253 pages
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Hermès trahi

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Description

La question du Sens et des clés de son interprétation revient au premier plan des interrogations philosophiques actuelles. En témoignent des approches aussi différentes que la psychanalyse jungienne, l'épistémologie d'un G. Bachelard, l'herméneutique de Paul Ricœur ou la mythanalyse de G. Durand. Toutes revendiquent d'ailleurs, chacune à sa manière, l'imaginaire et le symbole comme accès traditionnels au sacré qui donne sens. Toutefois, instruments privilégiés de la "Raison Hermétique", imaginaire et symbole peuvent-ils conserver leur fonction médiatrice entre ciel et terre, tout en se transposant dans les catégories imposées par la philosophie contemporaine ? C'est le problème fondamental que traite Patrick Geay dans le présent ouvrage.

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Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de lectures 202
EAN13 9782296706088
Langue Français
Poids de l'ouvrage 38 Mo

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Hermès trahi
Patrick GEAY
Hermès trahi
Impostures philosophiques et néo-spiritualisme d’après l’œuvre de René Guénon
Première éditionÉditions Dervy, 1996
© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12725-8 EAN : 9782296127258
A la mémoire de A.W.Y.
Préface Patrick Geay ou la rectification lumineuse
Par Bruno Pinchard Patrick Geay est un esprit lucide qui s’attache à des réalités voilées. Voici pourquoi il risque de n’être pas compris. Ce serait un triomphe de l’ombre sur la lumière et les vérités importantes dont il est l’un des rares témoins sombreraient dans un oubli difficilement réparable. La présente publication est en mesure de corriger cette injustice. Hermès trahi, le premier livre de Patrick Geay, date de 1996 et il n’a pas vieilli. Sans doute parce qu’il était écrit dans une prose rigoureuse, que ses informations étaient exactes et que son dessein était noble. L’ouvrage n’est pas une exposition de plus de la pensée de René Guénon, ni même une évaluation de sa présence dans la pensée contemporaine. La méthode en somme n’est pas hagiographique. Elle consiste à reconstituer certains enjeux de la modernité intellectuelle et à montrer, à chaque fois, combien l’ignorance, la mésinterprétation, l’inévitable déformation des enseignements traditionnels de la métaphysique auront contribué à fourvoyer les idées sur notre place dans l’univers. On aura reconnu ici non pas tant la signature de Guénon que sa méthode, celle en particulier des « Comptes-rendus » et des inépuisables études de détail, qui accumulent des informations souvent peu considérées et en tirent un jugement d’une rigueur géométrique sur l’état du monde et l’avenir de l’intelligence. Car c’est l’intelligence, ou l’intellect qui est en jeu. Qui prend en charge sa santé et la portée de ses actes ? C’est précisément l’objet de Patrick Geay et c’est pourquoi il a été confronté très tôt aux conséquences d’un subjectivisme et d’un esprit pauvrement critique qu’on ne sauraient confondre avec les actes supérieurs de l’intelligence. Les méfaits en sont particulièrement sensibles dans le domaine de la philosophie religieuse. Patrick Geay s’est fait une spécialité d’évaluer les formes de retour du sacré qui ont occupé les décennies précédentes. « Retour du sacré » ? Qui ne serait d’accord pour réenchanter le monde ? Mais précisément c’est cet accord qui est suspect. Et de fait, derrière l’unanimité, on a vite fait de
déceler un potentiel de destruction et de nihilisme qu’on ne soupçonnerait pas chez les restaurateurs patentés du « mystère du monde ». Poussés par une théologie moderniste, souvent d’origine protestante, les auteurs étudiés dans ce livre sont partagés entre un éloge esthétique des spiritualités traditionnelles, qui les prive de toute portée réelle, et une réévaluation dithyrambique de leurs pouvoirs, au nom des forces psychiques inconscientes qui s’y exprimeraient ou s’y libéreraient. Dans tous les cas, l’herméneutique du monde religieux est livrée à une culture de la « créativité » de l’esprit et c’est assez avouer que l’essentiel de l’œuvre intellectuelle est perdue, celle qui enracine l’intelligence dans la claire vision d’un principe transcendant qui la fonde et l’oriente. Ces thèses re-mythologisantes sont d’abord des