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L'amour trinitaire et son refus par la modernité

De
220 pages
L'approche de la religion catholique peut se faire soit par la voie mystique, soit par l'appréciation de ses accomplissements ou de sa pensée. La première voie est la plus élevée mais l'appel à la parcourir n'est pas donné à tous. La deuxième approche serait la plus naturelle mais elle requiert un coeur pur dans le jugement du comportement des croyants. La dernière approche est un chemin qui aujourd'hui est rendu très ardu par un système médiatique, éducatif et culturel voué à l'interprétation. Tel est l'aboutissement de 5 siècles d'efforts philosophiques pour se débarrasser de Dieu.
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L'amour trinitaire et son refus par la modernité

Giuseppe Giacomo Nastri

L'amour

trinitaire

et son refus par la modernité

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L.u. 14-16

FRANCE

HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlli

Cheminements Spirituels Toutes réflexions théologiques, spirituelles, Toutes expériences mystiques, religieuses, qu'elles se situent au sein ou hors des grandes religions méritent d'être connues. C'est pourquoi nous favorisons leur édition dans cette collection « Cheminements Spirituels» chez l'Harmattan. Vous pouvez nous envoyer vos écrits, même les plus personnels. Nous vous répondrons. Noël Hily 12, rue de Recouvrance 45000 Orléans Tel: 02 38 54 13 58

Déjà parus
BERNABEU A. Laissons les enfants grandir BOMBLED J.P. Quand la modernité raconte le salut.... CONTE A.-M. L'ivre de vie DESURVIRE Dire vrai ou Dieu entre racisme et religions

DUROC R., La foi et la raison
GALLO J.G. Lafin de l'histoire ou la Sagesse chrétienne GARBAR F. Chasser le mal GENTOU A. Invités à vivre HARRIS J.P. Sie Bernadette

KIRCHNER D. Dieu, Créateur ou biblique LECLERCQ P., Un Dieu vivant Pour un monde vivant ROCHECOURT G. La cigale SANTANER P. M-A. Qui est Croyant? SCIAMMA P. Dieu et l'homme - Méditations Du même auteur:
- Jean-Christian Huet et Giuseppe Nastri, Le travail hors la loi, Paris, Édit. de la Collection de la Revue Politique et Parlementaire (diffusion P.U.F.), 1986 - Giuseppe Giacomo Nastri, L'autonomie éthique, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2002

www.Iibrairieharmattan.com E-mail: harmattanl@wanadoo.fr
@ L'Harmattan, 2005

ISBN: 2-7475-8666-9 EAN : 9782747586665

A ma fille Francesca

SOMMAIRE
Avant-propos. Objectifs et plan de cet ouvrage PREMIÈRE PARTIE. LA TRINITÉ ET LES MOYENS DE COMPRÉHENSION HUMAINS
1. Caractère personnel de l'amour Le Fils, don fait au monde L'Esprit qui est Fruit. Les fruits de l'Esprit Le Père est celui qui donne la vie trinitaire

Il
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2. Les relations dans la Trinité et dans la création Faut-il approcher la Trinité par le biais de l'être ou de la relation? Les relations dans la Trinité, modèle de la création Le modèle trinitaire dans l'être humain, dans la famille, dans l'Église La création selon la Genèse 3. Les preuves de l'existence de Dieu Le rapport entre les vérités multiples est dû à une Vérité "première" n'admettant aucun conditionnement Preuve éthique de l'existence de Dieu: le libre arbitre et les raisons ultimes du choix Preuve métaphysique de l'existence de Dieu ou preuve par la relation L'hypothèse paradoxale que des choses puissent d'elles-mêmes entrer en relation 4. Les limites de notre connaissance de Dieu De l'impossibilité de comprendre Dieu Les preuves de l'existence de Dieu par rapport au "regressus in infmitum" L'absurde de l' infmi Les objections à l'existence de Dieu, notamment selon saint Thomas d'Aquin Une objection de Karl Marx La réduction de l'homme au statut purement profane vide les preuves de l'existence de Dieu: Heidegger, Hegel et le protestantisme 5. Les principes de l'argumentation en faveur de la religion catholique Le style de la vérité: là où il y a plus d'amour La sortie de la subjectivité, pour atteindre la vérité (et avoir la vie) Caractère de l'apologétique Nécessité d'une apologétique Propédeutique à la foi et apologétique au sens strict

6. L'apologétique au sens strict, en tant que présentation du Christ à toutes les générations Jésus, qu'il faut regarder d'abord Le sens de l'Église Importance des miracles Le rejet des miracles Les faits Et la science, en tout ceci? Le miracle, œuvre de sorcellerie ou de la bienveillance divine? Il faut encore une apologétique pour donner un sens aux faits prodigieux

