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Ecoute, Ismaël

De
216 pages

Ecoute, Ismaël
Dans la prière auprès de Dieu, et comme un cousin dans la Foi, j’ai ressenti un appel à t’écrire, cher Ismaël, à toi qui symbolises tout le peuple des musulmans, non pour essayer de te convertir au christianisme, mais pour essayer de discerner parmi les versets du Coran ceux qui viennent certainement de l’Ange de Dieu et ceux qui ne peuvent pas venir de Lui.

J’ai essayé ensuite d’explorer les chemins d’un islam réformé pacifique qui comporterait 5 négations essentielles venant compléter les 5 piliers de l’islam, un Coran des Réformés, un Livre des Prophètes, et une nouvelle Chahâda : Je témoigne qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et que les prophètes sont des Envoyés de Dieu

Que Dieu te bénisse sur ton chemin, cher Ismaël, et te garde dans sa paix et sa miséricorde. »


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Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 9782332624437

 

© Edilivre, 2014

Écoute, Ismaël

 

 

L’essentiel

Aux lecteurs pressés désirant un aperçu rapide de l’essentiel du livre, l’auteur conseille de lire les 7 chapitres suivants :

1 – Salam Ismaël

5 – En présence de Dieu

7 – Les égarés

11 – Les martyrs

19 – Le dernier des prophètes ?

21 – Une preuve (par 99)

27 – La religion des musulmans réformés

Citations

Les citations mentionnées dans ce livre proviennent :

– du Coran, traduction Grosjean, Ed. Lebaud 1986

– de la Bible de Jérusalem, Ed. DDB 1965

Contact

Les lecteurs désirant échanger avec l’auteur peuvent le contacter à l’adresse mail suivante :laurent.amichel@gmail.com

Préface

Ce livre qui s’adresse aux musulmans – Ismaël, en l’occurrence – est d’un style simple, accessible, agréable à lire, et très respectueux des musulmans. On y trouve des analyses approfondies de certaines réalités douloureuses de l’islam, mais on n’y trouve aucune méchanceté car l’auteur est très respectueux, et je dirais même très fraternel à l’égard des musulmans, sur la forme comme sur le fond.

S’il est d’un style fraternel, ce livre est cependant une véritable gageure, et une double gageure : la première parce qu’il ose discuter de théologie avec les musulmans – c’est-à-dire de Dieu, des prophètes, de la Bible et du Coran – alors que le plus souvent les musulmans n’aiment pas discuter de théologie.

Les musulmans orthodoxes, qui forment une large majorité, sont tellement sûrs d’avoir raison qu’ils n’entrent en dialogue qu’en vue de convaincre leurs adversaires, lesquels, a priori sont dans l’erreur. Les musulmans orthodoxes sont absolument certains d’avoir la vérité – une vérité qu’il est par définition impossible de trouver hors de l’islam et du Coran. Pour tout musulman orthodoxe, Mohammed est le sceau des prophètes, l’Homme parfait, le Modèle à imiter… et laOummalameilleure des communautés, hors de laquelle il n’y a point de salut.

Je me souviens d’un prédicateur égyptien célèbre, Cheikh Chaaraoui, qui a monopolisé pendant plus de vingt ans le prêche du vendredi à la télévision égyptienne et dont les enregistrements se vendent encore aujourd’hui dans tout le monde arabe… Eh bien, ce cheikh se faisait une gloire de n’avoir pas lu un seul livre depuis 40 ans, pour la bonne raison que tout est dans le Coran et qu’il n’y a aucune nécessité de lire autre chose…

C’est cette calme certitude de détenir la vérité qui explique à mes yeux la stagnation de l’islam, son incapacité de sortir de sa culture et de s’ouvrir à autre chose qu’à lui-même. Ce phénomène tient en grande partie au fait qu’au dixième siècle, la porte de l’ijtihad(c’est-à-dire de la réflexion critique) a été fermée une fois pour toutes. Depuis plus de dix siècles, pour être dans l’orthodoxie, les musulmans n’ont plus qu’à répéter ce que les philosophes, les théologiens et les juristes ont décidé et décrété une fois pour toutes. Sortir de cette orthodoxie, c’est se voir menacé de mort.

