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301 pages
Français

L'Afrique et l'histoire mariale au XXe siècle : un culte étranger

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Description

Au Congo, l'adhésion à la religion chrétienne depuis l'arrivée des premiers missionnaires portugais en 1491, puis italiens au XVIe siècle et français en 1883, jusqu'à ce jour suppose une mutation profonde
chez les Congolais et l'acceptation d'un culte étranger, le culte marial, comme culte d'affermissement de la foi. Par ce culte, on découvre le choix de Dieu et l'on saisit la mission qu'Il confie à Marie. Pour cela, il nous faut comprendre le culte marial non plus comme un culte étranger, mais comme une dévotion de foi par Mâ Bouesso.

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Date de parution 03 mars 2020
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EAN13 9782140144868
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

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AFRIQUE
AFRIQUE
eL’Afrique et l’histoire mariale au XX siècle : un culte étranger Stanislas Maweni MalebiInculturé au Congo-Brazzaville
Si le Christ est l’Unique Médiateur entre Dieu et les Hommes,
nous ne pouvons pas ignorer que Dieu le Père, dans son dessein
d’amour, ait choisi une lle d’Israël, Marie, que Dieu le Fils,
dans son plan d’amour, nous l’ait donnée comme Mère et que
e Dieu le Saint-Esprit l’ait couverte de son Ombre. Nous revêtir L’Afrique et l’histoire mariale au XX siècle :
du Christ, c’est vivre en Fils de Marie comme Jésus. Au Congo, un culte étranger
l’adhésion à la religion chrétienne depuis l’arrivée des premiers
emissionnaires portugais en 1491, puis italiens au siècle et Inculturé au Congo-Brazzaville
français en 1883, jusqu’à ce jour suppose une mutation profonde
chez les Congolais et l’acceptation d’un culte étranger, le culte
marial, comme culte d’a ermissement de la foi.
Par ce culte, on découvre le choix de Dieu, son attention
à l’humanité et sa volonté de sauver le monde et l’on saisit la
mission qu’Il con e à Marie pour apprendre, à travers la dévotion
mariale, à entrer, comme Myriam, dans le projet de Dieu et à
devenir à notre tour capable de donner Jésus au monde. Pour
cela, il nous faut comprendre le culte marial non plus comme
un culte étranger, mais comme une dévotion de foi par Mâ
Bouesso. Telle est la pertinence de l’intelligence de ce livre que
décline l’auteur, le Professeur Stanislas Maweni Malebi, pour qui
peut se consacrer à la Vierge Marie.
Le Professeur Stanislas Maweni Malebi, auteur des
plusieurs ouvrages, est spécialiste en Histoire des religions
(Université Marien Ngouabi/Brazzaville) et des élites
internationales (Université Michel de
MontaigneBordeaux III). Titulaire d’un Master en éologie (Licence
canonique-Université Grégorienne/Rome), et Docteur en éologie
(Institut Catholique de Paris) et en éologie systématique (K.U Leuven/
Bruxelles), Il enseigne la philosophie de la religion à l’ISM/Antony-France,
l’Éthique et Déontologie professionnelles et l’Organisation des entreprises
et Ressources Humaines à l’Institut Supérieur Chaminade/Kinshasa.
ISBN : 978-2-343-19185-0
théologique & spirituelle27 théologique & spirituelle
e
L’Afrique et l’histoire mariale au XX siècle :
Stanislas Maweni Malebi
un culte étranger
Inculturé au Congo-Brazzaville













L’Afrique et l’histoire mariale
au XXe siècle : un culte étranger
inculture au Congo-Brazzaville














Du même auteur

Esquisse d’une théologie logos en Afrique, Paris,
l’Harmattan, 2012.
Essai d’une théologie de la malédiction en milieu africain.
Statut de la Parole de Dieu au Concile Vatican II et au
er1 synode africain, Paris, l’Harmattan, 2013.
Dieu trine dans l’ontologie africaine ; à la découverte
d’une théologie trinitaire chez les Bantu, Paris,
l’Harmattan, 2013.
L’herméneutique théologique des miracles en Afrique,
Paris, l’Harmattan, 2014.
L’état actuel du culte marial au congo-brazzaville :
religion populaire, religion d’élite, Paris, l’Harmattan,
2016.









