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Femmes dans les mouvements chrétiens africains

De
164 pages
L'Afrique actuelle vit dans une grande pénurie, et la RDC y ajoute la violence de guerres récurrentes. A Lubumbashi, les hommes ayant baissé les bras, les femmes ont pris les choses en mains. Elles se sont d'abord retrouvées pour prier ensemble dans des associations chapeautées par les Eglises chrétiennes (catholiques, protestantes, kimbanguiste, méthodistes ainsi qu'une myriade d'Eglises de Réveil nouvelles venues) où elles parlent de la survie, des moyens de s'extraire du désastre social et souvent familial. Elles osent quitter l'espace privé pour l'espace public.
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Collection «Mémoires lieux de savoir - Archive congolaise» dirigée par Bogumil JEWSIEWICKI

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SEPHIS (Programme for South-South Exchange on the History of Development) a été créé en 1994 aux Pays-Bas. Son but est d'encourager la constitution d'un réseau Sud-Sud de recherche en Histoire comparée des processus de changement sur la longue durée. Le Programme SEPIDS alloue des bourses, organise des ateliers et des cycles de formation destinés aux doctorants, diffuse un magasine électronique et publie des ouvrages en plusieurs langues. SEPHIS PROGRAMME Cruquiusweg 31 1019 AT Amsterdam PAYS-BAS www.seDhisemagazine.org www.sephis.org

Marcel NGANDU MUTOMBO

Femmes dans les mouvements chrétiens africains
Récits de vie à Lubumbashi (R-D Congo)

préface de Peter GESCHIERE

L'HARMATTAN 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique F - 75005- PARIS

Couv I: 'Uhuru', la revendication des femmes katangaises pour l'Indépendance du Congo Belge Peinture de Kasongo, à Lubumbashi (Collection B. Jewsiewicki)

Copyright L'HARMATTAN 2009 http://editions-hannattan.fr www.librairiehannattan.com hannattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978 2 296 08042 3 EAN : 978 2296 080423

Préface de Peter GESCHIERE

Ce livre apporte les poignants témoignages de la résilience de la population de Lubumbashi, capitale du Katanga, et notamment des femmes. Grâce à son industrie minière, cette province a été longtemps considérée comme la région la plus riche du Congo/Zaïre. Mais, comme ailleurs, cette promesse de richesse s'est accompagnée d'explosions de violence. L'industrialisation coloniale y a produit de nombreuses et profondes inégalités régionales, sociales, ethniques, qui ont été sources de confrontations sanglantes lors de la décolonisation (1960), puis au cours de la « démocratisation» (années 1990). La désindustrialisation, qui a marqué les décennies 1990 et 2000 au Katanga (ex Shaba), se caractérise par des tensions profondes entre descendants des groupes originaires de la région et ceux dont les parents ou arrières grands-parents furent jadis recrutés dans les provinces voisines. A partir des années 1930, l'Administration (coloniale) et les entreprises se sont efforcées de former au Katanga une classe ouvrière garantissant à son industrie minière une main-d'oeuvre stable et qualifiée. Comme ailleurs en Afrique, les recrutements ont surtout été réalisés dans les régions voisines - pour le cas katangais, notamment dans la province du Kasai. Plus prolétarisés que les autres habitants du Katanga, les descendants des « nouveaux venus» kasaïens ont été accusés d'accaparer les emplois, de bénéficier de l'éducation et des opportunités en affaires. A deux reprises en l'espace de 30 ans (1961 et 1993), ils ont été obligés de fuir leur province natale. Partout dans le monde actuel - et non seulement en Afrique - la désindustrialisation, mais aussi le déclin d'un régime autoritaire, a entraîné une compétition brutale pour accéder aux ressources raréfiées, se traduisant par un « nettoyage ethnique ». Le poids de l'impact du travail migrant forcé au temps colonial semble correspondre aujourd'hui au degré de la violence déchaînée. La violence a donc des racines profondes dans la société katangaise, et aussi à Lubumbashi. Mais, fait d'autant plus impressionnant, malgré tous les ravages qu'elle a subis, la ville continue d'abriter une vie intellectuelle. L'université de Lubumbashi (Unilu) est fière de s'auto-surnommer 'L'Université qui 5

