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Histoire de l'islam

De
384 pages
Si l’islam forme un tout et rassemble une communauté de croyants, ceux-ci ne se réclament pas tous d’une même doctrine – loin s’en faut. L’islam est divisé en de nombreuses branches, elles-mêmes scindées en sous-groupes et en tendances, dont chacun possède sa propre spécificité doctrinale, sans qu’aucune instance supérieure ne garantisse une orthodoxie.
Comment comprendre ces divergences et comment sont-elles apparues au cours des quatorze siècles d’existence de l’islam ? Partant de la formation de la religion islamique autour du prophète Muhammad, Sabrina Mervin met en évidence les évolutions doctrinales, montre comment elles se sont déployées au sein des sciences religieuses et replace les courants de l’islam contemporain dans leur histoire, faite de tensions entre réformisme et tradition.
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Sabrina MERVIN
Histoire de l'islam
Fondements et doctrines
Champs histoire
© Flammarion, 2000, sous la direction d'Olivier Feiertag. © Flammarion, 2016 pour la présente édition. ISBN Epub : 9782081388963
ISBN PDF Web : 9782081388970
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081386594
Ouvrage composé et converti par Meta-systems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Si l’islam forme un tout et rassemble une communaut é de croyants, ceux-ci ne se réclament pas tous d’une même doctrine – loin s’en faut. L’islam est divisé en de nombreuses branches, elles-mêmes scindées en sous-g roupes et en tendances, dont chacun possède sa propre spécificité doctrinale, sa ns qu’aucune instance supérieure ne garantisse une orthodoxie. Comment comprendre ces divergences et comment sont- elles apparues au cours des quatorze siècles d’existence de l’islam ? Partant de la formation de la religion islamique au tour du prophète Muammad, Sabrina Mervin met en évidence les évolutions doctrinales, montre comment elles se sont déployées au sein des sciences religieuses et repla ce les courants de l’islam contemporain dans leur histoire, faite de tensions entre réformisme et tradition.
Chargée de recherche au CNRS, Sabrina Mervin a pass é dix ans dans des instituts de recherche français au Proche-Orient (IFEAD, IFPO). Elle a codirigé l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (EHESS ) et dirige aujourd’hui le centre Jacques Berque, à Rabat. Elle a notamment publié Un réformisme chiite (Karthala, 2000), dirigé Les Mondes chiites et l’Iran (Karthal a-IFPO, 2007) et co-écrit Najaf, the Gate of Wisdom (Unesco Publications, 2014).
Dans la même collection
Élie Barnavi,Les Religions meurtrières. Fethi Benslama,Déclaration d'insoumission. À l'usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas. Fethi Benslama,La Psychanalyse à l'épreuve de l'islam. Adrien Candiard,mprend rien.Comprendre l'islam. Ou plutôt : pourquoi on n'y co Oleg Grabar,La Formation de l'art islamique. Oleg Grabar,L'Ornement. Formes et fonctions dans l'art islamiqu e. François Jourdan,pourDieu des chrétiens, Dieu des musulmans. Des repères comprendre. Gilles Kepel,Terreur et martyre. Relever le défi de la civilisation. Farhad Khosrokhavar,Les Nouveaux Martyrs d'Allah. Abdallah Laroui,Islam et histoire. Essai d'épistémologie. Bernard Lewis,Les Arabes dans l'histoire. Bernard Lewis,Juifs en terre d'islam. Maurice Lombard,L'Islam dans sa première grandeur. Muhsin Mahdi,ertueuse d'Alfarabi.La Fondation de la philosophie en islam. La Cité v Nabil Mouline,Le Califat. Histoire politique de l'islam. Antoine Sfeir,Brève histoire de l'islam à l'usage de tous. Heidi Toelle et Katia Zakharia,À la découverte de la littérature arabe. Du VIe siècle à nos jours. John Tolan,Les Sarrasins. L'islam dans l'imagination européenn e au Moyen Âge. Dominique Urvoy,Averroès. Les ambitions d'un intellectuel musulman. Dominique Urvoy,Penseurs libres dans l'islam classique. L'inte  Les rrogation sur la religion chez les penseurs arabes indépendants.
