Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens
302 pages
Français

Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens

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302 pages
Français

Description

Cette introduction à une métaphysique des mystères chrétiens présente la Trinité, la Vierge et le Christ de différentes façons complémentaires. Chaque lecteur peut donc aborder ces mystères de la façon qui lui convient le mieux: la doctrine vérifiée par l'imprimatur, l'ésotérisme, les formules abruptes de la métaphysique, des extraits de textes saisissants de saint Denys, Maître Eckhart et tant d'autres, ou encore au travers d'analogies frappantes avec certains éléments d'autres religions: bouddhisme, hindouisme, islam, judaïsme, taoïsme.

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Date de parution 01 juin 2005
Nombre de lectures 229
EAN13 9782296393547
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Introduction
à une métaphysique
des mystères chrétiensReligions et Spiritualité
Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types
d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions
fondamentales qui se posent à I'homme, des biographies, des textes
inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au
dialogue inter-religieux.
Dernières parutions
Camille BUSSON, Essai impertinent sur l'Histoire de la
Bretagne méridionale, 2005.
Erich PRZYWARA (Trad. de l'allemand par Philibert
Secretan), ... Et tout sera renouvelé. Quatre sermons sur
I 'Occcident suivi de Luther en ses ultimes conséquenses, 2005.
Jean-Dominique PAOLINI, D'Aphrodite à Jésus. Chroniques
chypriotes,2005.
André THA YSE, A l'écoute de l'origine, 2004.
Etienne GOUTAGNY, Cisterciens en Dombes, 2004
Mgr Lucien DALOZ, Chrétiens dans une Europe en
construction, 2004.
Philibert SECRET AN, Chemins de la pensée, 2004.
Athanase BOUCHARD, Un prêtre, un clocher, pour la vie:
l'abbé Pierre Cucherousset, 2004.
Michel COVIN, Questions naïves au christianisme, 2004.
Vincent FEROLDI (dir.), Chrétiens et musulmans en dialogue:
Les identités en devenir, 2003.
Karékine BEKDJIAN, Baptême, mariage et rituel funéraire
dans l'église arménienne apostolique, 2003.
Albert KHAZINEDJIAN, La pratique religieuse dans l'église
arménienne apostolique, 2003.
Philippe CASPAR, L'embryon au IIème siècle, 2003.
Jean BAlLENGER, Biologie et religion chrétienne, 2003.
Ferdinand de HEDOUVILLE, Relations sur mon séjour en exil
et l'exode des religieux jusqu'en Russie, par un novice de
Valsainte, de 1797 à 1800,2003.
(QL'Harmattan, 2005
ISBN: 2-7475-8135-7
EAN : 9782747581356Bruno Bérard
Introduction
à une métaphysique
des mystères chrétiens
A la lumière de ses commentateurs anciens et modernes
En regard des traditions
bouddhique
hindoue
islamique
judaïque
et taoïste
Préfaces du Père Michel Dupuy
et de Monseigneur Dubost, Evêque d'Evry-Corbeil-Essonnes
Postface de Jean Borella: Problématique de l'unité des religions
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7,rue de l'École- Kossuth L. u. 14-16 Via Degli Artisti, 15
Polytechnique 1053 Budapest 10124 Torino
75005 Paris HONGRIE ITALIE
FRANCEPhoto de couverture:
Tête de Christ, terre cuite de Rolande Hérault (1913-1979),
photographie de Marie-Claude Roussel
NIHIL OBSTAT
Lutetiae parisiorum, die 8Januarius 2003,
M. Dupuy
IMPRIMATUR
Lutetiae parisiorum, die 9Januarius 2003
M. Vidal, V.E.
Archevêché de Paris,
Service de l'imprimatur,
N° 20 (2002).DÉDICACE
Pour nos fils Alexandre et Thibaut,
nos filleuls Juliette, Frank et Jean-Miche~
et pour Sylvie, Michel et Jean-Marc (t).
REMERCIEMENTS
En particulier, à Jean Borella et à François Chenique,
pour leurs travaux.Saint
Grégoire
de Nysse
« Les concepts créent des idoles de Dieu », De vita
Moysis,[chris tianisme]
PG44,
377B
car « rien n'est à sa Ressemblance », Coran
[islam] 42,11
. Sarikara
pwsqu'I I est un et sans secon
d,
Vivekacüet que «rien d'autre n'existe que le Soi»
damani
[hindouisme] 388
Isaïeparce qu'« il n'y a rien en dehors de Lui» et
XLV,5-6que son Nom même: YHVH est imprononçable,
Dudaïsme]
Laozi
TaoTepuisque «un nom qui peut être prononcé n'est pas le Nom éternel »,
King,[taoïsme]
chap.1
Asanga
et qu'on ne saurait dire ce qui « est toujours sans dualité
rGyud
car sans conceptualisation ». bLama,
[bouddhisme] 68PRÉFACES
Malgré la clarté de l'exposition et la magnificence de l'érudition, visiter
l'Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens ne consiste pas
à parcourir un chemin lumineux.
Et il est sans doute impossible qu'il en soit autrement.
De même que le soleil ne peut se regarder directement que lors des éclipses
de même les mystères chrétiens- et encore avec de puissants filtres obscurcissants -
ne peuvent être conceptualisés sans de multiples précautions.
Je ne suis pas métaphysicien.
Je ne suis pas spécialiste des religions.
(( ))Il m'est donc impossible d'apprécier techniquement l'essai de Bruno
Bérard Et pourtant, il m'a passionné.
Ce qui m'a semblé évident dans ce travail méthodique et abstrait, c'est le
désir de la vérité qui le parcourt souterrainement. Quelle que soit la discrétion de
l'auteur, il est clair qu'il n'est pas comme un copieur de tableau devant une toile
qu'il veut reproduire le plus exactement possible. .. Il est comme le peintre qui est
en train de vivre sa toile, essaie de ne pas en sortir, de rester à l'intérieur, de ne pas
regarder de l'extérieur...
Pour filer la métaphore, il me semble que le peintre est classique et qu'il
n'a pas renoncé - en apparence à partir d'une réalité qu'il interpréterait
pourque d'autres le découvrent. .. mais au fond, comme la plupart des contemporains, il
analYse avec une facture classique un sentiment qui l'est moins: le face à face de
soi-même avec une vie qui dépasse de partout ce que l'on peut analYser. . .
