Dialogues interreligieux pour une éthique de l

Dialogues interreligieux pour une éthique de l'environnement

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Ce livre rassemble les débats de 18 intervenants de différents horizons et traditions religieuses autour du thème central de l'éthique de l'environnement. Après un exposé scientifique sur le changement climatique, chaque tradition représentée rend compte des références à l'interrelation homme-environnement dans les textes religieux. Puis, chacun se questionne sur la prise de conscience qui découle de sa croyance et sur les moyens de passer d'une vision théorique à des actions concrètes.

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Ajouté le 01 décembre 2006
Nombre de lectures 234
EAN13 9782336282251
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Dialogues interreligieux pour une éthique de l'environnement

Dans la même collection

Religion, paix et non-violence, avec Sœur Agnès Ploix, Alexandra Berghino, Hassan Ferechtian, Philippe Ronce, Philippe Moreau,

sous la direction de Laurent Dervieu, L'Harmattan,

2004.

Vers une éducation à la paix, avec Alexandra Berghino, Marie-Laure Denès, Hassan Ferechtian, Tenzin Kunchap, Gilbert Presle, Marie- Lise Rescoussié, sous la direction de Laurent Dervieu,L'Harmattan, 2005.

Cet ouvrage est l'écho du colloque "Dialogues interreligieux pour une éthique de l'environnement" organisé par la Soka Gakkai France en
novembre 2005 dans ses centres culturels à Paris, Nantes et 'fiets.

Ce colloque interreligieux est le cinquième d'un cycle intitulé: "D'une volonté de paix vers une culture de paix" en soutien à la décennie 20012010 proclamée par les Nations unies "de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde". La Soka Gakkai France est une association de pratiquants laïcs du bouddhisme de Nichiren Daishonin, réformateur japonais du bouddhisme mahayana au XIIIesiècle. Elle organise régulièrement des conférences avec des intervenants de différents horizons sur les thèmes de la paix, de la culture ou de l'éducation et notamment en soutien à la Charte de la Terre (Cf.Annexe 2). www.sgi-france.org

Évelyne Adam, Michael Amar, Yahia Baamara, Alexandra Berghino, Éric Collias, Hassan Ferechtian, Mohammed El Mahdi Krabch, Jean Labrousse, Anne Lelong Trolliet, Philippe Moreau, Noëlle Pons, Maurice Raetz, Hugues Ravenel, Sœur Cécile Renouard, Philippe Ronce, André Thibaudeau, Sœur Marie-Hélène Trebous

Dialogues interreligieux pour une éthique de l'environnement
Sous la direction de Laurent Dervieu avec la collaboration d'Émile Moatti

LIHlt'mattan

@ L'HARMATTAN,

2006

5-7, rue de l'École polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN,
L'HARMATTAN L'HARMATTAN

ITALIA s.r.l.
HONGRIE

Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino Kônyvesbolt; Kossuth L. u. 14-16; 1053 Budapest
BURKINA FASO

1200 logements villa 96; 12B2260; Ouagadougou 12
ESPACE L'HARMATTAN KINsHASA

Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - ROC http://www.librairieharmattan.com harmattanl~vvanadoo.ft diffusion.harmattan~vvanadoo.ft

ISBN: 2-296-01739-8 EAN : 9782296017399

Présentation des auteurs

Évelyne Adam, habite près de Quimper dans un écolieu : constructions en matériaux sains, énergie renouvelable, potager collectif où les habitants créent leur activité sur place. Michael Amar, talmudiste, responsable culturel et cultuel de la communauté juive libérale de Marseille. Yahia Baamara, intellectuel musulman, originaire du Sahara

algérien, membre de l'association rennaise «Amitié entre les
religions ». Alexandra Berghino, membre de la communauté juive, historienne, psychanalyste, est engagée dans le dialogue interreligieux depuis plusieurs années. Coauteur de Religion, paix et non-violence, L'Harmattan, Paris, 2004 et de Versune éducation
à la paix, (coauteur), L'Harmattan, Paris, 2005. membre de la Soka Gakkai

Éric Collias, écologue, bouddhiste France (SGF).

