Avant Jésus, l'espérance

-

Livres
68 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Quelle espérance anime le peuple de la Première Alliance ? Jacques Briend propose un parcours d’Ancien Testament ramassé et accessible qui porte à la fois sur le sujet de l’espérance, individuel aussi bien que collectif, et sur son objet.
Le premier volet de cette étude s’ouvre sur l’espérance des psalmistes qui, de même que celle de Job, a pour objet Dieu lui-même. Espérer, c’est espérer Dieu. Cette espérance théologale se heurte au mystère inéluctable de la mort, mais débouche au IIe siècle av. J.-C. sur l’espérance de la résurrection.
Le second volet de ce travail est consacré aux aspirations du peuple d’Israël : désir d’un avenir pour le peuple ; aspiration à la paix et à l’unité ; attente d’une alliance nouvelle, voire perpétuelle ou éternelle.
Dieu est au cœur de l’espérance aussi bien collective qu’individuelle. Pour le chrétien, la réalisation de l’espérance passe par Jésus reconnu comme Christ.
Une collection de référence en christologie sous la direction de Monseigneur Doré.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 mars 2011
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782718907550
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
© Mame-Desclée, Paris, 2007 ISBN : 978-2-7189-0755-0
Présentation
Doici un livre longuement mûri ! Son auteur, mon ami Jacques Briend, dit la vérité lorsque, dans son « Avant-propos », il fait remonter à « plu s de vingt ans » les premières formulations du projet qui devait aboutir à cette publication qu e je suis, dès lors, tout particulièrement heureux de présenter.
1. Un projet ancien dans la collection
Nous étions à l’époque, depuis quelques années déjà, collègues à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Institut catholique de Paris. Je venais de lancer la collection « Jésus et Jésus-Christ » avec un certain nombre d’ou vrages repérés par André Paul, alors ie directeur littéraire des éditions esclée et C . Ils avaient ouvert la problématique de la réflexion à laquelle la collection se proposait de convier, mais je ressentais la nécessité de ne pas tarder à documenter davantage, à la fois au pla n historico-critique et au plan biblico-théologique, ce dossier « jésu-christologique » qu’ il s’agissait justement de globalement reprendre. Pour définir avec précision la tâche que cette perspective m’assignait, je constituai un groupe de travail avec plusieurs collègues, tous biblistes de l’Institut catholique de Paris : Henri Cazelles, Pierre Grelot, Charles Perrot, Anto ine Danel (déjà affecté, hélas, de la grave maladie qui devait l’emporter) et… Jacques Briend. Le simple parcours de la liste des numéros à ce jour parus dans la collection fera facilement apparaître l’importance des contributions effectivement déjà apportées par chacun des trois premiers noms de cette liste. Restait l’apport de Jacques Briend. Il devait se fa ire un peu plus longtemps attendre en raison des « diverses fonctions et responsabilités » par ailleurs exercées par lui, pas seulement dans le cadre universitaire. Pour me consoler de mo n attente qui se prolongeait, je me raisonnais en me disant qu’il était simplement logi que, après tout, qu’un ouvrage sur l’espérance se fasse lui-même quelque temps… espérer. Et je peux dire que je n’ai jamais douté un seul instant, durant toutes ces années, que cette espérance serait effectivement un jour exaucée. Comme elle l’est bel et bien aujourd’hui, on comprendra – ce qui précède ayant été précisé – que j’en éprouve une grande joie. Et que je sois avant toute autre chose désireux e d’exprimer, au signataire de ce 93 numéro de la collection « Jésus et Jésus-Christ », mes chaleureux remerciements amicaux.
