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Former les prêtres en Afrique

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Aujourd'hui, les églises que les Pères Blancs ont fondées en Afrique centrale et orientale sont vivantes. Toutefois, cette Afrique est toujours aux prises avec beaucoup de problèmes. Dans ces situations, le prêtre semble non préparé à proposer une voie de salut. Cet ouvrage veut faire comprendre la créativité des Pères Blancs, capables de proposer un modèle de personnes selon les exigences d'une époque. Il démontre qu'ils ne sont pas restés esclaves de la mentalité éducative de leur temps, héritée du Concile de Trente.

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Ajouté le 01 février 2008
EAN13 9782296186040
Langue Français
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FORMER LES PRÊTRES EN AFRIQUE

<QL' Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04417-5 EAN : 9782296044175

Méthode GAHUNGU

FORMER LES PRÊTRES EN AFRIQUE
Le rôle des Pères Blancs
(1879-1936)

L'Harmattan

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions Mandiouf Mauro SIDIBE, La fin de Sékou Touré, échos sonores et radiophoniques, 2007. Edmond BILOA, Le français des romanciers négro-africains. Appropriation, variationnisme, multilinguisme et normes, 2007. Jean Yaovi DEGLI, Togo: à quand l'alternance politique ?, 2007. Fabrice NGUIABAMA-MAKA YA (sous la dir.), Colonisation et colonisés au Gabon, 2007. Josiane TANTCHOU, Épidémie et politique en Afrique, 2007. Alsény René Gomez, Camp Boiro, Parler ou périr, 2007. Paulin KIALO, Anthropologie de laforêt, 2007. Bruno JAFFRE, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort..., nouvelle édition revue et augmentée, 2007. Mbog BAS SONG, Les fondements de l'état de droit en Afrique précoloniale, 2007. Igniatiana SHONGEDZA, Les programmes du Commonwealth au Zimbabwe et en République sud-africaine, 2007. Fidèle MIALOUNDAMA (sous la dir.), Le koko ou Mfumbu (Gnétacéés), plante alimentaire d'Afrique Centrale, 2007. Jean de la Croix KUDADA, Les préalables d'une démocratie ouverte en Afrique noire. Esquisse d'une philosophie économique, 2007. Jacques CHATUÉ, Basile-Juléat Fouda, 2007. Bernard LABA NZUZI, L'équation congolaise, 2007. Ignatiana SHONGEDZA, Démographie scolaire en Afrique australe, 2007. Olivier CLAIRAT, L'école de Diawar et l'éducation au Sénégal, 2007. Mwamba TSHIBANGU, Congo-Kinshasa ou la dictature en série, 2007. Honorine NGOU, Mariage et Violence dans la Société Traditionnelle Fang au Gabon, 2007. Raymond Guisso DOGORE, La Côte d'lvoire: construire le développement durable, 2007. André-Bernard ERGO, L 'héritage de la Congolie, 2007.

A tous les Pères Blancs qui se sont donnés corps et âlne pour offrir à l'Afrique un clergé digne, ainsi qu'à tous les fonnateurs soucieux de préparer des prêtres capables d'évangéliser le monde de leur temps. "«Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nonl du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce queje vous ai prescrit» (Mt 28, 19)

Nous voulons exprimer notre recolmaissance à la Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples, pour la bonne contribution qui a permis de réaliser cette publication. Notre gratitude va aussi à l'évêque de Bujumbura qui nous a toujours prodigué son encouragement et soutien. Nous SOlnmesreconnaissants aussi pour tous les amis et collaborateurs de l'Université pontificale salésienne qui nous soutiennent toujours par leurs conseils.

SIGLES ET ABRÉVIATIONS
AAS ACCT Afer A.F .E.R. Acta apostolicae sedis (à partir de 1909) Agence de Coopération Culturelle et Technique African Ecclesiastical Review Africanae Fraternae Ephemerides Romanae, Bulletin de la Conférence des Missions Catholiques d'Afrique, Roma, n° 1, 1932. Et autres (pour une œuvre collective) Association of Member Episcopal Conferences in Eastern Africa, comprenant l'Ethiopie, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, l'Ouganda, la Tanzanie et la Zambie. Archives des Pères Blancs à ROIne Article de loi ou de la constitution Acta Sanctae Sedis (41 volumes, de 1865 à 1908, suivi de AAS) Ancien Testament C'est-à-dire Norme du code de Droit canon Centre d'Étude et de documentation africaine (Bruxelles) [Bulletin Trimestriel du] Centre d'Etude des Problèmes Sociaux Indigènes Centre d'Etudes des Religions africaines Codex luris Canonici (Code de Droit canon) Centrum Informationis Patrum Alborum Centre de recherches et d'échanges sur la diffusion et l'inculturation du christianisme [31, Place Bellecour, 69002 Lyon, France]. Collection Dactylographié Dossier ou document des Archives des Pères Blancs à Rome Edition ou Edizione Responsable principal d'une œuvre de plusieurs
co Ilab orateurs

Al. AMECEA

APB Art. ASS A.T. C.à.d. Can. CEDAF C.E.P .S.L CERA C.I.C. C.LP.A. CREDIC

Coll. Dact. Dos. Ed. (Ed.) EMI F.LU.C. h HabIKm2 LAS

Editrice Missionaria Italiana de Bologne Fédération Internationale des Universités Catholiques Heure Nombre d'habitants par Kilomètre carré Libreria Ateneo Salesiano, Piazza dell'Ateneo Salesiano, 1 - 00139 Roma

LL.EE Mgr Mns N° ( ou nO) N.B. NRSM NRT N.T. Num. ONU p./pp. P. P.A. PAS PDV Polyc. PP. Proto PUF P.U.G. R.P. S.C. SCEAM [s.d.] [s.l.] SMA S.D.N T. T.R.P. U.C.L. UNESCO

V.A. Vol.

Leurs Excellences Monseigneur Manuscrit Numero Nota bene (Notez bien). Nouvelle Revue de Science Missionnaire Nouvelle Revue Théologique Nouveau Testament Numéro Organisation des Nations Unies Page/pages Père Préfecture Apostolique Pontificio Ateneo Salesiano (ou Université Pontificale Salésienne de Rome) Pastores dabo vobis, Exhortation apostolique de JeanPaul II sur la formation des prêtres, 1992 Polycopié Pères Protocole Presses Universitaires de France Pontificia Università Gregoriana Révérend Père Sacré Congrégation Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar Livre ou document sans date ou année d'édition Livre ou document sans lieu d'édition Société des Missions africaines de Lyon. Société des Nations Tome Très Révérend Père Université Catholique de Louvain United Nations Educational, Scientific and Cultural Organisation (Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture) Vicariat Apostolique Volulne

Avallt-propos
LE SOUCI DE TROUVER LES MÉTHODES APPROPRIÉES POUR FORMER LES PRÊTRES

Le thème et le but de cette étude
« Les œuvres de la mission sont les suivantes: les séminaires, orphelinats, et écoles indigènes. Nous les plaçons en tête parce qu'ils sont, sans contredit, l'œuvre la plus importante ».1 Ces paroles ont été prononcées par le fondateur des Missionnaires d'Afrique ou Pères Blancs, le Cardinal Lavigerie, lors de la présentation de son projet missionnaire. Il se prépare à envoyer "ses fils" en Afrique des Grands Lacs.2 Cette partie de l'Afrique qu'il a cherchée à connaître et à libérer de l'esclavage, a été évangélisée par les missionnaires qu'il a luimême réunis, formés et envoyés. Les premiers Pères Blancs arrivent dans cette partie de l'Afrique en 1879. Ils arrivent par mandat de Rome qui, au 19èmesiècle, commence à centraliser le mouvement d'évangélisation, dans lequel se situent les Pères Blancs. Pour rendre la mission plus efficace, Rome constituera en effet des délégations et érigera des préfectures et des vicariats apostoliques.3 Les Pères Blancs commencent à semer la Parole de Dieu dans les cœurs des Africains, à former des collaborateurs pour leur apostolat (des catéchistes surtout au-début, et des prêtres par la suite). Ils construisent des sélninaires pour la formation du clergé autochtone. Le développement
1 Règles de la Société des Missionnaires d'Afrique, Alger, Maison-Carrée, 1874, p. 4. 2 Cette partie de l'Afrique confiée aux Pères Blancs couvre les pays situés autour des Grands-Lacs africains. Lire dans l'introduction: Objectifs et délinÛtation du sujet. 3 Les vicaires et les préfets apostoliques sont des prélats (évêques ou prêtres) qui dirigent des territoires d'apostolat comme vicaires ou représentants du pape. Ils sont presque toujours choisis parmi les membres de la Congrégation ou Institut missionnaire présent sur place. Ils dépendent donc aussi de leurs Supérieurs dans l'Institut. Ils peuvent donc être changés plus facilement que les évêques diocésains. Ils organisent tout le travail missionnaire sur le territoire qui leur est confié et envoient régulièrement des rapports à Rome (à la Congrégation de la Propagande) avec des statistiques des conversions, des baptêmes, de la réception des sacrements, et des affaires importantes concernant le vicariat. Quant aux délégués apostoliques, ils ont plutôt le rôle de tenir le Saint-Siège au courant de ce qui se fait dans les vicariats et de régler certains problèmes importants. On pourrait les rapprocher de quelque façon aux nonces apostoliques d'aujourd'hui. Cf. J. BRICOUT (dir.), Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, T.4, Paris, Librairie Letouzey et Ané, 1926, Col. 1028-1029.