Cette expérience qui n'est pas décrite comme une expérience affleure- -
dans la résonance qu'entraîne la confrontation avec d'autres expériences
religieuses... Je dis résonance parce qu'elles ne sont pas décrites pour elles-mêmes,
dans leur démarche profonde, mais dans ce qu'elles font vibrer de la réflexion sur le
mystère chrétien... et, paradoxalement, cette capacité de mise en harmonie révèle
quelque chose d'essentiel de ces démarches religieuses.
7Pour autant, le discours est rigoureux.
Il apparaîtra sans doute trop rigoureux à certains. Manquant de corps
et d'histoire. Pourtant, comment ne pas admirer cette volonté de parler de la
Trinité, de Marie et du Christ avec toutes les ressourcesde la réflexion humaine?
(( La vérité que la Révélation nousfait connaître n'est pas lefruit mûr
ou le point culminant d'une pensée élaborée par la raison. Elle se
présente au contraire avec la caractéristique de la gratuité, elle engendre
une réflexion et elle demande à être accueillie comme expression
d'amour. Cette vérité révélée est une anticipation, située dans notre
histoire, de la vision dernière et définitive de Dieu qui est réservée à
)).ceux qui croient en lui et qui le cherchent d'un cœur sincère
Jean-Paul II, Fides et Ratio, 15
Comment ne pas admirer, notamment, la réflexion sur Marie? Certes
mon inculture philosophique répugne à tout ce qui me semble être des expressions
plus platoniciennes que bibliques... Mais JO'ai beaucoup apprécié ce qui me
))((semblerait pouvoir être décrit comme un regard sur Marie sacrement de la non
possessivité despersonnes divines.
Comment ne pas souscrire à la réflexion sur Dieu et sur ce que mes
(( ))professeurs nommeraient la via negationis présentée ici de manière renouvelée?
Le Dieu amour est abîme: source de toute unité, mais au-delà absolu, différence,
source de toute différence: unité et abîme sont à l'origine et à la fin de toute
communion. Comme le Fils est consubstantiel au Père (homoousios) avec
l'humanité et en même temps distinct, bordé par l'abîme et appelé par l'amour.
Comment nepas souscrire ici à la méditation sur l'Esprit?
La foi seule suffit.
Monseigneur Dubost,
Evêque d'Evry-Corbeil- Essonnes
8Le vingtième siècle, en réaction contre les traités théologiques scolastiques,
s'est méfié de l'abstraction et a préféré un langage soutenu et vivifiépar l'expérience
spirituelle. Dès lors une métaphysique est-elle encore possible? Beaucoup y
((renoncent d'emblée, comme ce religieux qui déclare: une chose me paraît sûre:
rendre compte de la foi chrétienne en s'appuyant sur une représentation
métaphysique qui dissocie l'ici-bas de l'au-delà, tout en établissant entre eux les
moyens de leur communication, est devenu insupportable pour nos contemporains.
Ils ont en tête les maîtres du soupçon )). Mais sans recourir à l'abstraction, il est
difficile de distinguer et de préciser. Et à refuser la métaphysique, on risque de
s'enfermer dans le matérialisme, à moins qu'on ne substitue à la métaphysique
qu'on refuse une autre métaphysique d'autant plus dangereuse que sespréjugés sont
inconscients ou inavoués.
Il faut savoir gré à Bruno Bérard d'avoir eu l'audace non seulement de
recourir à la métaphysique, mais de se situer délibérément en son domaine, comme
l'indique son titre. Et ne s 'embatrassant pas du discrédit de cette métaphysique, il
donne d'abord un très bon exposé du dogme chrétien,précis et exact.
Mais il veut faire davantage, explorer ce qui est au-delà, comme
l'indique le préfixe méta. On a souvent employé le mot mystique pour qualifier
une vie spirituelle et desjàits au-delà du commun. Malheureusement cemot, àforce
d'être employé à tort et à travers, a étégalvaudé et risque de n'évoquer que desjàits
extraordinaires. Bruno Bérard est fondé à lui préférer le mot de mystère qui
indique à lafois l'ignorance complète où beaucoup d'hommes se trouvent de tel ou
tel point de la vie spirituelle, l'obscurité qui demeure encore à son sUjet chez ceux
qui ont bénéficié de la Révélation chrétienne, mais aussi la lumière que celle-ci
apporte. Dès lors, la métaphysique ne dit pas seulement l'abstraction souvent
nécessairepour préciser la pensée, elle dit aussi une expérience spirituelle quz~pour
n'être pas commune, est cependant indéniable et permet de la sorte l'élucidation,
pour autant qu'elle estpossible, de ce qui se découvredans la vie spirituelle.
En ce XXIèJnc siècle où la mondialisation unifie la planète, nombre
d'européens sont fascinés par le bouddhisme et l'hindouisme, tandis que l'Europe
ne compte plus la majorité des chrétiens. Les ressortissants d'autres contrées
d'évangélisation moins ancienne, asiatiques, africains et surtout sud-américains
sont maintenant plus nombreux dans l'Eglise. Le dessein de Bruno Bérard est
spécialement opportun: confronter la métaphysique chrétienne et européenne avec
celles des traditions bouddhique, hindoue, islamique, Judaïque et taoïste.
9L'entreprise est hardie. S'il n'est dfjà pas facile de tirer au clair ce que des hommes
comme Maître Eckhart ou Johann Scheffler ne livrent que sous JOrme de
paradoxes ou d'aphorismes, il est encore plus malaisé de comprendre des hommes
d'une culture différente dont on n'atteint la pensée qu'à travers des traductions. En
ce qui concerne la pensée Juive, Levinas a mis en garde contre toute prétention de la
saisir vraiment autrement que dans le texte hébreu... Néanmoins, Bruno Bérard
a mis en lumière nombre de convergences,. les unes peuvent s'expliquer en partie
par des contacts ou l'influence d'écrits,. les autres demeurent historiquement
inexpliquées et suggèrent une vocation commune de l'humanité.