Tout ce que je viens de dire ne voudrait pas décourager l’auteur de cet ouvrage, qui croit malgré tout à un dialogue avec les musulmans. J’admire sa foi, j’allais dire son innocence – en tout cas son espérance.

Moi aussi, je ne désespère pas de voir aujourd’hui un certain nombre de musulmans ouverts et cultivés remettre en question leur foi monolithique, dans un monde en plein changement, en pleine mutation, en pleine interrogation. Dire qu’aujourd’hui cette remise en question de tout ne touche pas nos frères musulmans serait se tromper.

Car je pense que, malgré ses réflexes de crispation identitaire, de rejet de toute altérité, de toute autre vérité que la sienne, l’islam est en plein doute, en pleine incertitude, en pleine interrogation… et c’est peut-être ce qui explique son agressivité – qui ne serait finalement qu’une réaction de défense et de survie.

Un certain nombre de penseurs musulmans contemporains, ouverts aux défis de la modernité, tentent aujourd’hui de sortir l’islam de l’impasse. Pour eux c’est la seule solution : s’ouvrir ou mourir. Mais de telles tentatives – assez rares – sont immédiatement condamnées comme des hérésies par les tenants d’un islam qui se veut fidèle à ses origines.

La question se pose alors – une question dont j’ai fait l’an dernier le titre d’une de mes conférences dans la région lyonnaise – : « L’islam peut-il se réformer sans se dénaturer ? »

La seconde gageure de ce livre, c’est qu’il cherche à trouver une issue et à inventer un chemin pour un islam réformé : un chemin qui conserve ce qui est bon dans la tradition musulmane et qui rejette ce qui est inacceptable. Ce livre invite les musulmans à entrer dans une démarche de réflexion et de discernement, et leur propose un chemin logique, rigoureux, courageux, libérant, et tout à fait intéressant.

Tentative téméraire… mais en même temps nécessaire. Trouvera-t-elle un écho chez tel ou tel de nos frères musulmans ? Je n’en sais rien, mais la chose méritait d’être tentée. L’auteur a eu ce courage, et il l’a fait dans un style simple, accessible, pédagogique.

Est-ce une bouteille à la mer… un coup d’épée dans l’eau… ou une perche tendue ?

Je voudrais en tout cas exprimer à l’auteur ma profonde et sincère sympathie.

Alexandrie, le 12 janvier 2013

Henri BOULAD, sj

– Éducateur, conférencier, écrivain, professeur de théologie

– Directeur du Centre Culturel Jésuite d’Alexandrie

– Ancien recteur du collège-lycée jésuite du Caire

– Vice-président de Caritas-International pour le monde arabe

– Ancien directeur de Caritas-Egypte

– Officier et commandeur de l’Ordre National du Mérite

1
Salâm, Ismaël

La paix soit avec toi, Ismaël, et avec toute ta famille.

Mon ami Ismaël, qui m’avait offert des bonbons pour la fête de Noël l’année dernière, me répondit : « Bonjour Laurent, comment vas-tu depuis l’année dernière ? Je suis heureux de te revoir et d’avoir de tes nouvelles ! Et dis-moi donc ce qui t’amène ? »

Je lui répondis : « Comme tu le sais, je suis français, chrétien, et catholique, et depuis de nombreuses années j’ai longuement observé la vie des sociétés musulmanes, par des voyages, des rencontres et des lectures. J’ai constaté que la réforme de l’islam était d’actualité dans certains pays puisque beaucoup de musulmans y réfléchissent depuis quelques années, et j’ai pensé que certains musulmans seraient peut-être intéressés par mes observations et par mes propositions en vue d’explorer certaines voies de réforme de l’islam. J’ai donc entrepris de les rassembler par écrit dans ce petit livre. Accepterais-tu, cher Ismaël, de prendre connaissance de mes observations ?

