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VISIONS ÉTHIQUES DE LA PERSONNE

De
255 pages
À une époque où la personne, référence sociale éprouvée, mais aussi en grand danger d'être niée dans son essence même, il est utile de rappeler les valeurs philosophiques (Paul Ricoeur), historiques (Jean Delumeau), humaines (Jean Bernard) que cette notion recouvre, et qui en font la grandeur. À travers la vingtaine d'articles proposés ici, cette réhabilitation est entreprise à travers les problématiques d'éthique médicale, discipline dont la personne est l'unique objet.
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Les Cahiers d'éthique

médicale

Visions

éthiques

de la personne

DANS CE NUMÉRO

Hommages

à Yves Pélicier

Personne, personnage

et personnalité

La Personne, fondement de la réflexion éthique

Collection L'Éthique

en mouvement Hervé

dirigée par Christian

La réflexi on m ul ti disci pli nai re, dans le dom ai ne de Ia santé et de Ia maladie, est accueillie dans l'espace fourni par cette collection. Y sont, notamment, publiés, des travaux du Laboratoire d'éthique médicale et de santé publique de la Faculté de Médecine NeckerEnfants Malades, unité de formation doctorale de l'Université René Descartes (Paris V) et d'autres laboratoires d'éthique médicale français, canadiens et d'autres pays, notamment européens.

Déjà parus

* Fondements santé, (Dossiers), * Ethique

d'une 1996

Réflexion

éthique (Cahiers),

managériale 1997 Situation 1997

en

médicale

ou bioéthique?

* L'accès aux et perspectives * Ethi que 1998 de

soins des populations démunies. en 1996 (Brigitte Menoret-Calles), I a recherche et Ethi que

ci i ni que

(Cahiers), Interfaces 1999 (Vincent

* Une responsabilité européennes Industriels * Fiabilité Hazebroucq),

de santé publique? / Utilisateurs (Dossiers), de la télé radiologie

et acceptabilité (Dossiers), 2000

Ch ristian HERVÉ David THOMAS MA David WEISSTUB (éd. )

Visions éthiques de la personne

Les Cahiers d'éthique médicale
Année 2001

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Laboratoire d'Ethique Médicale, de Droit de la Santé et de Santé publique UNIVERSITÉ RENÉ DESCARTES (PARIS V)

Faculté de Médecine Necker Enfants Malades 156, rue de Vaugirard _ 75 730 Paris Cedex 15
TEL: 01 40 61 55 88

-

FAX:

01 40 61 55 88

Site Internet:

IlttP://W1j'w.inserm.6fr/etltique

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1722-5

,

L'Ethique

en mouvement

Les Cahiers d'éthique médicale

Directeur

- Rédacteur
Christian Hervé

en Chef

Comité

de Rédaction
Descamps Gaillard Méningaud MouteI

Marc-Alain Martine Jean-Paul Grégoire

Luc Montuclard Manuel Wolf

Conseiller

Editorial

Rémy Belhomme

Sommaire
.
A vant-propos de Ch. Hervé
9 Il

. Préface de Ch. Hervé, D. Thomasma, et D. Weisstub
Hommages à Yves Pélicier . Christian Hervé . David Weisstub . Maurice Tubiana . Yves de Prost

15 17 23 27

. . .
.
.

Personne. personnage et personnalité A la recherche de la Personne... La Personne, comme réalité autonome la Personne,

J. Bernard J. Delumeau
J.

31 37

On ne peut comprendre sans son corps

Lopez-Ibor

47
55 63

Justice et médecine, la problématique de la Personne y est également posée

P. Ricoeur J. Guyotat

. Personne, un continuel

personnage vacillement

et personnalité:

Biologismes de la santé et économismes de la performance: des risques pour la Personne

A. Mineau
s. Tzitzis

73 89

. La Personne humanité

renvoie

à l'absolu

de son

. La notion de Personne: une clef qui ouvre la dimension éthique des possibilités techno-scientifiques

s. Plourde

101

La Personne.

Une application spécifique de la Personne: la loi Veil

. .
.

fondement

de la réflexion

éthique

Respect et protection de la Personne: le fondement de la réflexion éthique du respect

B. Glorion

121 129 131 141
149

s. Troisier
H. Doucet
C. Mormont
à Ch. Hervé

Le concept de Personne en bioéthique' un facteur d'exclusion en médecine

.
.

Vérité et respect de la Personne' des valeurs en conflit

. La médecine ne peut se réduire une recomposition du corps

Dans une société de confort, personnel etc 0 Il e c ti f, 1aPe r son n en' est plu s la référence première La promotion de la liberté de l'Homme . Transsexualisme: questions éthiques posées par la demande chirurgicale de redétermination de sexe

B. Grenier P. Molinari

155 165

.