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DEUXIÈME PARTIE. LES FAIBLESSES MODERNITÉ 7. Relativisme

DE LA
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Les tendances relativistes: brève présentation historique Critique protestante des doctrines traditionnelles et libre interprétation des Écritures Le rejet de la religion, est-ce encore du relativisme? 8. L'éthique du désengagement intellectuel, négation de la possibilité même de l'amour Deux formes de subjectivisme en matière éthique L'amour est délaissé quand l'intelligence envahit tout l'horizon Libre pensée, liberté par rapport à la vérité: la solution de l'autonomie éthique Quand la revendication de liberté se convertit en déterminisme 9. Diminution du réel De la destruction à partir de l'intelligence Scientisme, diminution de l'ouverture à l'être Démocratie, démocratisme et médiatisation de la société Transformation de l'éthique en juridisme : droit et communication La tolérance, mal du siècle

TROISIÈME PARTIE. ANALYSE DES CAUSES ET DE L'ATTENTION
10. Connaissance et vérité. La cause formelle parmi les autres causes Les faits et les modèles La vérité Métalangage et rapport entre les affIrmations et les données Le faux problème des critères de vérité Faut-il une métaphysique pour parler de vérité? La cause formelle ou exemplaire par rapport aux autres causes

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8

Il. L'attention au sens strict et son rapport particulier avec la cause finale La cause finale La sensibilité ne va pas sans attraction ou répulsion Le bien et le mal La liberté, exercice de l'attention L'attention et l'unité de la conscience L'accomplissement ultime dans les trois ordres du bonheur, de la joie et de la gloire 12. La priorité contestable de la cause efficiente dans les sciences modernes La notion de cause efficiente et sa critique L'évolutionnisme darwinien, exclusivisme de la cause efficiente L'interprétation probabiliste de l'évolution des espèces (et de l'univers) La probabilité ne relève-t-elle pas des lois de la nature? Probabilité impropre et probabilité véritable Peut-on quantifier la probabilité de l'apparition de la vie? Des principes d'organisation dans la nature

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13. Analyse, par rapport aux trois causes, de l'attention au sens le plus général
Pourquoi dans cette analyse n'utilisons-nous pas la notion de cause matérielle? L'horizon d'attention L'attention au monde L'attention au sujet L'attention à Dieu

14. Du bon et du mauvais emploi de la notion de cause
Les trois causes au sein de la Trinité par opposition aux causes dans la création Du "regressus in infinitum" (recours à l'infini) ou du mauvais emploi des causes Quand on détourne la métaphysique

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145 147 149

QUATRIÈME PARTIE. FOI, INCROYANCE ET RETOUR DU CHRIST
15. Foi, désir et grâce Dans quel ordre se suivent la foi et la raison? Distinction entre la connaissance et la foi par rapport aux causes respectivement formelle et finale La foi, acceptation de la vérité de l'amour de Dieu par le désir de vie La foi et l'autorité divine Implications surnaturelles du fait de croire. La nécessité de la grâce Les aridités, le doute Les vertus théologales

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16. Rupture du rapport entre la connaissance et l'éthique par le péché et le mensonge Le péché contre l'Esprit, les caricatures de Dieu et le découragement de l'homme Le refus du réel par un souci d'autonomie De la responsabilité (théorique ?) de croire Le mal n'ajoute rien à la richesse dérivant de la variété du monde Comment on s'installe dans le mensonge 17. Le rapport entre la souffrance et le péché (chez les anges et les hommes) Face à l'inacceptable: du désordre dans la Création L'homme, les anges et les relations qui les définissent respectivement La possibilité du repentir fait toute la différence entre les pécheurs et les démons La sortie du temps vers l'éternité Mystère de la liberté et désir de Dieu de nous rendre "justes" La miséricorde divine. Une apologétique à partir du mal dans le monde 18. L'apostasie moderne et le retour du Christ L'apostasie moderne comme déni des bonnes raisons de la religion De la division de l'Église Conclusion. Espérance apocalyptique d'une reconstruction par le haut Appendices Appendice 1. Diversité des religions Le sens de la multiplicité des religions La religion de I'homme primitif le maintient hors de 1'histoire Le désir et les moyens humains dans le christianisme et dans les religions de l'Inde et de l'Extrême-Orient Le questionnement de la souffrance L'attitude face aux miracles D'autres révélations?

