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Jalon pour une éthique chretienne face au défis contemporain

De
100 pages
Les repères de la morale se trouvent souvent dépassés par de nouveaux problèmes (modification génétique, mondialisation des échanges...) et par l'ampleur croissante des défis anciens (évolution de la cellule familiale, détérioration de l'environnement...) Les chrétiens sont interrogés comme tous les autres citoyens. Une éthique fondée sur la Bible et la tradition judéo-chrétienne a-t-elle des réponses aux questions qui ne se posaient pas lors de la naissance de cette tradition ?
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Jalons pour une éthique chrétienne
face aux défis contemporains@ L'Harmattan, 2003
ISBN: 2-7475-3634-3Michel WAGNER
Jalons pour une éthique chrétienne
face aux défis contemporains
Préface « profane» de Michel ROCARD,
ancien Premier ministre
Postface « œcuménique» du Père CAL VEZ, s.}.,
ancien rédacteur en chef de la revue Études
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
Hargita u. 3 Via Bava, 375-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIEDu même auteur :
- L'Évangile en flagrant délit d'actualité,
Les Bergers et les Mages, 1994.
- Oser croire face aux défis contemporains
(Conférences du Carême 1998 sur France Culture),
Les Bergers et les Mages, 1998.
- À haute voix (Poèmes liturgiques pour temps de fêtes),
en collaboration avec Florence TAUBMANN,
Les Bergers et les Mages, 1998.
- Petite Cantate pour lejour de Noël,
livret d'une œuvre musicale de Marie-Louise GIROD,
disponible en CD, Réveil, 2002.PRÉFACE « PROFANE »
Préface« profane », écrit Michel Wagner dans la présentation
de cet ouvrage. Il a raison. Si mon éducation protestante fut
longue et complète, je ne me reconnais plus comme croyant,
mais comme agnostique. Dans mon esprit cela ne veut en rien
dire « athée» mais veut clairement dire indécis et impuissant
devant les grandes questions de l'origine et du sens de la vie.
Dès lors, pourquoi ai-je accepté de préfacer un tel ouvrage?
N'y aurait-il pas là usurpation de légitimité? Il faut toujours
se méfier de la confusion des genres, et je me sais aux limites.
Mes raisons d'avoir dit oui sont pourtant fortes. La plus im-
portante m'est venue en dernier: j'ai aimé ce livre à la lec-
ture. Mais j'avais déjà dit oui avant!
Ma première raison est un devoir de l'amitié. Michel Wagner
et moi nous connaissons depuis plus de cinquante ans au-
jourd'hui (les paroisses, les éclaireurs unionistes...). Qu'est-ce
qu'une amitié qui ne se traduit pas par des expressions de
solidarité?
Ma deuxième raison tient au sujet qu'il a choisi. Il n'est pas
mieux placé que les responsables officiels de l'ordre social et
les législateurs pour savoir qu'il n'y a de protection possible
d'une éthique politique par la loi qu'avec le consensus pro-
fond d'une large majorité de citoyens. Or, depuis quelques
décennies l'humanité rencontre, du fait de l'évolution des
techniques, des problèmes ou des risques totalement nou-
veaux pour elle. Qu'il s'agisse des limites de la vie, à son
origine ou à son terme, des risques industriels alimentaires ou
sanitaires liés à notre interdépendance croissante, du choix
dramatique entre plus d'effet de serre ou plus de déchets
7nucléaires et surtout la maîtrise déclinante par I'humanité de
sa propre violence, nous ne savons où nous allons. Les ques-
tions d'éthique sociale débouchent sur des incertitudes pro-
fondes et des différends graves. Toute réflexion structurée,
tout appel au débat fondé sur des exigences de rigueur sont
importants. J'ai choisi de soutenir cette entreprise.