J-P Méningaud

175

. La qûête de l'éternité: une démarche contre nature? .
Le jus disponendi co rp s de son propre

Mgr B. Blanchet
J-M Poughon

193
215

Human

Dignity, Vulnerability, Personhood

David N rJTeisstub & David C. Thomasmll P. 237 (~4rticle publié avec l'autorisation des auteur..\~

8

Avant-propos
Tout a c0111n1encé,l y a près de dix ans, par la rencontre d'Yves Pélicier i et de David Weisstub à l)alerme, lors d'un congrès. Revenu à Paris, Yves Pélicier m'incita à rencontrer, à n10n tour, son nouvel alui, persuadé qu'il était que nous pourrions, à l'avenir, travailler ensenlble. Nous venions, alors, de fonder le Laboratoire d'éthique médicale de la faculté de nlédecine Necker, à l>aris, et il était, certes, très ilnportant de tisser des liens internationaux dans le dOluaine de l' étl1ique, du droit médical et du droit de la santé des personnes. (~et ouvrage est, d'abord, un tétnoignage rendu à Yves Pélicier. 1"émoignage, parce qu'il COllstitue,en prenlier lieu, les Actes de la Journée :rves .Pélicier.. consacrée à la personne. Il renferme, donc, les contributions de la plupart des orateurs de cette Journée. Témoignage, aussi, parce qu'il présente, dans une seconde partie, des articles con1pléluentaires, sur ce Inêlne thème de la personne, dont les auteurs, français et étrangers, sont en étroite reJation avec la dynamique du Laboratoire d'éthique n1édicale de Necker. A travers eux, apparaissent clairement le sens et les méthodes d'un enseignement et d'une recherche, initiés sous l'égide d'Yves Pélicier, et qui ont trouvé leur aboutisselnent dans le Diplônle d'Etudes Approfondies en éthique médicale et biologique, ainsi que dans la fOffilation doctorale, que nous avons développés en France depuis 1992. L'essentiel de ces n1én1oires de DEA ainsi que les thèses d'Université ont été compilés sur un site Internet développé avec l'INSERM, site honoré par l'obtention, en Octobre 1999, d'un Premier prix de la culture scientifique et technique du Ministère de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, C'est là un honlmage rendu à la tnélnoire et à l'action mênle d'Yves Pélicier. Hommage qui donne d'autant plus de force et de sens à cet ouvrage.
Christian Hervé

Préface - -/..0 personne hum (Jine appartient au champ des représentations lnentaI es. E71e peut apparaître, à la lecture de cet ouvrage, COlnme éclatée: c'est qu'il a été conçu pour permettre au lecteur d'aborder de nombreuses et t.iifJérentes .facettes de ce concept, fruit de représentations int.1ividuelles mais aussi collectives. En fait, ce dont il s 'agit~ c'est d'entrer dans le donll1ine de l'estime de soi, de la sollicitude envers l'autre et de la pérennité des valeurs qui font la société~ dont la justice. (~'est égalelnent envisager~ au-delà de la réflexion éthique, l ~obliga(jon morale, qui recense les règles et les principes pour canIper des comportelnents individuels et sociaux dans les relations sociales que nous entretenons envers les autres.

Ces ténloignages sur la personne posent le problème de sa constitution philosophique~ certes, mais aussi sociale. S'il est actuellelnent une question, perpétuellement posée, qui ne trouve guère de réponse, c'est peut-être bien celle-là: conlment gérer la violence? Quelles visions avons-nous de nous-mêmes et des rapports que nous voulons entretenir avec les autres, sur cette terre, qui constitueraient les bases d'un lien social à reconstruire pour ce nouveau siècle? A la lecture de cet ouvrage, il est possible de dénoncer une vision de la personne qui ltt con trl1indrait, à l'extrême; mais l'obligation s'impose d:v réfléchir. Il s'agit alors de considérer comnle un lnodèle la personne hunu1ine, pour nlieux le critiquer, et tirer de ces réflexions éthiques des ensei6qzements salvateurs en ternles de liberté, de responsabilité et de justice sociale. Ce nouveau siècle pâtit de la barbarie extrênle du précédent, mais il bénéficie, en même temps., des progrès dont il a été porteur, notalnment dans le do/naine des technologies de la comnlunication et des nouvelles biotechnologies. Dans leurs excès délétères, ces progrès, s'il en était besoin, nous ont fait prendre conscience de vérités que nous avions oubliées. Il en est une que nous devons, humblement, conserver: celle qui fait, de la réalité, autant le domaine de I 'onlbre que celui de la lunlière ! L 'onlbre est t.it.-tnstoute personne - il.faut s'en persuader - et notre visée éthique est, justement, t.1'atteindre des comportements qui nous rétabliraient en tant que personne dans sa dignité plénière, nous permettant d'accéder à une hUlnanité l1gie et de réaliser une fraternité partagée.