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Appendice 2. La Trinité modèle de la création Index

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TABLEAUX
TABLEAU 1. TABLEAU II. TABLEAU III. TABLEAU IV. TABLEAU V. LES RELATIONS ENTRE LES TROIS PERSONNES DIVINES L'ÉTENDUE DE L' ATTENTION L'ACTNITÉ NATURELLE HUMAINE (DU PROJET À LA RÉALISATION À TRAVERS LA DÉCISION) L'ENCHAÎNEMENT THÉORIQUE DES VERTUS THÉOLOGALES (VOIR LE TABLEAU llI) CADRE GÉNERAL DES RELATIONS 22 134 137 161 201

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Avant-propos. Objectifs et plan de cet ouvrage
La pensée occidentale - de Platon et Aristote jusqu'au déisme du xvnr siècle - a reconnu plus facilement à Dieu l'intelligence que l'amour. Alors que les philosophes ont admis assez naturellement un Moteur immobilel, un grand Horloger ou un Dieu dont la "pensée est pensée de pensée" (v61l0'1Ç vOT1oBroÇ VOll0tç)2 la réflexion occidentale ne s'est pas trouvée , suffisamment équipée pour rendre compte de notre enracinement et de notre engagement dans un monde de passions, de décisions difficiles, de luttes, de succès mais aussi d'échecs sévères. La spéculation, en particulier, a du mal à concilier la bonté du Créateur avec les peines dont souffre la Création. Or, il faut toujours souligner le rôle fondamental de l'Amour dans la religion chrétienne, non seulement dans les mystères de l'Incarnation, de la Passion et de la Résurrection du Christ mais aussi dans le mystère de la Sainte Trinité qui se trouve à la racine de tout amour. Selon la magnifique synthèse de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, ce que Dieu nous demande est de dire merci et d'avoir confiance en lui. Les châmes d'amour par lesquelles Jésus veut nous impliquer dans son œuvre de Rédemption nous enserrent plus fortement que l'adhésion à un parti, bien plus intimement que la loi mosaïque ou coranique. En fait, qu'y a-t-il de plus contraignant qu'un Dieu qui nous aime? On peut comprendre la résistance au lien de l'amour. Et si la religion chrétienne attire de vives objections, voire une haine acharnée, ce n'est pas parce qu'elle est dogmatique, obscurantiste, sexophobe, doloriste, polémogène, antisémite ou autre chose encore; ce n'est pas non plus parce qu'elle appelle l'homme au repentir et à la conversion, mais parce qu'elle propose autant d'amour. En fait, l'homme, qui vit d'amour, en est en même temps effrayé. Ceci est le grand mystère d'iniquité. On peut attribuer à la culture catholique bien des faiblesses mais non pas celle d'être naïve à l'égard de ce qu'il y a dans le cœur de l'homme3. Nous présenterons d'abord l'enjeu essentiel de la religion chrétienne à travers la doctrine trinitaire, d'une manière forcément sommaire mais déjà orientée vers la vie spirituelle. C'est en tout cas l'essentiel, car c'est dans la Trinité que se situe la source et la raison de toute l'énergie que l'Église nous transmet. En ce qui concerne notre méthode - la méthode apologétique Dieu sera approché comme étant "tout bien sans aucun mal".

1 Aristote, Metaphysica, XII (A), 7, l072b 7 et 8, I073a 26-27. 2 Ibid., 9, l074b 34. 3 "Jésus savait ce qu'il y a dans l'homme". Jean, 2, 25.

