Bouddhisme, Lotus de la bonne loi

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Français
135 pages
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Lotus de la bonne loi

Traduction par Eugène Burnouf
Le Soutra du Lotus se présente comme un enseignement prodigué par le Bouddha à la fin de sa vie terrestre, au mont des Vautours (ou Pic de l'Aigle) où furent donnés selon la tradition chinoise tous les enseignements mahāyāna. Ces enseignements, trop difficiles pour les gens de l’époque, devaient être révélés plus tard. C’est ainsi que le Soutra du Lotus aurait été conservé dans le monde des Nâgas jusqu’à l’époque du quatrième concile. Selon la pensée mahāyāna, l’enseignement provient du bouddha éternel dont le Bouddha historique est la manifestation (nirmanakaya ou sambhogakaya). Source Wikipédia.

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EAN13 9782363076571
Langue Français

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Lotus de la bonne loi Version du soutra du lotus traduite directement à partir de l’original indien en sanscrit. Traduction par Eugène Burnouf.
Dans cette collection Bouddhisme • La Vie du Bouddha • Lotus de la bonne loi • Le Sûtra en 42 articles • Le Dhammapada Hindouisme • La Bhagavad Gîtâ • Rig-Véda ou Livre des hymnes • Ramayana Taoïsme • Tao Te King • Le livre des récompenses • L’œuvre de Tchang Tseu • Vrai classique du vide parfait
Préface Le Lotus de la Bonne Loi, traduit du sanscrit, accompagné d’un commentaire et de vingt-et-un mémoires relatifs au Bouddhisme, par M. E. Burnouf, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, imprimé par autorisation du Gouvernement à l’Imprimerie Nationale, porte la date de 1852 : l’Avertissement placé en tête du volume est dû à Jules Mohl ; il est daté du 6 octobre 1852. Eugène Burnouf était mort depuis plus de Puatre mois (28 mai 1852) ; il avait pu surveiller l’impression jusPu’aux dernières pages, ou presPue. Les trois Puarts d’un siècle se sont écoulés depuis, le domaine de l’indianisme s’est enrichi d’immenses provinces, les matériaux se sont multipliés, les découvertes se sont succédé. Et pourtant l’œuvre d’Eugène Burnouf a conservé sa valeur intégrale. Ce n’est pas Pue, sur ce terrain particulier, l’indianisme soit resté depuis longtemps inerte. Le maître des études bouddhiPues dans la génération Pui a suivi Burnouf, H. Kern, a donné une nouvelle version de l’original sanscrit dans la collection desSacred Books of the East, publiée à Oxford sous la direction de Max Müller :The Saddharma-pundarîka orthe Lotus of the true LawLe même savant, en collaboration avec un érudit japonais de gloire (1884). égale, Bunyiu Nanjio, a publié une édition critiPue du texte dans la Bibliotheca Buddhica de étersbourg (1908-1912). Les recherches poursuivies en Asie Centrale depuis une trentaine d’années ont rendu de nombreux fragments du Saddharma-pundarîka Pui confirment par un éclatant témoignage la popularité de ce sûtra dans toute l’étendue du monde bouddhiPue. On trouvera plusieurs de ces fragments transcrits, traduits et annotés dans le recueil publié par R. Hœrnle :Manuscript remains of Buddhist Literature found in Eastern Turkestan, vol. 1. Oxford 1916. Une version en turc-ouigour du chapitre le plus populaire de cet ensemble, consacré à l’exaltation d’Avalokiteśvara, a été éditée et traduite par W. Radloff : Kuan-si-im usar, dans la Bibliotheca Buddhica, XIV, étersbourg, 1911. Le chapitre correspondant de la traduction chinoise avait été traduit antérieurement par S. Beal dans sa Catena of