Laurent Dervieu, travaille pour l'édition, il a participé à l'organisation du colloque.
Hassan Ferechtian, docteur en droit et en théologie. Juriste et islamologue, enseignant d'université, a écrit des livres sur le droit islamique et l'Islam en langues française et persane. Les derniers d'entre eux s'intitulent: 400 questions-réponses pour mieux con-

naître l'Islam, Albouraq, Paris, 2002 ; Religion, paix et non-violence, (coauteur), L'Harmattan, Paris, 2004 ; Vers une éducation à

la paix, (coauteur), L'Harmattan, Paris, 2005 ; Le Contrat en droit
iranien, Les Indes savantes, Paris, 2005 ; Identité iranienne entre nation et religion, Les Indes savantes, Paris, 2006.

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Mohammed El Mahdi Krabch, jurisconsulte musulman, ancien imam de Saint -Gilles, juriste, chercheur universitaire à Perpignan en droit privé et sciences criminelles. Jean Labrousse, scientifique et climatologue. Ingénieur général honoraire de la météorologie, il a successivement dirigé le Centre européen de prévision météorologique à moyen terme, à Reading, au Royaume-Uni, la Météorologie Nationale française, aujourd'hui devenue Météo France, le Département Recherche et Développement de l'Organisation météorologique mondiale, à Genève en Suisse, et enfin le Département Terre, Océan, Espace et Environnement au ministère de la Recherche, de la Technologie et de l'Espace, à Paris. Anne Lelong Trolliet, enseignante, diplômée en Sciences de l'éducation, présidente de l'association Centre de formation et d'éducation Earth Charter, bouddhiste membre de la SGR Participe à de nombreuses conférences, aux Journées de la Terre à Lyon en 2002 ; au Séminaire international de la Charte de la Terre à Urbino en Italie en 2003. Émile Moatti, ingénieur, ancien élève de l'École Polytechnique. Délégué général de la Fraternité d'Abraham (juifs, chrétiens et musulmans). Membre du Comité directeur de l'amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF). Ancien représentant auprès de l'Unesco de la World Conference on Religion and Peace (WCRP), et ancien vice-président de sa section française, la Conférence mondiale des religions pour la paix (CMRP). Conférencier et auteur d'articles sur le judaïsme. Engagé depuis plus de vingt -six ans dans le dialogue et les échanges interreligieux, notamment entre le judaïsme, le christianisme, et l'islam, et avec le bouddhisme. Coauteur avec Pierre Rocalve et Muhammad Hamidullah de Abraham, Centurion, Paris, 1992. Philippe Moreau, organisateur de formation continue. De religion catholique au départ, il s'est converti au bouddhisme

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en 1977 au sein de de la SGE Coauteur de Religion, paix et non-

violence, L'Harmattan, Paris, 2004. Noëlle Pons, témoin de l'écologie au quotidien, fondatrice d'Humus 44 et du festival d'écologie de Nantes. Maurice Raetz, pasteur de l'Église réformée évangélique de Plan-de-Cuques, membre de l'Union nationale des Églises réformées évangéliques indépendantes de France, membre de la Fédération protestante de France. Hugues Ravenel, ingénieur de formation, catholique de spiritualité ignacienne, pratiquant de l'écologie au quotidien. Sœur Cécile Renouard, religieuse de l'Assomption. Après avoir enseigné la philosophie en lycée, elle anime la formation humaine et spirituelle des élèves de Terminale de l'Institut de l'Assomption à Paris. Après une thèse de doctorat en philosophie politique sur le rôle des entreprises multinationales en matière de développement durable dans les pays du Sud, elle enseigne au Centre Sèvres (faculté jésuite de Paris). Philippe Ronce, réalisateur de télévision, praticien de shiatsu, pratiquant du bouddhisme Shambala, a participé activement aux aventures du mouvement écologiste et de la mouvance bouddhiste francophone depuis les années 70. Il est l'auteur
du Guide des centres bouddhistes en France, Éditions Noêsis, Paris, 1998. Coauteur de Religion, paix et non-violence, L'Harmattan, Paris, 2004.