Et, de son côté, l'intelligence humaine est reconnue dans son ouverture qui la rend capable de tout apprécier (elle est "ad omnia"4). Si l'on comprend une chose, elle est juste. Il faut donc chercher jusqu'à trouver où nous nous trompons en diminuant à nos yeux Dieu, le Christ et son Église. En fait, nous voyons la création pleine de défauts et nous doutons de la "puissance, sagesse et bonté infinies" du CréateurS; nous voyons les souffrances, la faillite et le mépris qui accablent le Christ et nous doutons de sa divinité; nous voyons la honte dont se couvre l'Église et nous doutons de sa mission de vérité et de la validité de son appel au ralliement de tous les fidèles sous un seul pasteur, le pontife romain. Jésus s'est proposé non seulement comme "Voie, Vérité et Vie "6, mais aussi comme signe de division7. Il s'agit donc d'identifier les principales objections à la tradition catholique élaborées notamment au cours du dernier demi-millénaire. Le mouvement de la modernité dans ce sens commence tôt, avec la rupture d'origine protestante du rapport entre la connaissance et l'éthique. Cette rupture s'élargit avec Kant, qui propose un impératif moral sans aucun appui gnoséologique. Finalement, aujourd'hui, il est question d'une éthique paradoxale qui fait de la transgression intellectuelle une sorte de valeur au nom de la liberté de pensée. L' anomie des médias et, par proximité, de la vie politique en est une expression. Où se situe donc notre responsabilité individuelle dans le processus allant de la prise en compte cognitive des données disponibles à la mise en œuvre de nos projets? Le moment de la liberté s'identifie probablement avec l'attention privilégiant l'une ou l'autre des opportunités qui nous sont proposées. L'attention centrée sur soi-même donne le doute méthodique, la méfiance envers la connaissance des fondements du réel, la réduction relativiste du savoir à des facteurs autres que la prise en compte du réel, l'exclusion des conditions qui rendent possible la réalité, à savoir l'amour du Dieu créateur et rédempteur, la liberté pour la liberté (le leurre de la liberté) et fmalement la tolérance par simple indifférence, que l'on devrait plutôt appeler fausse tolérance. Par contre, l'acceptation, sur le plan intellectuel, de la réalité de l'amour de Dieu - ce qui constitue l'acte de foi4 Saint Thomas d'Aquin, Contra Gentes, II, ch. 47; Summa theologica, I, q. 14, a. 1 corpus. Ce concept est inspiré per Aristote, De anima, III, 5, 430a 13-14 et 8, 431b 20. Saint Thomas précise dans le Contra Gentes, II, 98 : "Quidquid enim esse potest, intelligi potest" (ce qui peut être peut être compris). La Summa theologica que nous citerons sera toujours celle de saint Thomas d'Aquin. 5 Voir: Catéchisme de Pie.x: Rome, Typographie Polyglotte Vaticane, 1912, q. 3. 6 Jean, 14, 6. 7 Luc, 12, 51-53.

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est motivée par la finalité selon les promesses de vie que nous avons reçues. Parmi toutes les formes de connaissance, la foi est donc une connaissance conduite par la [malité : elle vise le but, la vie, l'abondance même de vie. Du fait de laisser jouer cette fmalité et ces promesses l'homme se rend capable de voir plus loin. Il est donc responsable de ses croyances religieuses et par conséquent il faut lui en reconnaître le mérite. Mm de s'assurer l'adhésion de notre foi, Dieu aurait pu nous éblouir avec la splendeur de sa divinité. Dans ce cas, nous n'aurions pu le refuser que par orgueil et il aurait été alors très difficile de revenir sur ce refus; dans le cas de la lucidité parfaite de Lucifer, par exemple, le retour en arrière est même impossible. Mais Dieu nous appelle à le rencontrer à travers les fatigues, les humiliations et les fragilités qui marquent nos vies. Il nous attire plus particulièrement par la faillite humaine du Christ, à comparer sans doute avec nos échecs et à notre souffrance, afm que nous regrettions fmalernent nos péchés. Il nous montre que dans l'Église il y a de la place également pour les pécheurs, le but étant toujours la conversion, le repentir et le pardon. La religion catholique vaut aussi pour ceux qui sur le plan humain n'ont jamais compris grand-chose ou qui - par l'âge ou le déclin de leurs conditions - commencent à ne plus comprendre. La prière des simples par nature ou par vocation - dans le respect de la logique et de la vérité - est celle qui compte, car elle est la plus proche du pur amour. Certains pourraient trouver ce livre excessivement analytique et abstraitement rationnel. En principe, ils ont raison. L'essentiel est de connaître l'amour que Dieu nous porte et lui confier nos vies. Les mystiques simplifient. Bergson précise: « Les mystiques laissent de côté ce que nous appelions les "faux problèmes". On dira peut-être qu'ils ne se posent aucun problème, vrai ou faux, et ['on aura raison. »8 Mais les hommes doivent parfois parvenir à l'essentiel par un long parcours fait de détours et de retours en arrière (sinon il n'y aurait pas de problèmes, notamment psychiques). Ces pages cherchent à dialoguer avec ceux qui sont disposés à reconnaître les limites de notre sensibilité et de notre intelligence. Mais audelà de la sensibilité et de l'intelligence humaines il y a aussi le sens de la destinée, la perception du besoin d'un sens dans la vie. Comment comprendre que - justement en raison de ce contraste entre ses limites et ses exigences -l'esprit humain s'ouvre sur l'absolu? Le meilleur moyen est de faire un bout de chemin avec ceux qui croient.

8 Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, Alean, 1932, eh. III, p. 268.

