Un nouveau regard sur la solidarité ?
183 pages
Français

Un nouveau regard sur la solidarité ?

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Description

La solidarité est une valeur croissante, mais soumise à des transformations. D'un côté, la crise sanitaire (Covid-19) a souligné la nécessité d'affirmer des principes et des valeurs pour aider à alléger les pires maux de la société individualiste et mercantile d'aujourd'hui. D'un autre côté, elle change parce que nos valeurs morales et sociales de cette société s'érodent. Dans ce nouveau scénario de contradictions et de changements sociaux, il faut repenser le concept de solidarité et voir s'il est possible de surmonter les problèmes que la démocratie et les théories de la justice ne peuvent résoudre, à savoir les énormes inégalités sociales et économiques.

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Date de parution 25 novembre 2020
Nombre de lectures 3
EAN13 9782140164712
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Exrait

parce que la crise sanitaire a souligné la nécessité d’afIrmer
constitutif de la démocratie et non comme un ajout superLu à ce qui déInit une société démocratique ?
Sous la direction de Àngel PU YOL, Jordi RIBAetPatrice VERMEREN
UN NOUVEAU REGARD SUR LA SOLIDARITÉ ?
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Pablo PACHILLA,La rupture du sens commun. Deleuze, lecteur de Kant,2020. Pierre-François MOREAU et Lorenzo VINCIGUERRA (dir.), Spinoza et les arts, 2020. Thierry MARIN,Les métaphysiques sacrificielles comme maintien de l’ordre cosmopolitique,2019. Thierry MARIN,Pour un communisme végétal.Critique des métaphysiques sacrificielles,2019. Javier AGÜERO ÁGUILA,Chili : les silences du pardon dans l’après Pinochet, 2019. Rafael VALIM,d’exception, La forme juridique du État néolibéralisme, 2019.
Sous la direction de Àngel PUYOL, Jordi RIBA et Patrice VERMEREN UN NOUVEAU REGARDSUR LA SOLIDARITE?
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-20314-0 EAN : 9782343203140
Présentation La solidarité est une valeur croissante, mais actuellement soumise à diverses transformations. C’est une valeur croissante parce que la crise actuelle a souligné la nécessité d’affirmer des principes et des valeurs pour aider à alléger les pires maux de la société individualiste et mercantile d’aujourd’hui. Et il est sujet à des changements parce que les valeurs morales et sociales qui dérivent de cette société individualiste et mercantiliste érodent et changent l’idée même de solidarité. Dans ce nouveau scénario de contradictions et de changements sociaux, il faut repenser le concept de solidarité et voir s’il est possible d’aider à surmonter et comment les problèmes que la démocratie et les théories actuelles de la justice ne peuvent résoudre ; à savoir les énormes inégalités sociales et économiques compatibles avec une conception de la justice fondée sur la responsabilité individuelle et le manque de raisons pour certains individus de répondre aux besoins fondamentaux des autres. Le but du livre sera de se demander si la solidarité peut aider à surmonter ces problèmes pourvu qu’elle soit conçue comme un principe de justice (avec la liberté et l’égalité) et non comme un simple complément. La solidarité doit-elle être conçue comme un élément constitutif de la démocratie et non comme un ajout superflu à ce qui définit une société démocratique ? D’autres questions seront à analyser : 1. Comment l’idée de solidarité évolue-t-elle dans le contexte actuel, dominé par la crise économique, le déclin de l’État-providence et la perception individualiste croissante des risques sociaux ? 2. Une fois clarifié le sens factuel et normatif de la solidarité, peut-elle trouver sa place dans une théorie de la