Ismaël m’a répondu : « Cher Laurent, je veux bien te faire plaisir en lisant quelques-unes de tes observations puisque tu t’es certainementdonné beaucoup de peine pour les écrire, mais à condition que tu ne veuilles pas me convertir au christianisme ! »

Je lui ai répondu que j’étais chrétien, mais que je n’avais pas l’intention d’essayer de le convertir au christianisme : « Les conversions éventuelles d’une religion à une autre sont l’œuvre de Dieu et non celles des hommes. Pour ma part, je souhaite aider les musulmans qui cherchent à réformer l’islam. J’ai bien entendu ton désir de rester musulman, cher Ismaël, et je respecte ta volonté ! »

Ahmed, un ami d’Ismaël qui assistait à notre conversation, me dit alors : « Je vais te répondre avec plus de franchise qu’Ismaël : c’est ton ami, il veut bien te faire plaisir en lisant trois pages de ton livre, mais les propos d’un chrétien sur l’islam ne peuvent pas l’intéresser, et moi ils ne m’intéressent pas. A chacun sa religion, et chacun chez soi ! Les autres n’ont aucun conseil à nous donner, les conseils d’un chrétien sont irrecevables pour nous. Mêlez-vous de vos affaires, et nous des nôtres ! »

Je lui répondis que nos religions étaient différentes, mais que tous les deux nous reconnaissions Abraham comme le père des trois religions musulmane, juive, et chrétienne. Comme nous sommes très différents, nous ne sommes pas des frères dans la foi, mais on peut dire que nous sommes des cousins dans la foi. Et comme tous les cousins d’une famille, nous avons une histoire différente, des goûts et des projets différents. Comme tous les cousins de n’importe quelle famille, il nous arrive dans certaines circonstances d’être en conflit ou en concurrence, mais il nous arrive aussi de nous entraider.

J’ajoutais : « La plupart des musulmans acceptent qu’un garagiste chrétien répare leur voiture si elle tombe en panne, et acceptent qu’un médecin chrétien soigne leur enfant s’il tombe malade. Pourquoi ne pourraient-ils pas accepter les conseils de théologie d’un chrétien en vue d’essayer de trouver un remède à certains problèmes de la religion musulmane ? »

Ahmed me dit alors : « Accepteriez-vous qu’un musulman donne des avis aux chrétiens sur la validité de la nomination de certains évêques chinois ? Ou sur la levée de l’excommunication de Mgr Williamson ? Ou sur les apparitions de la Vierge-Marie à Medjugorje ? Vous lui diriez que ces affaires chrétiennes ne le regardent pas. Pour nous, c’est pareil, nous n’avons aucune leçon à recevoir d’un croyant d’une autre religion, et surtout aucune leçon à recevoir d’un croyant d’une religion égarée et condamnée par le Prophète. »

Je lui répondis que je n’avais aucune intention de donner des conseils sur la nomination des imams de Marseille, de Riyad ou de Tombouctou, aucune intention de me mêler des histoires de famille des musulmans, et aucune intention de donner un avis sur l’architecture de telle ou telle mosquée, mais que je voulais présenter aux musulmans des observations concernant des principes religieux et des pratiques sociales.

Ismaël reprit alors la parole pour me demander quelle était ma principale observation : « Tes observations sur l’islam peuvent peut-être nous intéresser, mais dis-nous d’abord la principale : s’il y en avait une seule à retenir, quelle serait-elle ? »

Je lui répondis : « Mon observation principale, c’est que le Coran ne contient pas uniquement des paroles de Dieu, mais contient aussi certaines paroles de mort qui ne viennent pas de Dieu et qui sont source d’une grande violence. Et ma seconde observation, tout aussi importante, c’est qu’il est possible de rester un bon musulman tout en refusant une partie du Coran. »

Ahmed prit la parole : « Voilà bien un propos de chrétien ! Tu es dans l’erreur ! Tout le Coran est exact, tous les versets du Coran sont des paroles de Dieu, des paroles admirables données par l’AngeGabriel ! Passe ton chemin, chrétien, tes propos ne m’intéressent pas ! »

