A la recherche du peuple de la Bible
361 pages
Français

A la recherche du peuple de la Bible

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Description

Cet ouvrage entend familiariser le lecteur avec ce peuple qui s'est lui-même défini comme le « peuple élu ». Son histoire constitue aujourd'hui encore l'une des assises culturelles de notre civilisation occidentale. Cependant cette histoire doit être sérieusement revue à la lueur des travaux des exégètes contemporains et des découvertes archéologiques. Il s'agit de dégager l'histoire réelle du mythe et de la sacralité dans lesquels elle est encore engluée.

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Date de parution 27 octobre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140161575
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Daniel Faivre
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À LA RECHERCHE DU PEUPLE DE LA BIBLE
                     
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Avant-propos
Cet ouvrage a pour but de guider le lecteur vers une connaissance plus approfondie du peuple dans lequel naquit la Bible hébraïque, l’Ancien Testament des chrétiens, il y a plus de deux millénaires. Un peuple minuscule quanti-tativement mais dont la révolution religieuse vers le monothéisme a déterminé, pour un temps long, l’histoire du monde. Ce livre est le produit de plusieurs décennies de recherches et constitue la mise par écrit de cours donnés à l’Université du Temps Libre d’Avignon. Il sera suivi d’un second volume qui développera d’autres voies de connaissances poursuivant, par des entrées différentes, l’accès à une meilleure connaissance de ce peuple et de son histoire. Nous commencerons par poser les jalons d’une histoire d’Israël un peu plus complexe que celle communément admise. Plus complexe car la vérité de l’historien n’est pas nécessairement celle du bibliste et les découvertes archéo-logiques récentes ont grandement infirmé certaines réalités que l’on croyait immuables. Le second chapitre sera de nature plus anthropologique, cherchant à replacer l’homme et la femme bibliques dans sa société et surtout à réfléchir sur la manière dont ils se pensaient, comme individus et comme créatures. Puis viendront trois chapitres consacrés à la question religieuse propre-ment dite même si, dans ce monde antique où le mot laïcité n’avait aucune réalité, tout était religieux. Nous y traiterons successivement de la question de la vie et de la mort de l’homme, avant de développer le paysage religieux d’avant la venue de YHWHdans la pensée hébraïque. Cela signifie, en clair, que nous nous efforcerons de mettre en évidence les nombreuses traces de polythéisme qui émaillent le texte biblique. Et c’est seulement après cette présentation que nous nous attacherons à montrer l’émer-gence progressive d’un dieu unique dans la conscience du peuple d’Israël. Ensuite, nous consacrerons deux chapitres à l’étude des mythes figurant dans le livre de laGenèse. Le premier traitera des mythes de création (création du monde, de l’homme, d’Éden…), le second des mythes de destruction (Déluge, Babel). Puis nous avons choisi d’étudier plus spécifiquement la figure de deux personnages emblématiques de la Bible : Abraham d’abord, Moïse ensuite. Le premier incarne à lui seul le peuple d’Israël et l’ensemble des croyants, le second est présenté comme celui par qui la Loi a été donnée au peuple. Qu’ils aient existé
réellement ou non, leur présence dans l’histoire biblique focalise l’essentiel du contenu de l’alliance entre le dieu unique et le peuple. Enfin, pour terminer sur une note moins austère, nous aborderons la question du plaisir tel qu’il apparaît dans la Bible. Ce thème sera lui aussi divisé en deux chapitres : un premier consacré aux plaisirs généraux : fêtes, gastro-nomie, musique et danse… ; le second abordera l’épineuse question des plaisirs de l’amour et des manières souvent différentes, voire parfois contradictoires dont ils sont abordés. L’ensemble de ces chapitres devrait permettre au lecteur de pouvoir se représenter, de façon un peu plus précise, plus « historique » et moins « théo-logique » qui était ce « peuple de la Bible » et dans quel monde il a vécu.