2. Le livre d’un maître
Mais je ne manquerai pas de lui adresser, dans le même temps, mes vives félicitations ! Car, il ne faut pas s’y tromper, ce livre longuement mûri est celui d’un maître capable de ramasser en un nombre limité de pages un très substantiel apport. Au titre de sa longue fréquentation personnelle de la Bible et grâce à sa compétence historique et théologique avérée, dont son enseigne ment universitaire et ses publications scientifiques témoignent amplement, Jacques Briend rassemble ici ce en quoi lui paraît 1 consister l’espérance du peuple de la Première Alliance . Clarté de l’exposé (et, déjà, du plan !), sobriété de l’expression, limpidité de l’affirmation : il fallait une vraie maîtrise ès choses bibliques pour aboutir à pareil résultat. Les référ ences bibliographiques ciblées qui sont données en note et la manière dont, au cours de la rédaction, il est tranché sur les questions de critique textuelle ou dans les débats en cours entre spécialistes, font la preuve de la solidité scientifique du discours tenu, sans attenter à sa large accessibilité. Jacques Briend nous propose ici sa lecture de l’espérance biblique vétéro-testamentaire. Il en dit à la fois l’énorme importance et la portée considérable, l’omniprésence dans la Bible et les diverses modalités d’expression. Il ne nous fai t pas apparaître seulement qu’Israël – le peuple en son entier et chacun de ses membres – vitdans l’espérance ; il manifeste qu’en Israël, on a vécud’espérer. Cela apparaît tant du point de vue du sujet que du point de vue de
l’objet de ladite espérance.
3. Le sujet de l’espérance vétéro-testamentaire
La question de l’espérance ne peut être abordée sans que l’on s’interroge sur les personnes ou les groupes qui en sont les sujets. Autrement dit, il s’agit d’abord de répondre à la question :Qui peut espérer ? À cette question décisive, cet ouvrage apporte une réponse claire. L’auteur présente en effet successivement plusieurs personnes ou catégories de personnes, présentes dans la Bible à différents titres, qui y expriment une forme particulière d’espérance, que ce soit par leur prière (le psalmiste), par leu r annonce (le prophète), ou par leur attente (le peuple). Ce parcours met en lumière les circonstances de l’espérance, qui apparaissent la plupart du temps liées à des situations de détresse individuelle (Job) ou collective. Alors que les éléments extérieurs semblent s’acharner contre une personne ruinée dans sa santé, dans sa réputation ou dans sa fortune, l’espérance apparaît comme une force inattendue qui la soulève, la redresse, la remet en marche. Il y a dans cette espérance, on le voit, une dimension salvatrice très marquée. u reste, ce qui vaut pour l’individu s’appliquemutatis mutandis au peuple lui-même, lorsqu’il rencontre la défaite, la honte, l’humiliation, la déportation, la captivité. Tout semble alors ligué pour briser définitivement toute vision positive, pour convaincre du caractère durable de la situation nouvelle dont le peuple est la victime, de la pérennité du joug que lui a imposé l’ennemi, tant la bataille semble irrémédiablement perdue… Or voici que, dans un tel contexte, l’espérance apparaît comme la petite flam me qui prélude au grand feu du redressement, au grand jour de la victoire permettant le retour sur la terre promise. À la faveur de son parcours, l’auteur nous convainc que l’espérance biblique est étroitement corrélative à la foi. Sans le Seigneur, cette espér ance serait sans fondement. ès lors, la question s’élargit : les nations païennes, elles qui ignorent la foi au ieu d’Israël, peuvent-elles devenir sujets de l’espérance ? Et qu’apportent sur toutes ces interrogations les livres dits « de sagesse », amenés à définir l’espérance dans le pire cas que puisse entrevoir un Juif pieux, à savoir la mort d’un homme juste dans la force de la jeunesse, et sans descendance ? Ici, l’espérance traditionnelle du peuple biblique vient imparablement buter contre une impasse… sauf à s’ouvrir à l’espérance la plus folle que l’homme puisse imaginer : celle, ni plus ni moins, de la résurrection des morts. Or voilà que ce pas sera franchi.