André Thibaudeau, bouddhiste membre de la SGE Sœur Marie-Hélène Trebous, religieuse dominicaine. Elle a enseigné le français et l'anglais en collèges et lycées privés de 1953 à 1988,puis a exercé une fonction de cadre éducatif de 1988 à 1995 comme responsable des études à Chagny (71), avant de partir au Japon en mission pastorale à Tokyo pendant dix ans.

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Modérateurs des débats: à Paris, Caroline Juillard, professeur des universités; à Trets, Marie- Use Rescoussié; à Nantes, Christiane Noël, théologienne chrétienne, anime un groupe de dialogue interreligieux à la Roche-sur-Yon et Bruno Plisson, architecte.

Nous remercions pour leur participation à la retranscription des textes des différents colloques: PatrickAlbors, Évelyne Barrat, Gilles Bourdeau, Sandrine Bourdeau, Marie- Pierre Carre, Hervé Colombel, Bruno Florence, Laura Lê Van, Emmanuelle SellaI, Ludivine Le Sénéchal, Vincent Pilley, Marie Troussard et Philippe Van Den Bergh. Photos de couverture: Corinne Mayaudon, Véronique Pourment et Christophe Simonato.

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Avant -propos par Émile Moatti

Face aux malheurs de l'humanité dont notre génération a été le témoin, j'ai éprouvé jusqu'aux années récentes une angoisse permanente pour le devenir et la survie de la planète, notamment en 1961 au moment de la construction du mur de Berlin et de la crise de Cuba. Pendant deux semaines, nous avons été au bord de l'abîme qu'aurait pu entraîner une troisième guerre mondiale atomique. En 1989, avec la chute miraculeuse du mur de Berlin, j'ai perçu qu'il était resté durant vingt-huit années le symbole de la fracture du monde, comme un répit donné à notre humanité pour qu'elle se ressaisisse et développe une culture de paix. J'ai recherché un espoir dans la philosophie et dans les sagesses des grandes religions: les trois religions se référant à Abraham (le premier prophète cité par la Bible de Moïse), à savoir, le judaïsme, le christianisme et l'islam, mais également l'hindouisme, le bouddhisme et le shintoïsme. J'en ai retenu un message d'espérance: après l'exposé de l'œuvre de la création, la Bible affirme: «Dieu vit tout ce qu'il
avait fait: c'était éminemment bien. » I.;être humain, formé au soir du sixième jour pour dominer tout l'univers, est chargé d'une grande responsabilité à l'égard de la nature: « cultiver la terreet la garder.» On nous dit aussi

qu'il existe un lien direct entre le comportement éthique des hommes et le devenir harmonieux de toute la création. C'est le thème proposé à notre réflexion aujourd'hui. D'où l'importance d'un éveil des consciences, de façon à savoir comment agir dans le sens du bien et devenir une source de bénédiction pour toutes les familles, pour toutes les nations de la Terre.» Le bouddhisme lui aussi propose l'éveil comme but ultime, auquel le Bouddha est parvenu.
((

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I;homme prisonnier de son orgueil et des passions aboutit à des sociétés totalitaires inhumaines, à l'exemple de la civilisation de Babel, ce qui entraîne l'éclatement de l'humanité en nations hostiles, par peur et ignorance. Au contraire, en suivant l'exemple d'Abraham, il peut retrouver par lui-même le sens des valeurs universelles, notamment de justice et de solidarité matérielle, dont le respect apporte le bonheur de toute la société. Sachons retrouver, avec l'aide de la raison, la voie qui permettra de réunifier l'humanité autour des valeurs universelles enseignées par toutes les religions et philosophies non dévoyées et bien interprétées.