Buddhist scriptures (p. 389-396). Cette bibliographie imposante, et Pu’il serait facile encore de développer, attesterait tout au moins la sûreté de coup d’œil de Burnouf. Il nous faut aujourd’hui un effort de l’imagination pour nous le représenter aux prises avec cette immense littérature du bouddhisme sanscrit Pue Hodgson venait de retrouver au Népal, construite sur des thèmes, des croyances, des notions, des concepts oubliés et ignorés de l’Inde moderne, accessible seulement dans des manuscrits souvent pénibles à déchiffrer, beaucoup plus difficiles encore à interpréter sans le concours d’une tradition directe, sans vocabulaire techniPue, sans autre dictionnaire Pue le maigre lexiPue de Wilson exclusivement basé sur les œuvres du brahmanisme. Le même génie Pui sut frayer les avenues dans ce labyrinthe désespérant, sut aussi discerner l’œuvre capitale dont il fallait entreprendre la traduction. Ce Pue fut le résultat, en dépit de tant d’obstacles, il suffît de le demander à l’émule de Burnouf, à Kern. En présentant sa traduction nouvelle au public, le savant hollandais écrit avec sa loyauté coutumière : « Je dois déclarer tout d’abord Pue je ne puis parler en termes trop chaleureux du service Pue m’a rendu la traduction française due à l’illustre Burnouf. J’ai pris constamment son travail pour modèle, sans avoir réussi à en atteindre l’excellence. Les divergences matérielles entre les deux traductions sont dues, en partie, au fait Pue j’ai suivi d’autres manuscrits, en partie, à une différence d’interprétation, spécialement dans les gàthàs [stances en dialecte mal établi] souvent corrompues et difficiles ». Quant aux mémoires Pui suivent la traduction et Pui en élucident les termes obscurs, ils ne subsistent pas seulement comme des sources toujours précieuses d’information ; ils demeurent des modèles achevés de discussion scientifiPue. Ils n’aident pas seulement à comprendre le texte ; ils aident à pénétrer dans les démarches délicates d’une pensée Pui se consacre tout entière à la recherche de la vérité. Si la philologie a comme les arts et les
sciences une forme de génie Pui lui soit propre, c’est chez Burnouf Pu’il convient de la reconnaître et de l’étudier. Il apparaît Pue, dans cet ordre de travaux Pui a pour objet les activités humaines dans leur application la plus intime à l’être humain, la valeur morale est inséparable de la valeur d’intelligence ; une honnêteté Pui ne se laisse troubler par aucune séduction impose au jugement une rectitude impeccable ; les données de fait, reconnues avec une scrupuleuse exactitude, dégagent leurs conséPuences dans la limite précise de leur portée, en deçà des prolongements ambitieux Pui caressent l’imagination au détriment de la raison. Devant l’œuvre de Burnouf, on est tenté de répéter en manière d’oraison les mots Pue, en mars 1849, un élève digne du maître, Ernest Renan écrivait en lui dédiant l’Avenir de la Science : « Dans mes défaillances intérieures, toutes les fois Pue mon idéal scientifiPue a semblé s’obscurcir, en pensant à vous j’ai vu se dissiper tous les nuages, vous avez été la réponse à tous mes doutes. C’est votre image Pue j’ai eue sans cesse devant les yeux, Puand j’ai cherché à exprimer l’idéal élevé où la vie est conçue, non comme un rôle et une intrigue, mais comme une chose sérieuse et vraie. En écoutant vos leçons, j’ai rencontré la réalisation de ce Pu’auparavant je n’avais fait Pue rêver : la science devenant la philosophie et les plus hauts résultats sortant de la plus scrupuleuse analyse des détails ». Sylvain Lévi.