de l'œuvre des séminaires ne suit cependant pas le même rythme dans toutes les régions de cette partie de l'Afrique. Certains vicariats comme celui de l'Ouganda par exemple avancent à un pas de géant, tandis que d'autres traînent, font marche sur place.4 Là réside le principal point d'interrogation auquel nous nous proposons de répondre. Y aurait-il quelque responsabilité directe des protagonistes sur place? Y a-t-il d'autres qui se sont mis au travail avec efficacité et compétence? Y a-t-il eu des indications méthodologiques et pédagogiques suffisantes pour commencer? Y aurait-il des vicaires apostoliques et des pères qui auraient découragé cette œuvre comme prématurée ou qui seraient restés indifférents? Les premiers protagonistes de la formation dans les séminaires seront-ils obligés de chercher eux-mêmes les meilleures méthodes pour une bonne transmission du savoir ?5 Les moyens méthodologiques vontils donc différer selon les vicariats, tout en poursuivant la réalisation d'un même idéal de prêtres?6 Nous verrons que certaines personnalités se distingueront et se montreront plus entreprenantes et tenaces dans ce domaine de la formation du clergé locale. Les vicariats de Mgr Hirth, de Mgr Streicher, et de Mgr Roelens et son vicaire coadjuteur Mgr Huys, per exemple, seront plus dynamiques que les autres.? Toutefois nous pouvons affirmer que les protagonistes dans cette œuvre si louable sont nombreux. Certaines figures étaient tellement attachées à cette œuvre qu'elles ont demandé de finir leur vie sur là terre au séminaire, et d'y être enterré. Cette réflexion veut donc être un signe de reconnaissance envers ces nombreux missionnaires qui ont donné leur vie pour l'Afrique, la Société missionnaire des Pères Blancs et les familles qui ont envoyé ces hérauts de l'évangile. Nous avons donc intitulé ce travail de recherche: "La formation dans les sén1inaires en Afrique. Les Pères Blancs et leurs lignes n1éthodologiques (1879-1936)." Nous voulons fixer l'attention sur les héros de cette œuvre, les principaux acteurs de la formation des preluiers

4 Nous remarquons que les premières ordinations de prêtres autochtones ont eu lieu respectivement en 1913 pour l'Ouganda, en 1917 pour le Haut-Congo (ex-Zaïre ou République Démocratique du Congo actuelle) et en 1925 pour le Burundi par exemple (cf. SACRA CONGREGAZIONE PER L'EVANGELIZZAZIONE DEI POPOLI, Guida delle Missioni Cattoliche, 5a ed., 1975, p. 475, 481 et 391). L'Ouganda (territoire sous administration anglaise avec grande menace du protestantisme sur la religion catholique) est présenté comme le vicariat le plus actif. Cf. R. HEREMANS, L'éducation dans les missions des Pères Blancs en Afrique Centrale (1879-1914). Objectifs et réalisations, Bruxelles, Nauwelaerts, 1983, p. 396. Pour comprendre cette conclusion, on pourrait lire tout le chapitre qui parle des séminaires (Cfr Ibiden1,p. 354-396). 5 Cf. R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 398. 6 Voir: Ibiden1, p. 416. 7 Cf. Ibidem, p. 385-396 et 410. 12

séminaires de cette partie de l'Afrique. L'étude présentera les grands protagonistes pour chaque séminaire de la région, et les lignes pédagogiques qu'ils ont proposées dans la formation. Le but de cette recherche n'est pas seulement la connaissance des faits historiques liés à la fondation des séminaires. Il ne s'agit pas non plus d'une pure découverte du passé. Notre désir est de permettre au lecteur de puiser dans la pratique formative de ces missionnaires d'hier des éléments utiles pour orienter la formation d'aujourd'hui. Ce n'est pas si évident que la course de l'homme d'aujourd'hui à la recherche des stratégies à l'avant-garde, constitue toujours une garantie de bons résultats dans l'éducation et la formation. Notre hypothèse de recherche est donc celle-ci. Les Pères Blancs sur le terrain, surtout les vicaires apostoliques responsables des différentes zones de mission, ont été très déterminants dans l'évolution de l'œuvre de formation et de l'éducation du clergé local. Leur préparation antérieure, leur expérience pastorale et leurs convictions personnelles ont joué un rôle fondamenta1.8 Les vicaires apostoliques ont démontré leur
8 Dans le langage courant, les termes "fornlation" et "éd'!lcation'. sont souvent utilisés comme synonymes. On entend parler indistinctement de formation ou d'éducation dans les écoles. Ces termes ont un contenu de signification très proche. Par formation, on entend le processus évolutif par lequel l'homme se développe à travers les différentes étapes de la vie jusqu'à constituer sa personnalité propre. Former consiste donc à porter à une forme plus complète ce qui, au départ, était incomplet et non organisé [cf. G. CACCIATORE (dir.), Enciclopedia del sacerdozio, Firenze, Libreria Editrice Fiorentina, 1953, p. 91; C. NANNI, L'educazione tra crisi e ricerca di senso, 2a ed., Roma, LAS, 1990, p. 60]. C'est aussi le résultat du processus par lequel les capacités et les potentialités de l'homme sont portées à la maturation par l'action des apports socioculturels et historiques du milieu dans lequel on vit et par l'aide des figures et des institutions spécialisées. Le terme "formation'" dérive du latin "fornla" qui désigne originairement l'image d'un être parvenu à sa maturité et perfection selon son espèce. "Fornla" a aussi le sens de modèle, d'imitation. Certains Pères de l'église diront par exemple que Jésus est la fornla des vertus (cf Ibidenl, p. 59-60). Les figures qui interviennent dans ce processus sont les parents, les éducateurs, les maîtres, les enseignants, les instituteurs, les animateurs, les assistants, etc., et des institutions comme la famille, l'école, l'église, les groupes, les associations, les mass-media, les organisations sociales du sport et des loisirs (sur les notions defornlation et d'éducation, lire surtout p. 54-70 et 115-120). Cependant, toutes les activités formatives ne sont pas éducatives. Certaines actions ont seulement pour but de faire de l'homme un être social mûr, qui a un rôle spécifique à jouer. On fait œuvre d'éducation quand on aide à grandir en humanité, quand on contribue à l'édification d'une personnalité menant, dans son vécu quotidien individuel et social, une existence consciente, libre et responsable. La formation comme l'éducation mettent toujours en présence des facteurs subjectifs, (c'est-à-dire l'ensemble des facultés et des dispositions intérieures du sujet en formation) et des facteurs objectifs constitués principalement du formateur. Aujourd'hui dans l'enseignement par exemple, le maître et l'élève sont tous deux considérés comme protagonistes de l'action formative, mais pas au même titre naturellement. L'élève n'est plus un objet passif des actions éducatives sur lui. n prend position, participe activement à son auto-éducation (voir: C. NANNI, L'educazione tra crisi e ricerca di senso..., p. 118-119). On pourrait citer aussi comme facteurs objectifs le milieu scolaire avec son climat social, avec la qualité des relations 13

originalité dans les lignes Inéthodologiques proposées dans la fonnation des prêtres africains. Mais il est vrai aussi qu'ils ont gardé comme base commune les directives et instructions fournies par ROIne, leur fondateur et leur Supérieur général. La détermination à soutenir l'œuvre de fonnation du clergé local variera sûrement selon leur préparation et leur personnalité.9

La délimitation du sujet
Tel que nous venons de l'annoncer, ce thème est très vaste et pourrait être traité sous plusieurs angles par d'autres disciplines scientifiques. L'histoire de l'égli~e, par exemple, pourrait faire, en suivant sa méthode propre, un exposé critique de la suite des événements qui ont marqué l'évangélisation de cette région de l'Afrique et la formation du clergé local. Beaucoup d'exemples que fournit cette étude se réfèrent aux grands protagonistes de l'évangélisation de cette région, dans les décisions qu'ils ont prises en faveur de la fonnation du clergé. Les documents inédits des Pères Blancs comme les rapports annuels, les correspondances et les diaires sont beaucoup utilisés pour présenter l'action et la pensée pédagogique des différents protagonistes. L'évaluation suppose une analyse critique des documents10 pour apprécier l' œuvr~ faite et relever aussi ses limites. Ainsi, cette étude cherchera de comprendre les objectifs11 poursuivis par ces missionnaires
entre élèves et enseignants, avec les conditions physiques des salles de classes et les équipements et le matériel didactique de l'école (Cf. R. TITONE, Metodologia didattica. I: Orientamenti e problemi, Zürich, PAS-Verlag, 1963, p. 277-278). 9 Des personnalités comme Mgr Jean Hirth pour le Nyanza méridional, Mgr Henry Streicher pour l'Ouganda, et Mgr Victor Rœlens et Auguste Huys pour le Haut-Congo, vont marquer toute l'histoire de l'œuvre du clergé en Afrique des Grands Lacs (cf. M. GAHUNGU, Les nléthodes des Pères Blancs dans l 'œuvre des séminaires pour le clergé local en Afrique des Grands Lacs, Rome, Université Pontificale Salésienne, Thèse de Doctorat en Sciences de l'éducation, 1998, p. 136-138, 165-166, 212-213). Leur détermination à créer et à soutenir les séminaires malgré l'opposition farouche de beaucoup de missionnaires leur a valu le renom qu'ils gardent même aujourd'hui. 10 Ce travail va recourir de temps à autre à la critique historique. Dans l'analyse critique du document, l'historien doit se demander qui a écrit ce document, quand, comment et où il a été rédigé, le motif de sa production (cf « Histoire.- A. Statut scientifique de l'histoire }),in Encyclopaedia Universalis, Corpus 9, Paris, S.A., 1985, p. 354, Col. 3). Il La détermination des objectifs est une chose indispensable dans un projet de formation. On ne peut pas parler de la question des méthodes de formation, sans évoquer celle des objectifs. En effet, ce sont eux qui inspirent l'orientation à donner à l'action éducative. Pour bien former une personne, il est nécessaire de connaître la fin qu'on poursuit et le type d'homme qu'on veut former. Le problème des fins et des objectifs est donc fondamental en éducation et dans la formation. La fin ou la finalité signifie 14