Histoire de l'islam
Fondements et doctrines
INTRODUCTION
C'est une histoiredesdoctrinesde l'islam que propose cet ouvrage, et non pas une histoirede l'islam comme civilisation. Nous n'yretrouveronsdonc pas l'histoire politique ou socialedes mondes musulmans, mais bien celledesdéveloppementsdoctrinauxde l'islam ; àd'autresde les mettre enregardavec les changements politiques et sociaux. De même, ce n'est pasde l'islam en tant que phénomène global, uniforme et immuable que l'on traitera, maisdes islams etdespluralismesdans l'islam1. S'il forme un tout etrassemble une communautéde croyants, laumma, l'islam sedivise ende nombreusesfirqa que l'on appelle, en français, branches,ramifications ou sectes, au sens classiquedu terme. Elles-mêmes se subdivisent encore en sous-groupes et autres tendances2. Cependant, chaque adepte seréclamede l'islam et témoigne, selon la professionde foi musulmane (chahâda),de l'unicitédivine (tawḥîd) etde la mission prophétique (nubuwwa)deMuḥammad3. Bien plus, chacun pensedétenirlareligion vraie, dîn al-ḥaqq, et appartenirà la seulefirqaqui, selon la tradition, connaîtra le salut. Aucune instance supérieure chargéedereprésenteretde garantirl'orthodoxie islamique ne peut ledémentir. Il n'y a ni Église, ni magistèredoctrinal unique, ni autorité centralisatrice en islam. Certes, l'islam a un centre, LaMecque, et sesdoctrines se sont élaboréesdans la languede la révélation etdu Coran, l'arabe4. C'est pourquoi les termes techniques indiqués ici sont énoncés en cette langue. Rappelons toutefois que, très tôt,des musulmans non arabophones ont participé à la constructionde ladoctrine ; l'islam s'est en outrerapidement propagé, loinde LaMecque, pour parvenir jusqu'en Chine. Aujourd'hui, le plus grand pays musulman, sous lerapportdu nombrede fidèles, est l'Indonésie où ils sont plusde 200 millions. Puis viennent le Pakistan (178 millions), l'Inde (177 millions), le Bangladesh (149 millions), laTurquie (76 millions), l'Égypte (80 millions), le Nigeria (76 millions), l'Iran (75 millions), l'Algérie (37 millions), leMaroc (33 millions), l'Irak (31 millions), l'Afghanistan (30 millions), le Soudan (31 millions), l'Arabie saoudite (26 millions), etc5. La France, quant à elle, comptede 5 à 6 millionsde musulmans, selon les estimations. La périodede formation et les fondementsde l'islam occupent une grande partiede cet ouvrage. On ne peut, en effet, étudierl'histoiredesdoctrines sans s'arrêterlonguement surses paradigmes qui informent jusqu'à présent le cadrede la pensée islamique. Or, l'idéalité mêmede la fondationde l'islam posedes problèmes épistémologiques auxquels les historiens ontrépondudediverses manières, allantdurefusde la tradition islamique comme source à son traitement en tant que fait historique. La multiplicitédes approches a enrichi ledébat, même si certains chercheurs ont été agacés parc une ritique « historiciste »des sources qui, à partirdes années 1970, arécusé tout recours à la tradition musulmane alors qued'autres chercheurs, à l'inverse, ont été gênés par un manquede contextualisation historique. Par ailleurs, ladécouvertede nouveaux matériaux, l'exhumation et l'éditionde manuscrits ont ouvertde nouvelles voies. Documents émanantsde milieux chrétiens, juifs et zoroastriens6, matériel épigraphique et numismatique, papyrus coptes, grecs ou arabesrenouvellent les pistesderecherches et les questionnements, ainsi quedes manuscritsdu Coran qui sont à l'étude. Parallèlement, une réflexion surl'écriturede l'histoiredesdébutsde l'islam est en cours7. Si cette histoire comporte encore biendes inconnues, elle a accomplide belles avancées ces dernières années8. D'autres périodes ont été négligées, carelles furent longtemps considérées comme indignesd'étudedu pointde vuede ladoctrine. Selon la périodisation en usagedans l'historiographie, une époquedite « classique », allantdu milieudsiècle auxu VIIIe XIIe-XIIIe siècles, succéda à la périodede formation ; elle fut traitée comme telle. À partirdu XIIIe siècle, l'histoirede l'islam fut envisagée comme celled'undéclin culturel etd'une « ankylose » de la pensée, et les savants musulmans qui sedistinguèrent parmi les autres furent tenus pourdes exceptions9. Selon ce schéma, une «renaissance »de l'islam se produisit au XIXe siècle avec les mouvementsréformistes modernes. Or, non seulement il est admis, aujourd'hui, quedes foyers réformistes apparurent au XVIIIe siècle, notamment en Inde et en Asie centrale, mais lesrecherches se développent sur cette époque. Gageons que sides travaux systématiques sur la riode qui vadu XIIIe au XVIIIe siècle étaient entrepris, ils montreraient que l'activitédoctrinale n'était pas si sclérosée qu'on l'a cru. Depuis les années 1970, ledéveloppementdes mouvements islamistes, leurrecours à la violence et la médiatisationde ces phénomènes ont mis les spécialistesde l'islam endemeured'y apporterdes
explications. Dans ce contexte, les analyses conjoncturelles correspondaient mieux aux attentes que les étudesde fond, et les politologues furent plus sollicités que les historiens ou les spécialistesdu dogme. L'islamisme a focalisé lesrecherches, ce qui a contribué à masqueraut les res aspectsde la pensée islamique oud'autres approchesdes sociétés musulmanes contemporaines. L'apexdu 11 septembre 2001 puis le chocdes attentats qui ont frappé Paris en janvieret en novembre 2015 ont accentué cette tendance puisqu'il a fallu impérativement saisir le « faitdjihadiste », et fournirdes élémentsde compréhension àdes publicsdivers surles phénomènesderadicalisation10. Ilreste que l'on ne peut faire l'économied'une mise en perspectivede l'islamd'aujourd'hui avec celuid'hier, tout comme on ne peut se passerdes approches que nous proposent la science politique, mais aussi la philologie et la linguistique, l'hist oire, la sociologie et l'anthropologie, pour comprendre l'islam comme faitreligieux etdécrypterles sociétés musulmanes. Dans tous les cas, une connaissancedes fondementsdoctrinaux etdes sciencesreligieusesde l'islam est une base nécessaire.
