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L'ange invisible dans les trois religions monothéistes

De
168 pages
L'échange inter religieux sur les anges entre Horacio del Monte, neveu du duc d'Urbino et Imanuel Aboan, rabbin à Venise, sur le bien et le mal, et sur la vie dans l'au-delà, est le point de départ de l'intérêt de l'auteur pour les anges dans les trois religions. Il nous livre le fruit de ses recherches comparatives qu'il s'est efforcé de mener sans parti pris.
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L'ange invisible dans les trois religions monothéistes

Religions et Spiritualité Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l'homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions

Christine BROUSSEAU, Les Vies de saint Etienne de Histoires anciennes, fiction nouvelle, 2008. André THA YSE, L'Exode autrement, 2008. François LE BOITEUX, L'Imaginaire religieux fonctionnement cérébral (place et signification des religieux), 2008. Humberto José SANCHEZ ZARINANA, s.j., L'être mission du laïc dans une église pluri-minsitérielle. théologie du laïcat à une ecclésiologie de solidarité
2003), 2008.

Muret.

et le mythes et la D'une (1953-

André Liboire TSALA MBANI, Biotechnologies et Nature Humaine,2007. David BENSOUSSAN, L'Espagne des trois religions. Grandeur et décadence de la convivencia. 2007. Daniel FAIVRE, Tissu, voile, vêtement, 2007. Daniel FAIVRE, Mythes de la Genèse, genèse des mythes, 2007. Didier FONTAINE, Le non1 divin dans le Nouveau Testament, 2007.
@ L'Harmattan,

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05835-4 EAN : 9782296058354

Denis Aboab

L'ange invisible dans les trois religions monothéistes

L'Harmattan

Du même auteur: Fleurs séfarades, la saga des Aboab, Maisonneuve et Larose, 2005, Paris.

à Frédéric, mon frère, disparu dans sa troisième année

humanum est peccare diabolicum perseverare angelicum emendare

introduction

Lascaux ou l'Eden

Un jour, il y a bien longtemps, parmi les animaux, l'un d'entre eux se dressa sur ses pattes arrière: ce fut le commencement, I'homme se façonnait. Ses mains libérées permirent d'entreprendre plus de travaux qui, dès lors, devinrent plus précis par rapport à ceux qui étaient réalisés antérieurement avec sa gueule, seul outil et seule arme de l'époque; d'ailleurs, sa gueule ou museau, rendue disponible, s'affina et devint bouche permettant au crâne d'évoluer: la face devint visage, le cerveau se développa. L'homme pensa et s'interrogea sur son sort. Le sens du sacré était né. Il leva la tête vers le ciel et imagina des forces supérieures, peut-être des dieux, elles commandaient le tonnerre et les éclairs, le jour et la nuit, la vie et la mort et mille choses terribles et incompréhensibles. Qui était ce bienfaiteur qui ordonnait à la lumière d'apparaître tous les matins? cette puissance supérieure et d'autres étaient probablement susceptibles de le protéger des nombreux dangers qui le menaçaient. La source de ses malheurs était-elle sous le contrôle d'autres puissances qu'on appellera plus tard le mal? L'homme apeuré se sentait bien fragile entre les puissances du bien et du mal. De plus, ces puissances étaient si grandes, qu'il était inconcevable et, en tout cas, inconvenant 5

de s'adresser directement à elles, il y eut un espace disponible pour des intermédiaires que certains appelleront bien plus tard des anges, des firishta (persan), des malakhim (hébreu), des mala'eket (éthiopien), des mala'ika (arabe). Une autre version de cette histoire a beaucoup intéressé les hommes. Un jour plus récent, il y a quelques milliers d'années, ce fut le commencement, le Tohu-Bohu que certains appelèrent plus tard le Big-Bang. Dieu créa le ciel et la terre. Puis, Il ordonna que la lumière fût, sépara la terre et les eaux, apporta les semences pour les plantes et les arbres, accrocha des luminaires dans le ciel, ajouta des poissons dans l'eau et d'autres animaux et des volatiles sur la terre. Il trouva que l'ensemble était bon, mais il manquait une créature à son image. Alors le sixième jour, Dieu, tel un potier, créa l'homme en le façonnant dans la glaise. Dans le jardin d'Eden, l'homme et la femme connaissaient le bonheur parfait, c'était le paradis. Mais le serpent proposa le fruit de l'arbre défendu, Eve accepta et le partagea avec Adam, son compagnon. Courroucé, Dieu chassa du jardin le couple penaud et plaça des anges, des chérubins armés d'épées flamboyantes, pour interdire le chemin de l'arbre (Genèse, 3-24). Les acteurs principaux de cette deuxième histoire étaient en place, la pièce commença, elle n'est pas terminée. Ces deux cosmogonies, la première, défendue par les évolutionnistes, et la seconde par les créationnistes, ont en commun leur part de science, d'imaginaire, de naïveté, de besoin de sacré et de philosophie. Toutes les deux réservent une place à Dieu et à ses anges. S'intéresser aujourd'hui aux anges, c'est s'intéresser aux interrogations constantes de l'homme sur les puissances supérieures et donc, aux religions qui relient Dieu et les hommes. Les anges intermédiaires font le lien. Devant le silence de la science, les rabbins, les Églises, les ulémas, les philosophes et les poètes se sont exprimés sur le sujet tout au long des siècles; quelques-unes de leurs citations sont fournies plus loin. Les interprétations, les évolutions et les contradictions

