quatre traitésest, comme nous l'avons dit, l'œuvre de Porphyre. Lorsque ce dernier publie saViedePlotin(et sur l'ordre de ses traités, précise le titre de l'ouvrage), ilentend certes édifier son lecteur sur ce que furent la vieet l'enseignement de son maître, maisaussi présenteret justifier l'éditionordonnée de ses écrits : « Voilà doncachevé notrerécit delaviedePlotin. Maintenant, puisquelui-mêmenousaconfié lesoin d'assurer lamiseenordreet lacorrection deses livres,et quejeluiai promis deson vivant dem'acquitter decette tâcheetenai pris l'engagement égalementauprès desautres compagnons, d'abord j'ai jugé bon denepas laisser dans l'ordrechronologiqueces livres quiavaient été produits pêle-mêle» (24.1-6). Il s'agit là d'un véritabletravail d'éditeur : Porphyrearevu les textes dePlotin quiavaient été diffusésau sein del'école, pour « [y]ajouter la ponctuationet corriger les fautes quiauraient pu se glisser dans l'expression » (26.37-39) ; iladonné un titreà chacun d'entreeux,et ilest plus queprobablequ'ilait pris l'initiativede rassembler certains textesou d'en diviser d'autres defaçon àatteindrel'exacterépartition decinquante-quatre traitésen sixEnnéades15. Porphyrea compoainsi sixEnnéades, pour les regrouperen trois volumes : dans un premier volumecontenant les trois premièresennéades, Porphyrerassembleles traités éthiques, physiqueset cosmologiques ; dans un deuxièmevolumecontenant laquatrièmeet lacinquième Ennéade, les traités relatifs à l'âme puis à l'intellect ;enfin, le dernier volume correspond à la sixième Ennéade, consacréeà l'Un16. Cettecomposition, quiobéit à unecombinaison numériquerigoureuse, sert un projet pédagogique: la lecture des traités, dans cetordre, doit former le lecteur de Plotin,en le conduisant des questions éthiques les plus communesaux difficultés les plusardues deladoctrine. Il nes'agit pas toutefois d'un
ordresimplement doctrinalou scolaire. L'ordredelecturedes traitésestavant tout « psychagogique », c'est-à-direqu'il doit mener l'âmedequi s'y consacreà l'excellence. Les questions éthiqueset physiques sontalors conçues comme une sorte de préalable purificatoire, quienseigneau lecteur la nécessité de reconnaître ce qu'ilest lui-même : une âme, davantageapparentéeaux réalités divineset intelligibles auxquelleselleappartient qu'aux corpsouaux biensextérieursauxquellesellen'est quepartiellementet provisoirementattachée. Lire Plotin, ce n'est plusalorsapprendre une doctrine, c'est se découvrir soi-mêmeet devenir meilleur,apprendreà seséparer du mondesensible, jusqu'au point ultimeoù,assimilé à l'intelligible, l'on pourraenfin contempler leprincipedetoutes choses, l'Un17.
IV. Plotin, commentateur dePlatonen terrestoïcienne
L'ensemble de l'œuvre de Plotin se présente commev un aste commentaire. Les traités à partir desquels PorphyrecomposelesEnnéadesrépètentavec uneindéfectibleobstination quelaphilosophiea eu lieu : lavéritéest connue,elleaété conçueetexpoepar Platon, il yadéjà plus desix siècles. C'est pourquoi l'expériencespirituelleà laquellePlotin puis son éditeur Porphyreinvitent leur lecteur prend la formed'uneméditation des dialogues platoniciens. Lamanièredont Plotin n'adecessederenvoyer son lecteur à l'autorité dePlaton prend, à nos yeux, l'aspect déconcertant deladévotion à lalettred'un texte. Mais à s'y tenir,on manquerait peut-être ce que l'entreprise du commentaire implique pour unauteur oplatonicien. Cedernier n'ignorerien des difficultés, desambiguïtés ni mêmeencoredes lacunes du texte platonicien ; mais il regarde cette œuvre,en dépitou du fait même des difficultés qu'elle recèle, pour leguideleplusassuré qui soit18. Si letextedePlatonest « vrai », c'estavant tout parcequ'ilest le plus à même de donner à uneexistence humaines un enset de la guider vers cel' qui appelle, vers la perfection dontelleest susceptible. Lire les dialogues platoniciens,et les lire surtout dans un certain ordre, c'est définir pour l'adopter lechemin d'unetransformation desoi ; delasorte,et bien davantage quelasommededogmes scolairesauxquels il faudrait prêterobédience, lalecturedes dialogues s'avère lemeilleur moyen, lechemin leplus sûr d'uneascension del'âmevers leprincipedontelleest issueet dont lafréquentation seulepeut luiassurer un bonheur véritable.