« Mais non, Ahmed, c’est toi qui es dans l’erreur ! » lui répondit Ismaël. « Tu sais bien que certains versets du Coran ont été abrogés ! Certains versets ont été abrogés, c’est-à-dire annulés par d’autres versets ultérieurs ! Ces versets abrogés et annulés ne sont pas des paroles de Dieu puisqu’ils sont annulés ! Et pourtant ils sont encore dans le Coran ! Donc tout le Coran n’est pas exact ! »

Ahmed répliqua : « Tu chipotes, Ismaël, tu chipotes ! Notre bien-aimé Prophète, que Dieu le comble de bénédictions et le sauve, est le guide dont nous suivons la voie, et le modèle de perfection auquel nous voulons ressembler ! Le Prophète a peut-être commis de petites erreurs car on ne trouve pas toujours la vérité du premier coup, il lui a fallu tâtonner lui aussi, mais ensuite il les a corrigées, et il est donc normal que le Coran comporte de petites erreurs, qui sont inhérentes à toute progression, mais rien de plus ! »

Ismaël répliqua : « Pour moi, certaines erreurs sont très difficiles à avaler ; je ne sais pas si elles sont petites ou grosses, mais elles sont vraiment difficiles à avaler, et elles m’empêchent de psalmodier le Coran tranquillement comme je l’aimerais. Qu’en penses-tu, Laurent ? »

Je lui répondis : « La plupart des musulmans sont pieux et pacifiques comme tu l’es, cher Ismaël, et leur foi pacifique s’appuie sur de nombreux versets du Coran. Mais à côté, on trouve aussi des musulmans très agressifs, des salafistes et des wahhabites, qui sont en guerre contre tout le monde, et dont la foi s’appuie elle aussi sur de nombreux versets du Coran, bien réels eux aussi ! Connais-tu leur existence ? »

Son ami Ali qui écoutait la conversation répondit : « Oui, j’en connais quelques-uns. Je ne comprends pas l’arabe du Coran quand je le lis, car c’est une langue ancienne, comme le latin pour vous les chrétiens, mais je connais par cœur trois de ces versets cités par les salafistes :

• « Les incroyants, qu’ils aient le Livre ou qu’ils ajoutent des dieux, iront dans le feu de la géhenne et y seront pour toujours. Ce sont les pires des humains », verset 6 de la sourate 98 (la preuve)

• « Le prophète et les croyants n’ont pas de pardon à demander pour les ajouteurs (les chrétiens) car, seraient-ils des proches, ils savent qu’ils seront les hôtes de la fournaise »verset 113 de la sourate 9 (le repentir).

• « Une fois passés les mois sacrés, tuez les incroyants où que vous les trouviez, prenez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. »verset 5 de la sourate 9 (le repentir).

« Voilà justement le genre de versets imbuvables auquel je pensais ! », lui répondit Ismaël. « Tous les chrétiens et tous les incroyants avec qui nous travaillons tous les jours dans une multitude d’entreprises ou de chantiers, tous ces chrétiens et tous ces incroyants chinois et japonais à qui nous vendons du pétrole, des oranges, des tapis et des chemises, et qui nous vendent en retour du blé, des voitures, des avions et des téléphones, ils seraient tous condamnés au feu et à la géhenne ? Et il faudrait les assiéger et les tuer tous ? Mais c’est du délire ! »

Ali reprit la parole : « Voilà bien le genre de versets erronés qu’il faudrait abroger et enlever du Coran ! Pourquoi nos oulémas n’ont-ils pas encore abrogé ces versets ? C’est pourtant le travail des oulémas, nos savants en science religieuse, de faire le tri entre les versets abrogés et les versets abrogeant, suivant diverses écoles de pensée ! Ce qu’on peut déplorer, c’est leur lenteur. Certes, c’est un travail long et compliqué, mais il dure depuis des siècles ! Comment se fait-il qu’ils ne soient pas encore arrivés aujourd’hui à se mettre d’accord sur la liste des versets erronés qu’il faudrait enlever du Coran actuel pour nous donner un Coran sans erreurs, purgé de ses versets erronés ! Cette lenteur des oulémas, c’est tout notre drame ! »