Cependant les conclusions de cet essai sont d'une sage prudence et JOnt
largement place à la nescience dans le patrimoine spirituel de l'humanité: le
sentiment d'une réalité décisive qui vous dépasse se retrouve sous tous les cieux
Père Michel Dupuy
10EXERGUE
La gnose - ou théologie mystique, en langage chrétien - est
une connaissance salvatrice; elle est l'accomplissement de la mystique,
ou de la métaphysique en tant que celle-ci est voie de réalisation. Elle
consiste, dans son aboutissement ultime par la grâce, en une identité
du connu, de la connaissance et du connaissant, de l'aimé, de l'amour
et de l'amant.
C'est pourquoi on ne saurait la dire ; néanmoins, on peut en
parler. Une telle évocation pourra s'appeler une métaphysique.
Mais si la métaphysique peut évoquer la Réalité ultime, c'est
parce qu'il y a, d'abord, une Révélation. La Révélation est première, et
elle est l'objet nécessaire de la métaphysique. Ainsi, il ne saurait y
avoir de métaphysique en soi, mais seulement une métaphysique de la
Révélation ou une métaphysique des mystères.
Comme il n'y a pas de révélation quelconque mais telle ou
telle révélation, c'est la Révélation chrétienne qui sera ici l'objet d'une
métaphysique des mystères chrétiens.
Des éléments de métaphysique des mystères chrétiens se
trouvent chez de nombreux auteurs, tout au long des deux mille ans
du christianisme: saint Denys, saint Clément d'Alexandrie, saint
Evagre le Pontique, saint Grégoire Palamas, Maître Eckhart, saint
Thomas d'Aquin et aussi Jean Borella, François Chenique, l'abbé
Henri Stéphane, ou encore René Guénon, Frithjof Schuon, etc.
Mais, de même que l'Evangile proclamé par l'Église, est
luimême secundumMarcum ou secundumJohannem,ces éléments, afortiori, ne
seront jamais que secundumleur auteur.
C'est pourquoi on ne saurait parler ici que d'une
introduction à une métaphysique des mystères chrétiens.
IlD'autant que les éléments ici colligés ont perdu le contexte
dans lequel leurs auteurs les avaient signés.
Néanmoins, comme le collecteur s'est approprié une partie de
leurs travaux, il porte donc, et seul, la responsabilité du résultat. Et ce
dernier ne dispose pas, dans sa forme finale colligée, de la signature
des auteurs anciens et modernes dont les idées et formulations ont été
utilisées (en l'état ou en substance).
Cette introduction à une métaphysique des mystères
chrétiens ne sera donc jamais que selon Bruno Bérard
C'est pourquoi également, chaque lecteur, à chaque lecture,
reconstruira lui-même, sous sa responsabilité, sa propre vision de la
métaphysique, sa propre vision de la Réalité ultime.
Il s'agira, dès lors, de l'introduction à une
métaphysique des mystères chrétiens selon chaque lecteur.
Enf111, on rappellera que la métaphysique n'est pas le but.
Celle-ci est plus encore un chemin qu'une formulation, plus une
expérience qu'un dire ; et c'est en cela qu'elle aboutit nécessairement à
sa propre déconstruction, à son abolition; en ce sens, notamment,
qu'au-delà du chemin, ce n'est plus le chemin, par définition.
Ainsi, la gnose, aboutissement éventuel par la grâce d'une
métaphysique confessionnelle, requiert que toute métaphysique
s'efface, que l'intelligence ferme les yeux (saint Denys l'Aréopagite).
Alors seulement, on passe d'un savoir à l'Etre, d'une herméneutique à
l'Ontologique; et l'Objet devient le Sujet.
Dès lors, le but ultime ne saurait être autre chose: se jeter
dans l'Au-delà d'une métaphysique des mystères chrétiens, c'est-à-dire
dans les mystères chrétiens eux-mêmes, l'unique Sujet
12SOMMAIRE
Introduction
La gnose, connaissance supreme et ignorance infinie... ... ... . 17
1èrePartie - La Trinité chrétienne... ... ... ... 25
Chapitre 1 Résolution des paradoxes
- approches conceptuelle et doctrinale... ... ... ... ... 27
Chapitre 2 Dépassement des paradoxes
- approches théologiques et mystériques... ... 43
Chapitre 3 Dissolution des paradoxes
- approche métaphysique cataphatique... ... ... ... .. 47
Chapitre 4 Renouvellement des paradoxes
- approche apophatique... ... ... ... .. 75
Chapitre 5 CDnclusion - l'Identité métapliysique... ... ... ... ... . 89
2èmePartie - La Théotokos chrétienne 99
Introduction. Situation paradoxale de la Vierge
au sein du christianisme... ... ... ... ... ... ... ... .. 101
Chapitre 6 Le dogme, le mystère et la foi... ... ... ... ... ... ... .. 103 7 Mystères et dogrves mariais,
et positions des Eplises chrétiennes... ... ... ... ... . 111
Chapitre 8 Interprétations theolopiques et ésotériques
des mystères de la Theotokos... ... ... ... ... ... ... .. 121
Chapitre 9
.0. ..0 133~~tl~~~~~ko~~~~:'~:'~~~~ ~~~o~:.~~r~~ 0"
Chapitre 10 CDnclusion - l'Identité mariale...... ... ... ... ... ... . 153
3ème
Partie - Le Christ chrétien... ... ... ... ...159
Chapitre 11 Une synthèse paradoxale universelle
- approches conceptuelle et doctrinale... ... ... ... 161
Chapitre 12 Du paradoxe du Dieu- Homme au mystère
- a?proches théologiques et mystériques... ... ... 181
Chapitre 13 Urucité du Dieu- Homme
- approche ésotérique interconfessionnelle... ... .. 187
Chapitre 14 Universalité de l'Homme-Dieu
- approche métaphysique... ... ... ... ... ... ... ... ... 197
Chapitre 15 De l'Homme-Dieu au Dieu-Homme
- persp~ctives, soté~oJogiq:ue.et eschatologique 219
Chapitre 16 CDncluslon - I Identlte chnsnque... ... ... ... ... ... 241
Conclusion
La gnose, Ignorance infinie... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. 249
Postface de Jean Borella
Prdiérrntique dE I ~unité dr:5 religions... ... ... ... ... 255
13AVERTISSEMENTS
Christianisme et autres religions
Les références aux autres religions: bouddhisme, hindouisme,
islam (soufisme), judaïsme et taoïsme, n'ont pas pour objet d'indiquer
ni une équivalence formelle entre toutes les traditions,ce qui est faux,
ni l'unité transcendante des religions, ce qui semble une cause
entendue, mais de montrer que le christianisme, à travers l'universalité
de ses Mystères sacrés, dispose à lui seul de toute la métaphysique
nécessaire et suffisante pour « intelliger » les rapports entre créature et
Créateur - dans les deux directions de la Création et du Salut -,
comme pour accéder à un Au-delà de l'Etre où tend à disparaître la
distinction Créateur-créature.
