Dieu est amour
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Description

« Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui » (1 Jn 4, 16). Ces paroles de la Première Lettre de saint Jean expriment avec une particulière clarté ce qui fait le centre de la foi chrétienne : l’image chrétienne de Dieu, ainsi que l’image de l’homme et de son chemin, qui en découle. De plus, dans ce même verset, Jean nous offre pour ainsi dire une formule synthétique de l’existence chrétienne : « Nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. »

« Nous avons cru à l’amour de Dieu : c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. »
Benedictus PP XVI


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 mars 2011
Nombre de lectures 16
EAN13 9782718908366
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

BENOÎT XVI
DIEU EST AMOUR
Préface de Mgr Jean-Pierre Ricard

Documents d'Église
2006
Dans la même collection «Documents d'Église», dirigée par Mgr Stanislas Lalanne, Secrétaire général de la Conférence des évêques de France

- Cathéchisme de l'Église catholique. Abrégé (2005)
- Compendium de la doctrine sociale de l'Église (2005)
Copyright de l'édition papier
Imprimé en France © Libreria Editrice Vaticana, 2006 (00120 Città del Vaticano) Pour l'édition française © Bayard Éditions/Centurion, Fleurus-Mame et Les Éditions du Cerf, 2006 Pour l'édition suisse © Éditions Saint-Augustin, 2006 ISBN 2-227-47607-9 (Centurion - 3, rue Bayard - 75393 Paris Cedex 08) ISBN 2-7289-1191-6 (Fleurus-Mame - 15-27, rue Moussorgski - 75018 Paris) ISBN 2-204-08125-6 (Cerf - 29, boulevard La Tour-Maubourg 75340 Paris Cedex 07) ISBN 2-88011-397-0 (Saint Augustin – Case postale 51 CH 1890 Saint-Maurice) ISSN 0983-9062
Cette version électronique
a été réalisée avec le même texte que l'édition papier indiquée ci-desssus par Normandie Roto Impression en Janvier 2011.
ISBN 978-2-7189-0836-6
PRÉFACE
Pour sa première encyclique, le pape Benoît XVI a voulu orienter les esprits et les cœurs sur le caractère central de l'amour dans la foi chrétienne. Dans son introduction, il affirme clairement : « Dans ma première encyclique, je désire parler de l'amour dont Dieu nous comble et que nous devons communiquer aux autres » (n o 1).
Le Pape sait que le mot « amour » est susceptible d'acceptions bien différentes. Faut-il distinguer ainsi plusieurs formes d'amour et opposer, par exemple, un amour gratuit qui se livre et se donne (agapè) à un amour qui désire et cherche à saisir (eros) ou à l'amitié (philia) ? Tout un travail de clarification est à faire. Il est important de préciser les termes employés et les concepts utilisés pour les mettre ensuite en relation avec la révélation biblique. C'est donc par une approche essentiellement philosophique et philologique que le Pape commence son encyclique.
On sait qu'autour des années 1930-1936, le théologien luthérien Anders Nygren, évêque de Lund, avait publié un livre important sur Eros et Agapè. La notion chrétienne de l'amour et ses transformations , dans lequel il séparait nettement les deux notions et, à travers elles, les deux formes de l'amour. L'approche du Pape est différente. Il montre que l' agapè , loin de s'opposer à l' eros , vient au contraire le purifier de tout repli narcissique, l'aider à mûrir et lui permettre ainsi de se réaliser. Répondant à Nietzsche qui accusait le christianisme d'avoir mis du poison dans l' eros et d'être ennemi de toute joie de vivre, Benoît XVI réhabilite l' eros en l'assumant dans l' agapè . Dans le salut apporté par le Christ, l' eros vient donner chair à l' agapè et l' agapè vient remplir l' eros d'une plus grande gratuité : « Même si, initialement, l' eros est surtout sensuel, ascendant – fascination pour la grande promesse de bonheur –, lorsqu'il s'approche ensuite de l'autre, il se posera toujours moins de questions sur lui-même, il cherchera toujours plus le bonheur de l'autre, il se préoccupera toujours plus de l'autre, il se donnera et il désirera “être pour” l'autre. C'est ainsi que le moment de l' agapè s'insère en lui ; sinon l' eros déchoit et perd sa nature même. D'autre part, l'homme ne peut pas non plus vivre exclusivement dans l'amour oblatif, descendant. Il ne peut pas toujours seulement donner, il doit aussi recevoir. Celui qui veut donner de l'amour doit lui aussi le recevoir comme un don. L'homme peut assurément, comme nous le dit le Seigneur, devenir source d'où sortent des fleuves d'eau vive (cf. Jn 7, 37-38) » (n o 7).