Son ami Kalim intervint : « Mais Ali tu rêves ! Le Coran est comme il est, et personne ne cherche à produire un Coran réformé ! Ce que cherchent les oulémas, ce sont des règles d’interprétation permettant de sélectionner avec certitude les versets abrogés parmi les autres. »

Ali répondit : « Mais non, Kalim, je ne rêve pas ! Moi, pour prier, j’aimerais bien disposer d’un Coran réformé et purgé de ses erreurs. Ce que tu proposes, Kalim, c’est d’avoir à côté de soi un deuxième livre écrit par un ouléma, indiquant la liste numérotée des versets abrogés. Puis d’ouvrir le Coran, de commencer à psalmodier une sourate, de s’arrêter à la fin du premier verset, et de regarder la liste numérotée de l’ouléma pour vérifier le numéro. Puis de continuer ou de sauter un ou plusieurs versets selon la réponse, de psalmodier les versets suivants, et de s’arrêter encore pour vérifier dans la liste les numéros suivants. Et ainsi de suite. C’est invivable ! Il serait beaucoup plus simple d’éditer un Coran réformé dont tous les versets abrogés ont été supprimés. On pourrait alors le lire et le psalmodier tranquillement en toute sérénité sans être obligé de s’arrêter toutes les trois minutes. »

Ismaël intervint : « Je suis bien de l’avis d’Ali. Moi aussi, pour prier tranquillement, j’aimerais bien disposer d’un Coran réformé et purgé de ses erreurs. »

Kalim reprit la parole : « Si ça peut vous faire plaisir ! On pourrait en effet demander à un ouléma de produire un Coran purgé de ses versets erronés ! Mais la vraie difficulté, c’est de se mettre d’accord sur une règle déterminant clairement la liste des versets erronés.

• D’un côté nous avons la plupart des oulémas depuis des siècles qui considèrent qu’il y a une progression chronologique : les versets ultérieurs abrogent les premiers versets en raison du progrès de la révélation au cours de la vie de Muhammad. C’est la doctrine de Muhammad lui-même puisqu’il a abrogé lui-même certains versets passés.

• D’un autre côté nous avons ceux qui considèrent qu’il y a une régression chronologique : pour eux, les versets initiaux sont bons et abrogent les versets ultérieurs qui les contredisent, en raison d’une régression intervenue dans la vie de Muhammad. C’est notamment l’opinion du soudanais Mahmoud TAHA, né en 1908, qui considérait que les 86 sourates mecquoises abrogeaient les 28 sourates médinoises, ultérieures. Mais il a été déclaré coupable d’apostasie par l’université Al-Azhar du Caire, arrêté par la police et pendu le 20 janvier 1985 !

• Si nous considérons qu’il y a une progression dans la révélation, comme le commandent les autorités sous peine d’apostasie, nous sommes cependant dans un très grand embarras, car cela signifierait quela sourate 9, le repentir, qui est l’avant-dernière de l’ordre chronologique (la dernière, le secours, n°110, ne fait que 3 lignes), abrogerait toutes les précédentes. Or il se trouve que les versets de cette sourate 9 sont très intolérants et très meurtriers ! Ce sont les versets de référence des salafistes et des wahhabites !

• Et si nous considérons que la sourate 9 abroge toutes les autres, il en résulte que tous les musulmans pacifiques comme vous et moi sont condamnés par le Prophète à l’enfer et à la Géhenne ! C’est écrit !

Comme personne ne répondit, Ismaël ajouta : « Ce sont de bien graves questions, mais je vois que tout le monde a sommeil car il est bien tard ! Je vous propose d’en reparler demain soir. Venez tous chez moi demain soir après dîner, je vous invite. »

2
Les orangers du paradis

La paix soit avec toi, Ismaël, et avec ton épouse, et avec votre famille qui m’accueillez ce soir dans votre maison.