dans la préparation de jeunes homInes africains au sacerdoce. Elle relèvera aussi les points négatifs des processus éducatifs qu'ils ont proposés, dans le but d'offrir matière à réflexion aux formateurs dans les séminaires d'aujourd'hui. Nous voulons analyser les moyens méthodologiques utilisés par chaque protagoniste important pour former le clergé local en Afrique des Grands Lacs. C'est cette partie centre-orientale de l'Afrique qui intéresse cette étude. Dans cette réflexion, l'attention est portée à l'organisation de la fonnation dans chaque vicariat apostolique. Ces missionnaires ont longtemps travaillé dans cette œuvre de formation,12 surtout pendant la
l'expression des buts à long terme que se fixe une société, une communauté, une association, tandis que les objectifs sont les buts en termes précis, chiffrés. La fin première de l'éducation est de faire parvenir ou de parvenir au stade l'homme adulte et mûr. Pendant la période évolutive de formation de cette personnalité mûre, sont proposés des buts intermédiaires qui s'enchaînent les unes après les autres en la modelant progressivement. Ces fins ou buts intermédiaires sont appelés objectifs éducatifs. Les fins de l'éducation sont en fait déterminées par notre conception de l'homme et de la vie, par l'évolution de la société et le pouvoir en place. Les objectifs éducatifs doivent être concrets (c'est-à-dire exprimés en termes concrets de conduite et de comportement), réalistes (c'est-à-dire pas trop vaste par rapport au jeune à former, à la situation socioculturelle et aux possibilités et compétences de l'éducateur), ouverts (c'est-à-dire permettant un grand élargissement et servant de base à l'apprentissage successive), capables de produire un effet en créant des qualités intrinsèques, des dispositions positives (cf. J. LEIF et G. RUSTIN, Philosophie de l'éducation. T.I : Pédagogie générale, [s.l], Librerie Delagrave, 1970, p. 143 ; C. NANNI, L'educazione tra crisi e ricerca di senso..., p. 122-140 ; L. MACARIO, In1parare a vivere da uomo adulto. Note di n1etodologia dell'educazione, Roma, LAS, 1992, p. 69-98). La formation du prêtre a une finalité propre, distincte par exemple de celle que se propose une maison de formation pour la vie religieuse ou une simple école pour la formation intellectuelle dans un secteur donné de la vie sociale (cf. G. CENACCHI, La pedagogia seminaristica nei documenti dei magistero ecclesiastico. Saggio storico, Rovigo, Casa Editrice Istituto Padano di Arti Grafiche, 1966, p. 305); et elle se traduit dans des objectifs propres, clairs et concrets à chaque étape de la période du séminaire. Nous en reparlerons plus loin dans la quatrième partie de cette étude. Le choix des moyens méthodologiques efficaces est très requis pour mieux atteindre ces objectifs. C'est la question du "comment" former, éduquer, enseigner. C'est le problème de la méthode et des moyens éducatifs que nous allons analyser à présent. 12 Après avoir fixé les objectifs à poursuivre dans la formation, on cherche les moyens de les réaliser. Pour arriver à de bons résultats dans la formation, il faut choisir les bons moyens méthodologiques, il faut rendre intéressant, attirant, le programme proposé pour cette fin. Il faut chercher des motivations, intéresser la personne à former à ce programme. Dans l'enseignement par exemple, le maître doit aider l'enfant en développement à avoir l'habitude et le goût de l'étude et de l'effort intellectuel. Il l'aidera à voir sa formation comme un bien qui l'attire, pour qu'il puisse sentir lui-même le besoin d'apprendre telle ou telle chose, telle ou telle matière (cf. FRÈRE LÉON, Cours de Pédagogie générale, Bruxelles, Les Editions des Frères Maristes, 1944, p. 103 ; R. VINETTE, Pédagogie générale, Montréal, éd. Le Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1948, p. 205-212). L'enfant est au centre de la formation. Il faut le diriger, l'orienter dans sa marche, puisqu'il est encore un être en devenir ou mieux en évolution, en développement. Il faut connaître ses besoins et ses possibilités latentes à promouvoir. C'est la pédagogie que poursuit aujourd'hui l'école active. L'enseignement n'est donc pas « une simple transmission des 15

période d'avant les indépendances en Afrique (nous pensons aux années '60). Nous n'avons pas la prétention d'analyser tout ce qu'ils ont fait. La présente recherche se limite à la période comprise entre 1879 et 1936, c'est-à-dire à partir de l'arrivée des premiers Pères Blancs dans cette partie de l'Afrique jusqu'à la fin du mandat du deuxième successeur de Lavigerie à la tête de leur Société missionnaire. Vers les années '30, en effet, sur demande explicite de la s.c. de la Propagande, les Pères B~ancs commencent à mettre sur pied des grands séminaires régionaux qui accueillent des candidats venant de plusieurs vicariats, et amorcent l'uniformisation des programmes de formation. Il s'agit, pour ce qui regarde l'administration générale de cette Société missionnaire, des trois périodes successives du Cardinal Lavigerie (1868-1892), de Mgr Livinhac (1892-1922) et du Père Voillard (1922-1936) comme Supérieurs généraux.13 Du reste, les archives elles-lnêmes, qui constituent la principale source de documentation pour cette étude, ne nous pennettent pas d'aller au-delà; seules celles d'avant 1950 sont ouvertes à la consultation du public. Par ailleurs, nous allons circonscrire notre étude dans les limites du territoire de l'Afrique des Grands Lacs qui a été confié aux Pères Blancs à la fin du 19èmesiècle. Il s'agit du territoire situé autour des Grands Lacs africains (du Nord au Sud, les lacs Albert, Victoria, Édouard, Kivu, Tanganyika et Nyassa devenu Malawi)14 et constitué originellement par les vicariats apostoliques du Nyanza Septentrional, Nyanza Méridional, Unyanyembe, Tanganyika, Haut-Congo, et Nyassa.15 Aussi allons-nous appeler ce territoire "Afrique des Grands-Lacs" dans ce travail. Certains vicariats apostoliques ont été très actifs dans cette action formative comme nous allons le voir souvent. Il s'agit plus précisément des vicariats du Nyanza Septentrional (devenu plus tard Vicariat de l'Uganda), du Nyanza Méridional, du Haut-Congo, de l'Unyanyembe et du Tanganyika.

idées de l'esprit du maître dans celui de l'élève (...) ; l'élève lui-même agit, c'est-à-dire qu'il est en activité intellectuelle, sans quoi il n'y a pas de connaissance donc pas d'enseignement achevé» (R. VINETTE, Pédagogie générale..., p. 106-119, 204 et 215247 ; R. TITONE, Metodologia I : Orientanlenti e problemi..., p. 328-337). 13 Pour la période successive, particulièrement celle de Mgr Birraux (1936-1947), nous retiendrons seulement les éléments qui pourront intéresser notre étude, dans les limites que nous nous sommes tracées. 14 Cf. R. HEREMANS, L'éducation dans les n'lissionsdes Pères Blancs..., p. 71-75. 15 Le Nyanza Septentrional correspond à l'Ouganda actuel, le Nyanza Méridional à la partie nord de la Tanzanie (autour du Lac Victoria) plus le Rwanda, l'Unyanyembe à la partie centrale de la Tanzanie plus le Burundi, le Tanganyika à la partie sud de la Tanzanie, le Nyassa à la Zambie plus le Malawi, et le Haut-Congo à la partie centre-sudest de l'ex-Zaïre. Cf R. HEREMANS, L'éducation dans les n'lissions des Pères Blancs..., Annexes, Carte X, p. 457. 16

Stlllucture de ce travail
La pren1ière partie s'occupe des débuts de l'œuvre des séminaires en Afrique des Grands Lacs Gusqu'en 1922) et analyse les méthodes utilisées dans la formation des futurs prêtres dans chaque vicariat apostolique. Il comprendra six chapitres correspondant aux six vicariats apostoliques qui, en 1922, avaient déjà lancé l'œuvre des séminaires. L'étude suit le même plan: l'exposition de la situation sociale et politique et/ou ecclésiale dans le vicariat et la présentation des premiers protagonistes de la formation, pour faire comprendre surtout l'influence qu'ont exercé certains missionnaires et les systèmes politiques (responsables locaux et administration coloniale) en place sur les programmes de fonnation du prêtre. Après 1922, l'idée de création des séminaires régionaux gagne du terrain chez les Pères Blancs. On sent le besoin de s'unir pour mieux résoudre le problème du personnel formateur et de l'entretien des séminaires. La deuxième partie suit le plan de la prelnière, et met un accent particulier sur les séminaires régionaux. Il analyse aussi les programmes de forlnation des petits séminaires qui préparent à ces grands séminaires communs à plusieurs vicariats. Les missionnaires éducateurs dans les premiers séminaires seront obligés de chercher eux-mêmes les méthodes justes pour une bonne transmission du savoir et des valeurs.l6 Les moyens Inéthodologiques vont donc différer quelque peu selon les vicariats, Inême si la finalité ou objectif principal visé ne change pas pour tous, c'est-à-dire la formation des prêtres.l? Nous verrons que certaines personnalités se montreront très entreprenantes et très tenaces dans ce domaine de la fonnation du clergé locale. Les vicariats de Mgr Hirth, de Mgr Streicher, et de Mgr Roelens et son vicaire coadjuteur Mgr Huys semblent plus dynamiques.l8 Nous allons préciser cette idée dans notre analyse. Pourra-t-on remarquer quelques particularismes dans les programmes et méthodes de fonnation après la création des séminaires régionaux? C'est la troisième partie qui nous donne la réponse à cette question.