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sont nombreuses, mais la doctrine de l'ange est admise par tous ou presque. L'ange n'a cessé d'inspirer les artistes; les plus anciens d'entre eux étaient des artisans travaillant sur commande des rois et des Églises qui voyaient dans les images une valeur pédagogique à laquelle s'ajouta une valeur esthétique. L'interdiction divine était claire: Tu ne feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre (Exode, 20, 4). Passant outre, les religions, le catholicisme en particulier, ont utilisé les artistes qui ont donné à ces créatures, pourtant «purs esprits sans matière », diverses apparences physiques. Les juifs, les musulmans et les protestants, ont fourni une iconographie beaucoup plus limitée; serait-ce la preuve d'un plus grand respect du deuxième commandement ou la preuve d'un intérêt moins prononcé pour l'ange? Quoi qu'il en soit, sans cette abondante représentation, nous ne serions pas si nombreux à avoir à l'esprit cette image du chérubin ailé et joufflu. Chacun décidera entre angélologie (science relative aux anges), angélolâtrie (dévotion excessive aux anges), angélisme (refus naïf des réalités). Les anges sont des myriades, ils ont une vocation éternelle et universelle. C'est dire combien le sujet est vaste et combien serait ambitieuse et vaniteuse la tâche de présenter une synthèse sur I'histoire et la nature des anges, si nombreux et si différents. Le théologien décrirait la place que les religions réservent aux anges. L'exégète commenterait les nombreux textes où les anges sont évoqués. Le croyant évoquerait sa foi et sa relation avec ses anges. Le journaliste mènerait une enquête et reproduirait les textes et les propos qu'il aurait rapidement rassemblés. L'universitaire opposerait la thèse à l'antithèse sur la réalité abstraite de l'ange. Le psychologue expliquerait le cheminement complexe, conscient et inconscient suivi par 7

l'homme pour qu'il arrive à croire aux anges. L'historien de l'art présenterait les styles et les messages des nombreuses représentations picturales des anges. Le présent ouvrage n'entre dans aucune de ces catégories, mais emprunte à chacune. Il se situe au niveau du savoir ordinaire, la passion et le parti pris sont exclus autant qu'il est possible, la curiosité est le moteur principal. La démarche est souvent superficielle, mais se veut honnête. Le sujet se concentre sur un aspect particulier: les anges dans les trois monothéismes. Les hommes ont eu besoin de mettre l'ange en image avec ses ailes et sa pure beauté. L'iconographie religieuse est vaste et ancienne, elle est cependant différente dans les trois religions. L'image est-elle le support du texte sacré? ou est-elle devenue avec le temps une source pour le texte? Entre l'art et la pensée, qui est le maître? Quelle est la place de la réalité? où est la vérité? Et d'ailleurs, Dieu et ses anges ne sont-ils pas antérieurs aux hommes, donc à la pensée? Le mystère restera entier. Les réponses que l'on aimerait ne sont pas données, il s'agira ici de chercher à comprendre en respectant la pensée et la foi de chacun. Bien qu'ils viennent le plus souvent des mêmes sources, certains sujets voisins ne seront pas traités: la sorcellerie, le paranormal, les nombreux personnages de roman, anges ou démons, tels le Docteur Jekyll et Mister Hyde, Peter Pan, Frankenstein, Dracula, Nosferatu, Belphégor, Superman, Batman,... Il ne sera pas question non plus des transports sur un manche à balai, ni sur un tapis volant ni en chariot tiré par des rennes ni en citrouille devenue carrosse ni des frayeurs de Halloween ni des bontés du Père Noël. Ces omissions volontaires n'enlèvent rien à l'intérêt de ces légendes anciennes ou modernes qui opposent le bien et le mal et dans lesquelles les sectes, les amuseurs et les commerçants se complaisent pour le bonheur des enfants et des rêveurs. Les OVNI qui transportent, dit-on, des êtres d'un autre monde ne sont reliés en aucune manière à notre sujet bien que, pour certains, ces êtres venus de loin seraient des anges. Michel-Ange aurait dit:

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J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer... Sur un tel sujet, une seule certitude: la poésie occupe la meilleure place.