Pour cette soirée, j’ai apporté des éventails pour s’éventer, des oranges pour grignoter, des cigarettes et deux bouteilles de vin : du Sidi-Brahim du Maroc, un rosé tout à fait délicieux, et du Bordeaux blanc-moelleux, ce qui plaira à ton épouse, j’en suis certain !

Ismaël me répondit : « Merci beaucoup pour toutes ces petites attentions, mais je te signale que certains ne prendront que du jus d’orange, mais absolument pas de vin car c’est interdit par le Coran. N’est-ce pas Ahmed ? »

« Oui, c’est interdit ! » répondit Ahmed qui se mit à déclamer : « O croyants, les boissons fermentées, les jeux de hasard, les statues et lesflèches divinatoires sont une souillure inventée par Satan, évitez-les. Peut-être aurez-vous le bonheur ? Par les boissons fermentées et le jeu de hasard, Satan veut vous inciter à l’inimitié et à la haine, vous écarter du souvenir de Dieu et de la prière. Alors, cesserez-vous ? » (Sourate 5, la table servie, v90)

Ismaël lui répondit : « Soit, mais tolères-tu que nous buvions un verre de vin en ta présence, Ahmed ? »

« Par miséricorde pour vous, je le tolère », répondit-il, « Mais hélas vous vous souillez, comme c’est écrit dans le Coran ! »

Je pris la parole : « Ah non, le vin n’est pas une souillure, et je proteste ! Un bon vin est une chose délicieuse et parfumée, qui a demandé un très long travail car c’est tout un art de créer un bon vin ! La difficulté c’est évidemment de s’arrêter à 3 ou 4 verres, pour ne pas tomber dans l’ivresse ! Ce qui est une souillure, c’est la grande ivresse, mais pas le vin ! C’est une question de dosage, de mesure, et non une question de principe ! La démesure et l’excès dans la consommation sont de graves dangers puisque la personne complètement ivre perd le contrôle de ses gestes et provoque parfois des accidents mortels ! Les parents ont le devoir d’interdire l’alcool à leurs enfants, mais les adultes n’ont pas besoin d’interdictions totales comme les enfants, car ils connaissent leurs limites et ils savent s’arrêter ! Par son expérience personnelle, chacun apprend à connaître le nombre de verres qu’il supporte, une limite personnelle différente de celle de son voisin ! »

Comme il se fit un silence, j’ajoutais : « Et puis j’ai un second motif de protestation : on ne peut pas affirmer comme Muhammad que le vin incite à l’inimitié et à la haine, car au contraire boire ensemble un peu de vin réchauffe l’amitié ! N’es-tu pas de cet avis, Ismaël ? »

Il me répondit : « Mon avis est plus subtil : j’ai observé que le vin réchauffait l’amitié de ceux qui sont amis, mais aussi que le vin réchauffait la haine de ceux qui sont haineux ! »

Je repris : « Oui, ça me parait assez vrai. Mais revenons à l’interdiction de l’alcool édictée par Muhammad : elle me parait tout à fait justifiée pour les malades alcooliques, pour ceux qui sont dépendants et incapables de s’arrêter. Tous les médecins vous diront que le seul traitement valable en cas de dépendance à une forte addiction, c’est l’abstinence ! C’est une abstinence imposée par le médecin et relayée par la pression sociale. Mais cette interdiction n’est valable que pour les malades intoxiqués, et non pour les autres ! N’êtes-vous pas de cet avis ? »

Kalim dit alors : « Oui, mais la difficulté, c’est que beaucoup de gens sont excessifs et ne savent pas rester mesurés ! Pour aider ceux qui ne savent pas rester mesurés, ne serait-il pas intelligent de poser une règle générale, par exemple : “Pas plus de trois verres de vin par jour” ? »

Ismaël reprit la parole : « Tous mes invités sont arrivés. Je propose donc d’en rester là sur le vin, et de changer de sujet, pour reprendre la discussion d’hier sur les versets erronés. C’est d’accord ? »