4. L’objet de l’espérance 2 J’ai dit et écrit plusieurs fois – notamment dansLa grâce de vivre en chrétien(qui reprend les conférences de Carême que j’ai données en Alsace successivement sur la foi, l’espérance et la charité) – que, dans ma fonction de doyen de théologie, j’ai été amené à interpeller tel ou tel professeur chargé d’un cours sur l’eschatologie. Il ne suffit pas, disais-je, de décrire en long, en large et en travers le mécanisme psychique voire l’attitude spirituelle de l’espérance, comme il arrive aujourd’hui qu’on le fasse. Encore faut-il, si l’on veut être fidèle à sa responsabilité de théologien catholique, s’efforcer de rendre compte de l’espérance qui nous est propre :Que pouvons-nous donc espérer ?, question qui a du reste constitué le titre même de ma seconde intervention de Carême sur le thème de l’espérance. Je me réjouis que, comme je n’en doutais pas un instant, Jacques Briend ait lui-même pris aussicette interrogation au sérieux. Et qu’il y réponde ici avec clarté dans plusieurs chapitres de son livre, consacrés respectivement à : un avenir ; la paix ; l’unité ; l’alliance nouvelle ; l’alliance perpétuelle. L’intérêt du développement qu’il consacre à chacun de ces thèmes est d’aller au-delà des banalités conventionnelles et consensuelles. La paix, l’unité, l’avenir sont ici traités comme des concepts bibliques, illustrés par la citation et l’examen attentif des passages où ils sont évoqués ou invoqués. Or, si l’on s’étonne que le message biblique fasse de ieu lui-même la source de ces biens si importants pour l’homme, il ne faut pas oublier que cela suppose en réalité que le désir profond de l’homme rejoigne l’intention qui est celle de ieu. Il est clair,
par exemple, que la paix advient quand le projet pa cifique de ieu rencontre l’action très concrète de l’homme qui consiste à faire disparaîtr e les armes, comme nous le rappelle le célèbre passage du prophète Isaïe sur la transformation des lances en faucilles. Mais il en va, somme toute, semblablement des différents objets de l’espérance biblique. La progression de l’alliance « nouvelle » vers l’al liance « perpétuelle » attire tout spécialement notre attention, dans la mesure où ell e annonce les paroles du Christ sur la coupe, et l’évocation de son sang versé pour une « Alliance nouvelle et éternelle ». Pour le chrétien, Jésus est celui qui accomplit l’Alliance, de même qu’il incarne en plénitude la Paix, l’Unité, l’Avenir…
5. Un livre de christologie
Faut-il parler pour autant, alors, d’un livre de christologie ? ans son « Avant-propos » déjà évoqué, Jacques Briend rappelle que c’est moi qui ai « choisi » le titre qu’il a lui-même estimé indiqué de donner à son ouvrage. Avant Jésus, l’espérancec’est l’amplitude de sa signification possible qui m’avait paru : recommander pareille formulation. ’un côté, en effet, on peut comprendre : « avant Jésus,il y a», à savoir l’attitude subjective, la démarche existentielle qui permettra l’espérance effectivement de reconnaître ce Jésus commeChrist, commelede Christ Dieu, et finalement comme ieu lui-même. Mais d’un autre côté, il est a ussi loisible de comprendre selon la perspective paulienne : « avant Jésus,qui estl’espérance » – c’est-à-dire : qui, en son œuvre et en sa personne même, exauce l’espérance humaine, et en représente donc finalement le véritable objet. ans ce second cas, il faudrait donc comprendre qu’avant Jésus, qui est « notre espérance », il y a non seulement le lent et douloureux cheminement de l’attente subjective des hommes, mais un certain nombre d’« objets » attendus/espérés… qu’on finira par reconnaître comme tellement liés à ieu (qui peut seul les donner), qu’on en viendra alors à comprendre qu’en réalité l’espérance va bel et bien àDieu lui-même. Et donc, que si Jésus est susceptible d’en apporter et d’en réaliser l’exaucement, c’est son propre rapport à ieu qu’il s’agira alors de tirer au clair ! Et nous sommes évidemment là sur l e chemin de la christologie : celui qui, selon le « régime » de la nouvelle et éternelle All iance, reconnaîtra enJésus de Nazarethle Christde ieu, messie de ieu et Fils de ieu. † Joseph ORÉ Archevêque émérite de Strasbourg