Orientations méthodologiques

et sources d'inspiration

Nous essayons de comprendre l'œuvre de formation réalisée par les Pères Blancs, en observant le présent et en lisant des doculnents vieux
16 Cf. R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 398. 17 Voir: Ibiden'l, p. 416. 18 Cf. Ibidenl, p. 385-396 et 410. 17

de quelques décennies, parfois même d'un peu plus d'un siècle. Nous relisons ces documents avec les yeux d'un homme d'aujourd'hui. Nous ne pouvons pas nier que la mentalité actuelle et les idées nouvelles contenues dans les documents récents du Magistère peuvent influencer notre jugement. Nous voulons cependant nous efforcer de respecter la mentalité de l'époque de ces pères et les idées qui ont pu les déterminer dans leur action. Étant donné que tous les documents utilisés sont du domaine de l'histoire, notre méthode en dépendra énonnément. Elle sera donc historique. Nous partirons de l'analyse du contenu des documents historiques (récits d'événements vécus par ces missionnaires), pour présenter la synthèse des méthodes qu'ils ont utilisées dans la formation des prêtres. Comme pour la critique historique, les questions du "qui" a écrit du "quand", du "comment", du "où" et du "pourquoi", seront à la base des réponses que fournirons à notre hypothèse de recherche.t9 Pour Inener cette recherche à bout, nous avons comme principales sources les documents que nous trouvons dans les Archives de la Maison Générale des Pères Blancs à ROIne.20Il s'agit surtout des correspondances missionnaires du Cardinal Lavigerie et des instructions et directives de Lavigerie à ses missionnaires. Il agit aussi des lettres de direction et des Rapports Annuels des Pères Blancs. Ce sont les nombreux dossiers inédits contenant leurs correspondances surtout avec leurs Supérieurs Généraux, mais aussi les diaires des postes de mission ou des séminaires, les Statuts Synodaux, et les Rapports Annuels des Séminaires. Les autres documents iInportants sont les Encycliques, les Epîtres apostoliques et les directives des papes de la période qui fait l'objet de notre étude. Les écrits sur les méthodes de formation en Afrique des Grands Lacs sont rares. Plus rares encore sont ceux qui traitent des moyens méthodologiques utilisés par les Pères blancs dans la formation du clergé local. Notre étude est donc nouveau. C'est pour cela aussi que nous présentons les programmes et les projets de formation qu'ils ont utilisés, dans le but d'offrir un point de référence facile à consulter, qui, nous l'espérons bien, pourra être utile à plusieurs formateurs et chercheurs, et même inviter à approfondir.

19 Pour une présentation assez résumée de la méthode historique, nous renvoyons à : A. BURGIERE, Dictionnaire des sciences historiques, Paris, PUF, 1986, p. 458-459 ; Encyclopaedia Universalis, Corpus 9, Paris, S.A., 1985, p. 352-358 ; Grand Larousse Encyclopédique, T.5, Paris, Librairie Larousse, 1962, p. 905-910. 20 La Maison Générale des Pères Blancs à Rome est située sur le Via Aurelia, 269 00165 ROMA. Elle possède une bibliothèque assez bien fournie pour ce qui est des études sur l'Afrique. Mais ce sont ses archives qui sont remarquablement riches pour ce qui concerne les documents manuscrits de leur mission en Afrique. 18

1ère PARTIE

DÉBUTS DE L'ŒUVRE DE FORMATION DU CLERGE EN AFRIQUE DES GRANDS LACS. SOUS LA DIRECTION DE MGR LIVINHAC (1892-1922)

Situation sociale, politique et ecclésiale du monde

Après cette prise de connaissance des protagonistes de la formation du clergé local en Afrique des Grands Lacs et du champ de leur action, il est temps de les voir à l'œuvre. Cette deuxième partie veut étudier les débuts des séminaires dans cette région. Jusqu'à la fin du Inandat de Mgr Livinhac, successeur du Cardinal Lavigerie (fondateur de la Société des Pères Blancs) comme Supérieur général de la Société des Pères Blancs. C'est la période de fondation des premières missions en Afrique des Grands Lacs et des séminaires pour la formation du clergé local. Sur le plan politique, cette période est marquée, dans un premier temps, par le partage de l'Afrique opéré par les puissances colonisatrices d'Occident. La Conférence de Berlin (1884-1885) est l'indicateur historique du début de l'époque coloniale en Afrique. On sait toutefois que la course des puissances européennes pour le partage de ce continent a commencé avant cet événement. Cette occupation de l'Afrique sera complétée par la délimitation des frontières des pays africains, suivant les intérêts économiques, politiques et stratégiques de ces puissances colonisatrices. Les anciens royaumes disparaissent pour faire souvent place à d'immenses groupements territoriaux. L'Ouganda par exemple va rassembler tous les royaumes anciens du Buganda, du Bunyoro, du Busoga, du Nkole, du Toro, ainsi que les territoires occupés par les tribus nilotiques et soudanaises au nord du pays. Le Tanganyika Territory (Tanzanie actuelle) occupera lui aussi un territoire ilnmense réunissant plusieurs royaumes anciens. Les aspirations et les intérêts coloniaux des puissances européennes vont absolument conditionner le développement des missions. La Conférence de Berlin avait admis le principe de la liberté religieuse dans les pays colonisés en Afrique. Cependant, ces puissances vont pratiquer une politique missionnaire de concurrence qui aboutira à des conflits annés dans certains pays comme en Ouganda. Par ailleurs, certaines puissances comme la Belgique, vont exiger des nationaux comme missionnaires travaillant sur des territoires adtninistrés par eux, faisant en échange l'engagement à protéger et à soutenir financièrement les œuvres des missions, tandis que les gouvernements hostiles à la religion exporteront aussi ce problèlne dans leurs colonies africaines.!
1 Cf. A. GILLI, « Dalla conferenza di Berlino alla grande guerra (1885-1918) », in J. METZLER (dir.), Dalle nÛssioni..., p. 146-151. Cette politique de collaboration entre le

Qu'il le veuille ou non, le missionnaire sera donc partout obligé de collaborer de quelque façon avec le colonisateur. Dans un deuxième temps, le grand événement du monde qui caractérise cette période est la Première Guerre mondiale. Elle éclate en Europe en 1914, et ne tarde pas à s'étendre au centre de l'Afrique. La guerre sera un coup dur pour l'activité missionnaire sur ce continent. Beaucoup de missions sont abandonnées, plusieurs missionnaires français étant appelés dans leur patrie pour faire quelques services pendant la guerre, tandis que les Allemands sont déclarés indésirables et expulsés après la défaite de leur pays. Les puissances qui gagneront la guerre vont tous exiger la présence de missionnaires issus de leur pays sur les territoires qu'ils contrôlent.2 Sur le chapitre de laforn1ation des prêtres en général, l'église fait un grand pas en avant par rapport au Concile de Trente. La période est dOl11inéepar la figure des papes Léon XIII (1878-1903), Pie X (19031914) et Benoît XV (1914-1922). Léon XIII propose pour l'éducation des séminaristes la philosophie thomiste comme introduction plus adaptée à la théologie. Il demande aussi l'étude des sciences bibliques, de l'histoire ecclésiastique et du droit canon, une bonne fonnation culturelle et l'étude des documents du Magistère sur les problèmes sociaux. Au sujet de la fonnation spirituelle, on formera chez les candidats au sacerdoce une image vive de Jésus-Christ.3 Le pape de la réforme éducative est Pie X.4 Il désire que le séminaire soit le centre de gravité du diocèse. Ensuite, il veut que soit établi un contact réel entre les séminaires et le Saint-Siège, sans doute pour réduire le degré d'indépendance de certains évêques par rapport à Rome. La Réfonne touche un élément important dans l'éducation des sélllinaristes: elle exige une discipline souple, qui ne violente pas la volonté, mais qui libère plutôt en inculquant un esprit ouvert et confiant. Il demande la création des séminaires régionaux là où la petitesse du diocèse, le manque de moyens, l'impossibilité de trouver des fonnateurs, ne permettraient pas une bonne éducation et une fonllation suffisante des candidats au sacerdoce. Le successeur de Pie X est le pape Benoît XV (1914-1922), qui, lui aussi, s'intéresse beaucoup aux sélllinaires et aux missions. Ce
colonisateur et le missionnaire se révélera petit à petit comme une arme à double tranchant, puisque la liberté d'action du missionnaire se retrouvera très compromise. 2 Cf F. GONZALEZ, « La formazione delle chiese africane (1914-1965) », in J. METZLER (dir.), Dalle missioni..., p. 165-167. 3 Cf. G. CENACCHI, La pédagogia senÛnaristica..., p. 113-118. Ce livre a l'avantage de faire une présentation de la pédagogie du séminaire à partir des documents du Magistère, jusqu'au Concile Vatican II. Nous appuyons notre réflexion sur beaucoup de ses données. 4 Voir notamment: M. GUASCO, Seminari e clero nel '900..., p. 25-44 ; G. CENACCHI, La pedagogia senÛnaristica..., p. 119-131. 22

