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Au berceau du christianisme

De
357 pages
Jésus n'a pas écrit et sa vie ne nous est connue qu'à travers les évangiles, récits tardifs et de seconde main. Qui mieux que les Apôtres, le Cercle des Douze, aurait pu témoigner et apporter sa version des faits, eux qui, après avoir côtoyé le Messie, survécurent une trentaine d'années après sa crucifixion et fondèrent la première Église ? Or pour curieux que cela puisse paraître, s'ils ont écrit, aucun texte n'est parvenu jusqu'à nous. Pourquoi ? Qui étaient les Nazoréens, nom sous lequel se reconnut Jésus, et qui désigna par la suite les premiers fidèles de l'Église de Jérusalem ? Quelles relations existait-il entre eux et les Apôtres ?
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Au berceau du christianisme Un regard laïque sur l’histoire des origines
Jean Claude Viland Au berceau du christianisme Un regard laïque sur l’histoire des origines ESSAIL’Harmattan
Dessin de la page de couverture : Version moderne du Conseil des Douze, réuni à Jérusalem pour jeter les bases d’une nouvelle secte religieuse juive, le nazôréisme, avec au centre l’invité d’honneur, Jésus, le prophète galiléen. On relève, toutefois, l’absence encore inexpliquée du président du groupe, Jacques le Juste, l’un des fondateurs du mouvement. Imaginé par l’auteur et réalisé par l’artiste hondurienne Karina M. Rodriguez Lozano.
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13604-5 EAN : 9782296136045
Préambule
Cet essai qui pourra peut-être apparaître à certains comme étant animé d’une certaine volonté polémique s’inscrit, en fait, dans la perspective d’une réflexion globale, d’ordre laïque, sur l’histoire des origines possibles du christianisme. Il s’appuie d’abord, bien entendu, sur les écrits du Nouveau Testament considérés dans leur cadre historique, sur les apocryphes les plus accessibles, sur les historiens de l’époque, ainsi que sur quelques données nouvelles qui se dégagent peu à peu des recherches récentes entreprises sur le monde religieux encore très mal connu du Ier siècle de notre ère et de l’examen critique que certains ouvrages postmodernes en font. Vouloir restituer des événements lointains dans toute leur authenticité n’est jamais chose aisée, surtout lorsque les données de base sont rares et, plus encore, lorsque leur histoire met en cause les fondements religieux d’une idéologie qui a dominé le monde occidental pendant près de deux mille ans, et dont l’origine se perd dans le passé d’un peuple où mythe et mysticisme se conjuguent pour restituer le divin. Dans ce contexte incertain où l’historien perd ses repères habituels, la pensée rationaliste est à l’épreuve. Et pourtant, il y a bien eu, au Ier siècle de notre ère, une réalité historique, un vécu, des femmes, des hommes qui furent à l’origine de cette aventure spirituelle. C’est là, entre mythe et réalité, qu’avance notre quête (présomptueuse ?) d’une vérité historique là où tant de monde s’est déjà aventuré.