Synthèse, syncrétisme, amalgame ou colligation
Une synthèse aurait nécessité de dépasser - par le haut - tous
les plus grands génies du christianisme. Un tel exercice est sans doute
possible, au moins dans sa visée, mais il ne relève pas de la
compétence du signataire.
Un syncrétisme aurait consisté à associer, et donc à
mélanger, des éléments de Traditions différentes. Ce n'est pas le cas:
les correspondances entre quelques aspects similaires de différentes
religions ne sont qu'indicatives; et c'est pourquoi ces études sont
centrées sur une unique révélation et les seuls mystères chrétiens.
Vis-à-vis des auteurs anciens et modernes cités - littéralement
et en substance, on pourrait qualifier d'amalgame ces études, dans la
mesure où elles prétendraient présenter un système déftnitif, alors
qu'elles regroupent, sorties de leur contexte, des opinions
personnelles d'auteurs, ayant en commun certains intérêts spéculatifs
mais aussi pas mal de divergences - lesquelles ne sont d'ailleurs pas
systématiquement soulignées.
La colligation présentée, dans la mesure où l'auteur s'est
approprié chacune des citations, qu'elle soit littérale ou en substance,
correspond donc bien à son propre effort de synthèse. Mais, dès
lors, cette synthèse personnelle ne saurait se substituer aux vérités
15théologiques enseignées par le christianisme ni constituer la
métaphysique - unique et universelle. Car rappelons que celle-ci, en
tant qu'elle est formulée, est nécessairement plurielle; de plus,
relevant de l'herméneutique (science de l'interprétation), toute
métaphysque reste nécessairement ordonnée à la révélation.
Sens de lecture
La « gnose chrétienne» pourra aussi bien être approchée par
chacun des trois grands mystères présentés: la Trinité, la Théotokos
ou le Christ, dans l'ordre donc qui conviendra le mieux à chacun.
De plus, chacun de ces mystères majeurs bénéficiant de
différentes approches à la fois complémentaires et alternatives:
conceptuelle et doctrinale (chap. 1, 6 & 11), théologique et mystérique
(chap. 2, 7 & 12), ésotérique (chap. 3, 8 & 13) et métaphysique (chap. 4, 9,
14 & 15), celles-ci pourront donc également être abordées selon un
ordre de préférence personnelle.
Complémentairement, les conclusions de chaque partie
regroupent des clefs de réalisation de l'identité métaphysique (chap. 5),
de l'identitémariale (chap. 10) et de l'identitéchristique (chap. 16).
Translittérations du sanskrit, du tibétain, de l'hébreu, de l'arabe
et du chinois
Les termes sanskrits bénéficient de la translittération
officielle. Les voyelles se prononcent comme en italien (veda= véda ;
Buddha = Bouddha). Les consonnes se prononcent comme en français
sauf le « c » (chandra = tchandra), le « j » (j/va= djiva), le « g» toujours
dur (gJta = guita) et les «s» : «S» et « $» qui se prononcent « sh »
(Siva = Shiva, Vi$(1U= Vishnou). La semi-consonne « (» se prononce
« ri » (rg-veda = rig-véda) et« Ii» « gn ».
Les termes en tibétain bénéficient également d'une
translittération officielle.
Quant aux termes hébreux, arabes et chinois, la liberté de
transcription a été conservée aux auteurs cités.
Sources et références
Les emprunts continus, matière de cet assemblage-synthèse,
sont signalés en marge des citations littérales, en tête des paragraphes
où elles sont surtout en substance et, de façon précise et détaillée, par
chapitre, section et thème, en fin d'ouvrage.
16INTRODUCTION
LA GNOSE, CONNAISSANCE
SUPRÊME ET IGNORANCE INFINIE
En introduction à ces études métaphysiques de trois mystères
chrétiens: la Trinité, la Théotokos et le Christ, il a semblé utile de
déf111irl'ésotérisme, la métaphysique et la gnose, que marquent les
trois ruptures radicales des passages du profane au sacré, de
l'ésotérisme à la métaphysique, et de la métaphysique à la gnose.
On rappellera ainsi que l'ésotérisme aussi bien que
l'exotérisme ressortissent au domaine de l'herméneutique sacrée, et
sont fondamentalement liés l'un à l'autre, notamment vis-à-vis du
profane qui leur est extérieur à tous les deux. Puis la métaphysique, en
tant qu'elle conduit elle-même à sa propre déconstruction, apparaîtra
au-delà même de tout ésotérisme. Enfm, la gnose, aboutissement
certes de la voie métaphysique, ne saurait être rien moins que son
dépassement radical.
DE L'« ÉS01ÉRIQUE »ANCIEN A L'« ÉSOTÉRISME» MODERNE, Jean
BorellaUNE DÉFINITION FORCÉE
Esotérisme
guénonienSi l'adjectif « ésotérique» existe depuis toujours (en tous cas
et mystère
depuis les milieux aristotéliciens du 1er siècle après Jésus-Christ), le
chrétien
substantif « ésotérisme» est à la fois d'origine récente et douteuse. Il
naît en effet dans le milieu « du romantisme socialisant qui inspirera la
révolution de 1848: une nébuleuse idéologique où la religion de
l'Humanité et le culte de la démocratie se conjuguent à de confuses
spéculations sur la Trinité, la Femme, le Progrès industriel et social ».