Il est tl'autres valeurs que nous devons appréhender et cultiver encore plus, al~iourd'hui : ce sont celles exprimées dans la dignité humaine et le respect absolu de la personne. Avec les progrès scientifiques, et leurs répercussions Jnajeures sur le cours même de la vie - de la naissance à la nIort - I 'homme est désorlnais lnaître de son destin. Encore faut-il qu 'il
donne un sens à ses actes, s'il espère trans..former ce destin en destinée.

.l~1 question du paradigJne poursuivi est alors posée. Que veut faire I 'holnlne t7e sa vie? Quel lien social veut-il engendrer dans ses pratiques sociales? .lJ'hum(Jnité aurait-elle un sens, qui inlpliquerait et justifierait une lnobilisation des ejforts de tous et t7e chacun ? E~t si de telles questions sont posées à travers le concept de personne hunlaine, cOlnment, alors, se satisjàire de pratiques médicales encore trop empruntes de sécheresse relationnelle (pour ne pas dire scientistes) ? conunent admettre des pratiques discriminatoires, voire eugénistes? comment supporter la vision de toutes ces personnes - du tiers et du quart nIonde, lnais~ aussi, malades, handicapées~ agées et t1émunies exclues d'un s)'stènle éconoJnique et social qui ne les intègre pas? De telles questions ne peuvent trouver de réponses qu'à partir d'un état des lieux~ sans conlplaisance, de la situation inextricable d(lnS laquelle I 'homme, (Jujourd'hui, se cherche. Avec l'aide des apports spéc~fiques de d~.(jèrentes t1isciplines universitaires --- médecins, juristes, .philosophes, scien~fiques et théologiens - représentées par des contributions d'auteurs européens et américains, cet ouvrage composite en porte le télnoignage. Il laisse £1 ch(Jcun, dans son vécu et dans ses relations sociales et politiques, le soin du développement do'une réflexion éthique, .perçue comme indispensable, celle-là méJne à laquelle nous vous invitons pour nl(:tîtriserl 'olnbre et progresser vers la lumière.
Christian Hervé, David Thomasmll, l)avid lfleisstub

12

Hommages à Yves Pélicier

Pre Cllristian Hervé
Directeur du Laboratoire d'éthique médicale, de Droit de la santé et de Santé publique, de la Faculté de Médecine Necker, Université René Descartes- Paris V.

Les malades gardent l'espoir, mais vous leur devez l'espérance.
Le Pre Yves Pélicier, psychiatre français de stature internationale, s'en est allé au tenne d'une brillante carrière universitaire, couronnée par l'attribution de l'Eméritat de la Faculté de Médecine Necker, de l'Université René Descartes -Paris V. Il s'en est allé au moment même où il commençait à recueillir, au travers de thèses d'université, les fruits de l'action qui l'avait conduit à présider à l'instauration de la première filière universitaire française, aujourd'hui internationalement reconnue, de recherche en éthique médicale. Ses derniers propos universitaires soulignaient ce qu'il convenait d'approfondir et de promouvoir pour sauvegarder la dignité de la fonction du médecin, et préserver, dans une nécessaire évolution, les qualités qui font sa grandeur, la compétence et le souci de 1'humain, fondements essentiels de la confiance du patient. Fondateur de la psychologie médicale et de l'éthique médicale, Yves Pélicier a su construire un maillage subtil qui donne à chacun de ses élèves la volonté de le faire vivre, à travers ses combats et ses idées, qui, dans le domaine de l'éthique médicale, sont, notamment, les nôtres. L'authenticité de sa démarche, la justesse de son discernement, la profondeur de sa réflexion, avaient conféré à Yves Pélicier l'aura d'un Maître incontesté. Un Maître dont je m'honorais d'avoir acquis l'amitié. C'est à ce Maître, à notre Maître, que, avec nos amis anglo-américains, et sur les lieux mêmes de son action, dans cette Faculté Necker qui lui était chère, nous avons souhaité rendre un hommage particulier par le biais de ces Journées de réflexion sur la Personne, un thème qui lui était cher. Je remercierai d'autant plus les personnalités qui ont accepté de coprésider ces journées: le Pre Jean Bernard, notre Maître, pour la plupart d'entre nous, médecins, dont l'action, à la fois bienveillante et anticipatrice, s'est étendue bien au-delà de la sphère médicale, et le Pre David Weisstub, titulaire de la Chaire d'éthique et de psychiatrie légale de l'Université de Montréal, dont je dois à Yves Pélicier d'avoir fait la connaissance, et avec lequel nous avons pris 1'habitude de travailler intensément. Et ces journées consacrées à la notion de personne, accolées à celles de l'Académie Internationale de Droit et de Santé Mentale, dont