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PREMIÈRE PARTIE

LA TRINITÉ ET LES MOYENS DE COMPRÉHENSION HUMAINS
1. Caractère personnel de l'amour trinitaire
"L'Ancien Testament a clairement manifesté le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau Testament a révélé le Fils et fait entendre la divinité de l'Esprit. Aujourd'huI: l'Esprit [...] se fait plus clairement connaître [... ] Il fallait [...] que, par des additions partielles et, comme dit David, par des ascensions de gloire en gloire, la splendeur de la Trinité

rayonnât progressivement. " Saint Grégoire de Nazianze9 (328-389) Tout ce qui concerne la Sainte Trinité doit parvenir à nous convaincre en satisfaisant aussi nos exigences intellectuelles. Il convient donc que les premiers arguments en faveur de la Trinité soient fournis par le Fils qui est l'image et la splendeur même du Père. Le Fils, don fait au monde Pour ce que l'homme peut en comprendre, l'amour de Dieu créateur est manifesté d'abord par tous les dons de la création et puis - avec plus d'éclat- par la présence du Christ au monde, c'est-à-dire par l'Incarnation du Verbe dans la personne de Jésus lors de la "plénitude des temps". Les générations successives ne peuvent comprendre l'amour du Père que par la manifestation du Fils à travers son Église. C'est ainsi que dans cette présentation de la Trinité nous commençons par le Fils, afin de rappeler le caractère essentiellement historique et événementiel du christianisme, qui est la 'réactualisation' de l'Incarnation du Fils dans la vie de l'Église. Notre religion n'est nullement une philosophie, une spéculation abstraite ou un mysticisme purement contemplatif, comme le

9 Voir: Discours théologiques, V, 26. (Migne, Patrologia graeca, vol. 36, p. 161).

seraient le néoplatonisme ou le gnosticisme, mais la participation à la vie incarnée du Christ telle qu'elle se poursuit à travers l'histoire de l'Église. Puisque nous savons que les premiers siècles chrétiens, au moins jusqu'au concile de Chalcédoine de 451, furent dédiés à d'âpres disputes sur la Trinité et la vraie nature du Christ, on peut dire que nous devons à l'Église la dogmatique trinitaire, ainsi que le sens de l'Incarnation du Verbe. 'Dogma' (ôOyJID)est un mot grec qui signifie à la fois opinion et décision, dans le sens aussi de définition d'une doctrine ou d'un précepte reli~ieux. Nous l'employons dans le sens strict de vérité à croire, proposée par l'Eglise catholique et, puisque c'est essentiellement à travers l'Église - par la Tradition, l'Écriture, les exemples de sainteté - que nous connaissons le Christ, il est logique que toute apologétique parte du témoignage et de la vie de l'Église. L'apparente opposition entre l'homme historique Jésus et le Christ-Dieu 'construit' par la communauté croyante est résolue par justification que donne de lui-même le Christ à travers la vie de l'Église. Le point de départ est donc l'acte par lequel le Père s'exprime en se réfléchissant dans le Fils, Verbe ou Sagesse de Dieu. La surabondante richesse de Dieu le Père se répand identiquement dans une autre Personne divine. L'expression du Verbe par le Père constitue en fait l'apothéose de la paternité divine. On ne peut pas dire que le Fils soit/ait ou créé parce qu'il ne rencontre pas les limites et les contraintes que les créatures représentent les unes pour les autres. Le Fils, Sagesse éternelle du Père, constitue la plénitude de la connaissance du Père. Puisqu'il n'y a pas de vie divine en dehors des rapports trinitaires, le Père n'a pas de connaissance de soi en dehors de la conception de son Fils, dans lequel il voit aussi le modèle de la Création 10.Ceci signifie que si, par l'absurde, le Père était resté seul, loin d'être la "Pensée qui se pense" des philosophes, il n'aurait strictement aucune conscience de soi-même. En fait, contrairement à Descartes, Kant considère comme vide l'affIrmation ''je pense", Wittgenstein défmit le sujet humain comme la limite de choses connues, et Sartre souligne que la conscience est toujours conscience de quelque chose. Ces philosophes semblent confmner qu'il n'y a pas de connaissance sans un rapport ou une altérité. Nous verrons que la notion de rapport demande un principe, une source unique, sans quoi elle représenterait un absurde jeu de renvois. La génération du Verbe c'est bien l'effusion du Fils unique (Unigenitus) car il y a une seule possibilité d'être engendré selon la parfaite image du Père. Cette effusion du Fils par le Père fait partie à la fois de sa liberté et de sa
10 C'est ainsi que l'on peut interpréter le passage de Proverbes, 8, 29-30, où la Sagesse est montrée comme un enfant, jouant aux pieds de Dieu occupé à l' œuvre de la Création.