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Introduction
par Laurent Dervieu

C'est dans le respect profond de la vie individuelle de chacun et dans la diversité de notre société, que nous avons choisi cette année encore, l'échange et le dialogue autour d'un sujet qui nous préoccupe tous: l'environnement et, plus particulièrement, le réchauffement climatique. Trois colloques dans la même journée sur trois lieux (Nantes, Paris et Trets) ont permis de faire participer davantage d'intervenants et un public plus nombreux. La sagesse vers laquelle chacun des participants nous a entraînés en parlant calmement ne venait pas d'une politesse superficielle mais bien d'une vraie sincérité. Le véritable calme, c'est de la bienveillance et de l'ouverture à tous les êtres humains. Merci à tous ceux qui ont contribué à cette magnifique ouverture. À Paris, nous avons voulu un témoignage scientifique sur l'évolution du climat et pour cela, nous avons fait appel à Jean Labrousse qui a dirigé la météorologie nationale. Il nous a dit l'importance de devenir des « géonautes » en nous expliquant que pour la première fois, avec la production de gaz à effet de serre, nous sommes face à un problème d'interrelation entre tous les pays du monde. Comment des religieux, des personnes engagées dans une croyance pourront-ils nous aider à réveiller nos dons innés et essentiels d'amour? Arriverons- nous ensemble à rendre à l'homme son vrai destin? En tous cas nous y aurons participé à notre façon et nous continuerons à le faire. J'aimerais particulièrement remercier M. Moatti, qui bien avant nous a été un pionnier du dialogue interreligieux puisqu'il a commencé il y a plus de vingt-six ans. était invité à ce colloque. Ne pouvant s'y rendre, il a envoyé un

Majid Tehranian I, universitaire et spécialiste de l'islam,

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message dont la lecture a été faite en ouverture: « Une culture
de paix implique un certain degré d'organisation humaine. Nous naissons tous avec des tendances instinctives aussi bien à l'agression qu'à la coopération. Notre comportement est déterminé par notre conscience individuelle et notre appartenance à une société. Dans la mesure où nous prenons conscience de ce fait, nous devenons des sujets actifs de l'Histoire, plutôt que des objets passifs conditionnés par elle. De manière générale, le rôle d'une religion est de nous aider à nous forger ce type de conscience. »

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Chapitre 1

L'état des lieux
Le changement climatique et les mesures envisagées pour l'atténuer par Jean Labrousse

Jean Labrousse Traiter de l'état de nos connaissances scientifiques dans le domaine de l'environnement planétaire n'est pas un exercice auquel je m'attaquerai ici. Je n'ai ni le temps ni les compétences pour traiter un tel problème. Je me contenterai donc d'essayer d'expliquer pourquoi et comment notre climat va évoluer puis, dans le troisième chapitre de ce livre, de faire le point sur les actions en cours qui pourraient permettre d'atténuer ces changements.
1.Eévolution future du climat de notre planète

Qu'est-ce que le climat? Le climat est la moyenne du temps météorologique qu'il fait dans une région. Il est caractérisé par les valeurs moyennes d'un certain nombre de paramètres, principalement la température et les précipitations. Le climat a subi des variations importantes au cours de la vie de notre planète, pour des causes purement naturelles. Nous sommes en train de le modifier par nos activités. Commentfonctionne l'atmosphère? L'atmosphère est une énorme machine thermique dont la source chaude est la surface des océans et des continents et la source froide, l'espace. Le rayonnement solaire, qui se situe essentiellement dans le domaine du visible, nous envoie, aux confins de l'atmosphère, 342 W/ m2, dont 107 sont réfléchis et repartent vers l'espace. L'air, qui constitue l'atmosphère, est en majeure partie fait d'azote et d'oxygène, gaz presque complètement transparents au rayonnement solaire. Nous voyons le soleil! Par contre les poussières et surtout les nuages ne le sont pas. Ceci explique que des 235 restant, seulement 168 arrivent à la surface et sont absorbés par les océans et les continents. La surface terrestre ainsi chauffée émet à son tour de l'énergie. Comme sa température moyenne est d'environ 15°C, le rayonnement émis se situe dans l'infrarouge.