L’idée initiale est d’admettre l’existence d’un Jésus historique qui aurait bien vécu dans le premier tiers du Ier siècle, mais en ne retenant de lui que sa facette humaine et temporelle. Que peut-on dire alors de Jésus et de son
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entourage à la lecture des textes néo-testamentaires qui annoncent cette histoire extraordinaire d’un homme ordinaire, un prophète galiléen devenu Messie dans des circonstances exceptionnelles et qui, après avoir été déclaré « ressuscité », fut reconnu plus tard comme l’unique fondateur d’une religion révolutionnaire, le christianisme ? Notre enquête débute par une série d’interrogations dont les réponses font apparaître des incohérences et des anachronismes, si l’on s’attache à ne suivre que sa vie d’homme, laissant soigneusement de côté toute approche métaphysique. Jésus, petit prophète galiléen, avait-il les capacités et l’envergure morale nécessaires pour fonder un mouvement religieux et asseoir une théologie aussi complexe que celle que nous proposent les évangiles ? D’ailleurs, cette conception même de christianisme était-elle possible au temps de Jésus, au temps des apôtres, humbles personnes enracinées dans les traditions juives, comme nous les présentent les évangiles ? C’est là qu’histoire religieuse et réalité historique divergent. Question de chronologie d’abord, pour le terme de « christ » apparu tardivement, mais surtout question socioculturelle. Jésus, le prophète galiléen, pouvait-il effectivement être le fondateur d’une conception religieuse nouvelle et révolutionnaire qui ne sera définie que bien plus tard sous le terme de christianisme ? La valeur même d’universalité qu’impliquait cette idéologie pouvait-elle se concevoir dans le cadre religieux exclusivement Juif et le contexte sociopolitique étroitement conservateur dans lequel Jésus se mouvait ? Il fallait pour concevoir le christianisme, notion toute hellénistique, un apport extérieur, un souffle platonicien que notre théologien en chef Paul de Tarse et ses successeurs les Évangélistes surent initier au 1er siècle, mais bien après la mort du prophète. Tout indique, en effet, que la révolution culturelle de la nouvelle ère chrétienne s’est mise en place progressivement à partir de la fin du IIè siècle, quand les Pères de l’Église purent, après Paul de Tarse et les Évangélistes, la personnaliser au mépris du véritable contexte historique, en reportant les origines de cette idéologie sur les épaules du modeste personnage qu’avait été le prophète galiléen, mort en martyr de la secte nazôréenne, lui confirmant par là son rôle de fondateur et l’aura mystique que nous lui connaissons depuis.
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Alors, Jésus fondateur du christianisme ? Notre essai tente de faire revivre le monde des nazôréens, ce mouvement messianique de la Judée mystique qui, comme le judaïsme dit du « Second Temple », trouva son terme dans un affrontement fratricide, au cours de la guerre que les Juifs menèrent contre les Romains entre les années 66 et 70. Il cherche à montrer aussi que tout au long de l’avènement d’une nouvelle vision de l’humain qui s’instaure au 1er siècle de notre ère apparaissent clairement les deux fondements sur lesquels va désormais se constituer le christianisme, une théologie et une doctrine. Si la théologie paulinienne inaugure bien une nouvelle orientation idéologique du monothéisme hébraïque, le corps de doctrine, c’est-à-dire les préceptes, la tradition et la morale qui en sont les supports, fut directement inspiré de l’idéologie Essénienne dont nous parlent les manuscrits de Qumrân et fut véhiculé par l’intermédiaire de l’Église nazôréenne.
Toute l’entreprise des apôtres, les véritables fondateurs du mouvement messianique nazôréen, selon nous, ainsi que celle des différents protagonistes à l’œuvre jusqu’aux Évangélistes de la fin du siècle va connaître une évolution irrésistible de la pensée religieuse qui transcende les idéaux sectaires et les réflexes communautaires, pour aboutir à une sublimation du divin, achevant ainsi l’aventure mystique du monothéisme initiée six à sept cents ans plus tôt, si l’on s’en tient aux nouvelles datations sur lesquelles certains historiens modernes se basent pour établir les origines de la Bible. M. Gauchet semble avoir bien ressenti ce phénomène mystique lorsqu’il déclare : « Jésus eut pu ne point paraître ; les conditions qui l’ont porté, les tensions qui l’ont appelé, les moyens qu’il a mobilisés n’en eussent pas moins été en place et au travail… Jésus, c’est en fait la pensée évangélique du Ier siècle par une génération de Juifs engagée dans une redéfinition du divin initié par l’Ancien Testament, celui de Moïse. » Si la formulation de M. Gauchet nous paraît pertinente, la réalité historique des événements qui aboutirent à cette révolution religieuse restait toutefois à être revisitée et restaurée ; et cette quête n’a pas été sans surprises.