Il continua : « Moi, ce que je voudrais bien savoir, c’est l’origine de ces versets erronés et abrogés, de ces versets qui nous mettent dans l’erreur : ces versets viennent-ils de Dieu et de l’Ange Gabriel, qui auraient changé d’avis par la suite ? Ou bien viennent-ils d’un djinn ? Ou d’un mauvais ange ? De l’ange Iblis ? Ou même de l’ange Satan ? »

Ali lui répondit : « Moi, je pense que Dieu peut changer d’avis : Dieu est grand, Dieu est libre, donc Dieu a la liberté de changer d’avis en fonction des circonstances ! Tenez, je prends un exemple très simple : Dieu se promène avec Adam et Eve dans son jardin du Paradis, et Dieu est très fier de leur montrer les beaux orangers qu’il a créés. Dieu aperçoit une belle orange dans l’herbe, au pied d’un oranger, et il invite Adam à la ramasser pour la manger. Après l’avoir ramassée, Adam aperçoit que la face cachée de l’orange est pourrie et il la montre à Dieu. Comme Dieu est bon, il ne va pas donner l’ordre à Adam et Eve de manger une orange pourrie et immangeable ! Alors Dieu change d’avis, et donne l’ordre à Adam de jeter cette orange, puis d’en ramasser une autre. C’est un exemple simple que même un enfant peut comprendre. Qu’en dis-tu, Abdallah, mon fils ? »

« J’ai quinze ans, papa, je ne suis plus un enfant ! », répondit-il !

Son père repris : « Oh là là, je le sais, mon grand ! Ne te vexe pas ! Mais dis-moi si tu as compris mon exemple ? »

« Evidemment ! » répondit Abdallah : « C’est évident ! Comme Dieu est bon, il change d’avis et donne un contre-ordre pour éviter qu’Adam et Eve ne tombent malades ! C’est évident ! »

Puis il ajouta malicieusement : « Moi, ce que je voudrais bien savoir, c’est la couleur des yeux d’Eve, voir si elle a de grands yeux de houri, voir si elle est sexy, et voir si elle a de beaux seins ! »

« Tu es incorrigible, Abdallah, soupira son père ! Intéresse-toi donc aux jeunes filles de ton âge ! Et ne t’intéresse pas qu’à leurs beaux yeux, mais aussi à leurs chansons et à leurs idées ! Et laisse-nous tranquilles ! »

Abdallah continua : « Moi, ce que je voudrais aussi savoir, c’est d’où nous venons, et qui nous a créés ? Maman dit que Dieu a créé Adam et Eve, et qu’ils ont engendré des enfants qui sont nos ancêtres dont nous sommes les descendants. Et toi, Papa, tu dis que Dieu a créé les lions, les singes et tous les autres animaux, et que les hommes descendent des singes, qui se sont améliorés petit à petit avec l’évolution. Mais ces deux explications sont bien différentes ! Alors, qui a raison ? »

« Mon chéri, répondit sa mère, nous avons peut-être raison tous les deux ! Moi, je te parlais des ancêtres de ma famille, et ton papa te parlait sans doute des ancêtres de la sienne ! »

Tout le monde se mit à rire. Puis Ali s’exclama : « Ta mère a beaucoup d’humour, cher Abdallah, mais nous sommes tous les deux d’accord pour te répondre que c’est Dieu qui nous a créés, par des voies rapides et directes, ou lentes et indirectes, selon nos différents points de vue ! »

Abdallah sourit puis continua : « Ce que je voudrais savoir encore, c’est comment Dieu répond à nos prières ! L’imam nous dit que c’est un devoir de faire ses prières, mais Dieu entend-il vraiment nos prières ? »