Si l'onen croit l'ordrechronologiquedonné par Porphyre, Plotin n'avait certes pas soumis larédaction deses propres traités à un telordredelecture. Lorsqu'on lit ces derniers dans l'ordrechronologiquede leur rédaction,on constaten qu'ils e suivent pas plus un plan thématique qu'ils n'entreprennent une lecture cursive des dialogues de Platon. Autrement dit, les traités de Plotin ne composent pas un cours consacré à l'œuvre de Platon. Ils poursuivent plutôt, à la faveur de retoursou d'approfondissements,et quelquefois decorrections, letraitementet larésolution deproblèmes qui sontattachésaux dialogues de Platonou qui, formulés plus tardivement, peuvent y trouver l'occasion deleur résolution19. Les questions dont traitePlotinont un doublecontexte: celui, immédiat, del'enseignement du maître dans son école,et celui, plus étendu, del'élaboration d'unedoctrinephilosophiqueau sein d'uneculture grecqueet romaine sous influence stoïcienne. Au sein de son école, le maître doit guideret édifier ses disciples,enexaminantaveceux les questions quedistinguent leur importanceou leur urgence: qu'est-ceau juste que la réalité dans laquelle nous vivons ? Commenteten vue de quoi le monde dans sa totalitéest-ilordonné ? Quelle place nous y revient-ilet comment pouvons-nous y conduireau mieux notreexistenceCh ? acune de ces questions généralesappelle son lot d'analyseset ce n'est qu'à les conduire toutes qu'une doctrine pourra faire la démonstration de sa pertinence philosophique, qu'elle pourra, parexemple, direcequesontexactement l'âmeet lecorps dont nous semblons composés,ou dire encorecomment notreâmefait partiedecemondequ'ellechercheà connaîtreou commentelleest issue du divinauquelelleest susceptible de s'assimiler. De ce point de vue, les questions philosophiques auxquelles se consacrent les traités sont déjàet depuis des siècles des questionsentendues ; comme Plotin le répète,elles sontaussianciennes que le sont les œuvres maîtresses de Platon. Mieuxencore, ellesont été rencontrées,avant quePlaton n'y réponde, par les plus illustres de ses prédécesseurs : les pythagoriciens, Empédocle, Heraclite, Parménide, Anaxagoreet d'autresencore. De sorte que la philosophie n'a pas plus vocation à réfléchir sur sa raison d'être qu'à se trouver des motifsou à rechercher desobjets ; tout celaluiaété depuis longtemps donné. Les réponses sonten revanchedignes d'êtrediscutées. D'autant plus sans doutequelaculturesavante,au IIIesiècle, neprésentepas un visage unique ;elleest composite, traversée par des traditionset des pratiques bigarrées, partaeentre des influencesaussi diverses que peuvent l'êtrel'ép à oque des doctrines philosophiqueset des croyances religieuses qu'on peined'autant plus à distingueraujourd'hui qu'elles nerestent pas hermétiques les unes auxautreset qu'elles partagentaussi bien leursobjets, leurs soucis, qu'une partie de leur langue. Le paysagephilosophiquedel'Antiquité tardiveaperdu lanetteté des contours qui étaient les siensau début