C'est dans la tradition biblique que se révèle le vrai visage de Dieu et ce visage est l'amour. On comprend que Jean puisse affirmer : « Dieu est amour » ( 1 Jn 4, 8). C'est d'ailleurs cette affirmation qui fournit les premiers mots de l'encyclique et la désigne : « Deus caritas est. » Dire que Dieu est amour n'est pas simplement lui appliquer un concept, c'est désigner l'agir d'un Dieu qui se laisse toucher par l'homme, qui est passionné par lui et veut le sauver. Dans l'Ancien Testament se manifeste déjà cet agir divin. Mais celui-ci culmine en Jésus et dans l'amour même de Jésus pour son Père et tous les hommes. L'amour de Dieu a ainsi sa plus haute expression dans le don que Jésus fait lui-même de sa propre vie. Il se révèle dans le cœur transpercé, source de vie nouvelle. Il se communique dans le don de l'Esprit et se reçoit dans chaque eucharistie. Dans la célébration eucharistique, en effet, nous sommes invités à participer à cette offrande d'amour du Christ au Père pour tous les hommes. Amour de Dieu et amour des hommes sont ainsi profondément unis. Communier au Christ, c'est communier à tous les hommes que Dieu aime. Avec lui, c'est devenir le prochain de tout homme avec ce que cela implique de distance à parcourir, d'obstacles à franchir et de conversion à effectuer.
Si l'Église, dans l'Eucharistie, devient le corps du Christ, elle doit révéler dans sa vie cette tendresse de Dieu pour l'homme. Dans la deuxième partie de son encyclique, le Pape aborde donc la question de la dimension ecclésiale et communautaire de l'amour du prochain. Il reprend là, mais en les intégrant dans une réflexion plus globale, les éléments d'une encyclique que le pape Jean-Paul II avait souhaité préparer sur l'Église et la charité.
À la suite de Jésus, l'Église doit vivre sa prédilection pour les malades, les souffrants, les petits, les pécheurs, les exclus, tous ceux qui avaient plus de mal à découvrir que le Règne de Dieu s'était approché d'eux, tant le contenu de leur vie quotidienne semblait contredire cette « philanthropie » divine. L'expression de cette tendresse est ce qu'on appelle la « charité ». Ce mot est aujourd'hui dévalué dans l'usage courant. Il désigne souvent le geste condescendant de quelqu'un qui octroie un modeste secours à celui qui est dans le besoin. La dimension de charité a été suspectée également en l'opposant à la justice. Plutôt que de soigner les conséquences de graves désordres sociaux, ne faut-il pas avant tout attaquer les causes de ces maux ? Pratiquer une aide aux personnes ne conduit-il pas, dans une perspective marxiste, à affaiblir une indispensable lutte des classes ? Le Pape examine l'une après l'autre ces questions et ces objections. Il montre que si la lutte pour la justice est nécessaire, elle ne rend pas caduque la charité, et que si la première est, par excellence, l'œuvre des laïcs engagés dans le monde, la seconde est l'objet propre du témoignage de l'Église, son engagement direct. Il y aura toujours à regarder, prendre en compte, écouter et aider l'individu concret qui est une personne humaine originale et unique aux yeux de Dieu.
Le Pape sait que toute solidarité organisée risque parfois de s'enfermer dans une dérive bureaucratique ou administrative de traitements de cas ou de mesures politiques. Elle doit sans cesse se ressourcer dans cette charité qui jaillit du cœur de Dieu : « Les personnes qui œuvrent dans les Institutions caritatives de l'Église doivent se distinguer par le fait qu'elles ne se contentent pas d'exécuter avec dextérité le geste qui convient sur le moment, mais qu'elles se consacrent à autrui avec des attentions qui leur viennent du cœur, de manière qu'autrui puisse éprouver leur richesse d'humanité. C'est pourquoi, en plus de la préparation professionnelle, il est nécessaire pour ces personnes d'avoir aussi et surtout une “formation du cœur” : il convient de les conduire à la rencontre avec Dieu dans le Christ, qui suscite en eux l'amour et qui ouvre leur esprit à autrui, en sorte que leur amour du prochain ne soit plus imposé pour ainsi dire de l'extérieur, mais qu'il soit une conséquence découlant de leur foi qui devient agissante dans l'amour (cf. Ga 5, 6) » (n o 31a). Il revient donc à l'Église d'organiser la charité et de veiller à ce que celle-ci, grâce à la prière et à la vie sacramentelle, reste bien enracinée en Dieu. Le Pape note qu'elle l'a fait tout au long de son histoire. Elle ne peut négliger ce service aujourd'hui. Il lui est essentiel comme celui de la Parole et celui des Sacrements (cf. n o 22) : « La charité n'est pas pour l'Église une sorte d'activité d'assistance sociale qu'on pourrait aussi laisser à d'autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer » (n o 25). Et le Pape souhaite dans cette encyclique « adresser une parole de reconnaissance et de remerciement à tous ceux qui participent, d'une manière ou d'une autre, à de telles activités » (n o 30).
Voilà une encyclique toute à la fois mystique et profondément réaliste. Elle vise à nourrir notre méditation et notre contemplation. Mais elle nous propose également une bonne révision de vie des engagements caritatifs et de nos structures de solidarité. Elle parlera aux catholiques mais pourra être source de réflexion pour tous ceux et celles qui s'interrogent. En effet, qui n'est pas concerné par l'amour ?