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L'effet de serre

Qu'advient-il de l'énergie rayonnée par cette surface? En plus de l'oxygène et de l'azote, l'air contient, en quantité très faible, de la vapeur d'eau, du gaz carbonique (C02), du méthane (CH4), du protoxyde d'azote (N20), de l'ozone (03), et des halocarbures, comme le fréon utilisé dans les anciens réfrigérateurs. En terme de concentration, celle de la vapeur d'eau est de l'ordre de 3 pour mille et celle de l'ozone de 3 pour cent millions. Ces gaz absorbent le rayonnement infrarouge. Ils vont, à leur tour, rayonner vers la surface, empêchant ainsi que toute l'énergie émise par les océans et les continents reparte directement vers l'espace. Ils constituent une sorte de couverture qui empêche le refroidissement des basses couches de l'atmosphère. Ils se comportent comme la vitre du toit d'une serre qui laisse entrer le rayonnement solaire, la vitre est transparente à la lumière, mais arrête le rayonnement émis par le sol. La vitre est opaque à l'infrarouge. C'est ce que, par analogie, on appelle effet de serre, les gaz correspondants étant alors qualifiés de gaz à effet de serre. L'effet de serre est un phénomène naturel. À l'exception des halocarbures, tous les gaz cités existent naturellement dans la nature. L'effet de serre a d'ailleurs un effet bénéfique car, en son absence, la température serait en moyenne de -18°C à comparer aux 15°C que l'on observe. Il faut cependant souligner que ces gaz sont aussi produits par l'homme. Ils résultent en particulier de ses activités industrielles et agricoles. Le changement climatique Les paramètres astronomiques qui caractérisent notre planète, changent sous l'effet combiné de l'attraction de la lune et des autres planètes. L'énergie qui nous arrive du soleil et la manière dont elle se répartit selon les latitudes, évoluent donc dans le temps. Plus une surface est proche de la perpendiculaire au rayonnement solaire, plus grande est l'énergie qu'elle capte. En 1923, un astronome serbe, Milutin Milankovitch, étudie tous ces changements dont les périodes sont diverses: de

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Il 000 à 400 000 ans, et calcule les variations que cela entraîne pour l'énergie reçue. Il en conclut que le climat de notre planète doit varier, de manière quasi cyclique, au cours des âges et donne les grandes lignes de ces variations. r analyse des sédiments marins et des carottes glaciaires prélevées en Antarctique, nous ont permis de confirmer, qu'au cours des 400 000 dernières années, notre climat a connu une alternance de quatre périodes, d'environ 100 000 ans chacune, au cours desquelles la température a varié de + 8°Cà - 2°C par rapport à celle de l'année 1980. Bien entendu la théorie de Milankovitch n'explique pas tous les changements observés. Il faut, entre autres, tenir compte des variations de la teneur de l'atmosphère en gaz à effet de serre, variations que l'on a pu mesurer grâce à l'analyse du contenu des bulles d'air emprisonnées dans les carottes glaciaires. Le climat change donc pour des causes purement naturelles. En quoi l'homme peut-il donc être tenu pour responsable d'un changement climatique? Nous mesurons la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère depuis 1957, elle s'accroît d'environ 0,4 % par an. Des mesures indirectes nous montrent qu'à peu près constante, 280 ppm (parts par million en volume) depuis l'an 1000, elle a commencé à croître vers 1750, début de l'aire industrielle, pour atteindre aujourd'hui 380 ppm. Il existe donc une forte suspicion que l'homme en soit responsable. Cette suspicion s'est transformée en certitude. Des analyses isotopiques nous permettent en effet de distinguer le C02 d'origine naturelle de celui qui résulte de la combustion de carburants fossiles. Elles confirment que l'accroissement de sa concentration résulte des activités humaines. C'est par ailleurs évident pour les halocarbures qui sont entièrement dus à l'homme. La concentration des gaz à effet de serre s'accroît donc et cet accroissement entraîne une augmentation d'environ 2,55 W/m2 de l'énergie absorbée par l'atmosphère.