Même s'il restera de ce sentimentalisme initial dans le
merveilleux pseudo-scientifique et l'animisme new-age actuels, le
concept unificateur d'ésotérisme aura accédé entre temps au statut de
catégorie universelle de la pensée philosophique et religieuse.
17Néanmoins, ce statut est devenu tel qu'il faut se demander comment
les civilisations ont pu se passer, durant des millénaires, d'une notion
si fondamentale!
En raccourci, ce passage de l'adjectif au substantif, - outre les
dérives que le substantif a malencontreusement englobées -, trahit
surtout la perte d'une connaissance intuitive: « c'est beau! », au profit
de la recherche de la sécurité d'un savoir rationnel: « qu'est-ce que la
beauté? ». Mais, une fois la question posée, il faut bien tenter d'y
répondre; ici, cette réponse devra être la définition de l'ésotérisme,
substantif désormais incontournable, semble-t-il.
RETOUR À LA SOURCE É1YMOLOGIQUE,
JeanTROIS INDICATIONS POUR UNE DÉFINITION CLAIRE
Borella
Ibidem
L'adj ectif grec esôterikosdonne de lui-même trois indications.
Esô (ou eiso) signifie « à l'intérieur» avec une idée de mouvement:
« vers l'intérieur» ; ter (de teros)indique une comparaison: « davantage
vers l'intérieur (que) »; et la terminaison ikos précise la nuance de
spécificité: « ce qui a la particularité d'aller davantage vers
l'intérieur (que) ». Il y a donc trois notions:
. La notion d'« intérieur» est évidente; il s'agit de dépasser les
apparences extérieures. Son équivalent arabe bâtin signifie de
même « intérieur ».
. La notion de mouvement vers l'intérieur est moins connue; elle
signifie que l'ésotérisme ne saurait être figé mais qu'il est le
mouvement nécessaire permanent vers le toujours plus intérieur.
De ce point de vue, il ne saurait donc y avoir d'ésotérisme
institutionnel, flXé et définitif.
. Quant à la notion de comparaison, il s'agit bien sûr de
l'opposition relative entre ésotérisme et exotérisme ; il n'y a pas
d'ésotérisme sans exotérisme, sans appui sur une tradition, sans
apparences au-delà desquelles il mène. Ainsi, il ne saurait y avoir,
pas plus qu'un exotérisme absolu, d'ésotérisme absolu, pur,
dépouillé de toute forme et libéré de toute révélation (tel que
Hegel l'aurait souhaité, par exemple).
L'ésotérisme est donc la démarche qui conduit toujours
(mouvement) davantage (opposition relative) au-delà des apparences
(à l'intérieur).
18L'OPPOSITION RELATIVE ENTRE EX01ÉRISME ET ÉS01ÉRISME
JeanLES PLACENT SUR LE MÊME PLAN: L'HERMENEUTIQUE
Borella
Ibidem
Pour supérieur que soit l'ésotérisme sur l'exotérisme, tous les
deux restent, d'une part, du même côté de la connaissance et, d'autre
part, du même côté de la frontière qui sépare le sacré du profane:
. En effet, tout d'abord, ésotérisme et exotérisme ressortissent
évidemment tous deux au domaine sacré, dont la distinction
d'avec le profane reste encore nettement visible aujourd'hui, si
l'on compare une cathédrale à un immeuble d'architecture civile
ou un chant grégorien à une chanson profane.
. Ensuite, si la gnose réalise l'identification entre connaissant,
connu et connaissance, exotérisme comme ésotérisme, eux, ne
correspondent qu'au cheminement qui y mène éventuellement. Ils
relèvent donc, l'un et l'autre, de la catégorie générale de
l'herméneutique: l'art de l'interprétation, de l'explication.
On trouvera, d'ailleurs, dans l'Ecriture, le fondement de cette
herméneutique à étage, où, naturellement, coexistent différents degrés
de compréhension des mystères:
. « A vous il a été donné de connaître le mystère du Royaume de
Marc IV,
Dieu; mais pour eux, qui sont au dehors, tout est annoncé en 11-12
paraboles, parce qu'en regardant de leurs yeux ils ne voient
point. .. » ;
. « Apporte-t-on la lampe pour la mettre sous le boisseau ou sous
Marc IV,
le lit ? [...] Car il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé; rien
21-22
ne se fait en secret qui ne doive venir au jour. Si quelqu'un a des
oreilles, qu'il entende» ;
Marc IV,
. « Illes enseignait ainsi par diverses paraboles, selon qu'ils étaient
33-34
capables de l'entendre ».
L'OPPOSITION RELATIVE ENTRE EX01ÉRISME ET ÉS01ÉRISME
RÉCLAME LEUR COMPLEMENT: LE REVELATUM
Jean
Borella
Si exotérisme et ésotérisme s'avèrent être des intentions
Ibidem
herméneutiques plus ou moins pénétrantes du sens profond de la
tradition, c'est bien qu'ils réclament l'un comme l'autre la révélation à
interpréter, à comprendre, à commenter. Et cette révélation, qu'elle
soit d'abord historique (christianisme, par exemple) ou intemporelle
(platonisme, par exemple), est, seule, la manifestation de la vérité
19divine dans le monde humain. Seul, ce revelatum est uruque,
ontologique et transcendant.
Ainsi, au-delà de l'opposition relative entre exotérisme et
ésotérisme, on a surtout la triple opposition entre:
. la multiplicité des formes (exotérismes) et des interprétations
(ésotérismes) Ç>pposéeà l'unicité d'une révélation;
. la sémanticité de toute expérience herméneutique opposée à la
seule ontologie du revelatum;en ce sens, on a bien la gnose, en
rupture avec les perspectives herméneutiques, quelles qu'elles
soient, comme le saut dans la réalisationontologique;
. et l'horizontalité créaturielle (aussi ésotérique que soit sa
démarche) opposée à la verticalité du transcendant.
Très concrètement, cela confirme qu'il ne saurait y avoir ni
ésotérisme absolu - sauf à le confondre avec la gnose -, ni ésotérisme
institutionnalisé -lequel ne serait donc plus en mouvement, et même
s'il peut arriver que des institutions particulières présentent des
caractères plus particulièrement ésotériques (taoïsme, soufisme) ou
exotériques (confucianisme). Ainsi, si l'essence de l'ésotérisme est la
recherche de l'essentiel et qu'il dépasse la forme révélée comme telle,
ce n'est pas pour autant qu'il saurait exister un ésotérisme essentiel,
pas plus qu'une religion essentielle.
