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Civisme et Catholicisme

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69 pages

Et d’abord, voyons ce qu’il faut penser de cette liberté de l’esprit qu’on dit essentielle à l’œuvre démocratique, et qui nous serait refusée.

Quand la Déclaration des Droits de l’homme érigea en principe la liberté de penser, dans les termes que tout le monde connaît, elle n’entendait pas dire par là que le parfait citoyen était le libre penseur, et que le croyant, le catholique était tout au plus digne de la tolérance. Non certes, le rédacteur de la Déclaration n’a pas prétendu proclamer la souveraineté absolue de la raison.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Eugène Julien

Civisme et Catholicisme

Si l’on peut être Catholique et bon Français

Si l’accomplissement du devoir civique, tel que le conçoit l’esprit de la France nouvelle ; peut se concilier avec la profession de la foi catholique, ou simplement si l’on peut être catholique et bon Français, c’est une question qui ne se pose pas, cela va sans dire, devant des catholiqdes, qui ne se pose même pas encore officiellement devant l’État, mais que les faits se chargent déjà de poser devant tout le monde, les faits étant souvent révélateurs des principes qui voudraient demeurer cachés1.

A première vue, le conflit entre le devoir du citoyen et la conscience du catholique paraît inconcevable. Demandons-nous ce que c’est que d’être catholique. Être catholique, c’est non seulement s’efforcer de reproduire dans sa vie, au moins d’intention sinon de fait, le parfait modèle de l’humanité que fut l’Homme-Dieu, et cela ; par la réception des sacrements dont l’Église est la dépositaire et la dispensatrice, mais encore c’est appartenir de corps et d’esprit à la société universelle, instituée par jésus-Christ sous ce nom d’Église ; c’est donc être citoyen de la grande cité chrétienne qui a ses lois, sa hiérarchie, son chef suprême ; c’est se sentir obligé envers elle comme envers une patrie, plus encore, puisque l’obéissance à l’Église veut dire soumission de l’intelligence à ses dogmes, de la volonté à sa discipline, et du cœur à sa direction.

Être Français, d’autre part, on sait de reste ce que cela veut dire : c’est aimer la France et la servir, la servir non seulement dans les occasions exceptionnelles où le salut de tous exige le sacrifice des biens ou de la vie de quelques-uns, mais la servir toujours en obéissant à ses lois, en travaillant, dans la mesure de nos forces et de notre influence, à son progrès dans tous les ordres de l’activité humaine, et plus encore à son ascension vers un idéal toujours plus élevé de justice et de bonté.

A définir de la sorte le Français et le catholique,, semble-t-il, on ne risque pas de poser l’un en antagoniste de l’autre. Ce n’est pas l’avis de ceux ? qui veulent le conflit et font tout pour le provoquer. D’après eux, l’idéal de la France nouvelle est irréductible à l’idéal de l’Église catholique : on ne peut servir les deux à la fois ; il faut opter. Recueillons ce que disent à peu près les politiques qui tiennent à démontrer l’incompatibilité du devoir civique avec le devoir religieux : « La France est le pays de la Révolution, et l’Église jette l’anathème aux principes de 89. La France est le pays de la libre discussion, la terre classique de la raison, et le catholicisme s’appuie sur la base de l’autorité en matière de croyance. La seule souveraineté que la France doive reconnaître est la souveraineté de la loi, et le catholicisme impose l’obéissance à un souverain qui règne par-dessus les frontières et par-dessus la volonté du peuple. La France est une nation démocratique organisée selon l’esprit républicain, où les fonctions d’État appellent de bas en haut les élus du suffrage universel. Le catholicisme, au contraire, est par essence une monarchie, dans laquelle le pouvoir descend de haut en bas et ne remonte jamais. Dans ces conditions, si le catholique se montre bon Français, ce n’est qu’en se mettant en contradiction avec ses principes et par un heureux défaut de logique. Vienne d’ailleurs une crise nationale, ou que se présente un cas de conscience, le voilà contraint de sacrifier la patrie à l’Église ou inversement. Déjà depuis un quart de siècle, le conflit est à l’état aigu. L’autorité, en matière de croyances, est aux prises avec la liberté de la recherche scientifique, et c’est le conflit de l’école. Le principe d’autorité et le principe de liberté en matière politique, l’un se réclamant de la souveraineté de Dieu, l’autre de la souveraineté de l’homme, luttent autour de l’urne électorale. Enfin le droit ancien, né de la constitution prétendue divine de l’humanité, est combattu par le droit moderne, né de l’inviolabilité de la personne humaine, qui ne veut être sacrifiée à aucun intérêt soi-disant supérieur, et c’est le conflit qui se livre, autour de l’atelier, entre le travail et le capital. »

Et voilà en vertu de quelles prétendues antinomies la libre pensée contemporaine veut s’arroger le monopole du progrès démocratique, pour faire croire au peuple que non seulement les catholiques ne peuvent pas y concourir, mais que leurs croyances les obligent à en combattre la réalisation ; de sorte que, s’il est admis que tout Français doit se faire l’artisan de la nouvelle France, le catholique ne saurait être Français qu’à demi, bon tout au plus à payer le double impôt de l’argent et du sang.

Et voilà ce qu’il ne faut pas laisser dire, et j’essayerai, pour ma part, d’en donner quelques raisons. Et non seulement je voudrais réfuter cette calomnie, mais j’aurais l’ambition de montrer que la démocratie, qui prétend se passer de nous, ne saurait trouver de meilleurs artisans de son développement que nous-mêmes et par conséquent, au point de vue de la meilleure France, les catholiques seraient à tout prendre les meilleurs Français.

I

Le rationalisme officiel dans l’État et dans l’École

Et d’abord, voyons ce qu’il faut penser de cette liberté de l’esprit qu’on dit essentielle à l’œuvre démocratique, et qui nous serait refusée.