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L'ange polythéiste
L'ange, intermédiaire entre Dieu et les hommes, ne date pas du monothéisme abrahamique. Le judaïsme l'a emprunté aux croyances polythéistes anciennes qui circulaient. Qu'elles soient pré ou post abrahamiques, les religions ou les croyances contiennent l'idée de l'ange, adjoint d'un dieu supérieur et médiateur. Voici quelques exemples. Le brahmanisme est polythéiste et idolâtre, dans sa la loi sacrée, le second livre du Shasta, traite de la création des anges: l'Eternel créa Birma, Vischnu, Shiva, puis Mozazor et une multitude d'anges. Dans le bouddhisme, postérieur au brahmanisme, le Bouddha (celui qui sait) n'est pas tenu pour un dieu, il n'est d'ailleurs pas seul, les Bouddhas peuvent être innombrables. Ils sont les plus hauts représentants du bien et de la sagesse et sont en contact avec les dieux; leur opposant est Mara qui conduit l'armée démoniaque composée des daevas. Mara a trois filles, toutes trois très jolies, ont des noms évocateurs: Luxure, Passion et Délice. Les Egyptiens croyaient que tous les aspects de la vie étaient contrôlés par des divinités. Les dieux de l'Egypte ancienne sont très nombreux, ils ont des fonctions diverses et spécifiques. Certains sont plus importants que d'autres. Certains sont régionaux, d'autres universels. Comme le chat, créature divine, ils peuvent avoir une existence charnelle. Comme le Nil et le Soleil, ils peuvent avoir une existence physique. Dans ce vaste panthéon, il est difficile de distinguer entre les dieux, les génies, les esprits bons et mauvais. Il

Les Perses s'adressaient à des peris, Bahaman, Kur, Ma et à une trentaine d'autres anges bons. À l'opposé, un satan perse, Aeshma, commandait une armée de démons, prouvant ainsi que dans ce monde intermédiaire ancien, il y avait déjà des forces contraires. Dans son abondante mythologie, la Grèce antique avait ses daïmonios. Avec ses sandales ailées, Hermès est le messager des dieux, Mercure de Jupiter, Iris de Junon. Le poète Hésiode, au VIlle siècle avant l'ère commune, est l'auteur supposé de la Théogonie, premier traité de la mythologie grecque qui retrace les origines du monde et la généalogie des dieux, il évoque déjà les anges gardiens. Homère, à la même époque, nomme les heures les portières du ciel, il nous décrit ainsi leurs fonctions:
Le soin des portes du ciel est commis aux heures; elles veillent depuis le commencement des temps à la garde du palais de Jupiter, et lorsqu'il faut ouvrir ou fermer ces portes d'éternelle durée, elles écartent ou rapprochent sans peine le nuage épais qui leur sert de barrière.

Socrate, au Ve siècle avant notre ère, avait un bon ange qu'il appelait son daïmon. La mythologie grecque nous offre par exemple l'histoire de Jupiter qui prit la forme d'un cygne blanc et descendit sur terre pour aimer la belle Léda; les enfants, dieux - hommes - oiseaux, issus de cette union mythique, contribuèrent probablement à forger un peu plus l'image de l'ange. La couleur blanche de ce cygne restera le symbole de la lumière et de la sainteté. La pureté absolue de la blancheur du cygne fait penser à Dieu, géniteur de Marie restée vierge. Les Romains avaient leurs bons et leurs mauvais génies qui accompagnaient les vivants de la naissance à la mort; le fils de Vénus (Aphrodite) était Cupidon (du latin cupidere, désirer), représenté sous la forme célèbre de l'ange avec son arc et ses flèches. Chercher un ange dans les panthéons grec et romain avec la foule des dieux et demi-dieux est un exercice périlleux, on peut les voir partout, ils sont presque partout. La comparaison avec 12