Cela signifie également, qu'exotérismes et ésotérismes
contemplent les mêmes mystères. Il n'est que leurs interprétations qui
seront davantage exotériques ou ésotériques. Dans le christianisme,
par exemple, si l'interprétation métaphysique de la Rédemption est
plus ésotérique qu'une interprétation morale très exotérique, c'est bien
le même unique mystère qui les inspirera.
S'IL N'Y A PAS UN ÉSOTÉRISME UNNERSEL,
JeanL ËSOTÉRISME EST NÉANMOINS UNNERSEL
Borella
Ibidem
Il est clair, en effet, que la démarche qui consiste à approcher
de plus en plus le mystère intérieur de la révélation, ne saurait être un
unique ésotérisme universel mais, en ce que chaque forme de
révélation est dépassable par l'intérieur, à chacune correspondra un
ésotérisme particulier. En tant qu'il est une telle démarche,
l'ésotérisme est universel.
Dans l'hindouisme, il y a la révélation centrale, le Veda unique
et immuable, et les six darshana ('!Yâyaet vaise$ika, yoga et sâf!1khya,
20mimâfJ7sâ et vedânta) qui sont, littéralement, les points de vue qui
l'approchen t.
Dans l'islam, de même, on distingue entre:
. la shariyâh, la loi religieuse extérieure, exotérique, la «grande
route» (selon le sens d'un mot directement dérivé), et qui peut se
représenter comme une circonférence en mouvement, en rapport
avec la rouecosmique;. Renéla haqîqah, la vérité ou la réalité essentielle, qui se (re)présente
Guénoncomme le centre immuable et immobile de cette roue cosmique,
Aperçus
son unité principielle, la pure gnose où s'effectue la réalisation sur
métaphysique; l'ésotérisme
islamique et. et la tarîqah, le «sentier» ou la voie étroite laquelle mène de la
le taoïsmecirconférence au centre, ce cheminement vers l'intérieur étant
proprement l'ésotérisme.
Dans le judaïsme, la Doctrine orale interprète l'Ecriture par
quatre méthodes exégétiques fondamentales et «progressives» qui
conduisent à la Qabbalah, la sphère du Sôd, le «Mystère» ou la Pardes
(paradis) de la Connaissance divine.
Les quatre consonnes du mot Pardes,PRDS, les désignent:
. pecha!, «simple» interprétation de l'Ecriture par mode de
raisonnement élémentaire, est le sens premier;
. rémèt « allusions» aux sens multiples, cachés dans chaque phrase
de la Torah, fait le sens allusif;
. dérach, « exposition» homilé tique des Vérités doctrinales
embrassant toutes les interprétations possibles de la Torah, donne
le sens exégétique ;
Léo Schaya
. sod,« Mystère », l'initiation à Hokhmah, la Sagesse divine cachée L'homme et
l'Absoludans l'Ecriture et appelée, eu égard à son enseignement, Hokhmah
selonlahaqabbalah: « la Sagesse de la Tradition» ésotérique. C'est le sens
Kabbale
mystique.
Du VOILEMENT ÉSOTÉRIQUE
JeanAU DÉVOILEMENT J\fÉTAPHYSIQUE
Borella
Esotérisme
Tout ce qui est manifesté n'est jamais entièrement là, puisque
guénonien et
sa racine invisible, sa cause et sa source restent toujours non mystère
manifestées. Dans ce contexte, on peut dire que l'ésotérisme révèle chrétien
qu'il y a un non-manifesté, et donc qu'il y a voilement.
21Tout autre est la pure doctrine métaphysique dont le langage,
fait de concepts et de principes les plus abstraits et d'enchaînements
les plus logiques, est transparent: «Plus haut nous nous élevons en
effet, et plus nos paroles deviennent concises, car les intelligibles se
Saintprésentent de façon de plus en plus synoptique », dit saint Denys
Denys
L'Aréopagite.
L'AréoEn effet, en tant que la métaphysique utilise le langage même pagite,
La théologiede l'intelligence, l'acte d'intellection ne fait plus qu'un avec
mystique,l'intelligence elle-même. En ce sens, le discours métaphysique réalise
1033 B
le cas-limite de l'herméneutique ultime; il est le dernier interprétant et
ne saurait être interprété à son tour. De plus, dans sa position ultime,
le langage métaphysique ne peut donc indiquer son dépassement
ésotérique qu'en suggérant son propre effacement, avec un
cf.Guy
apophatisme, non formel mais total, mettant en œuvre
Bugault
dialectiquement son « auto-abolition ».
L'Inde
«Bienheureuses les intelligences qui savent fermer les yeux» pense-t-elle ?
indiquait ainsi déjà saint Denys l'Aréopagite.
Il reste que, complémentairement au mode intellectuel, la
métaphysique peut faire appel au mode symbolique; c'est que ces
deux modes « sont indispensables: le symbolique fait voir, l'intellectif
fait entendre ». Mais ceci ne modifie pas la position de la
métaphysique comme ésotérisme 'absolu' (sans possible interprétation
ultérieure) et l'herméneutique la plus ontologiquement
dépendante de son objet, lequel est le seul interprété dont elle se
préoccupe: le reve/atum.Par ailleurs, cette dépendance fondamentale
est celle de tout mode symbolique: le symbole (l'interprétant
symbolique) est uni ontologiquement à son interprété, dans la simple
mesure où il le présentifie(le rend présent).