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AU BERCEAU DU CHRISTIANISME
Présentation
Le tournant du IIIè millénaire a remis au goût du jour l’histoire des religions et, en Occident, l’histoire de notre civilisation. L’explosion de la littérature de ces trente dernières années qui souligne cet engouement traduit l’effort des recherches entreprises dans tous les domaines, archéologiques, anthropologiques, scripturaires, linguistiques et autres technologies qui ont été mises à la disposition de l’histoire. Les connaissances récentes acquises sur les anciennes civilisations et, en particulier sur celle de la Palestine et de l’Israël ancien ont bouleversé en peu de temps notre perception de leur histoire. La Bible, monument sacré de la civilisation judéo-chrétienne au sens large, en a été ébranlée. I. Finkelstein et N.A. Silberman montrent, dans leurs ouvrages récents,« La Bible dévoilée » et« Les Rois sacrés de la Bible », que l’Ancien Testament qui a longtemps incarné l’histoire du peuple Juif raconte bien une histoire, mais pas celle du véritable Israël. À leurs yeux, la Bible apparaît comme une saga composée pour les besoins d’un mouvement religieux appuyant une politique nationaliste ambitieuse. De cette saga inventée, qui est donc loin de représenter la réalité des faits, est née l’idée d’un dieu protecteur, Yahvé, qui, lors de l’exil à Babylone, avait pris pour les Juifs en détresse une valeur singulière de Dieu unique, créateur de l’univers. Les deux premiers chapitres de notre essai résument en partie ces ouvrages ainsi que les idées de J. Soler sur la naissance du monothéisme à partir du dieu national d’Israël. Notre intention est de montrer, à travers ces ouvrages fondamentaux, que les religions elles aussi ont une histoire
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et qu’elles ne sont pas à l’abri de dérives tout au long de leurs épopées spirituelles. Ces chapitres permettent aussi d’exposer l’évolution des concepts religieux et l’apparition d’idées nouvelles, comme les notions de l’âme et de la résurrection des corps, ainsi que les réflexions qu’elles générèrent, au début du dernier siècle avant notre ère, pour s’intégrer dans le cadre étroit du monothéisme mosaïque. Ces nouvelles idées furent suffisamment fortes pour conduire certains mouvements religieux à remettre en cause les croyances et les pratiques anciennes et donner ainsi naissance à de nouveaux objectifs spirituels. Le troisième chapitre, qui fait transition avec le reste de l’ouvrage, présente un raccourci de l’histoire politique d’Israël dans la première moitié du Ier siècle de notre ère, ainsi que l’état des différentes sectes juives en présence à cette époque. Car les sectes religieuses étaient alors étroitement associées, comme nous le montrons, aux événements politiques et à la vie sociale d’Israël ; elles étaient partie prenante de cette histoire. On ne peut donc aborder l’histoire religieuse du Ier siècle sans replacer celle-ci dans son cadre historique général, comme cela a trop souvent été le cas.
Ce n’est qu’au quatrième chapitre que nous abordons l’essentiel de notre essai. Qu’en est-il de l’histoire du christianisme dont l’Église nous assure que Jésus en est l’unique fondateur ? Peut-on accepter cette présentation de nos jours ou y aurait-il la place pour envisager une autre version des faits ? Dans cettefresque »« petite débuts du christianisme que nous des proposons au lecteur, c’est précisément l’histoire de ses sources mêmes que nous désirons revisiter sous son angle humain, c’est-à-dire historiquement crédible, hors du mythe et de la légende. Pour cette quête, les éléments archéologiques ne sont pas d’un grand secours et, pour diverses raisons ne sont pas déterminants, comme ils le furent pour retracer l’histoire de Juda, car l’histoire officielle du Ier siècle est déjà assez bien connue par ses écrits, ce qui n’est pas le cas de l’histoire religieuse, malgré les quelques documents qui nous sont restés.
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