nouveau pape répond au déséquilibre lnondial créé par la Guerre en renouvelant les institutions ecclésiastiques. Il institue la Sacré Congrégation des Séminaires et des Universités des Études (4 novembre 1915), promulgue le Code de Droit Canonique (27 lnai 1917), publie le 30 novembre 1919 la falneuse Epître apostolique «Maximum illud» où il insiste sur la formation d'un clergé local bien formé dans les terres de missions, et organise le Système des Séminaires d'Italie (26 avril 1920).5 Le Code de Droit Canonique fixe l'organisation de l'éducation dans les séminaires qui sera suivi pour l'essentiel jusqu'aux changelnents introduits par le Concile Vatican II. Pour l'adnlission aux Ordres Sacrés, il établit que l'ordinand doit être homme, baptisé, sans empêchelnents, fonné dans un séminaire, ayant suivi les études théologiques. Ne sont pas adlnis les personnes nées de mariages illégitimes, handicapées physiquement ou ayant des maladies héréditaires, des hérétiques, des schismatiques. Quant aux études, elles doivent comprendre pour le petit séminaire, la religion, le latin, la langue nationale, les matières qui conviennent à la culture dans laquelle on se trouve. Pour le grand séminaire, elles cOlnprennent surtout la philosophie, la théologie, le droit canon, et aussi l'histoire de l'église. Les exercices spirituels sont surtout la Messe quotidienne et la communion fréquente, la prière et la méditation du matin et du soir, la confession et la lecture spirituelle chaque selnaine, la direction spirituelle.6 Les Pères Blancs répondent d'abord timidement mais sûrement à cet appel du pape, comme nous allons le voir tout de suite. L'opposition à cette œuvre restera grande parmi les pères dans les premières années surtout, mais il y aura toujours des personnes courageuses pour le soutenir contre vents et lnarées. Ce sont en fait ces hommes qui font l'objet de cette étude, puisqu'il s'agit de montrer les moyens adoptés par eux, pour mettre en marche l'œuvre importante et délicate des séminaires pour le clergé local. Nous passerons en revue de temps à autre les difficultés qu'ils ont eu à surmonter pour assurer l'établissement des bases fortes à cette œuvre. C'est le vicariat apostolique du Nyanza septentrional (devenu plus tard vicariat de l'Ouganda) qui va donner le ton en 1893 en jetant les bases de la nouvelle institution du séminaire dans la région. Tous les vicariats proches du Nyanza septentrional, c'est-à-dire le Nyanza méridional et le Kivu, vont suivre progressivement sous la propulsion de Mgr Hirth qui, du reste, avait fondé aussi celui du Nyanza septentrional, tandis que les vicariats situés plus au sud connaîtront un retard assez considérable dû à l'environnement hostile des esclavagistes
5 Cf. Ibiden1, p. 133-150. 6 Le lecteur trouvera les canons qui concernent la formation du futur prêtre dans les notes que présente le livre de G. CENACCHI , La pedagogia seminaristica..., p. 136-144. Nous avons privilégié cette étude pour la brève présentation historique, puisque nous l'avons jugée assez claire sur le sujet. 23

musulmans. Le succès plus ou moins grand dans cette noble entreprise dépendra de la personnalité et de la détermination du vicaire apostolique, et les méthodes utilisées dans la formation en dépendront. Nous allons le montrer dans .cette deuxièlne partie de notre travail de recherche. Nous présenterons les vicariats et leurs séminaires suivant l'ordre plus ou moins chronologique de fondation de ces séminaires.

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Chapitre 1 AU NYANZA SEPTENTRIONAL

Introduction
Le vicariat du Nyanza septentrional est le premier à fonder un séminaire pour la formation du clergé local dans la région des Grands Lacs africains. Ses vicaires apostoliques vont se déployer, dans un climat d'opposition générale au début pour que cette institution voie le jour et devienne prospère. Nous allons amorcer cette étude en présentant les pionniers de l'œuvre des séminaires dans cette région.

1. Situation particulière du vicariat
Les Pères Blancs, affectés à la mission du Victoria-Nyanza, arrivent au Buganda en juin 1879, où ils trouvent un pays politiquement bien organisé avec comme roi (ou Kabaka) Mutesa. Cette mission devient vicariat apostolique en 1883, avec Mgr Livinhac comme vicaire apostolique. Ce vicariat donnera plus tard une grande partie de son territoire à d'autres instituts tnissionnaires, tandis que la partie qui restera aux Pères Blancs sera divisée en deux vicariats: le Nyanza septentrional au Nord et le Nyanza méridional au Sud-Est. Le Nyanza septentrional prendra plus tard le nom de "vicariat de l'Ouganda".l
1 Le 24 février 1878, un Décret du pape Léon XIII laisse à Mgr Lavigerie le soin de créer des missions dans la région des Lacs Victoria-Nyanza et Tanganyika. La même année, les Pères Blancs partent d'Alger, et arrivent au Buganda, au nord du lac Victoria-Nyanza, en 1879. C'est le Père Lourdel et le Frère Amans qui arrivent les premiers en février 1879, tandis que le supérieur de la mission, le Père Livinhac (futur Supérieur général de la Société) débarquera, avec les Pères Girault et Barbot, au mois de juin de la même année. . Le Nyanza était un vaste territoire situé au nord du lac Victoria et qui comprenait les territoires actuels de l'Ouganda et du Rwanda, la partie de la Tanzanie située autour de lac Victoria, la partie de la République Démocratique du Congo actuel situé autour du lac Albert, le Kenya, une partie du sud Soudan. Érigée d'abord en Pro-vicariat par décret du 27 septembre 1880, cette mission devient vicariat apostolique par décret du 31 mai 1883. Son supérieur le Père Livinhac, sacré évêque le 14 septembre à Carthage, devient son premier vicaire apostolique. D'autres décrets du Saint-Siège modifieront par la suite ses limites. Le 15 janvier 1894 par exemple, un Décret confie une partie de ce vicariat aux Pères Comboniens qui étaient au Soudan. Et un autre décret du mois de juillet de la même

Sur place ou sur le terrain de la mission, ces Pères Blancs trouvent des missionnaires protestants installés là depuis une année, ce qui suscite des rivalités et des guerres civiles entre 1888 et 1892. Par ailleurs, les colons anglais COlnmencent à s'établir dans le Royaulne, et les traitants arabes voient en eux une grande concurrence commerciale et une dOlnination politique. Les conflits basés sur les rivalités et les intérêts commerciaux et stratégiques ne tarderont pas à naître. Cet état de choses constituera un autre grand motif de conflits qui n'épargneront pas les missionnaires, et ouvrira une persécution qui coûtera la vie à plusieurs chrétiens et catéchumènes du royaume. Le 22 avril 1893 est signé entre catholiques et protestants un traité de pacification mettant fin aux conflits et à la guerre. La Grande-Bretagne établit sa domination sur l'Ouganda. Le pays est partagé en zones catholiques et protestantes, tandis que le christianisme est reconnu comme religion légitime.2 Les hommes qui s'étaient déplacés à cause de la guerre, accueillent facilement les idées nouvelles des occupants étrangers qu'ils considèrent intéressantes pour la connaissance du monde et la culture générale. Mgr Hirth en profite pour organiser la diffusion de la religion catholique à travers la structure d'une école cléricale pour catéchistes. Petit à petit, celle-ci deviendra un séminaire pour la formation de futurs prêtres. Cependant, cette action formative fonctionnera au ralenti pendant la première guerre mondiale, plus~eurs pères étant mobilisés pour être envoyés sur le front. Toutefois, étant donnée sa solidité, l'œuvre ne va pas tOlnber.3

année détache du vicariat la partie orientale (le I-Iaut-Nil) qui est confié aux Pères de Saint-Joseph de Mill-Hill (fondé par le Cardinal Vaughan), et le Nyanza méridional au sud qui devient un vicariat apostolique autonome des Pères Blancs. Un Décret du 15 janvier 1915 donne au vicariat du "Nyanza septentrional" la nouvelle dénomination de vicariat de l'''Ouganda''. Le 27 juin 1922, un autre Décret créant la préfecture du LacAlbert ramène la limite du vicariat à la partie sous administration anglaise et belge (c'està-dire Ouganda actuel, Rwanda et nord de la Tanzanie). La partie occidentale du vicariat formera en 1934 le vicariat du Ruwenzori. [cf « ASS» 27 (1935), 269-270], et en 1939 sera érigé le vicariat de Masaka qui sera confié au clergé local. Cf Développement des juridictions et chefs de mission. Afrique Équatoriale, Dact., [s.l.], [s.d.], 1-9 ; « Rapports Annuels », 1 (1905-1906), pp. 89-90. 2 La persécution de 1886 permit de montrer au monde des exemples de force dans la foi et le témoignage chrétien qui va jusqu'au sacrifice de sa propre vie. De simples chrétiens et même des catéchumènes furent tués à cause de leur foi chrétienne. Ce sont les martyrs de l'Ouganda, fruits de l'activité missionnaire des Pères Blancs. Ils ont été béatifiés en 1920 et canonisés en 1964. Cf. A. GILLI, « Dalla conferenza... », 1. METZLER (dir.), Dalle missioni..., p. 153. 3 Cf.« Rapports Annuels », Il (1915-1916), supplément, p. 70 ; R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 148-149 26