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justice engagée non seulement dans la liberté individuelle et l’égalité des droits et des chances, mais aussi dans l’inclusion sociale et à l’émancipation sociale ? 3. Vérifier comment la solidarité est un élément inséparable de la démocratie. Les deux formes de participation démocratique et leurs résultats ne doivent pas être compris sans le respect du principe de solidarité et des droits et devoirs sociaux et économiques qu’il comporte. 4. Analyser le rôle qui peut et doit jouer la solidarité dans le contexte de la mondialisation, en tenant compte des divers conflits, tels que les exigences éthiques des devoirs moraux particuliers à ceux qui sont les plus proches ou l’extension des devoirs de justice au-delà des États-nations dans le débat sur la justice mondiale. 5. Analyser toutes ces questions dans divers domaines de la vie sociale, tels que la santé, le travail, l’immigration, les médias et les relations interterritoriales et intergénérationnelles. Àngel Puyol, Jordi Riba, Patrice Vermeren
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La solidarité serait plus qu’une idée ? Francisco Verardi Bocca Université Pontificale Catholique du Paraná, Brésil Souvent, nous sommes appelés à réfléchir sur des sujets tels que la solidarité, la fraternité, la charité et même l’égalité. Le fait est que ces expressions, que ce soit dans leurs significations anciennes ou modernes, monarchistes ou républicaines, chrétiennes ou laïques, bourgeoises ou populaires, prétendent, plus ou moins, à un type de dépassement de l’égoïsme humain vers l’altruisme. Elles prétendent à la considération des autres comme de soi-même. Sans la nier, mais pour remettre en question cette revendication, je me tourne à certains points de vue, en fait, à certains auteurs, comme Sigmund Freud, par exemple. Précisément parce que, en particulier à partir de 1914, dansLe problème économique du masochisme, il a admis une sorte de narcissisme primitif, ce qui est insurmontable. Avant Freud, nous avions le matérialisme français du e XVIII siècle, d’où émergeaient les attentes de solidarité comme la révélation de son impossibilité. Quant à ce dernier, nous avons un excellent exemple chez le Marquis de Sade. Le fait est que l’hypothèse d’une construction sensorielle de la subjectivité empêche l’émergence d’une sorte particulièrement importante de passion, la compassion, que je crois être l’une des conditions d’urgence de la solidarité entre les hommes. Bref, depuis Thomas Hobbes, La Mettrie, Sade, Max Stirner, Freud, etc., nous trouvons le fondement humain sur la condition de l’égoïsme insurmontable, subsistant, également responsable de l’intolérance et y compris de la cruauté entre les hommes. Alors, à partir de tels arguments, bien que non consensuels, je me sens encouragé à demander, de façon provocatrice, si la solidarité ne était pas un concept
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dépourvu de tout contenu sensible. Je me pose des questions si ce ne serait qu’une chimère, comme tant d’autres, qui accompagne la réflexion de nombreux philosophes. Je me demande sur sa valeur. En fait, je n’ai pas l’intention d’introduire ici une opinion négative ou pessimiste, mais de réfléchir sur un tel espoir, en donnant des éléments à ce sujet. Pour cela, parmi les auteurs mentionnés plus haut, je vais mettre Sade en évidence, ce qui semble en soi justifié. 1 Continuons . Influencé, dans une certaine mesure, par les thèses matérialistes-sensualistes d’Étienne Condillac, Sade a soutenu sa philosophieen niant toute forme de théisme et de croyance par rapport à l’immortalité de l’âme en refusant le dualisme substantiel et l’innéisme des idées, ce qui implique le refus de la distinction substantielle entre le corps et l’âme, en soutenant le point de vue que toute idée découle de la sensibilité. Il soutient dansLa nouvelle Justine (1788), dans le premier discours intituléDe l’immortalité de l’âme, un empirisme et un matérialisme philosophiques, selon lesquels les idées, en tant qu’objets de la pensée, sont causées par des objets extérieurs dans la mesure où ils pressentent nos sens et qu’ils modifient nos cerveaux, ainsi elles dérivent de substances également matérielles qui nous influencent de l’extérieur. Il conçoit aussi le corps humain comme une machine sensible dotée de conscience momentanée de l’impression reçue, de son registre et de son souvenir, au-delà de la conscience du « moi ». Par conséquent, il s’agit d’une conscience qui est constituée et qui opère selon des stimulations sensibles et sa mémoire.En effet, c’est en fonction des stimulations et des mouvements imprimés dans nos cerveaux que nous pensons, que nous désirons et que nous agissons. À travers ces arguments, il a refusé la 1 Le texte suivant est basé sur mon article intitulé« Le Marquis de Sade : un matérialisme aux conséquences ultimes », publié dans la revueNatureza Humana, v. 16, n° 1, 2014, Brésil.