refuse

de mourir '. Elle réussit en effet à demeurer un centre de

réflexion sur la situation actuelle de la ville et sur son histoire tourmentée. Un groupe d'historiens autour de Dibwe dia Mwembu - dont Marcel Ngandu Mutombo est un membre des plus actifs y joue un rôle central en recueillant des sources écrites mais surtout des témoignages oraux récoltés dans la population. Ils sont soutenus dans leurs activités par Bogumil Jewsiewicki, qui y a enseigné l'Histoire dans les années 1970 et qui fut ensuite directeur de leur thèse de doctorat soutenue à l'Université Laval à Québec (Canada). Ce noyau de chercheurs a noué des contacts fertiles dans les milieux universitaires à l'extérieur du Congo-Kinshasa et a bénéficié de soutien institutionnel extérieur. Aux Pays-Bas deux institutions ont appuyé leurs travaux, le SEPHIS (Programme for South-South Exchange on the History of Development) et la Prince Claus Fund (Fondation honorant la mémoire de l'époux de la reine des Pays-Bas) qui soutient les activités culturelles axées sur le développement. Avec le politologue sénégalais Mamadou Diouf (aujourd'hui directeur de l'Institut d'études africaines à l'Université Columbia à New York), nous avons été parmi les

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fondateurs

du SEPHIS

- Mamadou

Diouf en demeure

membre

alors que je suis actuellement membre du comité directeur du Prince Claus Fund. En ces qualités, et au nom de ces institutions, nous sommes heureux de cette parution de Marcel Mutombo Ngandu - d'autant plus que la recherche dont son livre est issu et sa publication ont bénéficié du soutien du SEPHIS. Marcel Ngandu Mutombo aborde l'un des sujets qui se situent au cœur de l'action du SEPHIS: la quête d'une histoire alternative, souvent dissimulée par le discours dominant sur le Passé, et l'ouverture au grand public d'un récit historique produit par ses acteurs. La préservation et la codification de sources nouvelles, souvent inexplorées, favorise la diversité des regards sur le Passé, et préserve la pluralité des initiatives locales en faveur du développement social et économique. Même s'ils sont majoritairement des hommes, les historiens de Lubumbashi manifestent un intérêt soutenu pour le rôle des femmes et leur vision du Passé. Les raisons profondes tiennent à l'évolution de la société locale. Bon nombre d'observateurs constatent, avec une certaine surprise, qu'en général les femmes savent mieux exploiter les maigres ressources grappillées à 6

la Crise qui sévit partout en Afrique. Le rétrécissement drastique des services publics tel qu'imposé par les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) des FMI/BM (années 1980), l'évolution des marchés de plus en plus erratique et imprévisible, la grande rareté des emplois salariés, sans oublier les conflits armés récurrents, locaux ou nationaux, laissent la majorité d'hommes démunis. Les activités des femmes dans le domaine socioéconomique bénéficient de l'appui des ONG et autres organismes oeuvrant en faveur du développement, notamment avec l'implantation des réseaux de micro-crédit. Il importe également de mettre en lumière le rôle croissant des femmes dans d'autres domaines de la vie locale: ne prennent-elles pas de plus en plus le leadership des nouvelles Eglises et autres institutions d'entraide associatives et communautaires? De toute évidence, ces femmes semblent préparer une autre société! Voilà où se situe l'intérêt du livre de Marcel Ngandu. Grande est la richesse des récits de vie détaillés mettant en lumière différentes femmes de Lubumbashi avec lesquelles l'auteur et les membres de son équipe de recherche se sont entretenus. Malgré le passage obligé par la traduction en français, l'auteur a réussi à conserver les caractéristiques propres à ces voix. Elles s'expriment en tant qu'actrices engagées dans le combat de leur temps, témoignent de leur propre inventivité et de celles de leurs soeurs, analysent les situations qu'elles doivent affronter avec un grand courage, identifient les problèmes, proposent des solutions. Le livre convainc parce que l'auteur s'est effacé derrière les voix de ces femmes, leur permettant ainsi de mieux résonner, leur donnant enfin l'occasion de se faire entendre. Le livre montre aussi, de façon parfois choquante, qu'il n'y a aucune raison de romancer la réalité vécue par celles qui s'expriment. Leur réalité quotidienne, les stéréotypes dominants - ce qu'un homme et une femme « peuvent et doivent faire» - imposent aux femmes de danser sur la corde raide. Elles vivent une existence pénible et dangereuse: si elles se montrent trop énergiques (ou trop capables!), elles risquent d'être accusées de sorcellerie; doivent veiller à protéger « la dignité» masculine, ne serait-ce que par des artifices; ne doivent jamais donner l'impression de saper l'autorité domestique de leur homme, sa « masculinité ». L'évocation vive et sans détour de tels problèmes fait de ce livre un témoignage éloquent du courage et du savoir-faire de telles femmes. 7