1 De lajâhiliyyaà l'islam
L'islam est né au Hedjaz, unerégion qui s'étale, à l'ouestde l'Arabie, le longde la merRouge. Un paysdésertique,de sable etderocaille, où vivaientdes pasteurs nomadesregroupés en tribus – selon le paradigme transmis part la radition et adopté par les orientalistes1. Quelques oasis s'y égrenaient, parallèlement à la côte. C'étaientdes palmeraies productricesdedattes, mais aussides cités commerçantesd'où partaientdes caravanes, vers le Croissant fertile, au nord, ou vers l'Arabie heureuse, le Yémen, au sudainsi : des villesde Khaybar,de Yathrib etde LaMecque, ou biende â'if, la plus prospère carson climat clément permettait une agriculturediversifiée. Des populations dentaires y vivaient et y exerçaientdes activités économiquesdiverses qui lesreliaient aurestede larégion. Ce fut à LaMecque, nousdit la tradition, queMuḥammad, le Prophètede l'islam,reçut ses premièresrévélations et commença à prêchertoutefois, pou ; r pouvoir véritablement poser les fondationsde son œuvre,regrouper ses partisans autourde lui et fairede nouveaux adeptes, ildut aller s'installerYath à rib. Là, il allait jeterbases les d'une nouvellereligion et instituer un nouvel ordre moral, juridique et politique. C'est pourquoi ladate qui fut ensuite choisie commedébutde l'ère musulmane est cellede l'émigration (al-hijra)du Prophète vers Yathrib, l'hégire : l'événement eut lieu à la findu moisde septembre 622 mais ladateretenue, afin qu'elle coïncidât avec le premier moisdu calendrieren vigueur, fut le 16 juillet 622. Quant à Yathrib, elle futdésignée comme la cité du Prophète (madînat al-nabî), la cité parexcellence, al-Madîna,Médine.
Le tempsde l'islam
Selon ladoctrine islamique, le temps historiquedans lequel s'inscrit l'islam succède au temps cycliquede la prophétie.Muḥammads'insèredans ce cycle en venant prendre place à la suitede tous les Prophètes que Dieu a envoyés aux hommes,dont Adam, Abraham,Moïse, Jésus. Il est présenté comme le sceaudes Prophètes (le Coran, 33 : 40), qui vient clore le cyclede la prophétie et assurer l'avènementde l'islam parmi les hommes. Une autrereprésentationdu temps se superpose à celle-là,dans la tradition. C'est celle qui fait précéderl'islamd'un « étatd'ignorance », lajâhiliyya, équivalent arabede la gentilité. Déjàdans le Coran, le terme apparaît pourdésigner une situation première, antérieure à larévélation, un ordre
ancien auquel il ne faut plus seréférer(le Coran, 5 : 50 ; 33 : 33 ; 48 : 26). Larévélation marque donc bien une césure. Avec elle commence une période sacralisée par les savants musulmans,dont on peutdistinguertrois phases. D'abord, cellede la guidance spirituelle et politique que le Prophète exerçadans la cité idéaledeMédine, jusqu'à sa mort en 632 ; ensuite, celledu califatdes quatre « biendirigés » (al-râchidûn), Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî, qui lui succédèrent, jusqu'au meurtrede cedernier, en 661 ; enfin, la phasedessalaf, les pieux anciens, c'est-à-dire les compagnonsdu Prophète et lesdeux générationsde musulmans qui suivirent. Cette période sacrée n'est pas un idéal à atteindre ou à imaginer, elle s'est accomplie : ilreste à la reproduire et à larestaurer,dans une opération qui est non seulement unretoursurun passé idéalisé, mais aussi unretour sursac le ré parle c lequel royant tentederetrouverjuste, celui l'islam des origines. Après cette période, en effet, l'islam a peu à peu été soumis auxdégradations et aux déviations, les musulmans ont été la proiedesdissensions etdesdivisions. Lediscoursdes militants de l'islamd'aujourd'hui s'ancre encoredans cesreprésentations. Bien