David Weisstub est une figure marquante, en sont une nouvelle et brillante illustration. Yves Pélicier, comme tout grand patron, comme tout grand universitaire, soucieux de la promotion de ses élèves, avait I'habitude de me confier des tâches de premier plan, pour lesquelles un certain courage était nécessaire. Démarche que, à son tour, son ami, le Pro Maurice Tubiana a souhaité faire perdurer en me demandant, Yves Pélicier étant déjà décédé, de préparer une intervention, à l'Académie des Sciences, sur les aspects subjectifs, anthropologiques, d'angoisse, de peurs, vis-à-vis de nuisances rapportées à la science et à ses applications. Ainsi vit encore le Maître à travers les travaux filiaux de ses élèves. Dans cette vision de l'éthique médicale que nous a permis de forger Yves Pélicier, à partir du sens clinique qui inclut toute l'épaisseur de la présence humaine, les propos réducteurs et définitifs communs n'ont pas de place. C'est l'abord transdisciplinaire qui prévaut. C'est l'évaluation des pratiques, en médecine et en biologie, par les professionnels eux-mêmes, qu'il est impérieux de promouvoir. C'est la dimension humaine du soignant, du malade, qu'il convient d'écouter et de considérer. «Les malades gardent l'espoir, mais vous leur devez l'espérance», a-t-il laissé comme ultime message à ses collègues, peu de temps avant sa disparition, lors de sa dernière intervention à l'Académie Pontificale, dont il était un membre éminent. La pensée d'Yves Pélicier, toujours vivante, car anti cipatri ce, connaît, aujourd 'hui, de nouveaux prolongements, via Internet. Tous les travaux de ses élèves, effectués dans le cadre de la formation doctorale en éthique médicale de la Faculté de Necker, sont ainsi colligés sur le Site Rodin du Laboratoire (www.insenn.fr/éthique). auquel a été attribué le Prix de la culture scientifique et technique 1999, par le Ministère de l'Education, de la Recherche et de la Technologie. En outre, l'association créée en sa mémoire, et que préside son épouse, a ouvert un site spécifique (www.pelicier.org), consacré à sa pensée et à son œuvre. Je ne saurai trop vous engager à le visiter.

16

Pr. David Weisstub
Titulaire de la Chaire d'éthique et de psychiatrie légale

de l'Université de Montréal (Québec - Canada) Réfléchir de manière systématique, et en conscience, à une réhabilitation de la personne face aux attaques dont elle était l'objet, dans son identité et dans son essence même.
L'image que j'ai gardée du Pro Yves Pélicier est sans tache, et elle ne s'estompera pas avec le temps. Il a été, pour moi, l'exemple même de la «personne» et aussi de la «personnalité». Ses talents multiples, sa sensibilité esthétique, son respect de la tradition religieuse, son dévouement à sa famille, son attachement aux traditions françaises, ainsi que sa sensibilité aux diversités culturelles, tout cela a largement contribué aux liens d'amitié qu'il avait tissés avec ses collègues à travers le monde. J'ai rencontré le Pro Yves Pélicier, pour la première fois, en Sicile, lors d'un colloque de psychiatrie. Je me souviens que nous avons parlé de Spinoza; de littérature; d'architecture, et je fus particulièrement frappé par sa capacité d'aller à la rencontre de l'autre, de se dévoiler de manière prudente et channante, et de laisser l'autre parler de soi. Rétrospectivement, je me rends clairement compte qu'il pennettait à chacun d'apprécier ses valeurs et sa dimension intellectuelle, s'appuyant sur la nécessité de comprendre le présent en s'inspirant des grands moments de sa propre vie. En ce sens, il ne pouvait, même lors d'une discussion amicale, se départir de l'approche clinique qu'il avait des faits et de son sens de la complexité de l'expérience humaine. Il était, à la fois, philosophe et psychiatre, et il était parfaitement à l'aise sur le terrain de la dialectique et du dialogue. Permettez-moi un souvenir personnel, que me remémore l'évocation de ma première rencontre avec Yves Pélicier. Peu avant sa mort, alors que j'étais encore jeune adolescent, mon père me fit venir à l'hôpital français où il avait été médecin, dans le Middle-West canadien, et me demanda de l'accompagner jusqu'à la fenêtre de sa chambre, qui donnait sur le cloître des religieuses. «Regarde, me dit-il, ce symbole de l'ordre et de la symétrie qu'elles ont donné à leur vie.» A travers cette image, c'était, d'une manière ou d'une autre, l'ordonnancement spirituel de la nature qu'il voulait souligner. Ce fut son geste d'adieu à un monde présenté sous sa fonne la plus accomplie. On pouvait, dès lors, mieux comprendre le choix qu'il avait fait d'une médecine humaniste et philanthropique, conforme à la conception qu'il avait de sa profession.