On espère que d'autres études issues des historiens de l'école de Lubumbashi creuseront davantage l'analyse diachronique des nouvelles réalités congolaises auxquelles femmes et hommes, générations adultes et plus jeunes, font face. Avant de laisser le lecteur s'imprégner de ces voix féminines qui parlent du Passé pour avoir le courage de transformer le Présent, rappelons deux autres études parues dans la même collection et dont les chercheurs de Lubumbashi (hommes et femmes) sont auteurs: Devenir universitaire, demeurer femme
Défi congolais, coordonné par le directeur de la collection (B. Jewsiewicki) et Bana Shaba abandonnés par leur père - Structure de l'autorité et histoire sociale de lafamille ouvrière au Katanga 1910-1997 par Donatien Dibwe dia Mwembu (la recherche dont ce livre est issu a également été soutenue par le SEPHIS). Peter Geschiere Université d'Amsterdam

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ChapitreI Les femmes aux origines des mouvements religieux au Katanga

À travers les récits de femmes, adeptes de ces mouvements, je présenterai d'abord le rôle attribué à Maman Mwilu et Leya Munyangue dans la naissance des associations des Mamans kimbanguistes et Mamans Kipendano.

1. Simon Kimbangu et son épouse Marie Mwilu Kiawanga
Marie-Paule Mujinga, une kimbanguiste, nous raconte:
L'histoire, le fonctionnement de l'association des femmes kimbanguistes sont intimement liés à la vie, à l' œuvre de Marie Mwilu Kiawanga, l'épouse du prophète et serviteur de Dieu Papa Simon Kimbangu. Marie Mwilu Kiawanga Nzitani a vu le jour à Nkamba dans le Bas-Congo, le 7 juin 1880. Elle est issue de l'union entre papa Mfuka et maman Nkuba. Elle fut l'aînée d'une famille de deux enfants. Orpheline de père dès son bas âge, elle fut élevée par sa mère qui se remaria à papa Kuyela, également veuf et père de Simon Kimbangu. Devenue adulte, Marie Mwilu fut prise en mariage par papa Don Peleto Pata Miabongo, oncle de Simon Kimbangu. A la mort de Don Peleto, Marie Mwilu fut léguée à papa Simon Kimbangu, neveu du défunt. Car Don Peleto ne voulait pas qu'au lendemain de son décès Marie Mwilu Kiawanga tombe entre les mains des impurs, c'était donc pour le bon sens et l'honneur de la famille.

Marie Mwilu Kiawanga Nzitani fut baptisée dans la rivière Tombe dans le Bas-Congo à la mission baptiste Ngabu Lutete, le 24 juillet 1915. Marie Mwilu Kiawanga se remaria religieusement à Papa Simon Kimbangu à cette même date. Ils eurent trois fils: Kisolokelo Lukelo Charles Damien, né à Nkamba le 12 février 1914 et décédé à Bruxelles le 17 mars 1992 ; Dialungana Kiangani Salomon, né à Nkamba le 25 mai 1916, décédé; Diangenda

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Kutima Joseph, né à Nkamba le 22 mars 1918 et décédé à Genève (Suisse) le 8 juillet 1982. Le couple Marie Mwilu-Simon Kimbangu fut un couple modèle que tout le monde citait en exemple. Pendant que Simon Kimbangu avait pu réunir les villageois pour leur prêcher la Bonne Nouvelle dans le cadre de l'exercice de sa mission pastorale, son épouse oeuvrait de son côté pour les enfants, en prodiguant des conseils à l'entourage familial. Elle ne savait ni lire ni écrire, d'autant qu'à son époque il était interdit à la femme d'accéder à l'instruction - il fallait plutôt qu'elle vaque aux occupations ménagères, aux travaux domestiques et à ses maternités. A l'exemple de son mari, Marie Mwilu Kiawanga s'entretenait avec les autres femmes à propos de la Parole de Dieu, cela chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Ce fut là le début de son expérience spirituelle qui va continuer jusqu'à l'appel de son époux Simon Kimbangu. Quand Simon Kimbangu conversait avec Jésus-Christ dans la chambre voisine, son épouse pouvait l'entendre parler, mais elle ne pouvait pas entendre l'illustre voix de l'Interlocuteur divin. C'est ainsi que constamment elle se posait la question: mon mari est-il devenu fou? Avec qui converse-t-il ainsi chaque jour? Jusqu'à se donner le courage de poser ouvertement la question à Kimbangu, qui lui répondit:
C'est Jésus Christ qui me parle. Il me demande de débuter Son œuvre afm de démontrer au monde l'Amour et la Puissance divine. Je Lui ai proposé de confier cette mission à quelqu'un autre, au pasteur Ngombe Lutete, mais sans pour autant le convaincre.