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Une chronologie qui reste très discutée 1. Une histoire déformée par les croyances Tenter de restituer une chronologie raisonnée du peuple de la Bible, c’est d’abord se confronter à une histoire déjà écrite, globalement admise par une écrasante majorité de nos contemporains et qui présente toutes les caracté-ristiques d’une historicité apaisée. Une histoire qui apparaît trop souvent comme un dogme. Un dogme chez les croyants bien sûr, ce qui est dans l’ordre des choses, mais aussi une forme de dogme chez certains enseignants laïques, qui préfèrent s’enfermer dans cette his-toire consensuelle plutôt que de s’aventurer dans un révisionnisme qui risque de faire rejaillir dans leurs cours un religieux qu’ils peinent à maîtriser. Par révision-nisme, nous entendons naturellement l’aptitude de tout historien à remettre en cause – à « réviser » – sa conception de l’histoire au gré des évolutions de la recherche. Mais depuis que ce terme est corrélé à la remise en cause de l’existence de la shoah, il risque de faire passer tout enseignant, tout chercheur sous les fourches caudines du négationnisme. Et ce d’autant plus qu’il touche aux racines mêmes d’un patrimoine culturel, qui fut conçu comme une histoire sainte au moment de sa création et que des siècles de répétition nous ont amenés à confondre avec une histoire réelle. Il est donc essentiel de séparer radicalement l’un et l’autre. L’histoire biblique est avant tout basée sur la filiation et l’héritage. Cette filiation, on la retrouve même, en aval, dans la manière de présenter, sous la forme d’un arbre généalogique, l’avènement des trois grands mono-théismes. Ce schéma, sous une forme ou sous une autre, est dans tous les manuels et dans toutes les têtes. Il figure le plus souvent une religion originelle, le judaïsme, d’où découlent ensuite les monothéismes ultérieurs, christianisme puis islam. Or, cette forme de filiation n’est, historiquement, pas recevable car elle suppose, d’une part, que le judaïsme soit resté inchangé après les chocs terribles qu’il a connus au premier siècle de notre ère et que, d’autre part, le christianisme ait été créé comme une rupture avec le judaïsme. Or, il ne semble pas que les
choses se soient tout à fait déroulées de cette façon. Les différences peuvent paraître minimes, mais elles ont des répercussions importantes. Attardons-nous un moment sur ces différences. Nous pouvons d’abord, sans beaucoup de risque d’être détrompés, postuler qu’il existe, jusqu’au premier siècle, une religion que nous pouvons appeler yahwiste : elle est fondée sur le culte d’un grand dieu, YHWH, installé dans le Second Temple de Jérusalem desservi par un grand prêtre, choisi parmi la caste des Sadducéens. Elle reposait sur une liturgie complexe, centrée autour de ce sanctuaire et basée sur un large rituel sacrificiel et sur une interprétation de la Torah qui ne faisait pas l’unanimité parmi le reste de la population juive, Esséniens et Pharisiens en particulier. er Cette religion disparaît au I siècle avec la destruction du Temple en 70 qui va de pair avec l’élimination du clergé sadducéen. De cette religion biblique naissent deux courants qui mettront plusieurs décennies avant de diverger définitivement et qui, tous deux, s’appuient sur les principes énoncés dans le texte biblique : le christianisme et le judaïsme. Chaque courant ajoutera, au patrimoine biblique commun, un corpus nouveau et chacun connaîtra une évolution radicalement différente. Le christianisme, fondé par les disciples de Jésus et non par Jésus lui-1 même , complètera l’héritage religieux commun par l’ajout des livres du Nouveau Testament, dont la mise par écrit ne commencera que près d’un demi-siècle après la mort de Jésus sur la croix, pour être définitivement canonisé, par étapes, à la ème fin du IV siècle. Le judaïsme rompra avec le vieil esprit sadducéen. Organisé par le ème mouvement pharisien, né au II siècle avant notre ère en opposition à l’hellé-nisme et au centralisme du culte, il s’appuiera lui aussi sur un nouvel ensemble de textes, des commentaires d’abord oraux puis mis par écrit. C’est dans un ème premier temps la Mishnah, rédigée au début du III siècle et qui constituera la base méthodologique du Talmud. Des Talmuds devrions-nous dire puisqu’il existe celui de Jérusalem, achevé vers 400 et improprement nommé puisqu’il n’a jamais été rédigé à Jérusalem ; puis le Talmud de Babylone, le plus important, ème publié au début du VI siècle. Ces deux courants, issus du monothéisme biblique primitif, connaîtront ensuite une évolution radicalement différente. Un moment enchâssé dans l’espace sémitique, le christianisme se répand ensuite, grâce à Paul en particulier, dans le monde hellénistique, avant de 2 conquérir tout l’empire romain pour devenir religion catholique, c’est-à-dire 3 « universelle », mot qui apparaît dès 110 sous la plume d’Ignace d’Antioche .
1. Voir, entre autres, René NOUAILHAT, « Repères sur la genèse du christianisme », in René NOUAILHAT(dir.),Enseigner le fait religieux, un défi pour la laïcité, éditions Nathan, Paris, 2003, pp. 221-253. 2. Maurice SACHOT,L’invention du Christ ; Genèse d’une religion, éditions Odile Jacob, Paris, 1998. 3. IGNACED’ANTIOCHE,Lettre aux Smyrniotes, VIII.  8