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Quelle est la conséquence sur le climat d'une telle augmentation? La réponse qui vient à l'esprit est: la température va augmenter. La réponse n'est pas aussi évidente. Un certain nombre de facteurs vont réagir de manière parfois contradictoire. La machine atmosphère est très complexe. Pour essayer d'y voir clair nous devons la modéliser. Nous connaissons les équations qui régissent les mouvements de l'atmosphère et des océans. Ceci n'est pas suffisant. En effet, la biosphère réagit à un changement des conditions atmosphériques. Les glaces jouent un rôle important sur les variations de températures et de salinités des océans, donc sur leur circulation et en fin de compte sur les transferts d'énergie entre différentes parties du globe. Les modèles doivent donc inclure toutes les composantes du système Terre. Les équations mathématiques qui en résultent constituent un système très complexe. Elles n'ont pas une solution calculable. Seuls les plus puissants ordinateurs permettent d'en donner des solutions numériques approchées. Il existe, de par le monde, plusieurs modèles qui diffèrent les uns des autres par les approximations qui sont faites dans la modélisation des différents phénomènes intervenant. Leurs résultats concordent: sous l'effet de l'accroissement de la concentration en gaz à effet de serre, le climat de la planète se réchauffe, le régime pluviométrique change et le niveau des océans s'élève. Si nous voulons faire une projection de l'évolution du climat dans le temps, il nous faut connaître la manière dont vont évoluer les concentrations qui dépendent, elles- mêmes, de l'évolution des activités humaines productrices des gaz à effet de serre. Nous devons donc définir des scénarios d'émissions. Ils conduisent, à l'horizon 2100, à des concentrations allant de 2 fois à plus de 3 fois ce qu'elles étaient au début de l'ère industrielle. Les modèles prévoient, pour la fin de ce siècle, un accroissement de température compris entre l,4°C et 5,8°C. De cette incertitude de 4°C, la moitié est attribuable à celle des scénarios et la moitié à celle des modèles. Pour une région donnée,

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les variations de température pourront être beaucoup plus grandes. La température changera peu à l'équateur et beaucoup aux pôles où elle pourra être supérieure de lOOC temaux pératures actuelles. De la même façon, le niveau de la mer pourra s'élever de Il à 77 cm, avec ici encore, des valeurs bien différentes d'une région à l'autre. Pour mémoire, un accroissement de 40 cm affecterait 250 000 millions d'habitants de notre planète! Si des incertitudes demeurent quant à l'amplitude de ces changements, la communauté scientifique mondiale est d'accord sur le fait que l'accroissement de l'effet de serre conduit à un réchauffement du climat de notre planète. Que constate-t-on aujourd'hui? Les observations confirment un réchauffement du climat. Depuis 1860, début des mesures directes, la température a augmenté de D,7°C.Grâce aux mesures satellitaires du niveau de la mer, on constate qu'il s'accroît d'environ 3 mm/an. Cela résulte de la fonte des glaciers terrestres et de l'augmentation du volume des océans, dû à son réchauffement. Le réchauffement du climat a des conséquences multiples, en particulier sur la flore et la faune. On constate en effet un déplacement, vers des latitudes plus élevées, de certaines espèces de plantes et d'insectes. Ces changements de températures sont comparables à ceux qui se sont produits, pour des raisons naturelles, dans le passé. Une différence essentielle existe cependant: ils se sont faits sur des périodes de plusieurs dizaines de milliers d'années alors que ceux dus à l'activité humaine se passeront en quelques décennies. Quel choc pour l'environnement naturel! Nous verrons plus loin comment on peut essayer d'enrayer cette augmentation. Mais la conclusion à laquelle nous arrivons aujourd'hui, c'est que nous avons fait la preuve que l'homme avait une influence sur la production des gaz à effet de serre, que l'augmentation des gaz à effet de serre avait une influence sur la température et que cette température augmentait. ~in-

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certitude concerne la quantité dont elle va augmenter et sa répartition dans le temps. Ce dernier point dépend de la manière dont va croître la concentration des gaz à effet de serre, donc de l'évolution de l'économie mondiale.

