170 pages
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L'amour pur hyperbolique en mystique musulmane

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Description

L’amour pur en cela qu’il se veut tout à fait désintéressé paraît impraticable. Que dire de sa variante hyperbolique qui trouve dans les impasses et les situations impossibles, comme la non réciprocité, la damnation, la folie, le sacrifice de soi et l’amour de l’ennemi, les critères de son authenticité ?
On cerne en priorité la notion d’amour pur en vue d’établir son échelle pour ensuite examiner le mouvement d’excédence vers l’hyperbolique et en configurer la gradation. Un sort est fait à la notion de perversité permettant à l’amour simple d’émettre un jugement sur l’amour pur dans la mesure où il se porte aux excès. Bien que le présent ouvrage soit consacré à la mystique musulmane, les vues de Fénelon ont été convoquées comme un cadre général (quoique non contraignant) pour la systématicité de son propos, et des comparaisons ponctuelles avec les mystiques juive et chrétienne ont été proposées.
Jad Hatem est chef du département de philosophie à l’Université Saint-Joseph.

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Date de parution 01 janvier 2009
Nombre de lectures 5
EAN13 9782849241387
Langue Français

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L'AMOUR PUR HYPERBOLIQUE EN MYSTIQUE MUSULMANE
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JAD HATEM L'AMOUR PUR HYPERBOLIQUE EN MYSTIQUE MUSULMANE EDITIONS DU CYGNE
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editionsducygne@club-internet.fr 4, rue Vulpian, 75013, Paris www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-138-7 © Jad Hatem 2009
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« J'ai versé pour toi des larmes de sang Afin qu'elles me guérissent de toute guérison ». Sumnûn
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À Ion Copoeru
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AVANT-PROPOS I « L'amour n'est que fraîcheur d'action et de pensée; 1 Toujours et en tout lieu il est nouveauté pure » . Voilà qui est bien dit. On est toutefois en droit de se demander si Mîr Taqî pense également cette nouveauté par rapport à l'amour lui-même. Son poème se poursuit en effet par la description des multiples états dans lesquels sont jetés les amoureux par le fait de leur tourmenteur. La nouveauté est pour l'amoureux. C'est pour lui qu'Éros (ni mortel ni immortel) renaît de ses cendres et se métamorphose. Est-il pour autant avéré que l'amour se renouvelle lui-même en violant ses propres principes ? Peut-on concevoir qu'il puisse, dans ses excès, dénouer son concept ? Ainsi avec al-Makzûn al-Sinjârî : 2 « Je t'aime d'un amour qui passe (jâwaza) l'amour » . Que l'amour ne fasse pas cercle avec lui-même, qu'il
1Mîr Taqî « Mîr »,Masnavîs. Poèmes d'amour de l'Inde moghole, tr. D. Matringe, Paris, Gallimard, 1993, p. 25. 2Dîwân, in As‘ad ‘Alî,Ma‘rifat Allâh wa-l-Makzûn al-Sinjârî,Beyrouth, Dâr al-Râ’id al-‘arabî, 1972, II, p. 150.
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soit sensible à ce qui le bouscule dans ses certitudes et ses acquis au point de le porter à tolérer de renoncer à l'idée même d'acquisition et d'aller se risquer dans les aventures de la mort et de la folie, tel est le propos directeur de cet essai sur l'amour pur en soufisme. Il y aura à déterminer si en s'écartant de son centre, il accomplit son essence ou s'il fait la démonstration de son caractère illégitime, à moins que ceci soit cela. II Cet ouvrage déploie ses analyses et arguments dans plusieurs directions par cela que le topos de l'amour pur n'est pas réductible à une forme. En lui s'entrecroisent, se fécondent mutuellement souvent et parfois divergent, des tonalités qu'il convient de distinguer soigneusement avant qu'éventuellement elles puissent associer leurs voix. La tâche lui