2. Les vicaires apostoliques
a) Mgr Livinhac (de 1883 à 1889)
Chef de la première caravane des Pères qui sont allés fonder la mission du Victoria-Nyanza, Livinhac est, du mois de février 1878 au mois d'octobre 1880, supérieur de la Mission du Nyanza. Il est ensuite nommé pro-vicaire apostolique du Nyanza le 12 octobre 1880, et son vicaire apostolique (préconisé le 15 juin 1883) après son sacre le 14 septembre 1884 à Carthage. Le 23 septembre 1889, il est élu Supérieur général de la Société, et en juin 1890, il laisse le vicariat sous les responsabilités de Mgr Hirth. Déjà en 1888, il avait chargé le jeune père Hirth, futur vicaire apostolique du même vicariat, de gérer une petite école cléricale établie à Kamoga. Malheureusement, l'expérience sera abandonnée à cause de la guerre. L'œuvre reprendra un peu plus tard quand la paix sera revenue, et ce sera le mêlne Hirth qui, comme vicaire apostolique, la relancera et l'animera pour un peu de temps.4

b) Mgr Hirtlt (de 1890 à 1894)5
Jean Hirth est né le 26 mars 1854 à Spechbach-le-bas en Alsace (en France). II fait son grand séminaire à Nancy. En octobre 1875, après sa première année de théologie, il entre dans la Société des Pères Blancs. Il poursuit sa formation à Alger, et est ordonné prêtre le 15 septembre 1878. Il exerce son ministère sacerdotal d'abord comme sous-directeur du noviciat des Frères. Il est chargé ensuite en 1882 de la formation au petit séminaire grec-melchite de Jérusaleln et enfin en 1886 de la direction de l'école apostolique des Pères Blancs à Alger. L'année suivante, il reçoit la nomination pour la Inission du Nyanza. Il va s'installer à Kamoga dans le Bukulnbi (au sud du lac Victoria), et dès son arrivée, il est nomlné supérieur de ce poste de mission. En septembre 1889, Mgr Livinhac est élu pour aider le Cardinal Lavigerie malade dans la direction de la Société. Le Père Hirth est désigné pour le remplacer. Le nouveau vicaire apostolique du Nyanza septentrional est encore très jeune et son expérience africaine est encore brève et limitée à la mission de Kamoga. Pourtant, il met à profit toute l'expérience pratique reçue dans les maisons de fonnation où il a vécu.
4 Cf. Marcou à un conji"ère, 17 juin 1918, in APB, Dos. I 85/254-255 ; « Rapports Annuels », 1 (1905-1906), p. 90 ; R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 354. 5 Voir: « Rapports Annuels », 25 (1929-1930), Supplément, p. 53*-59*. 27

Durant toute sa vie, il considérera toujours comme prioritaire la tâche de former des prêtres noirs. C'est lui qui va fonder le premier sélninaire de l'Ouganda (ou Nyanza septentrional) en 1893, et celui du Nyanza méridional en 1903. Il s'attachera tellement à son séminaire du Nyanza méridional qu'il en deviendra le directeur réel et y fixera sa résidence.6 En 1912, il est nommé Vicaire Apostolique du nouveau Vicariat du Kivu, formé du Ruanda, du Burundi et du Buha. Il y crée en 1913 son petit séminaire qu'il installe d'abord à Nyaruhengeri, au sud du Rwanda. L'année suivante, il déplace le petit et le grand séminaire vers Kabgayi.7 Il présente sa démission en 1921, mais delnande de finir ses jours au Rwanda. Il ne quittera plus Kabgayi. Il mènera une vie retirée comme Père spirituel et organiste au grand séminaire jusqu'à sa mort le 6 janvier 1930.

c) Mgr Guillermain

(de 1895 à 1896)

Quand le vicariat du Victoria-Nyanza va donner naissance au Nyanza méridional en 1894, Mgr Hirth sera chargé de ce nouveau vicariat, tandis que la partie restante appelée Nyanza septentrional est confié à Mgr Guillermain. Celui-ci ne marquera cependant pas l'histoire de son vicariat, puisqu'il n'aura mêlne pas une année de vie comme vicaire apostolique pour montrer ses capacités. Né le 10 août 1862, il est ordonné prêtre le 23 septelnbre 1887. Sacré évêque8 à Rubaga le 28 octobre 1895 par Mgr Hanlon des Pères de Milly-Hill, il meurt le 14juillet 1896 à Villa-Mariya. C'est lui qui prendra la résolution de déplacer l'école cléricale naissante de Rubaga à Kisubi, mais il ne la lnarquera pas par de grandes décisions pendant l'année qu'il aura à vivre comme vicaire apostolique. C'est son successeur, Mgr Streicher, qui consolidera l'œuvre de formation du clergé local dans le vicariat. 9

6 Cf. R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 372-381. 7 Cf.« Rapports Annuels », 8 (1912-1913), p. 415 ; Diaire de Kabgayi (1904-1916), Il août et 4 octobre 1913. 8 Nous gardons la terminologie de l'époque pour ce qui regarde la promotion aux Ordres sacrés. On parlerait aujourd'hui d'ordination épiscopale. .9 Voir notamment: Développement des juridictions..., p. 3 ; « Rapports Annuels », 1 (] 905-1906), p. 90 ; R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 355. Le Père Marcou écrivait au sujet de ce vicaire apostolique en 1896 : «Monseigneur Guillermain se refuse à me donner la moindre lumière, se bornant à approuver ordinairement ce que je fais» (Marcou à Livinhac, 22 mars 1896, in APB, Dos. I 86/280). 28

d) Mgr Streicher (de 1897 à 1933)10
Ce vicaire apostolique est le véritable animateur de l'œuvre des sélninaires au Nyanza septentrional. Le futur Mgr Henry Streicher est né le 29 juillet 1863 à Wasselonne en Alsace, en France. Il entre au noviciat des Pères Blancs en septembre 1884, et est ordonné prêtre trois ans plus tard, en septembre 1887. Pendant deux ans il enseigne l'histoire de l'église et la Bible au Séminaire grec-melchite de Jérusalem, et durant une année, la théologie dogmatique au scolasticat des Pères Blancs à Carthage. Il fait donc son expérience de jeune prêtre dans des maisons de formation de prêtres et de missionnaires, ce qui lui permet d'approfondir ses propres connaissances. En effet, sa formation théorique ne l'avait pas préparé à cette tâche difficile de formateur. Le 17 juin 1890, il est nommé pour la mission du VictoriatNyanza qu'il rejoint en 1891. Après la guerre de 1892, il construit le poste de mission bien équipé et plein de dynalnisme de Villa-Maria.II C'est ainsi que Mgr Guillermain l'appelle en 1895 à Rubaga pour gérer la station centrale. C'est là qu'il recevra la nomination de provicaire d'abord, puis de vicaire apostolique pour succéder à Mgr Guillermain mort le 14 juillet 1896. Streicher est sacré évêque par Mgr Hirth à Kamoga le 15 août 1897, à l'âge de trente-quatre ans. Intelligent et énergique, il va se Inontrer aussi un grand administrateur et pasteur, quelquefois autoritaire et indépendant dans ses décisions.Il Sa capacité d'organisation donnera comme résultat un développement remarquable de son vicariat. Il se montrera particulièrement un très grand protagoniste de la formation du clergé local. Il se retire en 1933, et lneurt le 7 juin 1952 à Villa-Maria. Il

10 Pour sa notice biographique, voir notamment: Développen'lent des juridictions...,p. 3; Société des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs), Notices nécrologiques, 1952, p. 3-47; J. CUSSAC, Évêque et pionnier Monseigneur Streicher, Paris, 1955 ; R. HEREMANS, L'éducation dans les missions des Pères Blancs..., p. 150-151; J.-A. ZZIW A, A hist01Y of the fornlalion of the local clergy in the nÛssion of the White Fathers in Buganda, 18931962, Louvain-la-Neuve, Thèse, 1990, p. 41. Il Le 1 juillet 1890, le Conseil général de la Société décide d'envoyer des missionnaires au Nyanza et au Tanganyika. Les pères Streicher et Gerboin qui deviendront respectivement vicaire apostolique du Nyanza septentrional et de l'Unyanyembe font partie de cette mission. Cf. Conseil de la Société, 1 juillet 1890, in APB, Dos. C.l, Conseils généraux 1890-1891, p. 33. 12 Le Père Malet, père-visiteur de Maison-Carrée en voyage d'inspection en Afrique centrale, écrira de lui ceci: « Le vicaire apostolique est tout ce qu'il y a de plus absolu dans nos missions. Il règle à lui seul le spirituel et le matériel, et cela sans appel» (Malet à Livinhac, 27 mai 1908, in APB, Dos. I 96/5). 29

sera remplacé par Mgr Édouard Michaud qui lui avait été donné déjà en 1932 comme coadjuteur)3