SStanislas MMAWENII MALEBBI









L’Afrique ett l’histoire mariale
au XXe siècle : un culte étranger
inculture au Congo-Brazzaville











« Afrique théologique et spirituelle »
Collection dirigée par Blaise BAYILI
Dernières parutions
Brice Ernest OUINSOU, Vers la maturité. Le profil
anthropologique du Cardinal Bernardin Gantin (1922-2008),
Paris, l’Harmattan, 2019
Toussaint OUOLOGUEM, La Loi de l’attraction dans la Bible.
Une inspiration pour l’amélioration de votre intériorité, Paris
l’Harmattan, 2019
Gilbert KAFANDO, Paul VI et la maturation de la conscience
missionnaire en Afrique. La contribution de Africae terrarum et
du discours de Kampala, Paris l’Harmattan, 2019
Séverin Yaovi VOEDZO, Église-Famille-de-Dieu : genèse et
pertinence du concept. Le cas du Togo. Pour une théologie de
l'Église-Sacrement. Tome 1, ris l’Harmattan, 2018
Séverin Yaovi VOEDZO, Église-Famille-de-Dieu : genèse et
pertinence du concept. Cas du Togo. Pour, Paris l’Harmattan, 2018
Emmanuel BATIONO, Justice et équité dans la division des
personnes juridiques publiques. Procédures pour les diocèses
et les paroisses, Paris l’Harmattan, 2018
Jean-Baptiste SANON, La configuration du prêtre au Christ, Bon
Pasteur ; L’exemple du Curé d’Ars, Paris l’Harmattan, 2017
Blaise BAYILI, Les défis de l’évangélisation en France : vertiges,
tribulations et espérance d’une Église catholique au cœur de la
modernité, Paris l’Harmattan, 2017

© L'Harmattan, 2020
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
www. editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-19185-0
EAN : 9782343191850







« L’histoire de l’Afrique moderne est avant tout
l’histoire de l’épanouissement du nationalisme
au cours du vingtième siècle. De nombreux
volumes seront nécessaires pour l’écrire. Dans
un siècle on se contentera peut-être d’un seul
résumé » (Basil Davidson)
« Donne au sage, et il deviendra plus sage ;
donne la connaissance au juste, et il
augmentera son savoir… Un cœur intelligent
acquiert la connaissance, et l’oreille du sage
recherche la connaissance. » (Proverbes 9, 9 ;
18, 15).
« L’homme est célèbre par le nom, le fils par le
père… L’enclos du chef, on y rentre avec
respect, on y sort avec respect » (Proverbes
congolais, 1993, 1998).













Dédicace


À tous les missionnaires de ce pays depuis Nosseigneurs
Carrie et Augouard


À vous résidants de Nécropole
 Odette Mitungu Mbila et
Denis Maweni Pamfumu,
d’heureuses mémoires, dévots
assidus de la Vierge Marie.
(Mbendi ke butaka mpuku, de
petites gens simples donnent
naissance à des héros, à des
génies)

Je dédie ce livre.












Préface

Parler encore de Marie ?
C’est avec plaisir que j’ai accepté l’honneur que me
fait le docteur professeur Stanislas Maweni Malebi dont
j’ai connu les parents, de préfacer ce livre de grande
importance historico-mariale et aussi théologique.
Pourquoi parler encore de Marie en ce siècle où
d’aucuns sont déçus de la religion comme des
religions ?
Mon interrogation dénote qu’il peut paraître
présomptueux ou inutile de parler de Marie ou d’écrire
encore à son sujet. Car beaucoup de livres ont été
publiés sur la problématique mariale, tant de recherches
ont été réalisées sur la thématique mariale et bon
nombre de prédications ont suscité soit des polémiques
démesurées, soit la foi approfondie. Parler de Marie et
sur Marie, n’est-ce pas une question de sensibilité et de
conviction ? Somme toute, l’on peut appliquer à la
personne de Marie et à son mystère ce que le père
Lacordaire autrefois stipulait sur l’Ave Maria, cette
prière tant aimée par les parents défunts du professeur
Stanislas Maweni Malebi :