J'évoque ce souvenir car, en Sicile, le Pro Yves Pélicier m'avait invité à l'accompagner jusqu'à un temple grec du Vème siècle, situé sur une colline isolée, et dominant un site antique. Là, dans un silence rompu seulement par le chant des oiseaux, et dans cette lumière méditerranéenne des collines de Judée, terre des prophètes et berceau d'une religion, je pouvais, en pleine clarté, le voir en méditation, partagé entre raison et idéalisme. Une démarche, qui nous était commune, que nous respections, et que nous savions indispensable pour s'accorder à notre monde dans le contexte de la culture occidentale Plus tard, il me proposa de concevoir, avec lui, un projet réunissant penseurs et philosophes, qu'il appelait «Rencontre à Jérusalem». C'est dans un tel cadre, me dit-il, que nous pourrions, comme d'autres l'ont fait avant nous, rechercher un équilibre entre la raison et la foi, entre les sciences physiques et celles de l'esprit, entre le Judaïsme et le Christianisme. Je découvris alors combien Yves Pélicier était, à la fois, ouvert à toutes les civilisations et à toutes les croyances. Cela ne voulait pas dire qu'il reniait ses origines, françaises et catholiques. Elles étaient, pour lui, fondamentales. Mais, ouvert et tolérant, il savait que pour combattre les forces de destruction, le tribalisme et le fanatisme, et promouvoir les valeurs de l'humanisme, il n'était pas superflu de faire appel à toutes les forces susceptibles de défendre la civilisation, qu'elles fassent appel à la foi ou à la raison. Notre dernière conversation reflétait ces préoccupations. Il était malade, et cette rencontre a beaucoup compté pour l'orientation de ma propre vie. Il me chargea de concevoir un projet sur la «Personne» et il voulait que nous réunissions, ensemble, un collège de penseurs, de toutes disciplines, susceptibles de participer à une recherche humaniste de ce qui, en conscience, pourrait être préservé, de la culture occidentale actuelle, de la Psyché née de la responsabilité humaine et d'une médecine qui pourrait servir ce dessein dans son propre environnement professionnel. Il était préoccupé par la perte, ou l'absence de consensus sur les valeurs, en cette fin de siècle. Au cours de la conversation, je lui ai demandé s'il n'avait pas conscience d'une sorte de génocide moral, conséquence du développement rapide de la technologie, du triomphe de l'économie de marché, du matérialisme ambiant et de la montée de la violence, publique et privée. Il acquiesça et me dit que nous devions réfléchir de manière systématique, et en conscience, à une réhabilitation de la personne face aux attaques dont elle était l'objet, dans son identité et dans son essence même. Par la suite, nous avons décidé, avec le Pro Christian Hervé, d'exécuter ce testament intellectuel, et nous sommes convenu de l'organisation de rencontres, ici, à Paris, d'universitaires, anglophones et francophones, de tous âges et de toutes disciplines, des théologiens, des spécialistes de la bioéthique, des cliniciens et des chercheurs en médecine, des hommes politiques de toutes opinions, des représentants des minorités... et, ainsi, de lancer sérieusement le processus de confrontation de la notion de «Personne», à la fois, concept et réalité. 18

Les débats d'hier, en anglais, ont été d'autant plus profitables que la diversité des participants était celle-là, même, qu'aurait souhaitée le Pro Yves Pélicier. II en est résulté un dialogue enrichissant, qui incite, inévitablement, à de nouvelles rencontres. Nous avons apprécié ces interventions, imprégnées de la philosophie de l'Europe continentale et, tout particulièrement, des travaux de Paul Ricœur et d'Emmanuel Levinas. Le thème de l'héritage du siècle des Lumières et de la prééminence du discours kantien, dans le concept anglo-saxon d'autonomie des soins médicaux, a été abondamment repris. Les approches analytiques de la morale et de la philosophie linguistique anglaises ont été complétées par la phénoménologie et des orientations spécifiques liées à l'évolution des théories sociales et de la psychologie européennes. Ceci, naturellement, était prévisible, étant donné la présence, parmi les orateurs, de théologiens, dont les traditions religieuses entrent, pour une part, dans cet apport européen. De plus, nombre des orateurs étaient des européens anglophones, très familiarisés avec les modes de raisonnement anglais et nord-américain. Ils pouvaient donc débattre des valeurs juridiques et constitutionnelles retenues par la justice nordaméricaine. Des divergences sont, certes, apparues, à l'intérieur du groupe, mais jamais au point de rendre impossible toute communication, du fait de la culture cosmopolite des participants, au sens progressif et global du terme. Cette ouverture sur le monde a été une expérience stimulante, pleine d'enseignements, et incitant davantage à la réflexion qu'à une confrontation, voire à un affrontement. Cependant, comme on pouvait s'y attendre, nous ne pouvons pas dire à nos collègues francophones que nous sommes parvenus, après cette journée de débats, à une définition de la personne qui serait une réponse au questionnement exprimé lors de ce dialogue commémoratif. Des définitions fort différenciées ont été données, et, sachant que la notion de personne est souvent utilisée dans un sens spécifique aux cultures et aux professions, nous avons admis la nécessité de parvenir à des concepts généraux et à des définitions qui permettraient, avant tout, de constituer un noyau de référence des pratiques humanistes de la médecine. Mais, la difficulté demeure car, comme nous l'ont appris des siècles de réflexion sur les lois de la nature, un tel objectif est, ironiquement, d'un intérêt relatif, l'abstraction de haut niveau s'étant, maintes et maintes fois, avérée trop vague, de peu d'utilité, et sujette à distorsions lors de la mise en pratique. Un consensus a, cependant, pu être dégagé sur un certain nombre de thèmes. A la base, nos discussions sur la notion de personne ont révélé une tension croissante entre la perception individuelle de la personne, dans son intégrité et son identité, et sa construction sociale et publique. D'une part, une personne sans self-concept affinné serait incapable de faire valoir ses droits et d'établir des relations avec les cliniciens, lors de prestations de soins, et partout où l'affirmation de ses droits devient 19