le monothéisme est complexe; le judaïsme, bien différent avec son principe du Dieu unique, se laissa cependant influencer. Après les polythéismes anciens et avant les monothéismes, le zoroastrisme assure une intéressante transition et probablement une transmission, un échange culturel, entre les Perses et le judaïsme et, plus tard, avec le christianisme. Cette influence s'est probablement concrétisée à Babylone pendant l'exil. Les origines du zoroastrisme sont floues; dès le IXe siècle avant l'ère commune, ou peut-être plus tôt encore, les dates sont discutées, Zarathoustra vivait au nord de l'Iran actuel. Il a des visions et est guidé par l'ange Vohu Manah vers Ahura Mazda, divinité suprême entourée de six entités abstraites. Avec Vohu Manah, les six entités sont qualifiées de divinités, elles viendraient du vieux panthéon indo-iranien, le schéma est alors encore pour quelque temps celui d'un polythéisme. Mais ces entités sont peu à peu désignées sous l'appellation d'archanges, Amshaspends, qui sont les subordonnés du Dieu suprême, responsable de l'harmonie du monde, le schéma du monothéisme est dès lors en place. La vieille religion iranienne est réformée, ses idoles sont désormais des faux dieux. Dans le prolongement et bien plus tard, vers le Ille siècle de notre ère, Mani affirme être en contact avec un ange et reprendra des éléments du zoroastrisme, du judaïsme et du christianisme. Il précisera qu'un grand combat cosmique oppose les agents du bien à ceux du mal; le royaume des ténèbres, gouverné par Satan, voulut conquérir le royaume des lumières, gouverné par Dieu. L'homme est né de ce combat interminable. Dans cette théorie manichéiste, la fin de la bataille sera le Jugement dernier. En Occident, dans les légendes préchrétiennes nordiques, Wotan et le père des dieux, ils habitent dans le Walhalla. Les walkyries sont des cavalières messagères des dieux et du destin, Siegfried combat le dragon pour l'anneau d'or caché. Le monde celtique voyait dans les cygnes blancs des messagers porteurs de bonnes ou mauvaises nouvelles. Les Bretons prétendaient que le soir les korrigans, ou poulpiquets, immortelles créatures, se réunissaient autour des dolmens, des sources et des fontaines. Ces esprits pouvaient ensorceler et

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entraîner I'homme sous la terre, mais ils étaient bienveillants aussi et exauçaient les vœux. Les lutins, les elfes, les fées, les gnomes issus de ces croyances n'ont pas totalement disparu; à travers les contes de Grimm, ils enchantent encore nos enfants avec le Petit Chaperon Rouge ou Cendrillon. Depuis plusieurs millénaires, diverses doctrines sur les anges ont parcouru le monde sous des formes voisines. En exil dans la Babylone cosmopolite, les prophètes Ézéchiel, Daniel et Zacharie étudient les textes sacrés des autres peuples et introduisent dans le judaïsme un grand nombre de leurs éléments. C'est ainsi que la littérature juive, recueille des divinités babyloniennes; anges, chérubins, séraphins sont des figures ailées semblables aux bons génies qui gardent les temples de la capitale mésopotamienne. La Torah évoque plusieurs fois les créatures intermédiaires, le mot hébreu utilisé est malakh (messager ou ministre) que l'on s'accorde à traduire par ange. L'ange est une fonction comme l'est celle d'un ministre ou d'un ambassadeur. Pour les juifs, les anges sont à la fois les messagers et les protecteurs de Dieu, ils sont membres d'une organisation hiérarchisée, l'armée céleste. Beaucoup sont bons, d'autres sont maléfiques, ces derniers sont regroupés autour de leur chef, Satan, l'ange le plus beau et le plus proche de Dieu, il est chargé de mettre I'homme à l'épreuve. La religion chrétienne aménage la thèse juive qu'elle augmente avec les évangiles jusqu'à l'Apocalypse de Jean. Le
mot évangile porte l'ange en lui, en grec, ev-angelion

= heureux

message. Le mot ange vient du latin angelus qui, lui-même, vient du grec aggelos, messager, envoyé, émissaire. Les anges sont présents dans le Coran (malaïka en arabe et firishta en persan), le terme arabe rusul est employé parfois, il signifie aussi envoyé; Satan représente le mal, il s'appelle Iblis, les djinns ont pris sont parti (génie est une traduction de djinn). Dans les trois religions monothéistes, les anges sont des envoyés de Dieu, ses messagers, certains défendent le bien, d'autres prônent le mal. Ils sont intermédiaires entre la puissance supérieure et les hommes, mais ne sont ni Dieu, qui est unique, ni hommes. Contrairement aux hommes, les anges 14

voient Dieu en face, lui parlent et l'écoutent directement. Leur rôle reconnu d'intermédiaire entre Dieu et les hommes suppose qu'ils aient quelque chose de semblable à Dieu et quelque chose de semblable aux hommes, et qu'ils soient proches de Dieu, sans être éloignés des hommes. Une formule paradoxale décrit en résumé la place de l'ange: «les théologiens trouvent les anges trop anthropomorphes, les anthropologues les trouvent trop théologiques». Ce positionnement particulier, voire malaisé et ambigu, de l'ange, n'a jamais laissé insensibles les religieux et, à côté d'eux, les philosophes et les poètes. Ainsi, l'âme immortelle de I'homme ne serait-elle pas un peu ange? Dans l'imaginaire, en effet, l'âme de l'homme évolue dans le même espace que celui des anges. Mais Voltaire dira:
Il faut de la philosophie pour croire immortelle l'âme de l'homme mort, et il ne faut que de l'imagination et de la faiblesse pour inventer des êtres supérieurs à nous, qui nous protègent ou nous persécutent.

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