1. L'œuvre du séminaire: objectifs et moyens de formation
a) La fondation
C'est Mgr Hirth qui est le fondateur du séminaire dans ce vicariat. Son expérience de formateur au séminaire de JérusalelTI et à l'école apostolique Saint-Eugène lui a fait prendre conscience, sans doute, de la valeur du séminaire dans d'édification d'une église. En 1893, il invite le Père Jean Marcou à ouvrir et à animer une école cléricale à Villa-Maria.14 L'école commence sans grande planification ni préparation adéquate, avec un matériel très rudimentaire et pauvre.15 L'évêque veut tenter une expérience de formation d'auxiliaires, sinon prêtres du lTIoinscatéchistes,
13 Son premier coadjuteur, Mgr John FORBES, nommé le 15 novembre 1917 et sacré le 19 mai 1918 par Mgr Streicher lui-même, est décédé le 13 mars 1926. Cf. Développen'lent des juridictions..., p. 3. 14 Marcou à Bazin, 29 Juin 1893, in APB, Dos. I 87/517. Jean-Joseph Marcou est né le 26 avril 1867 au Nayrac dans l'Aveyron en France dans une famille nombreuse et très chrétienne. Onze enfants de cette famille se consacreront au Seigneur dans le sacerdoce ou dans la vie religieuse. Il entre au noviciat des Pères Blancs le 27 septembre 1884. Après son ordination sacerdotale le 31 mai 1890, il est destiné à l'Ouganda. Il arrive à Lubaga en avril 1891 pour aller fonder le poste de mission de Ssese. Mais son travail est interrompu par la guerre, et il doit se réfugier au Kiziba. Après la guerre, de 1893 à 1897, il est chargé de la direction de l'école cléricale ou petit séminaire. Il va à Alger pour des raisons de santé, et revient en 1898 pour être respectivement supérieur de mission à VillaMaria et à Kisubi. Pour des raisons de santé toujours, il quittera pour de bon le vicariat en 1902, et servira l'Institut en Europe dans plusieurs fonctions, entre 1905 et 1939. Il meurt le 17 octobre 1940 à Alger. Cf. Société des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs), Notices nécrologiques 6 (1937-1945), p. 219-226. Dans les Archives des Pères Blancs à Rome, ces notices nécrologiques sont classées par volumes renfermant parfois plusieurs années. Si donc l'année de publication n'est pas claire, nous les citerons ainsi dans ce travail. Les numéros de pages sont souvent ajustés à la main pour avoir une pagination suivie et logique. C'est le cas de la citation que nous venons de faire. 15 Voici la description qu'en fait le responsable de l'école en 1893 : « La maison l'école est en roseaux. (...) Les tables sont des claies en roseaux couvertes d'une natte en feuilles de palme. Les porte-plume sont de simples petits roseaux. Les encriers des flacons vides d'huile de Harlens, longs et gros comme le doigt, dont une bonne personne nous a envoyé un stock assez considérable. Le papier en majeure partie provient des enveloppes des lettres qui viennent d'Europe. ... Les sous-main sont des enveloppes sèches de bananier; les crayons, des balles en plomb allongées à coups de marteau; les règles, des branches de palmier; la cloche, un tambour du pays... » (Marcou à Bazin, 29 juin 1893, in APB, Dos. I 87/517-518). 30

pour la mission. C'est la finalité clairement exprilnée de l'école: « Mgr Hirth a profité de la paix relative dont jouissent nos chrétiens du Buddu pour y créer une œuvre nouvelle très importante pour nos missions du Nyanza. Je veux parler d'un séminaire, où des enfants choisis seront élevés pour devenir les aides des missionnaires comme catéchistes et mêtne comme prêtres s'ils sont appelés à ce saint état »16.Le programme de formation suivi jusqu'en 1903 ne sert qu'à préparer des catéchistes pour les postes de mission. Il s'agit d'un ensemble de matières très simples comprenant principalement l'instruction chrétienne, ainsi que la lecture, l'apprentissage de l'écriture et de la langue swahilie et ganda, et le calcul élémentaire. Les candidats eux-mêmes n'ont pas encore de base solide en ce moment pour suivre un programme très rigoureux sur le modèle de l'Europe de ce temps. Il s'agit d'enfants sachant à peine lire et écrire, et issus pour la plupart des fois de familles fraîchement converties au christianislne ou encore païennes. Cependant, le règlement s'inspire de ceux des petits séminaires de France, et il y a un effort d'adaptation du contenu de l'enseignement, au niveau et à la mentalité des élèves à fonner. Un de ces éducateurs écrit, en effet: « Nous ne leur apprenons pas ce qui se passe en Europe quelles sont les inventions qu'on y fait, combien il y a de modèles de fusil, ces niaiseries qui leur enlèvent tout sérieux sont sévèrement mises de côté »17. Pour des raisons diverses, l'école changera plusieurs fois d'emplacement. Déjà en décembre 1893, elle est transférée à Rubaga (capitale du Buganda), tout près de la résidence du vicaire apostolique, suite à une grippe infectieuse. Elle est installée dans une pauvre maison assez ruditnentaire, qui servira de salle d'étude, de salle de classe, de dortoir, de réfectoire et même de salle de récréation.18 Par cette décision, Mgr Hirth veut aussi suivre la directive du Concile de Trente. En effet, celui-ci demande à chaque évêque d'atnénager les appartements du
16 Cf. Les Missions d'Alger, janvier, 1894, 249, cité par J.-A. ZZIW A, A history of the jornzation..., p. 49. Le Père Marcou écrit en outre dans le rapport de l'année 1902-1903 : «Jusqu'à ce jour les élèves qui sortaient de notre école recevaient des places de catéchistes ou instituteurs, soit dans un poste de mission, soit dans une succursale de poste. Arriver à former de purs catéchistes n'était pas notre but; mais, tout en visant plus haut, c'est ce dont il a fallu sagement se contenter au commencement, en attendant que, d'une part, l'œuvre se fut perfectionnée, et que, de l'autre, les sujets envoyés pussent être mieux préparés et plus sûrement choisi surtout dans la génération intéressante des enfants de nos chrétiens. Cette année nous aurons la consolation de choisir et de présenter à Monseigneur le Vicaire Apostolique six ou sept jeunes gens vertueux et intelligents qui formeront le premier noyau d'un commencement de grand séminaire» (J. Marcou, Rapport du sénÛnaire Notre-Danze de Kisubi, 1902-1903, in APB, Dos. I 86/345-g). 17, Grange à Livinhac, 18 mai 1898, in APB, Dos. I 86/291. Au sujet du règlement qui prend quelque chose aux règlements des séminaires de France, voir: Marcou à Livinhac, 22 mars 1896, in APB, Dos. I 86/280. 18 Marcou à Bazin, 14juillet 1894, in APB, Dos. I 87/76. 31

séminaire près de son habitation, afm de suivre de près la fonnation de ses séminaristes. Il veut suivre et surveiller son séminaire. Toutefois, les conditions difficiles de la capitale ne seront pas favorables pour une bonne formation. Ainsi, le nouveau vicaire apostolique, Mgr Guillermain, prend en 1895 la résolution de transférer l'école à Kisubi sur la rive Nord du lac Victoria. Il prend cette décision pour libérer les élèves des influences néfastes de la capitale et du palais royal, et les installer dans une région favorable au recueillement et riche en provisions alimentaires. Le vicaire apostolique et le Père Marcou préfèrent l'isolement de la campagne aux multiples tentations de la capitale. Ils nourrissent déjà l'espoir de voir un jour sortir des prêtres de cette école. On le met sous le patronage de la Sainte-Famille.19 Le programme des études restera toutefois très simple, plutôt orienté vers la formation de bons auxiliaires catéchistes que d'un clergé érudit. Aussi l'instruction religieuse occupe-telle la première place. Les autres matières sont le calcul, l'histoire et la géographie, le latin, le swahili et la langue anglaise. Vis-à-vis de cette œuvre naissante, plusieurs missionnaires du vicariat continuent à afficher sinon une opposition visible du moins un grand scepticisme. Certains, en effet, la jugent prématurée dans ces régions où le célibat n'est pas encore considéré comme une valeur. D'autres la considèrent comIne inutile pour les peuples nègres. D'autres la critiquent comme une œuvre très coûteuse. D"autres encore la désapprouvent parce qu'elle soustrait à la mission des prêtres nécessaires au Ininistère dans les postes de mission.2o Le nouveau vicaire apostolique, Mgr Streicher, interviendra souvent dans l'organisation et la vie du séminaire, et travaillera forteInent pour défendre et faire aimer le séminaire.21 C'est lui qui les rendra
19 Parmi les raisons évoquées pour ce nouveau transfert, il y a en effet la rareté de la nourriture dans la capitale, les nombreuses distractions dues à la proximité du palais royal où affluent chaque jour des foules de personnes, le danger des grands chefs qui veulent attirer les jeunes élèves pour en faire leurs sujets (cf. Mgr Guillernlain à Livinhac, 29 juillet 1895, in APB, Dos. I 81/216, 2-3 ; Marcou à Livinhac, 21 juillet 1895, in APB, Dos. I 87/81; Bajard à Livinhac, 21 juillet 1895, in APB, Dos. I 86/279). L'école étant ouverte, les élèves étaient exposés à tous les dangers possibles. Marcou écrit à ce sujet: « À la capitale, nous avions une agglomération relative: le plus grand nombre couchaient chez nous et un bon nombre chez leurs maîtres ou parent. Tous, à condition qu'ils demandassent la permission, pouvaient aller en visites pendant les grandes récréations. Vous comprenez que, étant donné l'habitude de kukyalage qu'ont les baganda, il n'était impossible d'empêcher les enfants d'aller tous les jours et même plusieurs fois par jour en visite. De là venaient un très grand nombre de dangers qui nous ont fait fuir la capitale pour venir à Kisubi » (Marcou à Livinhac, 22 mars 1896, in APB, Dos. I 86/280). 20 Marcou à Livinhac, 22 mars 1896, in APB, Dos. I 86/280 ; Bajard à Livinhac, 29 juin 1896, in APB, Dos. I 86/282-284 (surtout I 86/284). 21 Mgr Streicher s'intéresse tellement à ce qui regarde l'organisation du séminaire que ses nombreuses interventions finissent pas agacer les responsables de l'école (le Père Franco par exemple critique le vicaire apostolique qui s'oppose souvent aux décisions de renvoi 32