nécessaire. D'autre part, une approche trop légaliste de la notion de personne serait perçue comme désuète et comme une négation même de cette personne en tant qu'être souffrant, vulnérable, avec une famille, avec ses réseaux sociaux et ayant besoin de structures d'appui, dont, bien entendu, celles des professions de la santé. Au cours des débats, cette tension s'est cristallisée sur la crise des valeurs, dont l'origine est à rechercher dans le libéralisme, sous tous ses aspects, et dans le noyau de référence du mouvement américain de bioéthique, la valeur de l'autonomie elle-même. L'idée s'est ainsi dégagée que l'incapacité du libéralisme à promouvoir une éthique volontariste, et son échec, en tant que mouvement, à lutter contre une réelle inégalité, l'a laissé, également, fracturé dans les mondes de la théorie politique et de la bioéthique. Ce qui n'empêcha nullement de débattre de la problématique d'une revitalisation ou d'une reformulation du libéralisme, ou de la recherche des fondements métaphysiques des valeurs qui, par hypothèse, nous amèneraient à des conditions minimales d'application des principes de droit naturel et de justice sur lesquels nous pourrions fonder la notion de personne, créant ainsi une éthique médicale durable. On a pu facilement observer que la notion de personne représente un ensemble complexe de droits et d'obligations, qui, disposés sur une courbe, apparaissent liés à la période de vie du sujet et à sa condition physique. A l'une des extrémités de cette courbe, il y a les enfants à naître, et, à l'autre extrêmité, les mourants. Il y a, de même, ceux nés avec un handicap et ceux qui accomplissent tout le cycle de l'aptitude, des êtres humains, à vivre. Définir l'éthique la plus apte à comprendre - et à nous proposer - une notion de la personne sur laquelle nous pourrions fonder nos règles morales et nos engagements juridiques, devient alors l'objet principal du débat. Au centre de la courbe, se trouverait le prototype de la bioéthique moderne nord-américaine, indépendant, autonome et rationnel, qui s'accorde bien avec les procédures légales, les valeurs contractuelles et les principes généraux constitutionnels. Même si des critiques ont pu être adressées à l'encontre de l'expérience sur le consentement éclairé dans les juridictions anglo-saxonnes, allant jusqu'à insinuer que notre passage du paternalisme médical aux succès légaux ont abouti, au mieux, à des victoires vides de sens. Les pratiques défensives de la médecine moderne, a-t-il été avancé, ont remplacé les anciennes pratiques, profondément traumatisantes pour les patients, caractérisées par un manque absolu de communication, maintenant reconnue comme une exigence profonde des besoins réels exprimés par les patients et leurs familles. Comment alors situer la personne, dans notre discours philosophique, à travers ce concept? La philosophie analytique a, au mieux, développé des idées évolutives à propos de la personne. La 20

personne qui émerge est réelle. Dans ce monde, et de manière générale, la valeur de l'autonomie reste centrale, dans cette perspective. Il y a, sans surprise, une tendance, dans le débat, à se référer à la notion de personne telle que définie, depuis des siècles, selon des perspectives métaphysiques et des lois naturelles, et ce, dans un univers parsemé de miroirs, d'ombres et d'images se rattachant à la création, à la révélation et à la découverte de soi à travers la raison d'inspiration divine. Les modalités puissantes de la pensée du droit naturel réductionniste sont cependant particulièrement absentes dans nos échanges. Pourtant, la notion est exprimée, je crois, avec encore plus de sens, par les personnes rencontrant d'autres personnes, la notion de personne pouvant alors se révéler avec l'humanisme transcendantal hérité des rencontres morales. Comme il a été suggéré, l'éthique rencontre la théologie sans la nécessité d'une révélation pour défendre le sens et le besoin de rencontres. La question qui se pose est de savoir comment renouer avec la révélation et les principes d'un raisonnement supérieur, bien que certains s'en tiennent à l'idéal de la recherche d'un ordre naturel, d'un type d'écologie humaniste, dans lequel les personnes pourraient se situer dans un sens, de plus en plus profond, de responsabilité morale pour la préservation de la planète, de l'inter-viabilité des groupes humains et finalement, du besoin de se préparer, moralement, à l'éventualité de changements technologiques dramatiques, tel le clonage. Mis à part ces défis technologiques, il y a l'évaluation des paramètres du processus - personnel et social - de décision humaine qui émane maintenant de la réorganisation des contrats sociaux pour la santé. Nous sommes, ici, face à une restructuration de nos sensibilités pour savoir comment aborder le problème de la vulnérabilité - qu'il s'agisse d'individus génétiquement déficients, de minorités présentant une demande disproportionnée par rapport aux budgets de santé et de solidarité, ou d'accroissement de la population des personnes âgées avec une notion de personne permettant la synthèse entre générations passées et présentes.