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nécessité d'être ce qu'il est. Le Père ne peut pas exister sans se donner ainsi au Fils et pour cette raison la foi nous enseigne que le Père et le Fils sont liés par le même acte d'exister, ils forment un seul DieuII. Répétons que le lien entre le Père et le Fils, contrairement aux liens existant dans le monde, ne limite pas les Personnes qui le soutiennent, car ce qui est échangé est la plénitude de la divinité. Le Credo (Symbole de Nicée) affirme que le Père a créé le monde par le Fils. Le Père est donneur et le premier don est celui de la vie à son Fils. Tous les autres dons s'en inspirent. Nous devons cette révélation de la génération éternelle du Fils à Jésus-Christ lui-même à travers son Église. Comme pour toute autre relation que nous voyons autour de nous, aussi dans la relation entre le Fils et le Père, il faut un Premier qui soit totalement indépendant, et ce Premier est le Père. La pleine signification de la génération du Fils nous apparaît dans son Incarnation, sur laquelle nous reviendrons aux chapitres 6 et 17. L'Esprit qui est Fruit. Lesfruits de l'Esprit

Pourquoi ne suffit-il pas que le Père et le Fils s'aiment, sans que cet amour s'exprime par le Saint-Esprit? Naturellement il n'y a pas de réponse humaine défmitive, mais le mystère trinitaire nous a été révélé afm que nous puissions y réfléchir. On peut donc amener un premier élément de réponse : l'amour entre le Père et le Fils, pour qu'il atterrisse sur le réel, 'doit' être fécond. La parfaite entente entre le Père et le Fils se manifeste ainsi librement dans une expression aussi réelle que le 'jaillissement' du SaintEsprit. Ce lien d'amour, l'Esprit, 'doit' être une nouvelle personne avec de nouvelles relations, puisque, comme le dit Saint-Exupéry (1900-44): "Aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction". De même que le rapport de génération entre les deux premières Personnes divines donne la connaissance, leur reconnaissance mutuelle n'est amour que parce qu'une troisième Personne, le Saint-Esprit, en dérive. C'est ainsi que l'amour en vient à constituer un retour vers la réalité. L'expression de l'Esprit par les deux autres Personnes est la fmalité ultime de la Trinité, son aboutissement. L'Esprit Saint est le pont entre le Père et le Fils et se satisfait pleinement du fait de lier les deux autres Personnes entre elles et à soi dans l'unité d'un seul être. Il s'agit d'un accomplissement de nature à exclure une cascade infmie de personnes divines, qui donnerait une Trinité 'dialectique', au goût oriental, gnostique ou hégélien.
Il "Le Père et moi, nous sommes un." Jean, 10, 30.

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Si Dieu est 'don', que peut rendre le Fils au Père, duquel il a tout reçu? La première expression de gratitude est l'accueil de cet amour, c'est-à-dire le fait de le réceptionner, de le saisir: 'ICe n'est pas dans la connaissance qu'est le fruit, mais dans ['acte de saisir", dit Bernard de Clairvauxl2. Et si le don le plus parfait est celui de soi-même, que peuvent échanger les Personnes divines si ce n'est pas leur propre 'substance'. Même si notre intelligence ne peut pas en épuiser le sens, la 'substance' de Dieu est l'amour et l'Esprit Saint est précisément l'amour que s'échangent le Père et le Fils. Avec ce don mutuel de l'une Personne divine à l'autre, une 'dette' d'amour est réglée. Le mot 'dette' - insuffisant - indique selon nos moyens humains qu'à travers l'Esprit le Fils accueille le don et 'réalise' sa gratitude au Père. La 'procession' éternelle de l'Esprit est le premier acte réciproque entre le Père, source de tout don, et le Fils qui en est l'image. En fait, l'expression de sa propre image par le Père dans la génération du Verbe est déjà un principe d'amour, mais l'amour demande une réponse. L'échange de l'Esprit est ainsi le 'but' ou l'aboutissement de la Trinité. En fait, le Père aime déjà en engendrant le Fils, fait tout par amour et n'existe jamais sans aimer. Toutefois il n'y aurait pas de véritable amour trinitaire sans la réciprocité. Elle s'accomplit dans l'échange entre le Père et le Fils, qu'est l'Esprit saint. Le dogme du 'Filioque' déclare précisément que l'Esprit saint procède du Père et du Fils ('Filioque' en latin). Dire qu'il procède du seul Père équivaudrait à l'assimiler au Fils car les Personnes divines ne peuvent se distinguer que par leurs relations mutuelles. Finalement la liberté qui anime la Trinité aurait pu amener à un conflit entre le Père et le Fils. Combien de théologies gnostiques ont supposé un désaccord entre le Père et le Fils, comme il se passe, hélas, dans certaines familles! La solution est l'Esprit saint, expression d'amour réciproque et paritaire entre les deux premières Personnes de la Sainte Trinité. Cet amour est libre mais stable et sans alternative possible (donc d'une certaine manière nécessaire) ; il est d'essence divine et fait défmitivement partie de l'être divin. L'existence de Dieu, son amour, sa vie trinitaire, l'Incarnation du Verbe sont des vérités que nous pouvons accepter ou nier intellectuellement mais c'est seulement l'amour qu'engage notre vie. Quelques grandes que soient les difficultés posées par la foi, plus grand encore est le bonheur de la participation à la vie de Dieu dans la soumission à sa volonté. État de grâce et participation à la vie divine sont en fait pour nous des concepts équivalents. Et pourtant, au Dieu qui nous cherche nous pouvons toujours
12 Saint Bernard de Clairvaux, De consideratione, 105.