11


« Le rationaliste sourit en voyant
passer des files des gens qui redisent
une même parole. Celui qui est éclairé
d’une meilleure lumière comprend que
l’amour n’a qu’un mot, et qu’en le
disant toujours, il ne le répète
jamais. »
Cependant, comme le disait saint Bernard, on n’a
jamais assez parlé de Marie. C’est dans cette
perspective que le Professeur Maweni Malebi rédige cet
ouvrage si riche historiquement et théologiquement pour
présenter un culte étranger devenu le propre des
Congolais aussi, un culte qui les classe parmi les élites
religieuses. La spécificité et l’originalité de ce livre est
de grande importance et montre combien son apport est
unique et sa problématique jamais été abordée avec
autant de lucidité et de clarté, situant le Congolais dans
son histoire et dans son contexte aussi bien
géographique, culturel qu’ethnique. L’auteur n’hésite
point à remonter l’histoire depuis l’arrivée des
missionnaires portugais de Rui de Sousa dans la
première moitié du XVe siècle dans le Royaume Kongo.
Il faut dire que ceux-ci sont arrivés après les
missionnaires toujours portugais les chanoines de saint
Jean l’évangéliste, les prêtres séculiers et des religieux
de différents ordres. Cest avec l’autorisation des papes
Martin en 1430, Nicolas V en 1452 et Alexandre en
1493-1494 que les pionniers de l’évangélisation

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arrivèrent sur le sol africain dans le Royaume Kongo.
Ces missionnaires arrivés après Diego Câo, qui avait
atteint le bassin du fleuve Congo autour de son
embouchure où il planta la stèle commémorative ou
padroao (une colonne sculptée surmontée d’une croix),
et non le pays, au début août 1482, ont insisté sur le
baptême pour la régénération, comme le dit dans cet
ouvrage l’auteur Stanislas, mais un baptême qui
permettait aux néophytes de s’attacher à la Vierge Marie
comme mère qui les protège et qui intercède pour eux.
Le culte marial devient important et attrayant parce que
les Congolais qui croient en l’au-delà, à la survie, à la
vie après la mort, trouvent en Marie celle qui intercède
pour eux, afin qu’ils vivent après la mort. Le roi Don
Manoel et la reine se firent baptiser le 3 avril, jour de
Pâques. Le roi prend le prénom de Manuel, prénom du
cousin et futur successeur du Roi de Portugal, Manuel.
La Reine Nzinga à Nlenza prit le nom de la Reine du
Portugal Dona Eleonor. Le Mani Congo, appelé Nzinga
Nkuwu, suzerain de Don Manoel se fit lui aussi baptiser
le 3 mai, à la fête de l’Invention de la Sainte Croix, à
Mbanza-Congo (Sâo Salvador, Saint-Sauveur) et
construisit une église spacieuse dédiée à la sainte Vierge
Marie. L’église sera appelée
Sainte-Marie-del’Annonciation. Tel est le premier acte significatif et
officiel de la dévotion mariale dans ce Royaume où les
missionnaires arrivèrent 9 ans après sa découverte par
Diego Cao. Nzinga prend le nom chrétien Don Joao,
Jean ; c’est-à-dire le nom de son collègue et ami du