Avant propos Avertissement. L’impression du présent volume était presque achevée, lorsqu’une mort prématurée et tout à fait inattendue est venue enlever l’auteur à ses travaux et à ses amis. S’il avait vécu quelques jours de plus, il aurait rendu compte dans sa Préface des motifs qui l’ont conduit à la composition de cet ouvrage et de la place qu’il lui assignait entre ses travaux déjà publiés et ceux qu’il préparait. Malheureusement il ne s’est trouvé dans les papiers de M. Burnouf rien qui se rapporte à cette préface, et il ne nous reste qu’à indiquer en peu de mots les circonstances dans lesquelles ce livre a été entrepris et achevé. Lorsque M. B. H. Hodgson eut envoyé en 1837, à la Société asiatique de Paris, la première partie des originaux sanscrits des livres bouddhiques qu’il avait découverts dans le Népâl, et dont nous ne possédions auparavant que quelques traductions tibétaines et chinoises, M. Burnouf crut qu’il ne pouvait mieux répondre à la généreuse pensée du donateur qu’en faisant connaître à l’Europe savante le contenu de ces nouveaux trésors historiques. Il pensa que la meilleure manière d’atteindre ce but était de publier la traduction complète d’un de ces livres, accompagnée d’un commentaire et d’une introduction dans laquelle il exposait sommairement l’histoire et les dogmes du Bouddhisme. Il choisit le Lotus de la bonne loi, l’un des neuf Dharmas des Bouddhistes du Nord, et peut-être le plus caractéristique de ces livres canoniques. Il en acheva la traduction d’après le manuscrit alors unique de la Société asiatique et la fit imprimer en 1840, pendant qu’il s’occupait à en rédiger l’introduction. Mais la quantité et l’importance des matériaux que lui fournissaient, d’un côté, les travaux qu’il avait faits sur la littérature bouddhique de Ceylan et de l’Inde au delà du Gange ; de l’autre, les envois successifs d’ouvrages népâlais, que la Société asiatique recevait de M. Hodgson, lui firent sentir bientôt que cette introduction devenait l’ouvrage principal et le déterminèrent à commencer par elle la série de publications sur le Bouddhisme qu’il préparait. Ce fut ainsi qu’il er fit paraître son Introduction à l’histoire du Bouddhisme indien, tome I ; Paris, 1844, in-4°. Ce volume contient l’analyse critique des ouvrages bouddhiques du nord de l’Inde et l’exposition des points principaux de la doctrine qu’ils enseignent, et devait être suivi d’un second volume qui aurait traité de l’école des Bouddhistes du midi de l’Inde et de la presqu’île au delà du Gange, et qui aurait été terminé par la discussion de la chronologie du Bouddhisme. Mais avant de publier ce second volume, M. Burnouf se décida à faire paraître sa traduction du Lotus, imprimée depuis longtemps, pour confirmer ce qu’il avait dit sur la doctrine de Çâkyamuni et faire mieux comprendre la méthode d’enseignement de ce grand réformateur. Ce volume intermédiaire entre les deux parties de l’Introduction, lui donnait en même temps le moyen de compléter ce qu’il avait exposé dans le premier volume et de préparer ce qu’il avait à dire dans le second. Car dans un sujet si neuf, si étendu et si compliqué, il se présentait une foule de questions historiques ou philosophiques auxquelles il n’avait pas pu accorder tout le développement qu’elles exigeaient, sans rompre perpétuellement la suite naturelle de son argumentation, et dont la solution était néanmoins indispensable pour la parfaite intelligence des résultats auxquels il était arrivé dans l’Introduction. Il composa donc une suite de mémoires qu’il fit imprimer comme Appendice au Lotus, et dont quelques-uns sont d’une étendue et d’une importance telles, qu’ils auraient pu former des ouvrages à part. Cet Appendice est complet et tel que M. Burnouf l’avait conçu, à l’exception du dernier mémoire qui n’est pas achevé. À la mort de M. Burnouf, cent huit feuilles de l’ouvrage étaient imprimées, dont cent quatre entièrement corrigées par lui-même. On a trouvé dans ses papiers le commencement du vingt et unième mémoire, et on a cru utile d’en imprimer la partie qui était rédigée ; mais on s’est abstenu de mettre en œuvre les matériaux qui devaient servir pour la fin de ce travail. M. Burnouf avait préparé un vingt-
deuxième mémoire intitulé : Examen de la langue du Saddharma puṇḍarîka ; mais lui-même avait renoncé à le joindre au présent volume, à cause de la multitude des détails qu’exigeait cette matière. M. Pavie, un des élèves les plus distingués et les plus dévoués de M. Burnouf, et connu lui-même par des travaux remarquables, a eu la bonté de se charger de la tâche laborieuse de faire un Index alphabétique qui embrasse les mots et les matières dont il est question, tant dans le premier volume de l’Introduction à l’histoire du Bouddhisme que dans le présent ouvrage. Tous les lecteurs lui sauront gré des soins pieux qu’il a bien voulu donner à ce travail. Je ne dois pas terminer cet avertissement sans remercier M. de Saint-Georges, directeur de l’Imprimerie nationale, de l’empressement avec lequel il a écarté toutes les difficultés matérielles qui pouvaient retarder l’achèvement de ce volume, et d’avoir rendu ainsi un dernier hommage aux travaux d’un homme dont le nom sera une gloire éternelle pour les lettres françaises. Paris, le 6 octobre 1852. Jules MOHL.