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répliquer que cela ne nous concerne en rien, que c'est son affaire. Dieu ne peut pas nous forcer à l'aimer. Après tout, combien de fois l'amour demeure sans réponse même sur le plan humain? L'amour qui est proposé représente la seule raison concevable que nous ayons pour répondre à cette proposition d'amour. Cette proposition ne se double ni de justice, ni de valeur, ni de nécessité, ni d'autres abstractions. On ne peut même pas dire que répondre à l'amour de Dieu soit en soi juste, constitue une valeur ou soit inscrit quelque part comme une obligation. Lors du choix nous sommes seuls, confrontés à une liberté vertigineuse. La vie de la grâce passe par le défi de cette liberté: elle a de quoi effrayer. Dans la sanctification de l'homme, c'est-à...dire dans son élévation à la vie de la grâce, l'Esprit saint accomplit la même fonction de liant que dans la Trinité. Qui d'autre pourrait nous lier à Dieu si ce n'est celui qui est liant au sein même de la Trinité? C'est ainsi que Jésus annonce qu'après sa Passion il doit se rendre auprès du Père pour nous envoyer le Saint-Espritl3. L'Esprit est ainsi en même temps la [malité de la création, de la Rédemption et de la vie de l'Église. Il est la 'pompe' qui fait circuler la sainteté dans l'Église. À l'instar du don de soi au sein de la Trinité, l'amour qui s'en y inspire doit représenter l'effusion de soi-même dans l'autreI4. Ayant pris demeure dans l'âme des fidèles, l'Esprit y confmne le renoncement à soi-même et permet l'accomplissement des bonnes œuvres dans la joie et la paix du cœur. En fait, selon saint Thomas d'Aquin (1225-1274), les fruits de l'Esprit saint1S sont les œuvres que l'homme accomplit avec facilité et satisfaction. Elles ont aussi une valeur surnaturelle et méritent le Ciel. En conclusion, l'essentiel dans notre religion est le fait que Dieu nous aime et transfère en nous son amour. C'est là que trouvent leur fondement ultime des valeurs purement humaines comme la fraternité, la solidarité, le pardon, la justice et la compassion propres à beaucoup de laïcs et qui en fait constituaient déjà une vive aspiration du monde païen lors de l'apparition du christianisme.

13 Jean, 14, 16; 15, 26 et 16, 17. 14 En reprenant le concept de Gai., 3, 28, selon lequel "il n'y a plus ni Juifni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme", Lacan remarque que l'existence de l'âme est en rapport avec l'amour, puisque l'amour nous rend semblables en excluant le sexe. Voir: J. Lacan, Le Séminaire, Livre XX, p. 78. 15 L'expression "ftuits de l'Esprit" vient de saint Paul, Gal., 5, 22-23, qui toutefois dans ce passage ne fait que donner une liste de vertus.. Voir aussi, au ch. 15, notre paragraphe "Les vertus théologales".

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Le Père est celui qui donne la vie
HDieune possède sa vie qu'en la communiquant. " Maurice Zundel À la question: "Comment connaître le Père ?", Jésus répond: "Nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler"16. Le Fils est l'image du PèreI7, sa Sagesse, la projection de sa splendeur, le modèle de toute autoconscience et vérité. La génération du Fils est indispensable pour que le Père se reconnaisse et probablement pour qu'il soit intelligible car, selon la logique engagée par la révélation trinitaire, la connaissance requiert l'Autre dans lequel le connaissant se réfléchit comme dans un miroir. Il n'y a pas de connaissance, même de soi, sans l'altérité: l' autoconscience humaine est ainsi suscitée par l'expérience et il faut croire que les anges ne puissent se comprendre euxmêmes que grâce au pouvoir qu'ils ont sur l'une ou l'autre partie de la nature. Ceci ne revient pas à dire que seul le Fils connaisse, car toute sagesse vient du Père, mais cette sagesse du Père se réalise - depuis toute l'éternité (hors du temps) - à travers la génération du Fils. En s'aimant mutuellement, le Père et le Fils sont à la source de tout amour, mais ils ne le sont pas indépendamment de la 'spiration' de cet Esprit d'amour, "paix immuable du Père et du Fi/s"I8. Or, si l'Esprit est le but de la Trinité et s'il lie les trois Personnes dans l'unité d'un seul être, c'est qu'au départ il y a le Père. Dans la vie trinitaire, le Père connaît et aime autant que le Fils, sans lequel néanmoins il ne pourrait pas connaître (et se connaître), et autant que l'Esprit, sans lequel il ne pourrait pas aimer. Le Père est la "source de toute divinité ", car - métaphysique oblige - un seul peut être à l'origine. Et puisqu'il faut un principe indépendant de tout le reste, comme nous le verrons à propos des preuves de l'existence de Dieu, il faut un principe même entre les Personnes divines, principe qui n'est toutefois pas un début dans le temps, mais se situe dans l'éternité. Ce principe est le Père, duquel jaillissent les autres Personnes de la Très Sainte Trinité, sans que lui-même en soit limité.