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Portugal. Ainsi, plus tard le successeur de Don Manoel
au nom de Don Affonso (Ndofunsu), fils du roi Nzinga
Nkuwu et gouverneur de la région de Nsundi, devient
un fervent chrétien au point de combattre l’idolâtrie, la
polygamie et remplacer les idoles par les crucifix et les
images pieuses des saints et saintes, sans oublier celle
de la Vierge Marie par qui Dieu a voulu sauver le genre
humain. Son nom Affonso lui a été imposé, car c’était
celui du prince héritier portugais. C’est encore
probablement à Mbanza Nsudi, qu’est né vers 1495 le
futur évêque, le fils de Don Affonso, baptisé sous le
nom de Henrique (Ndoadikidiki Ne-Kinu a Mubemba),
en référence à Don Henrique, mort en 1460, celui qui
avait organisé les premières découvertes. Ceci étant,
avec le baptême et la présence chrétienne effective, le
culte marial très présent se répandait déjà dans le
Royaume.
En 1967, le pape de l’époque, Paul VI, publiait
l’exhortation apostolique Signum magnum dont le thème
central reste inchangé : l’imitation des vertus de Marie.
7 ans plus tard, le 21 mars 1974, il publiait encore un
document plus important dans la foi de l’Église : Le
culte marial aujourd’hui. Ce document explicitait
certaines déclarations du Concile Vatican II soulignées
dans Lumen Gentium 8. Cela les éclairait surtout dans la
pratique pastorale d’autant plus que la première partie
de celui-ci traitait de la place de la Vierge Marie dans la
liturgie et la seconde partie présentait clairement le

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« renouveau de la piété mariale » qui situait l’attitude
des fidèles catholiques en face de la Vierge Marie
comme Mère de Jésus en rapport à la foi en la Sainte
Trinité (Père, Fils et Esprit Saint) dont Marie ne doit
guère être séparée de par sa mission, son rôle dans le
plan du salut. Paul VI demandait par ailleurs que le
culte rendu à la Vierge Marie soit clairement imprégné
de culture biblique, raison pour laquelle, dans ce livre
que je préface, l’auteur prend soin de ramener lecteur
comme chercheurs ou étudiants chercheurs à se référer
aussi à la Bible.
Dans son ouvrage divisé en six chapitres, le
professeur Stanislas Maweni Malebi décrit le
catholicisme au Congo en présentant la place de
Myriam (Marie) dans la prédication. Cette prédication
christocentrique n’empêche guère les missionnaires de
parler de la Vierge Marie comme cette femme non plus
pour la perdition des hommes comme Ève l’a été par sa
désobéissance, mais comme celle par qui le monde est
sauvé, régénéré dans le Fils Jésus. Grâce à la
prédication, les autochtones adhèrent à la foi, acceptent
le culte marial non plus comme un culte étranger auquel
il faut s’opposer, mais comme une dévotion sans force
de domination, car par elle on rencontre le Christ avec
Marie, et grâce à elle l’on se prépare à l’au-delà, à la vie
après la mort, la vie éternelle. Parmi tant de
congrégations religieuses à caractère marial, l’auteur
s’appuie sur deux dont les sœurs Franciscaines

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Missionnaires de Marie et les Marianistes. Mais pour
quelle raison fait-il ce choix des deux ? Il focalise son
regard sur deux congrégations dont la nomenclature
dérive de Marie. Une congrégation féminine arrivée au
Congo à Boundji en 1910 et une congrégation
masculine, les Marianistes arrivés au Congo pour
l’enseignement en 1946. Ces congrégations ont suscité
chez les Congolais un attachement à la Vierge, une
attitude typiquement catholique, à telle enseigne que
bon nombre de ceux-ci ont compris leur être fils et filles
de Marie et que d’aucuns n’ont point hésité à se
consacrer à la Vierge Marie pour une alliance
missionnaire : l’annonce du règne de Dieu en donnant
Jésus dans leur milieu de vie. La dévotion mariale a
toujours trouvé sa place au cœur de l’épiscopat
congolais. L’auteur, parmi tant d’évêques congolais,
nous présente deux dont un comme le premier évêque
congolais et le second comme le premier évêque
congolais devenu le premier cardinal de ce pays. L’un et
l’autre vont œuvrer à l’essor de la dévotion mariale,
comme à l’ouverture au dialogue avec d’autres
expressions de foi évoluant au Congo dans le cadre de
l’œcuménisme. Tel est le souci de l’épiscopat congolais
qui ne veut pas que le culte marial sépare ceux que le
Christ appelle et invite à l’unité avec lui et le Père dans
l’Esprit Saint. Car le culte marial est un facteur de
respect dans la diversité, un facteur de paix pour les
hommes et pour le pays. Ainsi, l’expansion d’un culte
marial typiquement congolais sera au cœur du