-

Ce qui est clairement apparu lors de ces débats, c'est jusqu'à quel point les problèmes éthiques relatifs à la notion de personne ne sont pas ceux d'un groupe ou d'un autre, mais ceux de tous, confrontés que nous sommes à la naissance, à la mort et à la souffrance de nos congénères.

21

Maurice Tubiana,
Vice-Président de l'Académie Nationale de Médecine Membre de l'Académie des Sciences Comprendre la personne, comprendre l'autre, c'est à cela qu'Yves Pélicier se consacrait
C'est un honneur que je ressens très profondément, mais c'est aussi une émotion profonde, pour moi, que d'avoir à évoquer la personnalité si riche, si subtile, si complexe, d'Yves Pélicier. Je n'essaierai pas de retracer sa vie, mais plutôt de vous donner la vision que j'ai de celle des diverses facettes de sa personnalité que j'ai le mieux connue. Mais il est vraisemblable que chacun de vous pourrait en évoquer une autre. J'ai connu Yves Pélicier en 1975, à l'occasion d'un colloque que je préparais sur les réactions psycho-sociologiques devant l'énergie nucléaire. D'emblée, nous avions compris qu'il fallait que nous soyons conseillés par un psychiatre attentif aux problèmes de société, et, unanimement, nous avons demandé à Yves Pélicier d'être des nôtres. Immédiatement, j'ai eu pour lui une immense admiration, qui s'est rapidement changée en une profonde amitié, et, pendant plus de vingt ans, nous avons travaillé ensemble dans plusieurs domaines. Ces liens immédiats avec Yves Pélicier s'expliquent, dans une certaine mesure, par de communs souvenirs algériens, et algérois. Il était plus jeune que moi, mais, à six ans d'intervalle, nous avions parcouru les mêmes mes, fréquenté les mêmes lycées, nous étions baigné sur les mêmes plages et sous le même solei1... et cela crée des liens profonds. Mais, même cela, la personnalité d'Yves Pélicier était telle qu'on se sentait immédiatement à l'aise avec lui, et proche de lui. Il y a, peut-être, trois caractéristiques de sa personnalité qui m'ont le plus marqué. La première était une immense érudition, une érudition qui ne lui servait pas à dresser un écran entre lui et les autres, mais, au contraire, à établir des liens, à faciliter la compréhension. La seconde était cette chaleur méditerranéenne qu'il avait conservée, et qui le portait spontanément vers les autres. Quand il faisait connaissance de quelqu'un, il le «guettait», non pas pour déceler ses défauts, ou chercher le défaut de la cuirasse, mais, au contraire, pour trouver les points susceptibles de le rapprocher de lui et découvrir des aspirations communes. C'était, aussi, la hauteur de vue qu'il mettait au service des autres, au service de la personne. Il est particulièrement adéquat qu'on évoque son souvenir au début de cette journée consacrée à la personne,