Question du public Comment faire en sorte que le changement climatique puisse devenir une chance pour l'espèce humaine?
Jean Labrousse Je vais essayer de donner une réponse qui tienne compte du mécanisme du changement du climat. Je crois que ce qui est important c'est que, peut -être, pour la première fois, nous sommes face à un phénomène qui montre les interactions qui existent entre les politiques environnementales de toutes les nations du monde. Pour simplifier les choses, le C02 que nous produisons en France a une influence, dans les quelques jours qui suivent, sur la concentration en gaz à effet de serre de l'atmosphère dans son ensemble. Cela signifie que notre attitude a une conséquence sur le climat de l'ensemble de la planète et non pas seulement à l'endroit près duquel nous vivons. Cela doit nous faire prendre conscience que notre action individuelle a une conséquence mondiale. C'est là le point important. En effet, de nombreux problèmes de pollution, par exemple la pollution des pots d'échappement des voitures, ont des effets locaux donc identifiables par les individus. Au contraire, pour les émissions de gaz à effet de serre, il n'y a aucun effet local détectable alors que la conséquence est à échelle mondiale. Cela rend donc plus difficile la prise de conscience individuelle. Nous sommes par ailleurs en face d'un conflit réel d'intérêt. Il est indispensable de réduire les émissions. En même temps, un certain nombre de pays qui, jusqu'à maintenant, n'ont pas fait partie du club des pollueurs, doivent pouvoir polluer pour se développer. Nous devons donc trouver un équilibre entre le fait que certains pays, les pays développés, doivent ramener leurs émissions à un niveau tel que les pays en voie de développement puissent augmenter leurs émissions afin d'assurer leur développement industriel.

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Par exemple, le monde souffre cruellement d'un manque d'eau potable, mais le gaspillage de l'eau potable qui peut être fait en France n'a pas de conséquence sur le manque d'eau au Niger. Par contre, la production de gaz à effet de serre des ÉtatsUnis, résultant d'un gaspillage de l'énergie, a une répercussion sur le climat du Sahel. Nous sommes donc vraiment face à un problème d'interrelation entre tous les pays du monde. 11 semble que c'est le premier exemple où l'on met en évime dence la globalité ou la mondialité du problème et, en ce sens, le changement du climat pourrait être l'occasion de nous faire prendre conscience que nous sommes sur un même engin spatial qui vogue dans l'espace, la Terre. Nous devons devenir des« géonautes »,faute de quoi, c'est nous tous qui risquons de disparaître. Je ne parle bien entendu ici que d'un point de vue purement matérialiste, je ne sais pas si cela répond à la question!
II. Peut-on enrayer l'évolution du climat et comment?

Avant d'aborder le problème posé, il est bon de revenir sur certains points. La modification du climat qui nous préoccupe ici, est celle qui résulte du changement de concentration dans l'atmosphère des gaz à effet de serre, conséquence des activités humaines. . 1.' nergie additionnelle résultant de l'accroissement de la é concentration en gaz à effet de serre est de l'ordre de 2,5 watts par m2. La partie de l'énergie solaire qui atteint la surface de la Terre est d'environ 168 watts par m2, soit une augmentation supérieure à 1 %, ce qui n'est pas négligeable. Les variations qui ont eu lieu dans le passé pour des raisons naturelles et qui sont du même ordre que celles que l'on prévoit du fait des activités humaines, se sont produites sur un intervalle de 100 000 ans. Nous raisonnons ici sur des périodes qui sont de l'ordre de quelques dizaines d'années. Une variation de température qui se fait très progressivement laisse à la nature le temps de s'adapter. Si, au contraire, elle se fait d'une façon très brutale, elle a des conséquences beaucoup plus graves.

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