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centenaire de l’évangélisation du pays en 1983 et
couronnera le centenaire par son caractère très populaire
et son empreinte, par l’érection des grottes mariales et
les pèlerinages ainsi que la procession. Parfois on s’est
demandé si durant la première évangélisation
(14911883), le Congo avait été touché par l’action
missionnaire. En effet, concernant l’ancien Royaume
Kongo, autant les témoignages abondent et sont
exploités, autant ils manquent ou sont peu exploités
jusqu’ici pour Brazzaville, par exemple. Car le
Royaume Kongo était chrétien dès 1491, même si ces
habitants n’ont pas changé aussitôt leur mode de vie.
Lors du centenaire de l’évangélisation du Congo, le père
Christian de la Bretesche faisant parie de l’organisation
de la grande fête, prît l’initiative de montrer que le
message chrétien, voire la dévotion mariale, a trouvé
racine au Congo. Il pointe ainsi du doigt l’inculturation
du culte marial et fait ériger dans un des quartiers de
Brazzaville nord, à Massengo, une statue de la Vierge
Marie, Mâ Bouesso. Cette Vierge noire pèlerine passera
dans toutes les paroisses de Brazzaville. Cette
revalorisation d’œuvre d’art congolais permet à tous de
comprendre que la représentation de la Vierge est dans
l’horizon de la foi catholique et non dans le domaine
culturel et sentimental où l’on réclame une Vierge
uniquement blanche. Le culte marial entraîne et
encourage la solidarité. Tous les membres appartenant à
un même mouvement d’apostolat ou à une paroisse, se
sentent moralement obligés et engagés dans une logique

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de responsabilité et de dépendance réciproque. Personne
ne peut se marginaliser avec son problème, ses joies et
ses peines, comme le dit le Concile Vatican II dans
Gaudium et Spes n° 4 ; tout est partagé dans le but de ne
point compromettre le groupe, le mouvement, l’Eglise,
la paroisse ou la religion chrétienne, en particulier la
confession catholique romaine. Ce lien fraternel issu de
la solidarité devient une valeur sociale et religieuse
importante qui unit l’avenir de tous ceux qui font partie
du corps organique et dépendent les uns les autres,
d’autant plus que les catholiques ont conscience
d’appartenir à la même communauté d’intérêts. Cette
solidarité n’est nullement une valeur d’altruisme qui
conduit à aider son prochain par simple engagement
moral, sans qu’il y ait nécessité de réciprocité. Il ne
s’agit pas de ce type de solidarité qui naît de l’esprit
marial, esprit de famille. La solidarité promue par le
culte marial n’est guère une coopération où chacun va
travailler dans un esprit d’intérêt général pour
l’ensemble, car ici elle est tenue au bien-être des autres.
Fidèle à sa formation en Histoire et en Théologie, le
professeur Stanislas Maweni Malebi ne m’étonne pas
sur la qualité du contenu de ce travail qu’il met à la
disposition de tout le monde au travers de l’ingéniosité
de ses analyses et l’intensité d’une recherche historique
et théologique laborieuse.
eMis à notre disposition en ce XXI siècle,
l’actualisation de ce culte marial, une dévotion

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incomprise par d’aucuns, comme mémoire collective du
peuple congolais, il faut se persuader toutefois ici de ce
que disait patrice Émery Lumumba : « L’Afrique écrira
un jour sa propre histoire ». Voilà, en effet, à notre
portée cette histoire d’un point de vue marial, quoique le
Royaume kongo qui l’a expérimentée soit disparu
depuis avec la colonisation. Mais l’ethnie kongo
existant a toujours continué à véhiculer dans sa tradition
cette valeur et ce culte pour le bien-être de tous.
Stanislas MITAMA MBOMA
Inspecteur de l’Enseignement Secondaire