est confiée de cerner en priorité la notion d'amour pur et d'établir son échelle, ensuite de marquer le mouvement d'excédence vers l'hyperbolique, et à nouveau d'en configurer la gradation. Ainsi se trouvent fixés les instruments de l'interprétation. On conçoit que pour mettre au point les deux tableaux, l'auteur a dû procéder à des coups de sonde explorateurs et parfois même à des enquêtes quelque peu étendues. Les vues de Fénelon ont été convoquées dans ces préliminaires méthodologiques comme un cadre général (encore que non contraignant) pour deux raisons : la systématicité de son propos qui favorise la délimitation des critères, et le fait que tout discours sur l'amour pur se place, qu'il le sache ou non, sur le terrain dont il a établi le cadastre, quitte à le déborder, ce qui ne manquera pas d'arriver comme on le verra.
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Une autre direction ne sera dans la présente œuvre que signalée car elle a fait l'objet d'une autre publication. Une recherche spécifique porte l'amour pur hyperbolique aux extrêmes, on pourra même dire à un si haut point qu'il ne peut que s'exténuer dans sa propre fulgurance. Le thème de l'amour damné a trouvé en l'Iblîs de Hallâj son champion. J'ai tenu à croiser son destin avec un autre démon, le Méphistophélès de Goethe afin de mettre en évidence une comparable (quoique évidemment non identique) proclamation du monothéisme absolu et de la dévotion unilatérale qui va à l'encontre de la volonté même 1 de Dieu . L'amour court ici tous les risques. Non seulement d'aimer sans réciprocité, mais même aux mépris des voies que l'Aimé prescrit. Ce n'est pourtant pas en cette instance que l'amour pur hyperbolique s'exténue car le moment majnûnien lui a appris à tenir ferme à l'affectivité. La contradiction atteint son acmé lorsque, en dépit de l'obstacle intérieur qui s'y oppose, on obtempère à l'ordre donné par l'Aimé de Lui préférer un tiers ou de s'unir à Lui en dépit de la Loi et de la pudeur. Épreuve, perversion ou un zèle mal employé ? III Par vocation, la mystique dérange les esprits rassis. Et parfois ébranle les institutions et les pouvoirs. Ses postures théoriques et pratiques, ses lectures allégoriques du Livre saint, recèlent le principe d'une réinterprétation de la religion où elle éclôt, réinterprétation qui pourrait aller
1Cf. J. Hatem,Satan, monothéiste absolu selon Goethe et Hallâj, Paris, Éd. du Cygne, 2006.
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jusqu'à sa refondation. Pour peu que l'orthodoxie y réagisse par l'anathème, deux issues sont en gros possibles : ou ce principe rentre en latence et les mystiques dans le rang (par réduction de la mystique à la simple spiritualité), ou l'exclusion (parfois sanglante) met un terme à l'aventure, à moins qu'elle ne favorise la création d'une nouvelle religion. J'ai choisi de mettre l'accent sur les points de fracture qui ressortissent à l'amour pur (il en est d'autres qui relèvent de la spéculation, disons de la théosophie). Pour être partielle, mon approche n'est pas pour autant unilatérale, car l'intelligence de la dérive requiert la prise en compte de la norme. Elle est manifestement insuffisante la représentation du soufisme qui néglige la pluralité solidaire de ses aspects et ne s'inquiète pas de faire venir à la pensée un minerai aussi riche que varié. Je suis bien loin de minimiser ce problème. Y satisfaire est néanmoins l'affaire d'un traité, non d’investigations qui s'efforcent de repérer dans la pâte le levain toujours travaillé par un mouvement dont nous n'avons jamais fini de suivre le cours. Si l'entreprise est périlleuse, cela tient en partie au fait que la situation décrite est abyssale et que nulle armature logique n'est de nature à exténuer le mystère de l'amour sacré et de l’indéracinable désir de transgression de l’humaine finitude.
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