Mais Marie Mwilu Kiawanga n'était pas convaincue. Comment Christ déjà mort depuis des siècles pouvait-il régulièrement venir parler à son mari !? Et, même si c'était vrai, pourquoi Jésus-Christ avait-il fixé son choix sur Simon Kimbangu ? Sur quel critère Sa décision se fondait-elle? De son côté, Simon Kimbangu ne cessait de répéter à son épouse: Je te répète que c'est Jésus Christ qui me parle. Je ne
suis pas fou. Tu ne dois pas mettre en doute ce que je te dis.

Maman Mwilu demanda donc pardon à Papa Simon Kimbangu, avant de lui dire: « Que la volonté de Dieu se fasse ». 10

L'entretien se termina par une prière. Papa Simon Kimbangu savait que le bouleversement spirituel qui le projetterait au centre de l'actualité n'allait pas tarder à se produire et il en faisait part à son épouse afin de la préparer moralement, psychologiquement et physiquement. Le soir du 5 avril 1921, chose inhabituelle, Simon Kimbangu lui demanda de faire sonner la cloche de la chapelle le lendemain à 6 heures du matin, ce dont Marie Mwilu s'exécuta. Elle était le premier soutien de son mari. Elle ne cessait de demander à son mari de tenir bon en se confiant toujours à Dieu. Elle était l'appui affectif de Simon Kimbangu et de son ministère. En 1918, Simon Kimbangu a reçu «l'appel» pour accomplir le ministère de Dieu. En 1921, il est arrêté avant d'être mis en prison jusqu'à sa mort en 1951. C'est grâce à l'action héroïque de Maman Marie Mwilu Kiawanga que le Kimbanguisme a survécu aux vicissitudes du pouvoir colonial. Le mérite de cette femme est d'avoir pris courageusement la direction spirituel du mouvement durant l'emprisonnement puis la déportation de son mari. Elle a eu le mérite non seulement de transmettre aux générations futures l'enseignement prophétique de Simon Kimbangu, mais aussi et surtout de préparer spirituellement les futurs responsables de l'Eglise de demain. Un événement important eut lieu le 12 avril 1959. Marie Mwilu Kiawanga désigna les pasteurs, diacres, catéchistes, etc. afin d'assurer la continuité de l'œuvre divine entreprise par Papa Simon Kimbangu inspiré par l'Esprit Saint. C'est le cas du révérend Mutadila Ndalazafwa Lucien et de Tsambu Twasilwa André qui restèrent aux côtés de Marie Mwilu. Enfin, l'épouse de Kimbangu joua efficacement le rôle de responsable du mouvement kimbanguiste dans les périodes difficiles. En 1958, soit 8 mois après sa mort, il se produisit un événement: la reconnaissance officielle par le pouvoir colonial du kimbanguisme comme religion chrétienne. L'action de Marie Mwilu Kiawanga a été décisive dans la mesure où elle permit de jeter les bases de ce courant religieux. Sans elle, sans ses actes, le kimbanguisme ne serait pas ce qu'il est. Pour cela, elle dut braver le pouvoir colonial et son statut inférieur en tant que femme. Son expérience de vie fait honneur à ses soeurs. Elle est non seulement un exemple pour la femme africaine mais aussi pour l'homme africain. Son œuvre a porté des fruits. C'est ainsi qu'à Nkamba (Bas-Congo), le temple kimbanguiste inauguré en 1981 a une capacité de 37 000 places. Un 11