19









Sommaire
Dédicace ......................................................................... 9

Préface .......................................................................... 11

Introduction .................................................................. 23

Chapitre 1
Le catholicisme au Congo ............................................ 29

Chapitre 2
La figure de Marie présentée par les Franciscaines
Missionnaires de Marie et les marianistes ................... 39

Chapitre 3
La dévotion mariale dans l’épiscopat congolais ........ 125

Chapitre 4
Le culte de Marie, lieu du respect dans la diversité ... 201

Chapitre 5
L’expansion d’un culte marial, typiquement
congolais .................................................................... 219

Chapitre 6
Mâ Bouesso : inculturation du culte marial dans l’art
congolais et son message ........................................... 265


21


Conclusion ................................................................. 285

Bibliographie.............................................................. 287

Table des matières ..................................................... 293



22





Introduction

À en croire certains spécialistes en théologie mariale, en
Histoire des religions, en dévotion mariale, tout a déjà
été dit, tout a déjà été écrit sur la Vierge Marie. Il n’y
aurait plus rien à dire ni à écrire sur elle.
En effet, beaucoup de choses ont été dites sur elle,
beaucoup d’écrits existent sur elle et l’on continue à
écrire de nos jours encore avec autant d’ardeur et
d’audace. Cependant, plus on écrit, plus les
interrogations surgissent, et plus le lecteur comme
l’étudiant reste perplexe devant le passé historique du
Congo marqué par la présence mariale, contrairement à
ce que l’on pouvait imaginer ou croire. Bon nombre
ignorent que le culte marial traverse les siècles dans ce
pays depuis la rencontre du Portugais missionnaire avec
le monde Kongo dont il a fait chrétien. La pertinence de
toutes les questions que l’on se pose autour de la Vierge
Marie comme tout débat soulevé par des hommes pieux
ou illuminés oblige l’historien à rechercher les causes
profondes et les traces de ce culte. Car il crée d’un côté
les zélés spirituels et de l’autre, les leaders provocateurs
de cassures sociales, de division à l’intérieur d’un
peuple, d’une famille, d’une nation au nom de la quête

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d’une vérité d’Alzheimer intellectuel. Car cette maladie
fait oublier à l’homme que déjà dès le VIIe siècle de
notre ère, il y avait d’intenses échanges commerciaux
entre l’Afrique du Nord et les pays négro-africains du
Sahel. Très tôt, grâce au trafic transsaharien qui existait,
l’or du Ghana avait commandé l’évolution monétaire en
l’Europe, spécifiquement au Portugal qui, au XVe
siècle, entre en contact avec l’Afrique. C’est grâce à
Don Joao Ier et son fils Henri le navigateur qui ont
conçu le « Plan des Indes », ce plan qui permit à Diego
Cao comme aux missionnaires de découvrir le Royaume
Kongo, que le Portugal arrive avec le culte marial
comme une vérité de l’évangélisation à transmettre, à
faire découvrir et faire aimer. Cela a permis aux
Congolais d’aujourd’hui de découvrir le culte marial et
de s’y attacher, en dépit des vicissitudes.
Conscient que depuis les origines du christianisme,
le nom de la mère de Jésus, Marie, est associé à
l’histoire du salut des hommes, en cinq chapitres, nous
présenterons le contenu de cet ouvrage. Grâce aux
renseignements historiques de certains chroniqueurs,
nous saisirons le culte marial à l’image de
l’évangélisation de ce pays. Ce qui nous permettra de
comprendre pourquoi le Congolais se trouve à l’aise
dans sa foi tournée vers Marie qui l’oriente au Christ.
Comprendre cela, c’est éviter toute tension, toute
discussion inutiles et créer le vivre ensemble.