Avant-propos
Ce livre dont le titre a été choisi par le directeu r de la collection « Jésus et Jésus-Christ », Mgr Joseph Doré, il y a plus de vingt ans, aurait d û être écrit plus tôt, mais les diverses fonctions et responsabilités de l’auteur ont empêché son écriture. Consacré à l’espérance à travers les livres de l’Ancien Testament, cet ouvrage obéit à un plan qui mérite quelques justifications. En effet, il ouvre sur un chapitre consacré à l’espérance chez les psalmistes. Ce choix peut paraître surprenant, mais il s’explique fort bien : c’est d’abord dans la prière que le croyant exprime son espérance à Dieu. La prière est le lieu où se nourrit l’espérance, où elle s’exprime au gré des circonstances individuelles ou collectives. Il s’agit d’un acte personnel du croyant qui trouve dans la prière le moment le plus propice pour exprimer son espérance. Les autres chapitres qui suivent sont consacrés à divers aspects de l’espérance collective d’Israël exprimés par les prophètes, espérance collective à la recherche d’un bien désiré : la paix, l’unité, l’alliance de Dieu. Centré sur l’esp érance d’Israël jusqu’à présent, il était nécessaire de se poser la question suivante : y a-t-il une espérance pour les nations ? En effet, le peuple d’Israël ne vit pas dans un monde clos, mais se trouve au milieu des nations souvent conquérantes, dont le sort est lié à celui d’Israël si l’on regarde les choses du point de vue du Dieu unique, créateur de toutes choses. Pour leur part, les écrits de sagesse n’offrent guè re un appel à l’espérance. La seule exception est celle de Job qui se présente par ses questions comme un chercheur d’espérance, un chercheur qui se heurte à la vieille conception de la rétribution qui devrait s’exercer dès ici-bas. Préparé par les chapitres antérieurs, le dernier chapitre est consacré à l’espérance de la e résurrection qui surgit avec force au cours du II siècle avant J.-C., liée au martyre de ceux qui témoignent de leur foi au Dieu unique jusqu’à la mo rt. Au cœur de l’Écriture on découvre à la fois une esp érance collective, mais aussi une espérance des justes fidèles à Dieu. De cette espér ance nous vivons encore, même si elle trouve son achèvement avec Jésus le Ressuscité.
CHAPITRE PREMIER
L’espérance des psalmistes Dans la Bible, la prière est l’un des lieux privilégiés où s’exprime le mieux l’espérance à la fois à titre individuel et à titre collectif. Rien d’étonnant à ce constat puisque, dans la prière, chacun peut s’adresser à Dieu pour exposer sa situation, présenter une demande et en appeler à la puissance divine, et cela tout au long de son existence. En effet, dans les psaumes, le croyant expose à Dieu ce qui lui tient à cœur à la fois pou r lui-même, mais aussi pour la communauté à laquelle il appartient. Dans l’acte de la prière, le psalmiste parle en son nom propre, mais la communauté à laquelle il appartient n’est jamais to talement exclue. La prière est à la fois individuelle et collective, et ces deux dimensions ne s’opposent pas ; bien plus, elles sont complémentaires. Mais comment saisir l’expression de l’espérance che z les psalmistes ? Reconnaissons d’abord que le mot « espérance » est rare dans les psaumes, car selon le génie de la langue hébraïque, les psalmistes usent de verbes qui, en hébreu, sont presque toujours utilisés à la formepiel. Qu’est-ce à dire ? Cette forme verbale considère l’action avec une nuance de répétition et d’intensité. Cette nuance est importante, car elle rappelle que la prière ne peut se contenter d’une seule formulation dans la mesure où elle n’est pas exaucée immédiatement, du moins le plus souvent. La prière est un acte qui exige une certaine répétition, voire même une violence répétée lorsque la situation l’exige. En effet le croyant, plus souvent qu’il ne le pense, est en manque d’espérance parce qu’il n’entre pas d ans une action intensive et qu’il se décourage. Il nous faut donc lire les psaumes qui u tilisent ces verbes à la formepiel: ceux-ci 3 sont au nombre de quatre . À partir de là, il est possible de découvrir dans quelles situations concrètes se formule l’espérance.