16 Mat., Il, 27; Luc, 10, 22. 17 Jean, 14, 9. 18 Saint Bernard de Clairvaux, Sermon VIII sur le Cantique, 2.

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2. , Les relations dans la Trinité et dans la . creatIon
Une puissante intuition du romantisme, de l'existentialisme et des philosophies de l'action du XIXe et XXe siècle veut que l'être soit relation, échange, action. Goethe en exprime bien la substance. L'intuition pythagoricienne, parménidienne, platonicienne, stoïque, spinozienne, leibnizienne de l'être statique, autosuffisant, pure présence à soi-même, à la limite réflexion sur elle-même d'une monade 'punctiforme', est écartée en faveur de la vision de la réalité comme entrelacement, sans quoi rien ne serait.

Faut-il approcher la Trinité par le biais de ['être ou de la relation?
"Que te sert-il de faire des raisonnements élevés sur la Trinité, si tu n'as pas d'humilité et pour cela tu ne plais pas à la Trinité?" 19

Les relations entre les Personnes divines que nous venons de voir ne les limitent pas, mais permettent de les distinguer entre elles. S'il n'y avait pas d'élément asymétrique dans les relations trinitaires, la logique de la relation en tant que dépendance serait compromise et les Personnes divines se confondraient, disparaissant ainsi dans un Dieu unipersonnel. La logique de la relation est universelle et inéluctable: elle est d'application générale en commençant par la Sainte Trinité. II n'y a dans la Trinité que les Personnes, qui toutefois entretiennent entre elles des relations aptes à les distinguer. Le Tableau I se rapporte aux trois Personnes considérées dans leurs rapports mutuels. Logiquement, on peut dire que si deux réalités quelconques, comme le Père et le Fils, sont en relation, il ne faut pas un troisième terme pour les unir. En fait, s'il fallait nécessairement un troisième élément, en guise de liant, celui-ci demanderait à son tour un collant entre soi-même et les deux termes en relation, et ainsi de suite, à l'infmi. Ce sont les Personnes elles-mêmes qui sont directement en relation et c'est tout. La procession de l'Esprit, lien entre le Père et le Fils ne relève pas de cette logique du 'collant' : elle est la libre expression d'un amour.

19 L'Imitation

de Jésus-Christ,

I, 3.

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Si nous regardons ce que font les trois Personnes divines, nous trouvons qu'en donnant la vie au Fils le Père, source de tout être et de toute divinité, fonde toute intelligibilité, connaissance et vérité. Le Père et le Fils en exprimant ensemble l'Esprit établissent l'amour, la raison de vie, la finalité. Quelle est donc l' «opération» de l'Esprit pour que l'Esprit soit lui aussi actif (pour qu'il existe réellement) au sein de la Trinité? L'Esprit saint lie les deux autres Personnes par un lien d'amour, et ce faisant les Trois se trouvent unis dans l'unité d'un seul Être. À vue humaine, il semblerait que Dieu doive d'abord exister avant d'être Sagesse et Amour mais, en fait, il n'y a pas de temps dans la Trinité ni de distinction entre l'être et l'activité au sein de l'unité divine. Dieu est un parce qu'il n'y a pas d'autre Dieu que la Trinité et parce que les trois Personnes ne pourraient exister autrement ou séparément, ce qui par contre est le cas des créatures. Ces dernières sont autant d'êtres qui peuvent être combinés de différentes manières dans l'espace et le temps.

TABLEAU I.

LES RELATIONS ENTRE LES TROIS PERSONNES DIVINES
SAINT -ESPRIT

Procession du Saint-Esprit

Génération du Fils

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