+ JEAN-PIERRE RICARD, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France.
LETTRE ENCYCLIQUE DEUS CARITAS EST DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS SUR L'AMOUR CHRÉTIEN
INTRODUCTION
1. « Dieu est amour : celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui » ( 1 Jn 4, 16). Ces paroles de la Première Lettre de saint Jean expriment avec une particulière clarté ce qui fait le centre de la foi chrétienne : l'image chrétienne de Dieu, ainsi que l'image de l'homme et de son chemin, qui en découle. De plus, dans ce même verset, Jean nous offre pour ainsi dire une formule synthétique de l'existence chrétienne : « Nous avons reconnu et nous avons cru que l'amour de Dieu est parmi nous. »
Nous avons cru à l'amour de Dieu : c'est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. À l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. Dans son Évangile, Jean avait exprimé cet événement par ces mots : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui [...] obtiendra la vie éternelle » (3, 16). En reconnaissant le caractère central de l'amour, la foi chrétienne a accueilli ce qui était le noyau de la foi d'Israël et, en même temps, elle a donné à ce noyau une profondeur et une ampleur nouvelles. En effet, l'Israélite croyant prie chaque jour avec les mots du Livre du Deutéronome , dans lesquels il sait qu'est contenu le centre de son existence : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (6, 4-5). Jésus a réuni, en en faisant un unique précepte, le commandement de l'amour de Dieu et le commandement de l'amour du prochain, contenus dans le Livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (19, 18 ; cf. Mc 12, 29-31). Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), l'amour n'est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l'amour par lequel Dieu vient à notre rencontre.
Dans un monde où l'on associe parfois la vengeance au nom de Dieu, ou même le devoir de la haine et de la violence, c'est un message qui a une grande actualité et une signification très concrète. C'est pourquoi, dans ma première encyclique, je désire parler de l'amour dont Dieu nous comble et que nous devons communiquer aux autres. Par là sont ainsi indiquées les deux grandes parties de cette lettre, profondément reliées entre elles. La première aura un caractère plus spéculatif, étant donné que je voudrais y préciser – au début de mon pontificat – certains éléments essentiels sur l'amour que Dieu, de manière mystérieuse et gratuite, offre à l'homme, de même que le lien intrinsèque de cet amour avec la réalité de l'amour humain. La seconde partie aura un caractère plus concret, puisqu'elle traitera de la pratique ecclésiale du commandement de l'amour pour le prochain. La question est très vaste, un long développement dépasserait néanmoins le but de cette encyclique. Je désire insister sur certains éléments fondamentaux, de manière à susciter dans le monde un dynamisme renouvelé pour l'engagement dans la réponse humaine à l'amour divin.
PREMIÈRE PARTIE
L'UNITÉ DE L'AMOUR DANS LA CRÉATION ET DANS L'HISTOIRE DU SALUT
Un problème de langage.
2. L'amour de Dieu pour nous est une question fondamentale pour la vie et pose des interrogations décisives sur qui est Dieu et sur qui nous sommes. À ce sujet, nous rencontrons avant tout un problème de langage. Le terme « amour » est devenu aujourd'hui un des mots les plus utilisés et aussi un des plus galvaudés, un mot auquel nous donnons des acceptions totalement différentes. Même si le thème de cette encyclique se concentre sur le problème de la compréhension et de la pratique de l'amour dans la Sainte Écriture et dans la Tradition de l'Église, nous ne pouvons pas simplement faire abstraction du sens que possède ce mot dans les différentes cultures et dans le langage actuel.
Rappelons en premier lieu le vaste champ sémantique du mot « amour » : on parle d'amour de la patrie, d'amour pour son métier, d'amour entre amis, d'amour du travail, d'amour entre parents et enfants, entre frères et entre proches, d'amour pour le prochain et d'amour pour Dieu. Cependant, dans toute cette diversité de sens, l'amour entre homme et femme, dans lequel le corps et l'âme concourent inséparablement et dans lequel s'épanouit pour l'être humain une promesse de bonheur qui semble irrésistible, apparaît comme l'archétype de l'amour par excellence, devant lequel s'estompent, à première vue, toutes les autres formes d'amour. Surgit alors une question : toutes ces formes d'amour s'unifient-elles finalement et, malgré toute la diversité de ses manifestations, l'amour est-il en fin de compte unique, ou bien, au contraire, utilisons-nous simplement un même mot pour indiquer des réalités complètement différentes ?
« Eros » et « agapè » – différence et unité.
3. À l'amour entre homme et femme, qui ne naît pas de la pensée ou de la volonté mais qui, pour ainsi dire, s'impose à l'être humain, la Grèce antique avait donné le nom d' eros .

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