Mais j'ai une dernière raison, la moins grave peut-être pour
des croyants, la plus grave pour moi, d'apporter mon aide à la
diffusion de ces réflexions. Mon agnosticisme est né, sans
doute, de la dure rencontre avec la société organisée. J'ai
choisi de m'engager dans la vie publique et de consacrer mes
efforts au fonctionnement de la cité. Je l'ai fait sur la base de
ce positivisme rationalisateur qu'en univers laïque nous
croyons seul capable de rassembler les hommes et les femmes
de toutes croyances ou de toutes philosophies autour d'une
vision partagée du bien commun. Mais la démocratie repré-
sentative n'enregistre et ne représente justement que des
comportements rationnels. Nos émotions, nos efforts, nos
rêves, nos fantasmes, la qualité de nos relations interper-
sonnelles, familiales ou amicales, et plus généralement nos
relations avec notre engagement dans tout ce qui n'est pas
marchand - art, culture, sports pratiqués -, tout cela est étran-
ger au fonctionnement social. C'est peut-être pour cela qu'il
dépérit. En tout cas cette apathie contemporaine de la
démocratie, cette perte de légitimité de nos lois et de nos ins-
titutions me conduisent à penser que les valeurs fondatrices
de la démocratie ne peuvent se limiter à des présupposés ra-
tionalistes. Ils restent nécessaires, mais ils ont grand besoin
de l'acquiescement aux règles de la vie commune de tous
ceux qui l'expriment à partir d'une croyance dans une trans-
cendance. C'est ici que l'ouvrage de Michel Wagner est op-
portun. Mieux, il correspond à une nécessité.
Ce n'est pourtant pas un traité d'éthique. Il laisse ouvertes
beaucoup des questions qu'il pose. Il est plutôt un parcours
8suivi d'un inventaire plus méthodologique que thématique et
je crois que cette démarche est plus appropriée que ne l'aurait
été une écriture explicitement nonnative en l'état actuel. des
perplexités dominantes. Il faut prendre ce beau texte de Michel
Wagner comme une méthodologie du questionnement éthique.
Je me garderai de tout commentaire sur les deux premières
parties, ayant pris grand intérêt à ces rappels pour moi peu
connus, mais n'ayant ni compétence ni légitimité pour en
discuter la pertinence.
Comme il s'agit de méthodologie plus que de conclusions,
je me limiterai à quelques remarques disparates, sans lien
logique entre elles, visant surtout la manière d'aborder les
problèmes.
Pour commencer par la plus bénigne, je regretterai de voir
cité au passage le « principe de précaution» comme une évi-
dence acquise. La chose est grave à dire, mais ce principe
n'a aucune validité scientifique et la référence à ce concept
vague se révèle ne pas être d'une grande aide devant les déci-
sions pratiques à prendre. En outre, il serait indispensable de
le confronter à une autre notion, que Michel Wagner
n'évoque pas, et qui est celle du risque. Une société qui ne
veut prendre aucun risque dans ses activités et ses innova-
tions se condamne à la paralysie, puis à la mort. C'est la ten-
sion entre précaution et risque qu'il s'agit de maintenir à un
degré acceptable.
Ma deuxième remarque touche l'État, et de manière plus gé-
nérale les pouvoirs publics. L'interrogation les concernant est
au cœur de la problématique de Michel Wagner. Mais il
s'agit quelque peu dans le texte d'entités abstraites et loin-
taines, sans interférence apparente avec les choix - y compris
éthiques - des citoyens de base. Cette vision très distante, très
extérieure des autorités publiques par rapport à la personne
humaine à laquelle s'adresse Michel Wagner, semble au fond
9tenir pour acquis que le fossé qui sépare hélas aujourd'hui ces
deux univers est profond et infranchissable: il apparait
comme une donnée. Or, il y ajustement là une des questions
majeures de l'éthique sociale aujourd'hui. La première raison
est qu'avec l'omniprésence des médias et des sondages et le
règne de la démocratie d'opinion, les dirigeants politiques
n'ont pratiquement plus l'autorité ni la légitimité de prendre
des décisions qui n'ont pas l'assentiment de l'opinion au
moment précis où elles se discutent et se prennent. Nos socié-
tés sont pilotées le nez dans le guidon, sans vue d'avenir, au
gré des humeurs successives de l'opinion. L'entité« pouvoirs
publics », au lieu d'être le contrepoids efficace et nécessaire à
l'opinion instantanée, tend à ne plus en être que l'expression.
Il est essentiel que les citoyens d'aujourd'hui en prennent
conSCIence.
La seconde raison tient à ce que justement un consensus est
en train de se faire parmi les forces politiques et sociales et
les chercheurs ou les experts qui se sont penchés sur
l'affaiblissement de la démocratie représentative contempo-
raine, pour considérer que la piste de réfonne la plus porteuse
est la démocratie participative, c'est-à-dire une intensification
à tous les niveaux de l'intervention des citoyens sur
l'élaboration des décisions publiques. Internet, entre autres,
en offre une gamme de moyens. Le réveil du civisme
contemporain pourrait bien être là, encore faut-il poser la
question.