fruits d’une « démytholo-gisation » radicale, elle-même héritière de toute la philosophie moderne. C’est pourquoi Patrick Geay ne se contente pas de marquer les présupposés destructeurs de l’herméneutique que Paul Ricoeur résume, il lui faut remonter à Freud, à Hegel, à Kant, à l’époque baroque et à toutes les sources du tournant nominaliste de la Renaissance. Est-ce à dire pour autant que ceux qui se présentent comme les bâtisseurs d’une « nouvelle » Renaissance et qui prétendent œuvrer au nom de l’imaginaire sont en mesure de répondre au désir de renouer avec la voie des signes ? Certes non, car, comme le montre avec précision Patrick Geay, ni Jung, ni Bachelard, ni Gilbert Durand ne présentent un réel engagement ontologique en faveur d’une reconstruction du monde qualitatif. Tous sont pris par une évaluation d’abord psychique des phénomènes symboliques et, par le fait, que font-ils d’autres que continuer l’œuvre d’annihilation des signes épars dans le monde ? Et il n’est pas jusqu’à Henry Corbin, le fameux restaurateur du monde intermédiaire de l’imaginal, qu’on aurait pu croire à l’abri de toute séduction moderniste, qui ne soit, par sa conception personnaliste des théophanies, un continuateur implicite du monde univoque dans lequel s’enferment par principe les modernes. Ces conclusions dures, mais rigoureuses, déplairont et elles décevront tous ceux qui sont pris de mouvements confus à l’idée du retour du religieux. Patrick Geay est notre critique le plus fort du « nouvel esprit anthropologique », qui était censé répondre au « nouvel esprit scientifique » de Gaston Bachelard. On se demandera peut-être où est René Guénon dans cette reprise critique de motifs qui traversent d’abord le champ des Sciences de l’homme et de la société ? La réponse est nette : ce que Guénon a fait avec la théosophie de madame Blavatsky, Geay le fait avec nos nouveaux phénoménologues des religions. C’est le même esprit d’exactitude, la même contestation métaphysique d’un immanentisme qui ne s’avoue pas comme tel, la même distance délibérée à l’égard de la célébration bachique des pouvoirs de l’esprit prétendument libéré de son carcan rationaliste.
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Je laisse le soin au lecteur de suivre le détail des analyses et d’évaluer à sa guise la solution équilibrée que l’auteur propose pour finir à ces trahisons successives d’Hermès, où Ibn Arabi joue un rôle déterminant, comme on aurait pu s’y attendre de la part d’un fidèle lecteur de Guénon et de la tradition soufie. Il reste qu’une brèche a été ouverte dans les Sciences humaines et dans la prétention qui est la leur de se donner un savoir du religieux. Ce livre montre que loin de proposer une intelligibilité de l’Homo sacer, elles manquent systématiquement leur cible faute d’une préparation métaphysique et initiatique suffisante : ce qui était vrai pour les orientalistes que Guénon dénonçait dès les années 20, l’est devenu pour les sciences religieuses dans leur ensemble, en sorte que l’impuissance profonde de l’Occident à comprendre l’expression symbolique et ésotérique est ainsi vérifiée. Tous ces savoirs qui se sont voulus anti-colonialistes n’ont en réalité été que les agents de la pire colonisation, la colonisation de l’ignorance. Ce livre fait mieux que proposer un véritable art critique de notre aveuglement à l’égard du reste du monde. Il devient à lui seul un véritable symptôme, le symptôme que le « choc des civilisations » que l’Occident croit enregistrer n’est que le choc que ses propres savoirs lui imposent. Il ne faut donc ni nier ce choc au nom d’un espéranto spiritualiste, ni en faire une ligne de fracture définitive entre ontologies natives, il faut reconnaître plus sereinement qu’il s’agit de la suite inévitable d’un processus de dénégation autorisé par les herméneutiques en cours, qui finit par se heurter aux lois véritables de la constitution du religieux. Mais parce que l’Occident y joue ses propres valeurs, qui sont tout sauf des valeurs réfléchies, il faut admettre que l’avenir tracé par les analyses de Patrick Geay ne va pas sans un certain pessimisme sur les chances de survie d’une civilisation aussi incapable de comprendre les autres. Et si ce n’est pas cette civilisation qui cède, alors la terre, et le génie des traditions, risqueront d’être atteints.
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