domaine pouvant accueillir 3 Chefs d'Etat et leur suite a été construit encore à Nkamba, en mémoire de Simon Kimbangu, de son épouse Marie Mwilu, ainsi que d'autres collaborateurs sacerdotaux. La Maison du Roi Salomon a été inaugurée le 6 avril 1999 toujours à Nkamba. Là encore, 150 logements-studios pour visiteurs sont en passe d'être terminés; ils serviront à accueillir les frères afro-américains qui regagneront un jour leur terroir, conformément aux prophéties de Simon Kimbangu (1921). Le temple de Matete (à Kinshasa) fut inauguré le 25 décembre 1966 en présence des autorités mobutistes de la toute récente Hème République. Au Katanga, et plus particulièrement à Lubumbashi, on trouve le mausolée Simon Kimbangu dans le cimetière Sapin. La prison Kasombo a été 'consacrée' au kimbanguisme à cause du Serviteur de Dieu que fut son plus illustre pensionnaire Simon Kimbangu; elle abrite aujourd'hui le bureau de la représentation provinciale du mouvement kimbanguiste. Il y a également le temple du Centenaire glorifiant Simon Kimbangu, situé à Lubumbashi (avenue des Femmes Katangaises), et inauguré le 12 décembre 1999 en présence du gouverneur de province Augustin Katumba Mwanke. En outre, des écoles, des hôpitaux, et bien d'autres édifices sociaux ont été érigés par les kimbanguistes. Il faut souligner que, depuis la reconnaissance de l'Église Kimbanguiste jusqu'à ce jour, l'Église de Simon Kimbangu n'a jamais bénéficié d'une aide extérieure. Seule la volonté de ses fidèles, leurs dons incessants, l'ont rendue indépendante des pouvoirs politiques, etc. - et c'est sa fierté! Marie Mwilu était d'une grande sagesse malgré son manque d'instruction. Elle était capable de résoudre spirituellement tous les problèmes des adeptes, ainsi que le faisait son époux, sans doute guidée elle aussi par l'Esprit Saint. Dès lors, le ministère de la Femme a pénétré l'Eglise Kimbanguiste. Lorsque sa fin fut proche, elle appela son fils Kialungana Kiangani Salomon pour une dernière parole:
Mon fils, bientôt, je vais vous quitter pour aller auprès de votre père mais je vous prie de garder, de perpétuer l'œuvre amorcée par lui. Mon seul témoignage est que j'ai gardé le mouvement depuis 1921. Maintenant je vais mourir, ce qui me reste à faire je vais l'arranger avec votre père. Aimez-vous les uns les autres, sinon je resterai à la porte.

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Le 27 avril 1959 à 12 heures, Marie Mwilu Kiawanga, âgée de 79 ans, rendit l'âme à Nkamba, dans la Paix du Seigneur. Et le 27 avril de chaque année, les kimbanguistes l'honorent.

2. L'Association des Femmes Kimbanguistes (AFKI)
La création de l'Association des Femmes Kimbanguistes (AFKI) devenant nécessaire, elle naquit le 8 octobre 1965, avec pour fondement l'expérience spirituelle de Marie Mwilu Kiawanga Nzitani, épouse de Papa Simon Kimbangu. Les kimbanguistes femmes sont appelées à actualiser, perfectionner le« témoignage» de Marie Mwilu. C'est dans ce cadre que leur association a pour objectif d'assurer la promotion globale de la femme dans tous les domaines de la vie sociale, pour en faire une bonne chrétienne. Formation qui se veut solide, durable, dans le but de susciter un équilibre physique, moral, intellectuel et religieux. La femme kimbanguiste doit se familiariser avec tous les domaines de l'existence: bonne épouse, bonne mère, bonne voisine, etc. Elle sera alors comme un agent transformateur de son milieu, en vue du bien-être familial et social. L'A.F.KI poursuit plusieurs objectifs à savoir: La formation et l'émancipation des femmes kimbanguiste et des mamans congolaises en général; La lutte contre l'analphabétisme féminin; L'assistance aux indigents (prisonniers, veuves, orphelins) ; La sensibilisation des femmes au domaine agricole; La création des centres de promotion sociale; La sauvegarde des valeurs morales et chrétiennes; La mobilisation spirituelle permanente; La lutte contre le chômage des filles et femmes par leur formation professionnelle; La création de mutuelles féminines. Voici le témoignage très détaillé de la kimbanguiste MariePaul Mujinga :
La contribution des femmes au sein de l'Eglise kimbanguiste n'est plus à démontrer. C'est Marie Mwilu Kiawanga Nzitani qui l'a inaugurée. Je réponds au nom de