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distinction entre corps et âme, en même temps qu’il a soumis le corps et la pensée aux mêmes lois qui régissent l’ensemble des êtres de la Nature. Jusqu’ici, Sade partage la conception de Condillac, mais ensuite, il en diverge. Sade fait valoir que toute faculté rationnelle, considérée comme fondée sur la sensibilité, doit rester associée à elle, plus encore, qu’elle doit être à son service. Des conséquences éthiques de ce point de vue sont considérables. Ainsi, il a redéfini le rôle de la raison, plus particulièrement de l’imagination, par rapport à la sensibilité et à ses inclinations. Il postule une profonde et curieuse alliance et coopération entre elles. DansLa nouvelle Justine,il considère que : L’émotion de la volupté n’est autre, sur notre âme, qu’une espèce de vibration produite au moyen des secousses que l’imagination, enflammée par le souvenir d’un objet lubrique, fait éprouver à nos sens, ou au moyen de la présence de cet objet, ou mieux encore par l’irritation qui ressent cet objet dans le genre qui nous émeut le plus fortement (1788, p. 360). Il définit la volupté comme l’état le plus élevé, il dit : « de bonheur physique où puisse arriver l’homme » (ibidem,p. 361), produit par une intensification des sensations selon l’intervention de l’imagination. De ce point de vue, il considère l’homme comme un être sensible orienté par la passion la plus primitive de toutes, le plaisir. Passion comprise comme primitive au sens chronologique de toute expérience. Bien que, dans ce même ouvrage, il s’interroge : Quel est l’objet de l’homme qui jouit ? N’est-il pas de donner à ses sens toute irritation dont ils sont susceptibles, afin d’arriver à mieux et plus chaudement à la dernière crise ? Crise précieuse qui caractérise la jouissance de bonne ou de mauvaise, en raison du plus ou moins d’activité dont s’est trouvée cette crise ? (ibidem, p. 358)
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Ce point de vue a reçu une attention particulière dansLa philosophie dans le boudoir(1795), composée de sept dialogues et d’un pamphlet politique ; le sous-titre,Les instituteurs immoraux, indique la proposition pédagogique qui vise à clarifier l’importance du service des inclinations. Cette intention est visible dans la dédicace aux voluptueux, aux lubriques, aux fornicateurs qui désirent le bonheur par l’exploitation démesurée du plaisir. Pour cela, il suffit de respecter les lois de la sensibilité et de la Nature. Dans cet ouvrage de formation, les thèses matérialistes-sensualistes sont présentées par le personnage Saint-Ange, qui dit : « aujourd’hui, ce n’est plus ni la complaisance ni le caprice, c’est le goût seul qui me détermine… » (1795, p. 8). Ce qu’ensuite son frère, Chevalier, interroge ironiquement : « l’homme est-il le maître de ses goûts ? » (ibidem, p. 10). Saint-Ange, qui confère un statut naturel à la sensibilité, répond plus tard que « la continence est une vertu impossible, dont la Nature, violée dans ses droits, nous punit aussitôt par mille malheurs » (ibidem, p. 71). De cette manière, toute limitation contraire aux lois de la Nature mérite le mépris, comme l’affirme également le précepteur Dolmancé. Il dit : « Livrez-vous, Eugénie ; abandonnez tous vos sens au plaisir ; qu’il soit le seul dieu de votre existence ; c’est à lui seul qu’une jeune fille doit tout sacrifier, et rien à ses yeux ne doit être aussi sacré que le plaisir » (ibidem, p. 39). Ainsi, faire face aux besoins des inclinations, en tant qu’elles sont naturelles, correspond à désobéir à leurs lois et ainsi, à leur résister, à les outrager. Rappelons-nous que dansLes 120 journées de Sodome(1785), Sade avait déjà établi une articulation entre Nature et soumission à ses lois. Le Duc de Blangis oriente les participants de l’orgie : Je dois donc vous recommander de l’exactitude, de la soumission et une abnégation totale de vous-même pour n’écouter que nos désirs : qu’ils fassent vos uniques lois, volez au-devant d’eux, prévenez-les et faites-les naître. Non
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