Comme l'intelligence parle son propre langage, le langage de
sa nature, elle traitera naturellement des choses même surnaturelles. Aristote
Mais si elle est « chez elle» dans tous ces domaines, c'est parce qu'elle De la
génération desn'est naturellement nulle part: «l'intellect vient par la porte» ou « du
animauxdehors» dit Aristote. D'où, à nouveau, la mort du discours à laquelle
1I3, 736a,
la métaphysique véritable conduit nécessairement. Mais à ce sacrificium
27-b 12
intellectus,à cet anéantissement volontaire de l'intelligence elle-même, à
ce renoncement ultime, correspond la résurrection; au renoncement à Saint Denys
l'Aréopagitela vanité de sa propre lumière correspond l'entrée dans la «Ténèbre
La Théologieplus que lumineuse », la gnose.
mystique
997 A, J1
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métap~sique«
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.rymbolique
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acre
LA GNOSE, CONNAISSANCE SUPRÊME ET IGNORANCE INFINIE
Jean
Borella
La gnose, ou théologie mystique (en langage chrétien), est La charité
donc une connaissance sacrée, selon son objet qui est la divine profanée
Essence, et selon son mode qui est participation à la connaissance que
Dieu a de Lui-même. Une telle participation, qui ressortit à l'être
davantage qu'au connaître, est une actualisation qui est
nécessairement l'œuvre du Saint-Esprit.
Cette actualisation est le fondement interne de la sainte
théologie comme la Révélation en est le fondement externe. Sur cette
double fondation, la théologie spéculative est l'objectivation mentale
de la théologie mystique, l'expression imparfaite de la contemplation
parfaite.
Et c'est cette imperfection de la théologie spéculative qui
appellera son propre dépassement, qui invitera la raison à se
soumettre à l'intelligence spirituelle et qui permettra d'accéder, par la
grâce, à la gnose. Et cette gnose est le Royaume de Dieu, selon la Luc XI, 52
correspondance entre « la clef de la gnose» et « la clef du Royaume de
Matthieu
Dieu» qui fonde dans les Écritures cette identité de la gnose et du XXIII, 13
Royaume de Dieu.
A ce titre, la gnose véritable n'est pas une science mais une
nescience, car dans cette gnose suprême, c'est Dieu qui se connaît
Lui-même, dès que l'intelligence est parfaitement dépouillée
d'elle1 Cor.
même. Seule l'inconnaissance peut conduire à une sur-connaissance: VIII, 1-2
«Si quelqu'un estime connaître quelque chose, il ne connaît pas
Saint
encore de la façon qu'il faut connaître ». Et la puissance qui seule peut
Evagre Le
réaliser ce renoncement nécessaire, c'est la caritative qui fait Pontique,
Lettreàque « la Charité est la porte de la gnose ».
Anatolios,Selon le vœu du Christ, il s'agit de devenir un comme le Père
P.G., t. XL,
et le Fils sont Un et l'Amour est l'unification qui précède l'Unité;
col. 1221 C.
23parce que l'amour est la substance de la gnose, et la gnose l'essence de
l'amour. La dimension gnostique de la Charité permet le
désintéressement radical du pur amour et la gnose est centrée sur la Jean
Vérité, la seule qui délivre. «La gnose est l'axe vertical, immuable et Borella
Ibideminvisible que la danse de l'amour enveloppe comme une flamme ».
Aussi l'oraison est-elle la seule activité qui convienne à la
dignité de l'intelligence, et qui est l'acte par lequel l'intellect réalise sa
Saintnature déiforme. La prière est donc la gnose; « c'est qui prie
Evagre Le
dans la connaissance et qui connaît dans la prière» ; la connaissance
Pontique,
est la prière de l'intellect. Prière et gnose sont ainsi les deux montants Centuries
IV,43de l'échelle de Jacob qui se rejoignent dans l'infmi de Dieu.
S'il est des étapes sur cette échelle spirituelle, elles sont celles
des dépouillements: désirs du corps, passions de l'âme, pensées de
l'esprit. Ainsi, les vertus du corps (somatiques) peuvent conduire par
la grâce aux vertus de l'âme (psychiques), les vertus de l'âme aux
vertus spirituelles (pneumatiques) et les vertus spirituelles à la gnose
essentielle.
Amour et Gnose sont l'origine et le terme du voyage.
Parvenu au Christ, Gnose éternelle du Père, par la charité, on Père
Hausherr,participe à Son Effusion d'Amour, qui est le Saint-Esprit. L'intellect,
Les leçonsunifié par la charité, «est élevé à une dignité infmie, dignité qu'il
d'unpossède en vertu même de sa nature intellectuelle ». Et « l'intellect nu,
contemplatif
c'est celui qui est consommé dans la vision de lui-même et qui a
mérité de communier à la contemplation de la Sainte-Trinité ».
Seule «la nudité de l'intellect, ou l'ignorance infmie (saint
Evagre), ou la nuée d'inconnaissance (saint Denys) représente le Jean
Borellamode non modal sous lequel la créature peut devenir immanente à la
L.a charitétranscendance divine ». Et « ce mode non-modal est le plus haut degré
profanée
de la charité».
Et « tant que l'intellect n'est pas Dieu, sa lumière n'est pas la
vraie Lumière» [if Première Partie: la Trinité]. Il doit réaliser sa propre
substance non-divine, c'est-à-dire son ignorance ontologique. «Ce
secret, la Sainte-Vierge le connaissait, Elle qui fut la pure ténèbre [if
Deuxième Partie: la Théotokos] où prit chair la Lumière du Monde» [if
Troisième le Christ].
24PREMIÈRE PARTIE
LA TRINITÉ CHRÉTIENNE
dans et hors du christianisme,
dans et au-delà des religions1
RÉSOLUTION DES PARADOXES
-APPROCHES CONCEPTUELLE
ET DOCTRINALE
La Trinité chrétienne, dont la révélation se trouve dans le
Nouveau Testament (mais pas la dénomination), s'avère une
élaboration théologique doctrinale qui la place au centre d'au moins
trois paradoxes, au sens étymologique de «contraire à l'opinion
commune », c'est-à-dire au-delà du trivial ou du simpliste, voire
audelà de la contradiction, si on se rapproche de la déf111itionlogique de
« paradoxe ».
a) Premier paradoxe: à la fois trois et un
Ce premier paradoxe situe la Trinité entre les deux extrêmes
(souvent dus à des non-chrétiens) de l'unitarisme (une sewe
Personne) et du trithéisme (trois Dieux), la notion de Personne
fournissant une première clef: un sew Dieu, en trois personnes.
trithéisme
Dieu(x)
Personne(s)
Deux conceptions intermédiaires (entre unitarisme et
Trinité) : modalisme et subordinationisme vont illustrer cette notion
clef de Personne.