car il se distinguait par un très profond respect des autres, qui allait bien au-delà d'une simple bonté, et qui était, au fond, à l'origine de ce besoin de comprendre. Yves Pélicier était avant tout, un médecin, un médecin et un psychiatre. Et il savait, il voulait, soulager les souffrances des autres. Et il savait que, pour y parvenir, il faut examiner le malade avec rigueur, avec objectivité, sans que la compassion puisse interférer avec l'analyse des faits. Il faut certes avoir de la sympathie pour le malade, mais il faut, audelà, savoir, et, par-delà les dires du malade, par-delà ses plaintes, aller au plus profond. Et dans le domaine qui nous avait d'abord rapprochés, celui des craintes devant l'énergie nucléaire, il avait adopté la même démarche, et il voulait surtout, par-delà ce qui était manifeste, aller chercher ce qui demeurait latent. Au moment où nous avions commencé à réfléchir ensemble à ce problème, il y avait, en gros, deux attitudes: celle des ingénieurs, qui croyaient, naïvement, que les opposants à l'énergie nucléaire étaient, soit ignorants, soit de mauvaise foi, et qu'il suffisait donc d'expliquer les choses clairement pour que les préventions tombent, et celle des spécialistes de la communication, qui croyaient que tous les problèmes étaient dus à une communication mal faite, et que, si l'on apprenait à communiquer, tous les problèmes disparaîtraient. Yves Pélicier voulut aborder le problème sans aucune idée préconçue. Il a donc commencé par une enquête qui lui a montré un fait extrêmement important, c'est que, contrairement aux apparences, il n'y avait pas de dialogue, il n' y avait pas de communication, d'abord, parce qu'il n'y avait pas de langage commun, mais aussi (et ceci est beaucoup plus important), parce que les mots n'avaient pas le même sens pour les uns et pour les autres, que les interlocuteurs se méfiaient systématiquement les uns des autres et, ce faisant, donnaient aux mots des sens différents. Par exemple, le mot 'atome'. Pour les uns, disait Yves Pélicier, il désignait l'atome des physiciens, avec ses caractéristiques bien définies; pour les autres, c'était ce qu'ils appelaient l'atome métaphorique, lourd de toutes les arrièrepensées investies dans ce terme, et que l'analyse du dit, et surtout du nondit, des graffiti, des arrière-pensées, pouvait aider à comprendre. Et il continuait: le débat sur l'énergie nucléaire engage à fond, directement et indirectement, la problématique individuelle, l'écart entre le manifeste et le manifesté et le latent. Quand un problème compte pour l'individu, disait-il, il mobilise en lui des activités positives, mais aussi négatives et défensives; ce qui est dit occulte l'importance de ce qui ne parvient pas à s'exprimer. Et je pense qu'à partir de cet exemple, il envisageait l'essentiel des angoisses, des problèmes, de la société actuelle, dont il disait qu'une de ses ambitions était le dévoilement, nourri d'un désir, partiellement utopique, d'égalisation des conséquences, des connaissances, et que ceci conduit à des blocages et à des incompréhensions. Cet atome secret, suspect, humiliant, n'existe peut-être 24

pas comme tel dans la nature, et le discours positiviste le traite d'imaginaire, de déraison, mais c'est une erreur; l'atome métaphorique est, à la fois, le bien et le mal, et l'attitude la plus complètement objective serait de prendre acte de la contradiction et de l'ambivalence, et de chercher, non à les occulter, mais à les dépasser. Il ne faut pas que la connaissance se limite au rationnel pur et à des données strictement vérifiables. C'est là l'erreur qui ampute le savoir humain. L'imaginaire a un rapport avec le réel, le réel remanié par la peur, l'angoisse et l'espérance. Et donc, l'imaginaire et le réel appartiennent à deux mondes différents, apparemment incapables de communiquer. Mais cette incommunicabilité peut être vaincue, si un effort suffisant est effectué pour appréhender l'imaginaire et comprendre ses origines. Cette même attitude, on l'a retrouvée pour deux autres dossiers sur lesquels nous avons eu l'occasion de travailler en commun. D'abord le cancer, et les difficultés du dialogue avec le malade cancéreux. Il ne s'agit plus, alors, d'un problème de société, mais d'un tête-à-tête entre le médecin et le malade, le malade qui redoute et fuit la vérité, le médecin qui doit expliquer, sans traumatiser, dire la vérité, sans désespérer. Le dialogue est, apparemment, impossible, mais dense, en même temps, parce que les mots sont trop chargés d'émotion, parce que les mécanismes de défense psychologique du malade déforment et annihilent ce qui a été dit. Et là, encore, on peut vaincre cette incommunicabilité grâce à la compréhension du mécanisme psychologique du malade et à un profond effort pour parvenir à le comprendre. Pour le cancer, comme pour le nucléaire, s'il est difficile d'utiliser un langage rationnel, d'autres approches sont possibles, qui peuvent permettre de vaincre ces difficultés. Et le troisième domaine dans lequel nous avons travaillé ensemble est celui des assuétudes, celui des drogues, et, plus particulièrement, du tabagisme et de l'alcoolisme. Dans ce cas encore, si on rencontre les mêmes difficultés, et si, par exemple, on veut persuader un alcoolique de s'arrêter de boire, un fumeur de s'arrêter de fumer, on n'y parvient pas avec un langage rationnel, en le terrorisant, en le culpabilisant. Il faut savoir exploiter ses peurs, ses émotions, ses réticences, mais il faut surtout favoriser son évolution sans le brusquer, et sans le laisser reconstruire ses défenses. Tout ceci le menait, nous menait, menait la Société, vers le problème fondamental, celui de l'éducation, celui du rôle que nous avons tous de transmettre les connaissances. Seule l'éducation peut éviter que ne se creuse l'écart entre le profane et le scientifique. Mais l'éducation est particulièrement difficile à faire dans certains domaines, et il faut, pour y parvenir, comprendre la personne, comprendre l'autre, et c'est à cela qu'il se consacrait. Et c'est cet effort accompli pour comprendre la société à travers l'individu, pour comprendre les problèmes contemporains à travers ceux des malades qu'il analysait, qui avait fait d'Yves Pélicier une personnalité à la croisée des chemins, ou, plus 25