chapitre 1 : Le sujet
ÔM ! ADORATION À TOUS LES Bouddhas ET BÔDHISATTVAS !
Voici ce que j’ai entendu. Un jour Bhagavat se trouvait à Râdjagriha, sur la montagne de Gridhrakûta, avec une grande troupe de Religieux, de douze cents Religieux, tous Arhats, exempts de toute faute, sauvés de la corruption [du mal], parvenus à la puissance, dont les pensées étaient bien affranchies, dont l’intelligence l’était également, sachant tout, semblables à de grands éléphants, qui avaient rempli leur devoir, accompli ce qu’ils avaient à faire, déposé leur fardeau, atteint leur but, supprimé complètement les liens qui les attachaient à l’existence ; dont les pensées étaient bien affranchies par la science parfaite ; qui avaient obtenu cette perfection suprême d’être complètement maîtres de leurs pensées ; qui étaient en possession des [cinq] connaissances surnaturelles, tous grands Çrâvakas. C’étaient entre autres le respectable Âdjñâtakâundinya, Açvadjit, Vâchpa, Mahânâman, Bhadrika, Mahâkâçyapa, Uruvilvâkâçyapa, Gayâkâçyapa, Çâriputtra, Mahâmâudgalyâyana, Mahâkâtyâyana, Aniruddha, Rêvata, Kapphina, Gavâmpati, Pilindavatsa, Vakula, Mahâkâuchthila, Bharadvâdja, Mahânanda, Upananda, Sunanda, Pûrnamâitrâyanîputtra, Subhûti, Râhula, tous ayant le titre de respectable. Avec eux se trouvaient encore d’autres grands Çrâvakas, comme le respectable Maître Ânanda, et deux autres milliers de Religieux, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas ; six mille Religieuses ayant à leur tête Mahâpradjâpatî, avec la Religieuse Yaçôdharâ, la mère de Râhula, accompagnée de sa suite. Il se trouvait aussi là quatre-vingt mille Bôdhisattvas, tous incapables de retourner en arrière ; tous attachés à un seul et même objet, c’est-à-dire à l’état suprême de Bouddha parfaitement accompli ; ayant acquis la connaissance des formules magiques ; affermis dans la grande puissance ; faisant tourner la roue de la loi qui ne peut revenir en arrière ; ayant honoré plusieurs centaines de mille de Bouddhas ; ayant fait croître les racines de vertu [qui étaient en eux] en présence de plusieurs centaines de mille de Bouddhas ; ayant entendu leur éloge de la bouche de plusieurs centaines de mille de Bouddhas ; gouvernant par la charité leur corps et leur esprit ; habiles à pénétrer la science du Tathâgata ; doués d’une grande sagesse ; ayant acquis l’intelligence de la Pradjñâpâramitâ ; célèbres dans plusieurs centaines de mille d’univers ; ayant sauvé plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants. C’étaient entre autres le Bôdhisattva Mahâsattva Mañdjuçrî devenu Kumâra, Avalôkitêçvara, Mahâsthâmaprâpta, Sarvârthanâman, Nityôdyukta, Anikchiptadhûra, Ratnapâni, Bhâichadjyarâdja, Bhâichadjyasamudgata, Vyûharâdja, Pradânaçûra, Ratnatchandra, Pûrnatchandra, Mahâvikramin, Anantavikramin, Trâilôkyavikramin, Mahâpratibhâna, Satatasamitâbhiyukta, Dharanîdhara, Akchayamati, Padmaçrî, Nakchatrarâdja, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, le Bôdhisattva Mahâsattva Simha.