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Madame Mujinga Marie-Paul. J'ai vu le jour en 1950 dans une famille de 8 enfants (5 garçons et 3 filles), dont j'occupe la troisième place; je suis la fille aillée de la famille. J'ai été épousée au moment où je venais de terminer mes études secondaires. Mon mari a travaillé durant sa carrière professionnelle à la S.N.EL. En 1977, il a été transféré à Lubumbashi après avoir travaillé à la S.N.EL/Likasi. C'est en 1977 que nous nous sommes installés à Lubumbashi. Sitôt arrivé à Lubumbashi, mon mari quitta l'Eglise Méthodiste dont il était membre jusque-là. Quant à moi, je ne pouvais pas en faire autrement: je fus obligée de rejoindre mon mari au sein de l'Eglise kimbanguiste. Mais avant de continuer, je vais faire marche arrière pour donner quelques détails... A un moment donné, nous fûmes endeuillés par le décès d'un enfant atteint d'un cancer du foie. Les membres de l'Eglise méthodiste n'étaient pas avec nous; ils nous avaient tourné le dos, abandonnés en somme. Mon mari et moi étions non seulement déçus mais aussi et surtout déséquilibrés. Notre foi était ébranlée. A la même période, un ami de mon mari perdit son enfant. Lui était membre de l'Eglise kimbanguiste et toute son Eglise s'était mobilisée pour l'assister. Il n'avait pas dépensé un sou, car les membres de l'Eglise avaient pris le deuil à leur charge. Du début à la fm, ils avaient pris le deuil en charge. L'encadrement, l'assistance: tout avait été impeccable. Voyant cela, mon mari me dit: «Voilà la vraie Eglise, Celle qu'il faut fréquenter. Voilà comment ses membres s'organisent pour assurer l'assistance à tous. Je crois que nous devons tirer des leçons. Désormais, je ne vais plus fréquenter mon Eglise. Je vais fréquenter cette Eglise-là! Ainsi, le jour où j'aurai des problèmes, je bénéficierai d'une assistance digne de ce nom, au lieu de perdre mon temps en restant dans cette Eglise déjà dépassée, vieillie... Je vais adhérer à l'Eglise kimbanguiste. Je vois que c'est ce qu'il me faut. Je crois que tu me comprendras, et tu vas me rejoindre. » C'est ainsi chaque Dimanche, nous nous rendions au culte. Quant à la journée du Vendredi, c'est un grand jour pour les mamans kimbanguistes. Toutes sont invitées à se recueillir à la prison de Kasombo. C'est là que Simon Kimbangu fut interné jusqu'au jour de son décès. Cet endroit est devenu un lieu de recueillement, c'est un lieu saint. Quelque temps après, nous eûmes des deuils: le premier concerna mon beau-père et le second ma propre mère. L'aide des Kimbanguistes fut impeccable. Les membres de l'Eglise se mobilisèrent tous pour être avec nous. Nous avons bénéficié d'un encadrement tel que nous nous n'avons pas