. Le modalisme ou sabellianisme, selon la doctrine de Sabellius
(Rome, IIIème s.) condamnée (par Calixte 1er), retient d'une
27certaine façon les trois Personnesmais considère le Fils et le Saint
Esprit comme des modes (ou modalités) du Père, des façons
d'être de Dieu. Le terme latin persona (du grec prosôpon, visage)
prend ici son sens littéral de masque, une seule Personne divine,
en définitive, changeant de masque (voire de visage) selon les cas.
Dans cette conception non trinitaire, les Personnes ne sont ainsi
ni véritablement distinctes, ni donc égales.
. Le subordinationisme, de même, retient les trois Personnes mais,
influencé par la conception hellénistique du Logos, les hiérarchise
de telle sorte que le Verbe, par exemple, devient l'instrument de
Dieu pour la création, sa première créature en quelque sorte.
Dans cette conception non trinitaire, les Personnes sont ainsi
non-consubstantielles, donc non égales.
Dieu(x)
Personne(s)
Egalité des
Non non
Personnes
b) Second paradoxe:
trois Personnes, une seule substance
Les deux dérives ci-dessus marquent bien la difficulté initiale
à concevoir la Trinité (un seul Dieu en trois Personnes). De façons
différentes, quoique toutes deux dans la direction d'un « monothéisme
plus unitaire », la première relèvera du souci de préserver la monarchie
du Père et s'apparentera donc au monarchianisme et la seconde
tendra à nier la divinité du Christ et ressortira à l'arianisme, en effet:
. Si le modalisme réduit les autres Personnes à des prolongements
provisoires du Père, c'est pour combiner la consubstantialité des
trois Personnes avec la notion de monarchiedivinedans la Trinité:
principe fondamental de toute théologie trinitaire où les trois
Personnes divines n'ont qu'un seul principe dans la Personne du
Père. Cette démarche reste une dérive puisqu'elle supprime
finalement la Trinité en tant que telle; elle relèvera donc d'un
monarchianisme, selon la doctrine de Marcel d'Ancyre et de son
disciple Photin (IVèmes.), où le Verbe est dans le Père comme la
28pensée ou la parole dans l'esprit et où Il se dissoudra dans le Père
à la f111des temps. S'y rattache la conception du Père qui souffre
en Jésus (Noët de Smyrne, Praxéas) sous la dénomination de
IIIème s.) ainsi qu'un courant souterrainpatripassianisme
(IIèmeet persévérant de simple négation de la Trinité, lequel reparaîtra
au XVIème siècle (Socin), se développera dans les milieux
presbytériens et congrégationalistes de Grande-Bretagne et
surtout aux Etats-Unis au XIXème siècle (Channing), dans
différentes formes du protestantisme rationaliste ou libéral, sous
l'appellation d'unitarianisme.
. Le subordinationisme relève plus globalement de l'arianisme,
selon la doctrine d'Arius (prêtre à Alexandrie, v.256-336) qui
mettait en doute la divinité du Christ. Celle-ci sera condamnée en
325 au Concile de Nicée et, de nouveau, en 380-381 à celui de
Constantinople, alors qu'Arius lui-même fut réhabilité par ses
disciples au Concile de Jérusalem (mais mourut mystérieusement
la veille de sa réintroduction solennelle dans l'Église de
Constantinople). Cette démarche ayant souvent eu pour objet
d'éviter le piège modaliste lié à la notion de consubstantialité des
trois Personnes, on peut en fait distinguer trois tendances dans
l'arianisme des générations suivantes, selon le «niveau» de
consubstantialité (le latin consubstantialisvient du grec homoousios:
« de même substance ») retenu:. Les anoméens (du grec anomoios: non semblable de omoios
:« semblable» précédé de sa négation an), autour d'Eumone,
seront les véritables ariens, affirmant que le Fils n'est (même)
pas semblable au Père,. Les homéens, moins stricts, s'en tiendront à la formule: le
Fils est semblable (homoios)au Père,. Les homéousiens, hostiles à l'arianisme mais méfiant vis-à-vis
de la consubstantialité, admettront la formule: le Fils est
semblable en substance (homoiousios) au Père.
Dans cette «progression », les suivants: les homoousiens
seront les défenseurs du Concile de Nicée avec la formule du Fils
consubstantiel (homoousios) au Père.
29Dieu(x)
Personne(s)
Egalité des non non
(non distinctes) (subordonnées)Personnes
Consubstantialité non non
(iln'yen a qu'une)des Personnes / presque
monarchianisme anoméens
Dérives patripassianisme / homéens
unitarianisme homéousiens
c) Troisième paradoxe:
monarchie du Père, égalité des Personnes
La notion de monarchiedivinedans la Trinité semble contredire
l'égalité des Personnes. En effet, cette monarchie tient de ce que les
trois Personnes divines procèdent d'un principe unique dans la
Personne du Père, Lequel dispose seul et en propre de la qualité
d'innascibilité (fait de ne pas être produit ou engendré).
Il suffira alors de distinguer cette qualité d'innascibilité du
caractère incréé commun aux trois Personnes, une 'nature'
d'incréation primant évidemment sur toute qualité 'additionnelle'. Si
l'on y ajoute la consubstantialité des trois Personnes, leur égalité est,
sans conteste possible, établie. C'est la formule du Credo: « engendré
et non créé, de même nature que le Père ».
Si le premier paradoxe (<< à la fois trois et un ») se résolvait
dans la notion de Personne, le second (<< trois Personnes, une seule
substance ») et le troisième (<< monarchie du Père, égalité des
Personnes ») se résolvent dans celle de consubstantialité. Il reste à
bien préciser ce qu'il faut entendre par substance (~ d) et par
Personne (~e).
Françoisd) Substance ou essence, quiddité et nature
Chenique
SagesseLe grec ousia se traduit en latin (Cicéron) par essentia(essence)
chrétienne
mais la traduction curieusement retenue fut substantia (substance). On &
a donc, de facto, une équivalence théologique, dans la formulation de mystique
la Trinité, entre essence et substance. Cette identité théologique orientale
trouvera sa correspondance dans la logique thomiste de l'Ecole ~a
30