d u IIIe siècleav. J.-C., lorsque les écoles platonicienne,aristotélicienne, stoïcienneouencore épicurienne, toutes récemment instituées, se distinguaientet s'affrontaient sans que lesappartenances doctrinales puissent être, rétrospectivement, brouilléeset suspectées. Mais deux à trois siècles plus tard, pour des raisons qui tiennent à la fois à l'extension géographique de la culture philosophique, à la multiplication des institutionset des lieux d'enseignement dans lemondegrecet romain, maisaussi bien à la constitution progressive d'une culture philosophique communeet hégémonique dans le nouvel empire méditerraen, les doctrines sont inextricablement mêlées. Elles ne le sont toutefois pasau hasardou dans la confusion,et l'on ne gagne guèrep à arler d'« éclectisme »ou simplement de « syncrétisme» pour qualifier cetteculturephilosophiquecommune. Car les rencontreset les mélanges scolaireset doctrinaux, depuis la période hellénistique jusqu'au siècle de Plotin, n'ont précisément été rendus possibles qu'à la faveur de la diffusionet de la domination culturelle du stoïcisme qui, plus de sept siècles durant, impose sa langue conceptuelleet sa représentation du mondeaux spéculations philosophiques des Grecset des Romains. Ainsi, les questions héritées des premiers maîtres, les philosophes des Veet IVesiècles, nepouvaient êtreexaminées, à l'époquedePlotin, qu'à lacondition de prendre position par rapport à l'enseignement stoïcien, qu'on souhaitât l'approfondir, parfois l'infléchir ou le corriger,ouencore le réfuter pour renoueravec Platon. Traiter d'un sujet quelconque, comme le rappelle à sa façon chacun des traités de Plotin, c'est dire ceIls » qu'« en pensent, comment « Ils » le nommentet le définissent,avant de montrer comment il convient éventuellement de leurobjecter. Les platoniciens,et ce bienavant Plotin, lisentet commentent l'œuvre platonicienneavec desoutilset des catégories d'analyses stoïciens, de telle sorte que leursobjectionset leurs initiatives doctrinales se formulent leplus souvent dans les limites, dans lalanguemêmedecetteculturestoïciennecommuneà laquelleils tentent desesoustraire.
V. Plotinet leoplatonisme: quelques éléments dedoctrine
Au début du IIesiècle, leplatonismeconnaît unevéritable« renaissance», dont les conditionset les enjeux sontaussi bien philosophiques quereligieux ;elleaceci decaractéristiquequ'ellesemblenaître au sein mêmest du oïcisme, à la manière d'une insatisfaction qui dénonce l'incapacité de la doctrine à atteindreses propresobjectifs, qu'il s'agissedel'intelligencedelaalité, delanaturedes chosesou de l'acquisition de la sagesseet de la vertu. Quelques générations plus tard, cette école « médioplatonicienne20s' » est suffisamment émancipéeet développée pour proposer unealternative philosophiqueet culturelleà l'empirestoïcien romain,et surtout pour connaîtreelle-mêmedeprofonds bouleversements. Au tournant des IIeet IIIesiècles, à lafaveur d'unerévision considérabledelalecture dePlaton, unenouvelletradition herméneutiqueplatoniciennevoit lejour, à laquelleon réserveralenom de« néoplatonisme» : Plotinenest, pour nous, lepremieret leprincipal représentant21. Plotin professait à Romeen maîtred'écoleplatonicien ; ilexaminait devant son public des questions dont le degré de technicité variait, mais dont l'examenobéissait les plus ouvent à une même méthode, qui donne à l'ensemble des traités leur facture caractéristiqueun : e questionest poe, donton justifie l'intérêtou l'urgence; les difficultés qui lui sontafférentes sont évoquées, puis lemaîtremet à jour les notions comme lesarguments qui permettent d'en traiterde façon platonicienne, c'est-à-dire de les résoudre. Les réponses contemporaine