1.Les situations concrètes
Ce ne peut être un hasard si l’expression de l’espérance se découvre avant tout dans les lamentations. D’un point de vue anthropologique cela ne doit pas nous étonner, car l’homme dont les besoins vitaux sont satisfaits et qui a avec autrui des relations paisibles et amicales n’exprime guère son espérance. En revanche, l’homme qui se trouve dans une extrême nécessité et qui doit faire face à des attaques tant extérieures qu’intérieures tente de se tourner vers Celui dont il peut attendre aide et secours, dans la mesure où il espère un changement de situation. Dans ce contexte s’exprime l’espérance des psalmistes. En effet, celui qui connaît une situation difficile n’hésite pas à crier vers D ieu et à dire sa peine, mais le fait même qu’il parle suppose de sa part la conviction que Celui au quel il s’adresse écoute et peut intervenir. C’est dans ce mouvement que s’inscrit l’espérance. Ainsi dans le psaume 69 le psalmiste commence par crier son désespoir : « Dieu, sauve-moi, l’eau m’arrive à la gorge. Je m’enlise dans un bourbier sans fond 4 et rien pour me retenir » (v. 2-3). Puis il décrit sa souffrance à attendre Dieu : « Je m’épuise à crier, j’ai le gosier en feu ; mes yeux se sont usés à force d’attendre mon Dieu » (v. 4). La violence de la situation décrite à travers le symbole de l’eau qui emporte tout sur son passage (cf. v. 15-16) est exprimée avec force, mais le cri reste celui d’un croyant qui attend que Dieu intervienne. L’espérance est là, dans cette attente vécue de manière intense alors que le croyant vit une situation d’injustice, car on l’accuse de vol (v. 5). Cette attente suppose une longue patience. On doit encore préciser que cette prière n’est pas simplement celle d’un croyant isolé qui s’adresse à Dieu, mais c’est aussi la prière d’un homme se sachant membre d’une communauté qui a besoin d’être fortifiée dans son espérance :
« Seigneur, Dieu tout-puissant, que je ne sois pas la honte de ceux qui espèrent en toi, ni le déshonneur de ceux qui te cherchent, Dieu d’Israël ! » (v. 7). Le parallélisme est ici à souligner : espérer en Dieu est mis en parallèle à « chercher Dieu », expression assez fréquente dans les Psaumes. Dieu n’est pas objet de possession, mais d’une quête. Toutefois si le psalmiste sait qu’il fait partie d’une communauté, il constate qu’il n’a pas trouvé d’aide parmi ses frères : « J’ai attendu un geste, mais rien ; des consolateurs, et je n’en ai pas trouvé » (v. 21). L’attente d’une action divine ne supprime pas l’espoir de trouver un consolateur humain, car il est normal que le suppliant puisse attendre un soutien. Dieu serait-il alors celui qui suppléerait l’aide fraternelle ? Certes pas, car espérer en Dieu, c’est attendre de Lui qu’il agisse pour le croyant en conformité avec ce qu’il a fait pour Israël. Le Dieu invoqué n’est pas n’importe quel dieu ; c’est le Dieu d’Israël. Tel est le fondement de l’espérance. Si l’on veut retrouver les cris d’espérance des psalmistes, il faut relire les lamentations. Dans le psaume 25, le psalmiste, après s’être adressé à Dieu, n’hésite pas à affirmer : « Aucun de ceux qui espèrent en toi n’est déçu » (v. 3), mais la prière se fait plus personnelle quand le suppliant s’écrie : « Fais-moi cheminer vers ta vérité et enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Je t’attends tous les jours » (v. 5). À la fin du psaume, le cri d’espérance revient : « Intégrité et droiture me préservent, car je t’attends » (v. 21). Le psaume 38 est une lamentation proférée par un malade qui continue à se tourner vers Dieu en disant : « C’est en toi, Seigneur, que j’espère : tu répondras, Seigneur mon Dieu » (v. 16). La lecture de ce psaume révèle une situation de dét resse pour ce malade dont les amis s’écartent, qui est même objet de moquerie de la pa rt de ceux qui considèrent sa maladie comme un signe de malédiction divine. Malgré cela le psalmiste, tout en confessant son péché (v. 19), continue envers et contre tout à en appeler à Dieu, seule source de salut (v. 22-23). Autre situation, celle de ce vieillard en butte à la moquerie de son entourage (Ps 71) ; ses forces l’abandonnent et pourtant il confesse : « Tu es mon espérance, Seigneur Dieu, ma sécurité dès ma jeunesse » (v. 5). Sa fidélité dans l’espérance n’est pas facile et pourtant il insiste : « Pour moi, je ne cesse pas d’espérer et je persiste à chanter ses louanges » (v. 14). Cette patience du psalmiste s’enracine dans la loua nge de Dieu qui célèbre les actions salvifiques de Dieu en faveur d’Israël, ses merveilles (v. 17). Le psalmiste attend tout de Dieu parce que Dieu a tout fait pour Israël. Dans la lamentation pointe parfois une confession pleine de confiance en Dieu qui peut se traduire par un impératif comme dans le psaume 27 : « Attends le Seigneur ; sois fort et prends courage ; attends le Seigneur » (v. 14). Cette même exhortation se retrouve dans le célèbre psaume 130 : « J’attends le Seigneur, j’attends de toute mon âme et j’espère en sa parole. Mon âme désire le Seigneur, plus que la garde ne désire le matin, plus que la garde le matin.