plus, avec eux, lajâhiliyya ne scinde plus seulement le temps endeux, elledivise aussi l'espace. Une partie est occupée par les adeptesde l'islam qu'ils prônent ; l'autre, parqui ceux dévientde cette voie, même s'ils sedisent musulmans : ils sont accusésd'êtredans lajâhiliyya, comme s'ils n'avaient pasreçu larévélation. Selon cette perspective, lajâhiliyya estdonc susceptiblederessurgirdans le temps historiquede l'islam. Fautede sources, ilrestedifficile, pourl'historien,dedécrire lajâhiliyyaet l'Arabiedu VIe siècle qui vit naître le ProphèteMuḥammad. Néanmoins, il est évident que le passagede cet état d'« ignorance » à l'islam ne fut pas la cassureradicale suggérée pardesreprésentations quirelèvent dudogme islamique et non pasd'unedémarche historique. L'Arabie ne passa pas, sans étape ni transition,d'un paganismedébridé au monothéisme le plus achevé. On connaît assez la situation qui prévalait alors au Hedjaz pourétablirque l'avènementde l'islam fut favorisé parplusieurs facteurs. D'abord, un certain malaise qui parcourait les sociétés citadines, notamment cellede LaMecque, appelait uneréformedes mœurs etdes valeurs morales. Les anciens bédouinsreconvertisdans le commerce et la finance étaient en mald'idéaux. Le triomphed'une société mercantile occupée à accroître sesrichesses avaitdéveloppé l'individualisme audétrimentde la solidarité tribale ; certains avaient oublié les vertus cardinales qui faisaient l'hommed'honneurde la société bédouine : prodigalité, bravoure, patience, persévérance2Parailleurs, l'anciennereligion subissaitdes influences et connaissaitdes changements. Certes, un culte était encorerendu aux pierresdressées et aux arbres sacrés, considérés comme lesdemeures d'autantdedivinités locales ;des pèlerinages sedéroulaient aux sanctuaires qui leurétaientdédiés et l'on y immolaitdes animaux. Ainsi, LaMecque, avec sa pierre noire surmontéed'une sortede cube, la Ka‘ba, etd'autres lieux sacrés, attiraient les pèlerins et percevaient une partiede leursrichessesdu faitde leurprésencerégulière. Toutefois, la croyance en l'existenced'undieu suprême, créateurde cesdivinités locales, s'était déjà imposée ; le christianisme et le judaïsme avaient pénétrédans larégion et certaines tribus avaient embrassé l'une ou l'autrereligion ;des individus appelés «devins » prêchaient çà et làde nouvelles idéesreligieuses ; enfin, une tendance monothéiste sedessinait nettement, celledesḥanîf. Ce terme, construit surancienne une racine sémitique, semble avoird'aborddésignédes hérétiques, puis les adeptesd'une certaine formede monothéisme3 ; on yreviendra plus loin. Certainsrécits bibliques s'étaientdéjàrépandus en Arabie, sansdoute parbribes et sous formede motifs : les « légendesdes anciens » queMuḥammadsera accusé parlesMecquois incrédulesd'écrire quotidiennement, sous la dictée (le Coran, 5 : 5). En outre, la figured'Abraham était connue et, à LaMecque, elle était associée à la Ka‘ba. Ainsi coexistaient au Hedjazdes idéesreligieuses trèsdiverses qui pouvaient parfois serencontrer, s'interpénétrer. ÀMédine, parexemple, les juifs étaient très influents, ce qui favorisait la propagation de croyances monothéistes, sans empêcher, toutefois, le culte très vivacededivinités attachées au clan, à un notable ou à une famille4. On voitdonc que larupture entre un avant plongédans les ténèbresde l'ignorance etdu paganisme et un aprèsrégi parla loi sacrée (charî‘a) ne fut pas si nette, même si, auregardde l'histoire, larévélationde l'islam présente un caractèred'instantanéité, puisqu'elle s'étala surune vingtained'années seulement.
Larévélation (al-tanzîl)