24


Dans le premier chapitre nous parlant du
catholicisme au Congo en ce siècle où le désir d’une vie
spirituelle intense gagne des hommes et des femmes
congolaises en dehors des couvents et des séminaires du
Congo, la chrétienté est toute tournée vers l’épiscopat
auquel elle obéit et dont elle attend des orientations pour
sa vie spirituelle. Pour la plupart des Congolais
catholiques, le christianisme donne sens à la vie et est
une religion qui ouvre des perspectives pour leur avenir.
Dire que le christianisme ouvre des horizons nous place
au niveau de la doctrine catholique, mais aussi de la
pratique chrétienne d’autant plus que les Missionnaires
se sont appliqués soigneusement à y apporter une
révélation transcendante et non seulement la
civilisation ; afin que grâce à la doctrine, les Congolais
vivent unis et en paix. C’est aussi grâce aux prédications
que cette attitude d’unité et de paix se vérifie. Marie,
d’après les prédications, est présente dans l’histoire
quotidienne du Congolais. Mais c’est à lui de la
découvrir dans son désir pour l’unité, la paix et l’espoir
et de comprendre qu’il faut passer d’un culte étranger à
un culte pleinement chrétien dans la culture africaine en
général et congolaise en particulier.
En dépit de la primauté du baptême prêchée par le
missionnaire, il faut dire que celui du culte marial avait
bien sa place. Car les Bantou en général et le Congolais
spécifiquement croît en la vie de l’au-delà et en la
possibilité de l’immortalité. Cette conception de

25


l’immortalité ne posa aucune difficulté dans
l’acceptation de la prière de l’« Ave Maria ». Dans la
récitation du « Je vous salue Marie », sont très
attrayants le thème de la nouvelle vie à obtenir par
l’intercession de Marie, mais surtout celui de
l’immortalité à obtenir grâce à la prière incessante de la
Vierge qui prie « pour nous maintenant et à l’heure de
notre mort ». La dévotion à Marie a toujours sa place,
car elle continue à prier pour tout enfant de Dieu afin
qu’il ne meure pas éternellement, mais surtout qu’après
la mort, il vive de façon immortelle dans le Christ.
L’efficacité de cette prière est de deux registres : on
s’adresse avant tout à une mère capable de tout donner,
cette mère qui protège et qui éduque aux vertus. Puis, on
reste dans la mentalité congolaise qui donne beaucoup
d’importance aux colliers, aux instruments, pour saisir
le chapelet comme un instrument efficace pour la prière.
Il est même considéré comme une arme qui permet à
vaincre le mal et la force du mal. Rapidement les fidèles
se sont donnés au chapelet. La place de Marie sera celle
d’une mère qui éduque, protège et accompagne ses
enfants. Elle sera présentée comme la mère de Jésus et
notre mère.
Dans le deuxième chapitre, la figure de Marie que
présentent les religieux franciscains missionnaires de
Marie et les Marianistes ne peut qu’encourager et
renforcer le culte marial chez les Congolais catholiques.
D’aucuns s’engagent dans les mouvements d’apostolat

26


et font alliance avec la Vierge Marie pour la soutenir
dans sa mission. Il s’agit d’une alliance fondée dans leur
baptême. En tant que baptisés, ils sont engagés dans la
mission ecclésiale et veulent la réaliser avec Marie la
mère de Jésus. Ainsi, l’on parlera de la consécration
mariale ou la consécration à Marie. Ceci n’est pas une
négation de la médiation christique entre le Père et les
hommes, moins encore de la présence du Christ dans la
vie de foi du catholique congolais. Les Congolais n’ont
pas une foi sentimentale, mais plutôt une foi attachante
au Christ en qui il adhère sans heurt. Cette foi s’exprime
dans l’obéissance à la parole du Christ crucifié qui
dit au disciple bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19). Le
grtroisième chapitre parlant de la dévotion de M
Théophile Mbemba et du cardinal Émile Biayenda est
dans la ligne de cette obéissance au Christ qui parle, et
de l’écoute attentive de Marie qui a cana dit « Faites
tout ce qu’il vous dira », puis aux pieds de la croix
accueille les paroles du Christ qui lui dit « Mère voici
grton fils ». M Théophile Mbemba encouragera les
Fraternités féminines et la Légion de Marie à donner
une place importante à la Vierge Marie, mais aussi à la
faire connaître et aimer. Dans le même élan, après lui, le
cardinal Émile Biayenda encouragera l’expansion et
l’essor du culte marial et fera que l’œcuménisme au
Congo ait une compréhension nouvelle et différente sur
ce culte et sur la mission de Marie. Son apport
favorisera un dialogue franc et vrai entre les acteurs
pastoraux engagés dans l’évangélisation du peuple. Le