Avec eux se trouvaient seize hommes vertueux, ayant à leur tête Bhadrapâla ; c’étaient Bhadrapâla, Ratnâkara, Susârthavâha, Ratnadatta, Guhagupta, Varunadatta, Indradatta, Uttaramati, Viçêchamati, Vardhamânamati, Amôghadarçin, Susamprasthita, Suvikrântavikramin, Anupamamati, Sûryagarbha, Dharanîdhara ; avec quatre-vingt mille Bôdhisattvas ayant à leur tête de tels personnages ; et Çakra, l’Indra des Dêvas, avec une suite de vingt mille fils des Dêvas, tels que le fils des Dêvas Tchandra, le fils des Dêvas Sûrya, le fils des Dêvas Samantagandha, le fils des Dêvas Ratnaprabha, le fils des Dêvas Avabhâsaprabha ; avec vingt mille fils des Dêvas ayant à leur tête de tels Dieux ; avec les
quatre Mahârâdjas ayant une suite de trente mille fils des Dêvas, tels que le Mahârâdja Virûdhaka, le Mahârâdja Virûpâkcha, le Mahârâdja Dhritarâchtra, le Mahârâdja Vâiçravana, le fils des Dêvas Îçvara, le fils des Dêvas Mahêçvara, ayant chacun, [les deux derniers], une suite de trente mille fils des Dêvas ; avec Brahmâ, le chef de l’univers Saha, ayant une suite de douze mille fils des Dêvas, nommés Brahmakâyikas, tels que le Brahmâ Çikhin, le Brahmâ Djyôtichprabha, avec douze mille fils des Dêvas Brahmakâyikas, ayant ces Brahmâs à leur tête ; avec les huit rois des Nâgas ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis de Nâgas, tels que le roi des Nâgas Nanda, le roi des Nâgas Upananda, le roi des Nâgas Sâgara, Vâsuki, Takchaka, Manasvin, Anavatapta, le roi des Nâgas Utpala ; avec les quatre rois des Kinnaras ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis de Kinnaras, tels que le roi des Kinnaras Drûma, le roi des Kinnaras Mahâdharma, le roi des Kinnaras Sudharma, le roi des Kinnaras Dharmadhara ; avec les quatre fils des Dêvas nommés Gandharvakâyikas, ayant une suite de plusieurs centaines de mille de Gandharvas, le Gandharva Manôdjña, Manôdjñasvara, Madhura, le Gandharva Madhurasvara ; avec les quatre Indras des Asuras ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis d’Asuras, tels que l’Indra des Asuras Bali, l’Indra des Asuras Suraskandha, l’Indra des Asuras Vêmatchitra, l’Indra des Asuras Râhu ; avec les quatre Indras des Garudas ayant une suite de plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Garudas, tels que l’Indra des Garudas Mahâtêdjas, Mahâkâya, Mahâpûrna, l’Indra des Garudas Maharddhiprâpta, et avec Adjâtaçatru, roi du Magadha, fils de Vâidêhî.
Or en ce temps Bhagavat entouré, honoré, servi, respecté, vénéré, adoré par les quatre assemblées, des hommages et des prières desquelles il était l’objet, après avoir exposé le Sûtra nommé la Grande démonstration, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Bouddhas ; après s’être assis sur le grand siége de la loi qu’il occupait, Bhagavat, dis-je, entra dans la méditation nommée la Place de la démonstration sans fin : son corps était immobile, et sa pensée était également arrivée à une complète immobilité. À peine fut-il entré dans cette méditation, qu’une grande pluie de fleurs divines, de Mandâras et de Mahâmandâravas, de Mañdjû chakas et de Mahâmañdjûchakas se mit à tomber, couvrant Bhagavat et les quatre assemblées, et que la terre du Bouddha tout entière fut ébranlée de six manières différentes. Elle remua et trembla, elle fut agitée et secouée, elle bondit et sauta.