Surpris par cette question inattendue, son père réfléchit un instant avant de lui dire : « Mon cher Abdallah, je crois que Dieu répond à nos prières quand nous faisons des prières intelligentes, et je crois que Dieu ne peut pas répondre quand nos prières sont stupides. Pour l’illustrer, je vais te raconter une petite histoire amusante, celle d’un musulman un peu stupide qui marche dans la savane africaine et tout à coup rencontre un lion ! Tremblant de peur, il tombe à genoux et il adresse à Dieu cette prière : « Mon Dieu, je vous en supplie, sauvez-moi de ce lion ! Mon Dieu, s’il vous plaît, inspirez des sentiments musulmans à ce lion ! Je vous en supplie ! » Aussitôt, le lion tombe à genoux, et adresse à Dieu sa prière lui aussi : « Merci, Mon Dieu, je vous remercie pour ce bon repas que je vais prendre ! » Mais pendant que le lion faisait sa prière, l’homme se dépêcha de grimper dans un arbre, et c’est de cette manière que Dieu le sauva !

Abdallah se mit à rire, puis demanda : « J’ai bien compris comment distinguer les bonnes prières et les mauvaises, mais je voudrais aussi savoir comment distinguer les bons imams et les mauvais imams ! »

Comme personne ne répondit, je pris la parole : « C’est une question difficile et compliquée, Abdallah, mais la première qualité d’un bon imam est d’être honnête envers Dieu et envers les croyants. Et comme tu aimes les histoires, je vais t’en raconter une à ce sujet : Un bon imam, unmauvais imam, un prêtre et un rabbin discutent du partage des offrandes des fidèles : « Moi, dit le prêtre, je fais un grand cercle sur le sol, puis je lance le panier de la quête vers le ciel, et toutes les pièces qui retombent à l’intérieur du cercle, je les donne à Dieu pour la communauté et pour les pauvres, et ensuite toutes les pièces qui tombent àl’extérieur du cercle, je les garde pour moi ». « Ça alors, dit le bon imam, je fais exactement la même chose ! ». « Ça alors, dit le rabbin, moi aussi je fais exactement comme vous, mais les jours où j’ai besoin de beaucoup d’argent, je vais vous avouer que je dessine seulement un petit cercle sur le sol ! ». « Ça alors, dit le mauvais imam, moi aussi je lance les pièces vers le ciel comme vous ! Par contre, je ne dessine aucun cercle sur le sol, mais je crie : “Mon Dieu prenez tout ce dont vous avez besoin et je prendrai ce qui reste”. Et ensuite je prends pour moi toutes les pièces qui retombent ! »

De nouveau, tout le monde se mit à rire, puis Abdallah se mit à méditer l’histoire sans poser de nouvelle question. Alors Ismaël reprit la parole : « Revenons à notre discussion initiale. On comprend que Dieu puisse changer d’avis pour des choses simples de peu d’importance comme des oranges par exemple, mais Dieu peut-il changer d’avis pour des choses importantes ? Je pense par exemple aux femmes : Ainsi, au verset 221 de la sourate 2 (la vache), Dieu interdit qu’on épouse une femme polythéiste, et plus loin, au verset 7 de la sourate 5 (la table servie), Dieu permet qu’on épouse une polythéiste chrétienne ! Alors, Dieu a-t-il changé d’avis ? Et quel est son véritable avis ? »

Il continua encore : « Je pense aussi aux héritages : au verset 7 de la sourate 4 (les femmes), Dieu ordonne de donner aux femmes et aux hommes une part égale de l’héritage de leurs parents, et plus loin, au verset 11, il ordonne de donner aux garçons deux fois plus qu’aux filles ! Alors, quel est le véritable avis de Dieu ? »

Intarissable, il continua encore : « Je pense aussi aux juifs, aux chrétiens, et aux sabéens : au verset 62 de la sourate 2 (la vache), Dieu dit qu’ils trouveront leur salaire près de Dieu et qu’ils n’auront ni crainte ni tristesse. Mais au verset 6 de la sourate 98 (la preuve), Dieu dit qu’ils sont condamnés au feu éternel. Alors Dieu a-t-il changé d’avis ? Et si Dieu n’a pas changé d’avis, alors d’où viennent ces versets erronés ? Viennent-ils d’un djinn ? Ou même de Satan ? »