Ma troisième remarque touche le questionnement sur les mé-
dias. Michel Wagner est totalement fondé à l'ouvrir et il le
fait bien. Leur dérive actuelle est une menace pour la démo-
cratie. Je me bornerai à enrichir le questionnement avec deux
interrogations supplémentaires. L'une touche l'initiation né-
cessaire - mais aujourd'hui absente - de nos contemporains
au sens du long tenne, de la durée, du temps long nécessaire
10pour comprendre les tendances lourdes qui marquent notre
époque et pour agir sur elles.
L'autre touche le concept d'intimité. Tout le monde sait que
l'homme ne vit pas seulement de pain. La paix et la liberté
sont le plus souvent considérées comme les deux autres élé-
ments indispensables. L'irruption croissante des médias dans
nos vies privées rend aujourd'hui tout à fait évident le pro-
blème de savoir si, homme ou femme, au-delà de la paix et de
la liberté, l'individu humain peut vivre privé d'intimité.
S'ajoute à cela une question beaucoup plus nouveHe, inatten-
due sans doute, mais tout aussi grave. La société elle-même
peut-elle vivre sans intimité? Quand quelqu'un s'est mal
conduit dans une famille, la préservation de la cohésion et de
la dignité passe par le silence. Un voyeurisme médiatique,
appuyé parfois sur une exigence de justice formulée à propos
et hors de propos, rend impossible la cicatrisation lente grâce
à l'oubli. Même juste, la justice est violente. C'est bel et bien
un problème d'éthique.
Ma quatrième remarque touche ces notions apparentées que
sont l'argent et le profit. Naturellement, Michel Wagner les
évoque, à de multiples reprises et avec pertinence: Je me de-
mande tout de même s'il ne faut pas leur reconnaître une cen-
tralité plus grande encore. Qu'il s'agisse de la santé, de la
culture, de la transmission des savoirs ou des services pu-
blics, la frontière du marchand et du non marchand, du profi-
table et du non lucratif est aujourd'hui objet du débat majeur
de nos démocraties occidentales, en même temps que le lieu
de dérives constantes et menaçantes. Dans ce combat où
l'efficacité capitaliste, non contente de gagner pragmatique-
ment, entend se parer des valeurs de l'éthique, toute réponse
inspirée d'autres valeurs prend une importance stratégique.
Ces remarques ne sont point critiques. Le lecteur aura com-
pris que mon adhésion à la démarche de Michel Wagner est
11complète au point de souhaiter son élargissement à tous les
aspects des sujets qu'il aborde souvent en s'en tenant à
l'essentiel.
Traitant d'éthique cependant, il est un point dont je voudrais
souligner la gravité pour qu' it soit joint au débat, dans un
second temps de la démarche écrite, mais à l'évidence dans la
même demande d'enracinement éthique et de débat commun.
Je veux parler de la violence. Dans cette période même où la
guerre internationale classique semble disparue, la montée de
la violence civile paraît irrépressible, les conflits identitaires
se multiplient à un niveau de violence que l'on croyait avoir
oublié. La criminalité internationale s'organise et se connecte
aussi bien avec les guerres ethniques qu'avec la violence ur-
baine. Tout se passe comme si l'humanité, qui avait depuis
quelques siècles réussi à limiter et contrôler la violence dans
chaque entité nationale en la cristallisant contre un autre, un
ennemi, un barbare extérieur (étranger), ne savait plus gérer
la prodigieuse situation nouvelle. Il n'y a plus de nation en
posture d'agression contre les autres. Des différences ne font
pas des ennemis. L'humanité organisée n'a plus d'autre en-
nemi que sa barbarie interne. Nous ne savons pas encore trai-
ter cette découverte troublante.
J'aurai fait une curieuse préface. Mon attente et ma demande
d'une telle démarche sont telles que je lui en demande trop,
ou simplement plus. Michel a ici cette responsabilité essen-
tielle de l'avoir entreprise et efficacement conduite. Il me
pardonnera de souhaiter, en la saluant et en l'approuvant,
qu'elle s'étende et s'approfondisse.
Michel ROCARD
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