27


culte à Marie pourra être vu comme un facteur de
solidarité, de paix et d’unité. Car comme le Concile
Vatican II l’a pu écrire : « La Bienheureuse qui a cru,
d’âge en âge, elle est présente au milieu de l’Église qui
accomplit son pèlerinage par la foi, étant également le
modèle de l’espérance qui ne déçoit pas. » Ainsi, une
meilleure compréhension et réceptivité du culte marial
peut favoriser le vivre ensemble, l’harmonie
communautaire sur le plan religieux et la paix nationale.


28




Chapitre 1
Le catholicisme au Congo

Au tournant de la première moitié du XXIe siècle, le
désir d’une vie spirituelle intense gagne des hommes et
des femmes congolaises en dehors des couvents et des
séminaires du pays. La chrétienté est toute tournée vers
l’épiscopat auquel elle obéit et dont elle attend des
orientations pour sa vie spirituelle. C’est
incontestablement que pour la très grande majorité des
Congolais catholiques, le christianisme donne sens à la
vie ; même les Congolais incultes en sont persuadés.
Car le catholicisme est perçu comme une religion qui
ouvre des perspectives d’avenir pour la culture
négroafricaine en général et congolaise en particulier. Loin de
ne dire ici ni de confirmer que la religion chrétienne est
quelque chose d’Orient arrivé en Occident grâce à
l’empereur Constantin puis, elle est devenue pleinement
occidentale. Ce qui est vrai, le christianisme s’est
développé à l’intérieur de la civilisation occidentale, par
l’adoption de la langue latine, par la traduction de la
Bible de grec en latin (Vulgate), le nombre des saints,
tels que saint Irénée de Lyon, saint Hilaire de Poitiers,

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saint Césaire d’Arles, saint Vaast, saint Martin de
Tours, saint Benoît avec sa règle monastique, sans
oublier l’empereur Clovis qui a reçu le baptême à
Reims, en 580 et a fondé la nation française chrétienne,
nation dans laquelle bon nombre des missionnaires
venus au Congo sont issus et peuvent venir en Afrique
avec leur valeur culturellement religieuse. De là résulte
un acquis qui ne doit pas être perdu. Le fait de dire
cependant ici qu’il est considéré comme religion qui
ouvre des perspectives d’avenir à un terrain de mission,
c’est cherché à nous placer au niveau de la doctrine
catholique, mais aussi de la pratique chrétienne d’autant
plus que les Missionnaires se sont appliqués
soigneusement à y apporter une révélation transcendante
et non la civilisation afin que grâce à la doctrine, les
Congolais vivent unis et en paix. C’est ainsi que dans ce
chapitre, nous allons étudier la place de Marie dans la
prédication. Nous parlerons aussi de la dévotion mariale
chez les Marianistes et chez les Sœurs Franciscaines
Missionnaires de Marie. Enfin, nous allons étudier la
question de la femme catholique qui doit toujours
« rester debout » pour témoigner de son amour à Marie.
Cette dernière, d’après les prédications, est présente
dans l’histoire quotidienne du Congolais. Mais c’est à
lui de la découvrir dans son désir pour l’unité, la paix et
l’espoir.



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