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regretté d'avoir adhéré à cette Eglise - au contraire! Ce sont ses membres qui ont organisé une cotisation pour supporter toutes les dépenses. Leur soutien était à la fois moral, spirituel et fmancier (matériel). Des membres de notre famille ont voulu créer la confusion en mettant en avant le respect de la coutume. Mais ils ont trouvé sur leur chemin les membres de l'Eglise kimbanguiste qui ont imposé les pratiques chrétiennes. C'est ainsi que nos traditionalistes n'ont rien pu faire. Après le deuil, ils sont partis la queue entre les jambes! Lorsque le deuil fut levé, nous reçûmes la visite de quelques membres de notre nouvelle Eglise. Après un entretien d'une demi-heure, l'un d'eux prit ainsi la parole: « Le deuil est levé mais vous devez avoir effectué beaucoup de dépenses. Pour le moment, vous devez être affaiblis sur le plan financier. C'est pour cette raison que nous avons décidé de vous donner un montant qui vous permettra de faire face à la situation. En outre, vous allez continuer à recevoir des visiteurs. Vous allez devoir leur payer quelque chose. Il ne faut pas que le deuil vous dépouille de tout... »Dans l'enveloppe, il y avait un montant consistant qui nous permit de payer des provisions pour plus de trois semaines. Ce qui nous a redonné courage. Nous avons continuer à prester au sein de l'Eglise kimbanguiste. Nous avons évolué. Je ne fréquentais pas encore l'Association des femmes kimbanguistes. Mon mari ne voulait pas me le permettre malgré ma volonté d'adhérer à l'A.F.KI. Lorsque je lui posai le problème, il me répondait ainsi: « Écoute ma femme, je te demande de bien vouloir me faire confiance. Franchement, je vais te dire que je n'ai pas confiance dans ces histoires d'association de femmes. Ce sont des associations qui ne m'inspirent pas confiance. Lorsqu'une femme adhère à un groupement féminin, elle est au départ disciplinée, docile à ses obligations d'épouse... Et puis, tout change soudain, on la voit emportée par le vent de la prostitution, du vagabondage sexuel. Elle est distraite, absente de son foyer à tout moment, prétextant se consacrer aux activités de l'association. S'ensuit l'insoumission au mari. La conséquence de cela, c'est la survie du foyer qui est menacée. Je ne voudrais pas qu'il en soit ainsi pour notre foyer. Je ne voudrais pas non plus t'exposer. Tu es la femme que j'aime et je n'accepterai jamais que ton image soit souillée. C'est pour cette raison que je veux que tu te contentes de prendre part aux cultes organisés par l'Eglise et, pour le reste, tu dois toujours être disponible au foyer. Ce n'est qu'ainsi que tu pourras t'acquitter de tes obligations en tant qu'épouse et mère. »

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Honnêtement, je dois dire que je partageais le même point de vue que mon époux. Je me méfiais des associations féminines. Pour moi, ce genre d'associations véhiculait les antivaleurs. Par exemple, les femmes commerçantes: tous les jours, après le marché, elles se retrouvaient dans des bars, dans les nganda, consommant de la bière, allant même pour certaines jusqu'à se prostituer! Et de retour chez elles, certaines sont pratiquement incapables de se consacrer aux activités ménagères. Elles ne s'occupent plus de leur mari qui sont les grands oubliés. Ce sont des femmes qui font la loi dans leur foyer, qui en imposent à leur mari. Par ailleurs, il y a également au sein du M.P.R. [le parti-Etat dit Mouvement Populaire de la Révolution, sous Mobutu] le « Bureau» de la condition féminine (BUPROF), c'est-à-dire des groupements féminins dépravés (initiés à « la vie légère »). Je connais certaines de ses membres qui initiaient même leurs filles à la débauche! Quant à elles, elles s'offraient à tout homme qui les payait! Il faut donc bien reconnaître que certaines de ces associations féminines, véhiculant les antivaleurs, ont joué un grand rôle dans le renversement des valeurs morales. A cause de cela, nous étions méfiants même à l'égard de l'Association des Femmes Kimbanguistes et nous le sommes restés durant des années. Je me suis tenue à l'écart, méfiante, persuadée que j'étais que toutes les femmes d'AF.KI étaient des femmes infidèles, imposant la loi dans leur foyer... Après quelques années, mon mari et moi avons appris l'œuvre réalisée par Marie Mwilu Kiawanga Nzitani. C'était à l'occasion de l'anniversaire de son décès, et tous les détails de son parcours nous ont été révélés. Je ne pouvais supposer qu'une femme ait pu réaliser une œuvre aussi grandiose! Pour moi, c'était l'honneur de toutes les femmes...

Notre informatrice conclura momentanément ainsi:
Pour perpétuer, actualiser cette œuvre ô combien grandiose, les femmes kimbanguistes se retrouvent au sein de l'Association des Femmes Kimbanguistes. C'est Marie Mwilu qui a inauguré le Ministère de la Femme au sein de l'Eglise. Les membres de l' AFKI ont comme modèle l'épouse du Prophète de Dieu, Papa Simon Kimbangu. C'est elle qui a jeté les bases de l'Eglise. L'AF.KI se mobilise pour aider la Femme à concourir largement au rayonnement de l'Eglise. Je t'avoue que, séduite par ce Témoignage, je me suis dit qu'il me fallait adhérer à l' AF .KI. Il me fallait, de toutes façons, œuvrer dans ce sens. Cependant, ce qui venait d'être dit,

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