Or en ce temps les Religieux et les Religieuses, les fidèles des deux sexes, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes, et les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, qui se trouvaient réunis, assis dans cette assemblée, ainsi que les rois [distingués en] Mandalins, en Balatchakravartins, et en Tchaturdvîpatchakravartins, tous avec leur suite, avaient les yeux fixés sur Bhagavat, remplis d’étonnement et de satisfaction.
Or en ce moment il s’élança un rayon de lumière du cercle de poils qui croissait dans l’intervalle des sourcils de Bhagavat. Ce rayon se dirigea vers les dix-huit mille terres de Bouddha situées à l’orient, et toutes ces terres de Bouddha, jusqu’au grand Enfer Avîtchi, et jusqu’aux limites de l’existence, parurent entièrement illuminées par son éclat. Et les êtres qui, dans ces terres de Bouddha, suivent les six voies [de l’existence], devinrent tous complètement visibles. Et les Bouddhas bienheureux qui se trouvent, qui vivent, qui existent dans ces terres de Bouddha, devinrent aussi tous visibles. Et les lois qu’exposent ces Bouddhas bienheureux purent être entièrement entendues. Et les Religieux et fidèles des deux sexes, les Yôgins, et ceux qui marchent dans la voie du Yôga, comme ceux qui en ont obtenu les fruits, y devinrent tous également visibles. Et les Bôdhisattvas Mahâsattvas qui, dans ces terres de Bouddha, remplissent les devoirs des Bôdhisattvas par leur habileté dans
l’emploi des moyens qui sont les raisons et les motifs faits pour produire les résultats variés et nombreux de l’attention à écouter, de la conviction et de la foi, devinrent tous également visibles. Et les Bouddhas bienheureux qui, dans ces terres de Bouddha, entrent en possession du Nirvâna complet, devinrent tous également visibles. Et les Stûpas faits de substances précieuses, élevés dans ces terres de Bouddha, pour renfermer les reliques des Bouddhas bienheureux qui étaient entrés dans le Nirvâna complet, devinrent tous également visibles.
Alors cette pensée s’éleva dans l’esprit du Bôdhisattva Mâitrêya : Voici l’apparition merveilleuse d’un grand miracle, que fait le Tathâgata. Quelle en peut être la cause, et quelle est la raison pour laquelle Bhagavat produit l’apparition merveilleuse de ce grand miracle ? Il est lui-même entré dans la méditation, et voici qu’apparaissent des effets de sa grande puissance surnaturelle, merveilleux, étonnants, inexplicables. Pourquoi n’en demanderais-je pas la cause qu’il faut rechercher, et qui sera ici capable de me l’expliquer ? Alors cette pensée lui vint à l’esprit : Voici Mañdjuçrî qui est devenu Kumâra, qui a rempli sa mission sous les anciens Djinas, qui, sous eux, a fait croître les racines de vertu [qui étaient en lui], qui a honoré beaucoup de Bouddhas. Le Bôdhisattva Mañdjuçrî devenu Kumâra aura vu sans doute jadis de tels prodiges accomplis par les anciens Tathâgatas, vénérables, parfaitement et complètement Bouddhas ; il aura profité des grands entretiens d’autrefois sur la loi ; c’est pourquoi j’interrogerai sur ce sujet Mañdjuçrî qui est devenu Kumâra.
Les quatre assemblées des Religieux et fidèles des deux sexes, et le grand nombre des Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes et des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, ayant vu la splendeur merveilleuse de ce grand miracle, que faisait Bhagavat, remplis d’étonnement, de surprise et de curiosité, firent cette réflexion : Pourquoi ne demandons-nous pas la cause de la splendeur de ce miracle, effet de la grande puissance surnaturelle de Bhagavat ?
Or en ce moment, dans cet instant même, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya connaissant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans l’esprit de ces quatre assemblées, et ayant par lui-même des doutes sur la loi, s’adressa ainsi à Mañdjuçrî devenu Kumâra : Quelle est la cause, ô Mañdjuçrî, quel est le motif pour lequel a été produite cette lumière, effet merveilleux, étonnant de la puissance surnaturelle de Bhagavat ? Voila que ces dix-huit mille terres de Bouddha, variées, si belles à voir, dirigées par des Tathâgatas, et ayant des Tathâgatas pour chefs, sont devenues visibles ?
Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya adressa les stances suivantes à Mañdjuçrî devenu Kumâra.
1. Pourquoi, ô Mañdjuçrî, resplendit-il lancé par le Guide des hommes, ce rayon unique qui sort du cercle de poils placé entre ses sourcils, et pourquoi cette grande pluie de [fleurs de] Mandâravas ?
2. Dans le ciel se tient un parasol de fleurs ; les Suras pleins de joie laissent tomber des fleurs, des Mañdjûchakas mêlées à des poudres de santal, divines, parfumées, agréables,
3. Dont cette terre brille de tous côtés ; et les quatre assemblées sont remplies de joie ; et cette terre [de Bouddha] tout entière est complètement ébranlée de six façons différentes, d’une manière terrible.
4. Et ce rayon est allé du côté de l’orient, éclairer à la fois en un instant dix-huit mille terres
complètes [de Bouddha] ; ces terres paraissent de couleur d’or.
5. L’étendue entière de l’[Enfer] Avîtchi ; la limite extrême où finit l’existence, et tout ce qu’il y a dans ces terres de créatures, qui se trouvent dans les six voies [de l’existence], ou qui en sortent ou qui y naissent ;
6. Les actions diverses et variées de ces créatures ; celles qui dans les voies [de l’existence] sont heureuses ou malheureuses, comme celles qui sont dans une situation inférieure, élevée ou intermédiaire, tout cela, je le vois ici du lieu où je suis placé.
7. Je vois aussi les Bouddhas, ces lions parmi les rois des hommes, qui expliquent et qui exposent les lois, qui instruisent plusieurs kôtis de créatures, qui font entendre leur voix dont le son est agréable.
8. Ils font, chacun dans la terre où il habite, entendre leur voix profonde, noble, merveilleuse, expliquant les lois des Bouddhas, à l’aide de myriades de kôtis de raisons et d’exemples.
9. Et aux créatures qui sont tourmentées par la douleur, dont le cœur est brisé par la naissance et par la vieillesse, qui sont ignorantes, ils leur enseignent le Nirvâna qui est calme, en disant : C’est là, ô Religieux, le terme de la douleur.
10. Et aux hommes qui sont parvenus à une haute puissance, aux hommes vertueux et comblés des regards des Bouddhas, ils leur enseignent le véhicule des Pratyêkabouddhas, en décrivant complètement cette règle de la loi.
11. Et aux autres fils de Sugata, qui recherchant la science suprême, ont constamment accompli des œuvres variées, à ceux-là aussi ils adressent des éloges pour qu’ils parviennent à l’état de Bouddha.
12. Du monde où je suis, ô Mañdjughôcha, j’entends et je vois là-bas ces spectacles, [et] des milliers de kôtis d’autres objets ; je n’en décrirai quelques uns que pour exemple.
13. Je vois aussi dans beaucoup de terres tous les Bôdhisattvas, qui s’y trouvent en nombre égal à celui des sables du Gange, par milliers innombrables de kôtis ; à l’aide de leur énergie variée, ils produisent [pour eux] l’état de Bôdhi.
14. Quelques-uns aussi répandent des aumônes, qui sont des richesses, de l’or, de l’argent, de l’or monnayé, des perles, des pierres précieuses, des conques, du cristal, du corail, des esclaves des deux sexes, des chevaux, des moutons,
15. Et des palanquins ornés de pierreries ; ils répandent ces aumônes, le cœur plein de joie, se transformant en ce monde dans l’état suprême de Bôdhi. « Et nous aussi, [disent-ils,] puissions-nous obtenir le véhicule [des Bouddhas] ! »
16. Dans l’enceinte des trois mondes, le meilleur, le plus excellent véhicule est le véhicule des Bouddhas qui a été célébré par les Sugatas ; et moi aussi, puissé-je en devenir bientôt possesseur, après avoir répandu des aumônes semblables !
17. Quelques-uns donnent des chars attelés de quatre chevaux, ornés de balcons, de drapeaux, de fleurs et d’étendards ; d’autres offrent des présents consistant en substances