responsables de l'échec de cette maison de fonnation, à cause de leur désintéressement.22 Bien préparé comme Mgr Hirth par son expérience d'enseignement au séminaire de Jérusalem et au scolasticat de Carthage, ce nouveau vicaire sera le plus grand protagoniste de la formation du clergé au Nyanza septentrional. C'est sous son influence que la conférence de Rubaga, en août 1896, décide le maintien de cette école combattue par plusieurs Pères. Avec lui, le sélninaire s'établit solidement et prend un bon élan.23 Il est lui-même bien conscient de la difficulté encore grande qu'il y a, à imposer la loi du célibat à ces jeunes noirs. Cependant, il continue à espérer fonner au moins dans cette école de bons collaborateurs chrétiens des missionnaires, de bons catéchistes.24 Dès 1903, le petit séminaire connaît un développement progressif visible. Les candidats, choisis parmi les enfants les plus intelligents et les
d'un élève indiscipliné prises par le conseil du séminaire. Cf Franco à un confrère, Il janvier 1907, in APB, Dos. I 85/154-155). Le pèr~ visiteur Malet le fera remarquer au Supérieur général et interpellera le vicaire apostolique à ce point (cf. Franco à Malet, Il janvier 1907., in APB, Dos. I 85/154 ; Malet à Livinhac, 8 janvier 1907, in APB, Dos. I 84/2a). Le vicaire encourage toujours à aimer le séminaire, comme Jésus a aimé les disciples qu'il a choisis. Voir: Conzpte-rendu des Instructions données par Monseigneur le Vicaire Apostolique à l'issue de la Retraite générale du 24 Août 1907, in APB, Dos. I 82/039, p. 1-4. 22 Ce vicaire apostolique écrit à cet effet: « Après de si longs et de si grands sacrifices de missionnaires et d'argent, le petit séminaire n'a encore donné que de simples catéchistes, dont plusieurs même ont déserté le service de la mission (...). Je n'hésite pas à croire, mes chers confrères, que vous êtes pour quelque chose et même pour beaucoup dans cette lenteur d'efflorescence» (H. STREICHER, Lettres circulaires aux pères du vicariat, T.I, 1897-1909, p. 118-122). Le Chapitre Général des Pères Blancs de 1894 obligeait déjà tous les missionnaires de la Société à créer des écoles dans leurs missions (cf. Constitutions de la Société des Missionnaires d'Afrique, Alger, Maison-Carrée, ] 895, Art.153 et 326). Mgr Streicher en profite pour demander aux Pères de son vicariat de suivre, dans les missions, les enfants intelligents dans le but d'éveiller et d'accompagner en eux la vocation sacerdotale. Il disait plein d'optimisme: « nous n'aurons rien fait de durable au Buganda, tant que nous n'aurons pas un clergé indigène. Ordonner un prêtre muganda et dire mon "Nunc dimittis" tel est, (pourquoi vous le cacherais-je?) mon rêve d'apôtre» (H. STREICHER, Lettres circulaires... 1897-1909, p. 121). 23 La famine de 1899 va ralentir un peu cet élan, puisque les responsables du séminaire sont obligés de renvoyer les enfants dans leurs familles respectives pour ne pas mourir à l'école. Mais l'œuvre reprendra juste après la disette, avec grande détermination (cf. Notes sur les Sénzinaires de l'Uganda. Ephemerides au Séminaire de l'Uganda, in APB, Dos. I 80/244. Le document offre des données des origines de l'œuvre jusqu'en 1926. Il devrait donc être de cette période). 24 Mgr Streicher écrit, en effet, dans son rapport à la Propagande en 1900 : « Presque tous les anciens de l'établissement, aujourd'hui jeunes gens de 20 à 25 ans, ont, il est vrai, renoncé à garder le célibat, mais chrétiennement mariés, ils continuent à se dévouer à l'évangélisation de leur pays, et ils rendent à la mission, comme catéchistes, des services très appréciés» (Rapport sur l'état du vicariat du Nyanza septentrional adressé à Son ÉnÛnence le cardinal préfet de la Propagande. Travaux acconzplis de juin 1900 à juin 1901, in APB, Dos. I 84/3). Voir aussi: Streicher aux confrères du petit séminaire de Kisubi, Carte de visite, Ie 22 janvier ]898, in APB, Dos. I 82/011-012). 33

plus sages des écoles de mission, font un examen d'adl11ission au sélninaire. Le règlement reste articulé sur les exercices de piété (deux heures par jour), les classes (deux classes d'une heure et quart chacune), le travail manuel (deux heures) et l'étude (trois heures et demi). La même année, le vicariat ouvre les portes au premier grand séminaire dans la région des Grands Lacs, avec six jeunes séminaristes de 18 à 30 ans qui comlnencent l'étude de la philosophie.25 Pendant ce temps, la maladie du sOlnmeil fait son apparition sur les bords du lac Victoria, et oblige le petit séminaire à faire un nouveau déménagement. Il va se fixer à Bukalasa, près de la résidence de l'évêque de Villa-Maria. Le grand séminaire reste à Kisubi pour une année. Il se déplace ensuite vers Bikira, avant d'aller rejoindre le petit séminaire à Bukalasa en 1905. En 1911, il ira s'installer définitivelnent à Katigondo.26 Des six séminaristes qui commencent la philosophie en 1903, deux seulement arriveront au sacerdoce. Ce sont les premiers prêtres ougandais fonnés par les Pères Blancs, qui seront ordonnés le 29 juin 1913.27Jusqu'à cette date, environ 650 élèves seront déjà passés par le petit séminaire de Bukalasa depuis sa fondation en 1893.28 Le résultat pendant cette période de lancelnent de
25 Voir: Rapport du Nyanza septentrional à la Propaganda, 20 janvier 1904, in APB, Dos. I 84/3. 26 Quand le petit séminaire va s'installer à Bukalasa pour fuir la maladie du sommeil, le Père Müller en devient directeur et assure la formation des élèves en collaboration avec trois autres Pères. Le grand séminaire reste à Kisubi sous la direction du Père Marcou, qui trouve un grand soutien dans la personne du Père Franco, futur directeur de cette institution ecclésiastique. En 1905, le grand séminaire qui n'a que quelques unités vient rejoindre le petit à Bukalasa. Le petit séminaire n'est pas encore capable de fournir régulièrement des candidats au grand séminaire (cf. Van Wees au Supérieur général, 22 octobre 1907, in APB, Dos. I 85/184) Les deux séminaires sont donc réunis, toutefois avec une administration séparée (le Père Viven est directeur du petit séminaire, et le Müller supérieur du grand séminaire). Les locaux de Bukalasa étant jugés de plus en plus exigus pour le grand nOlnbre de séminaristes, le grand séminaire se transfère le 4 mars 1911 à Katigondo. Cf. Notes sur les Séminaires de l'Uganda..., in APB, Dos. I 80/244 ; «Rapports Annuels» 5 (1909-1910),194. Pour un complément d'information au sujet la fondation de l'œuvre des séminaires au Nyanza septentrional, on peut lire: R. HEREMANS, L'éducation dans les nÛssions des Pères Blancs..., p. 354-360. 27 Cf. R. HEREMANS, L'éducation dans les missions des Pères Blancs..., p. 366-371. Ces deux premiers prêtres de l'Ouganda portent les noms de Bazilio et Victor. Les autres ordinations suivront, toutefois à un rythme assez irrégulier jusqu'en 1918 : un prêtre en 1915, deux en 1918, deux 1919, trois en 1920, quatre en 1921 (cf. Notes sur les Séminaires de l'Uganda , in APB, Dos. I 80/244). 28 Le Père Mazé qui aimait faire des analyses sur les fruits de la mission écrit, en effet, au sujet du séminaire de l'Ouganda: «Entre 1893 et 1913, on avait enregistré environ 650 petits séminaristes, desquels, jusqu'en 1919, seulement 94 étaient entrés au grand séminaire. C'est-à-dire que des 650 premiers petits séminaristes, 94 ont passé au grand séminaire et 36 sont parvenus au sacerdoce. Tous les autres ont failli. Ce qui nous donne les proportions suivantes: 1. moins de 19 % des petits séminaristes ont persévéré jusqu'au grand séminaire; plus de 85 % d'entre eux ne sont pas entrés au grand séminaire. 2. moins de 39 % des grands séminaristes ont persévéré jusqu'au sacerdoce; plus de 61 010 d'entre 34