Benoît XVI ou la désacralisation des souverains pontifes

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La décision de Benoît XVI de quitter ses fonctions est sans précédent dans l'histoire récente de la papauté. Est-elle le signe d'une transformation profonde de l'Église catholique, d'un nouvel "aggiornamento" ou la preuve d'une crise encore plus grave que celle du déclin déjà connu du catholicisme ?
Cet ouvrage revient sur les différentes hypothèses qui conditionnent l'avenir de la papauté et sur la portée de l'événement. Il analyse les faits saillants du septennat de Benoît XVI, les ruptures déjà constatées entre Benoît XVI et Jean-Paul II. Il dresse également quelques uns des enjeux pour le futur proche du catholicisme.

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Date de parution 01 janvier 2013
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EAN13 9782849243114
Langue Français

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Benoît XVI ou la désacralisation des souverains pontifes
Collection « Enjeux de société et prospective »
dirigée par Hélène Tessier & François Mabille
Cette collection a pour vocation de publier des ouvrages de prospective autour de trois tendances contemporaines : La révolution biotechnologique, que les spécialistes appellent « la grande convergence NBIC » – à savoir les synergies entre Nanotechnologies, Biologie, Informatique et Sciences cognitives – et qui est amenée à bouleverser notre anthropologie, l’ordonnancement de la société dans ses dimensions économiques, sociales, culturelles, et donc éthiques. Les relations internationales qui connaissent à la fois une accélération de leur temporalité, avec un accroissement du nombre d’acteurs, de leur interdépendance, et l’émergence d’enjeux nouveaux que l’on peut caractériser en parlant d’une société du risque, à l’échelle internationale. L’évolution de la société de la connaissance, qui est marquée par un renouvellement de nos connaissances à un rythme rapide, et qui pose un double problème : celui de l’organisation de nos systèmes éducatifs (connaissances, articulation des champs disciplinaires, pédagogie) et celui de la formation de nos élites.
Image de couverture : © fabiomax - Fotolia.com. © Éditions du Cygne, Paris, 2013
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-311-4
Benoît XVI ou la désacralisation des souverains pontifes
François Mabille, professeur des universités catholiques (Faculté Libre de droit, Université catholique de Lille, chercheur statutaire au GRSL - CNRS)
Éditions du Cygne
Introduction Benoît XVI, pape de raison
« Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Evêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire ».
Le 11 février 2013, Benoît XVI entre dans la postérité en annonçant qu’il renonce à sa charge devant les cardinaux réunis en consistoire. Ce geste est inédit et, eu égard à son parcours, paradoxal : il est en effet le premier pape de l’époque moderne à démissionner, non pas poussé par un scandale, mais en raison de l’idée qu’il se fait de sa fonction,
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du rôle du pape dans l’Eglise catholique ; cet homme, extrêmement attentif à la tradition de l’Eglise catholique et à sa restauration dans bien des domaines, est celui qui aura posé un geste de rupture précisément à l’encontre de cette tradition.
Les raisons d’une démission Comment interpréter cette initiative qui a pris de court bien des observateurs, à commencer par les catholiques eux-mêmes ? Premier constat : pour qui n’est pas atteint par le règne du soupçon, et de la méfiance systématique à l’encontre des personnes exerçant des responsabilités, la démission pouvait faire partie des scénarios prévisibles : dans son livre d’entretiens publié en 2010,Lumière dans le monde, Benoît XVI expliquait : «quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement et spirituellement il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit et, selon les circonstances, le devoir 1 de se retirer». Cette phrase, passée à l’époque relativement inaperçue, était pourtant l’indice d’une évolution significative. Prise au sérieux, elle permettait d’anticiper sur la décision prise le 11 février 2013. Apparaissait ici, à l’évidence, l’expérience vécue : Joseph Ratzinger a assisté au long règne de Jean-Paul II et à son interminable crépuscule. La question de la démission du pape polonais re s’était déjà posée, avec deux réponses possibles : l’alignement de l’exercice pontifical sur la normalité du pouvoir démocratique : empêché, un pape, comme un homme politique, doit démissionner. Pour ceux que cette comparaison pouvait choquer ou simplement à qui elle ne
1 Lumière du monde. Paris : Bayard, 2010. P. 51.
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semblait pas pertinente, une autre solution se présentait : précisément par ce qu’elle ne relève pas d’un régime politique, d’un « Etat », la gouvernance de l’Eglise peut témoigner d’une autre réalité : celle de la faiblesse assumée qui, dans un monde fait pour la «rat race», témoigne d’un autre système de valeurs que celui du beau, du jeune, du fort. Benoît XVI, confronté au même dilemme que son prédécesseur, a tranché différemment. Dissociant sa personne de la fonction, il privilégie le collectif sur la personnalisation de la fonction, tout en rendant implicitement hommage à Jean-Paul II : «Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière» explique-t-il en faisant implicitement référence au pontificat précédent. Il existe d’autres enjeux possibles, que l’investigation journalistique et historique viendra peut être privilégier : les dernières années de Benoît XVI ont été fort difficiles, rythmées par sinon des scandales, au moins des affaires mettant à mal sa capacité à diriger le mamouth catholique : affaire Williamson, discours de Ratisbonne, faiblesse de la diplomatie vaticane au Proche Orient, affaire des fuites (Vatileaks), interrogations sur les connaissances réelles d’affaires de pédophilie par Joseph Ratzinger. Indéniablement, un malaise s’est progressivement installé, que la presse spécialisée a relayé de manière précise. Troisième piste : au-delà des raisons invoquées par le souverain pontife, en lien avec son âge et son état de santé, se pose aujourd’hui la question de la fonction pontificale, question qui est une véritable boîte de Pandore : quel mode d’élection ? Par quel collège (moyenne d’âge actuel des cardinaux : plus de 77 ans) ? Avec ou sans limitation de durée ? Quel pouvoir et quelle délimitation de ce pouvoir ?
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A ces aspects proprement politiques s’en ajoutent d’autres plus organisationnels : comment gérer aujourd’hui la diversité des catholiques, l’extraordinaire variété des cultures que le catholicisme entend évangéliser ? Dans un monde qui privilégie la rapidité de la communication et des réseaux, le partage d’information et la discussion, le débat, comment l’Eglise catholique, structure pyramidale, centralisée, aux traits de gérontocratie masculine, peut-elle assumer durablement sa présence ? L’Eglise est dans le monde, mais ne relève pas du monde. Benoît XVI revient sur cette distinction en rappelant la mission spirituelle de l’Eglise catholique. Mais son constat est toutefois sans appel :« dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire». L’exercice de la mission temporelle de l’Eglise l’emporte donc sur d’autres considérations : les critères d’efficacité et de rationalité du monde contemporain s’appliquent désormais à la charge suprême au sein du catholicisme romain. La gouvernance de l’Eglise catholique (réunions autour du pape, entre dicastères, type de prise de parole, capacité mangériale du pape et des responsables de la curie, etc.) est mise à mal, par trop éloignée des normes contemporaines en matière organisationnelle. Cette question se posait depuis longtemps pour la gestion des diocèses et donc pour la formation des prêtres et des évêques ; elle interpelle aujourd’hui d’autant plus le sommet de l’Eglise catholique qu’en dépit de Vatican II, le renforcement de la centralisation romaine s’est accru ces dernières décennies. La décision pontificale est en quelques sorte la conséquence involontaire de cette tendance qui survalorise le rôle et la personne du pape, et ce d’autant plus qu’elle est couplée avec un trait fondamental de la curie
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