L'athéisme et la foi confrontés aux savoirs actels

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Description

Un savant, une medium, une historienne et un théologien vont, à la lumière de leurs savoirs, tenter de montrer à un croyant et à un athée qu’être athée par raisonnement philosophique ou grâce à la détention de supposées preuves de la non-existence de Dieu est une folie toute aussi grande que celle de croire.
Dieu ? L’homme ? Qui a inventé qui ? Le silence de Dieu, le scandale du mal, les découvertes de la science, les miracles, Jésus Christ, la fiabilité des Évangiles, le rôle social de l’Église, toutes ces questions vont être poussées jusque dans leurs derniers retranchements... Là où, la plupart du temps, il n’y a plus aucune certitude !
Écrit avec une plume alerte, ne négligeant aucune question ni aucune argumentation, ce livre se lit presque comme un polar si ce n’est que l’intrigue en est le sens de l’existence, l’origine de l’Univers et la question de l’« être » qu’il soit religieux ou pas.
Ce livre s’adresse à tous ceux qui doutent et qui cherchent. Le voyage sera souvent aventureux et déstabilisant, mais avant tout riche en interrogations. Les réponses seront un peu comme des pièces d’un puzzle qui prendra forme progressivement. En prenant du recul, l’ensemble des pièces livrera une image ; peut-être celle du néant, peut-être celle de Dieu...

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Date de parution 01 janvier 2011
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EAN13 9782849242261
Langue Français

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L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels
Conversation entre un athée, un croyant, une historienne,
une medium, un savant et un théologienLa collection « Essai » se veut ouverte aux nouveaux regards
portés sur les sciences, les faits de société et les questions
contemporaines.
Dans la même collection :
La vache à lait : notre consommation, leur martyre, Michelle Julien
Les jeunes et la discothèque, Éric Marlière
École, violence et domination, Pierre Badiou & Dominique Vachelard
Sociologie des immigrés âgés, Emmanuel Jovelin & Fatima Mezzouj
Crise : une chance pour l’entreprise ?, Jean Burnod
Intervenir auprès des mineurs étrangers isolés, Francisco Mananga
Le management noir, Christophe Médici
Le krach de la dette publique, Sébastien Groyer
L’accueil des demandeurs d’asile, Carolina Kobelinsky
L’immigration : problématiques et défis, Violette Daguerre
L’Internet des objets, Geoffrey Zbinden
Les droits de l’enfant : une fausse bonne idée, Philippe de Dinechin
Hyperphagie : l’obsession de manger, François Faucon
La nudité : pratiques et significations, Christophe Colera
Écoterroristes ou écoguerriers ?, Roger Ribotto
Le souverainisme : une idée certaine de la France, Philippe Boulanger
La jeunesse qui range sa chambre, Grégory Kapustin
Philosophie du ménage, Sébastien Groyer
L’écologie profonde, Roger Ribotto
La sexualité collective, Radu Clit
Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien, Vladimir Mitz
Psychologie de la fatigue, Jean-Louis Dupond
J’accuse la dérive de la psychanalyse, Sylvie Lanzenberg
Image de couverture : © JLG - Fotolia.com
© Éditions du Cygne, Paris, 2011
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-226-1Thierry Karpiel
L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels
Conversation entre un athée, un croyant, une historienne,
une medium, un savant et un théologien
Éditions du CygneUne historienne, une medium, un savant et un théologien emmènent le
temps d’un soir un croyant et un athée aux frontières du savoir et des
croyances.
Les dialogues décortiquent chapitre après chapitre les principales raisons de
croire et de ne pas croire en un au-delà et à Dieu.
Chaque conclusion laissée à l’appréciation du lecteur pourrait être une tache
de couleur sur une peinture impressionniste. En prenant du recul,
l’ensemble des taches vous livrera une image ; peut-être celle du néant, peut-être
celle de Dieu...INTRODUCTION
Ces dialogues ont été écrits suite au parcours et aux
réflexions d’un athée élevé en milieu chrétien : il avait
commencé à perdre la foi à l’adolescence, n’ayant pas entendu
(ou mal compris) l’enseignement qui aurait pu apaiser ses
légitimes angoisses existentielles. Inconsciemment, puisque grandir
signifiait ne plus croire aux contes pour enfants, il avait évacué
son catéchisme... mais certainement pas ses angoisses. Ont suivi
alors les années sans interrogations, tout occupé à « réussir ».
Devenu parent, et n’ayant pas pris le temps de creuser à
nouveau le problème, il s’est trouvé désemparé face aux mêmes
questions posées par ses propres enfants et n’a pu leur apporter
que des réponses évasives, peu convaincantes, « tu comprendras
plus tard ». À la crise de la quarantaine, il s’est rendu compte
que le compteur avait tourné, que l’échéance fatale se
rapprochait et que ces questions soigneusement occultées lui avaient
entamé sérieusement le moral. Et si Dieu n’existait pas ? Et si la
mort signifiait « on éteint la lumière » ? Satanés gosses, avec
leurs questions !
Il s’est alors rapproché d’un ami croyant et lui a exposé ces
fameux Credo de l’athéisme qui le bloquaient dans sa quête de
foi :
Ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, mais l’homme qui a
inventé Dieu.
Le silence de Dieu prouve sa non existence.
L’existence même du mal est la preuve que Dieu n’est pas
bon et, comme les croyants définissent Dieu comme Amour, ils
se bercent d’illusions jusqu’à la réalité de son existence.
Le monde d’aujourd’hui s’explique très bien sans Dieu.
Les miracles, source de la foi, ne sont que des mystifications.
5Et sur un plan plus spécifique du christianisme :
Jésus n’a peut-être pas existé.
Quand bien même Jésus aurait-il existé, il était simplement
un agitateur local et sa résurrection a été orchestrée par ses
apôtres, complices d’une des plus grandes supercheries de
l’Histoire en escamotant son corps et en clamant partout la
« bonne nouvelle ».
Les évangiles, loin d’être authentiques, furent « bricolés » et
édulcorés pour abuser de la crédulité des foules.
La religion se limite à un rôle social.
La religion se confond avec son Église imparfaite, qualifiée
tour à tour « d’opium du peuple » et d’instrument de cohésion
sociale.
Enfin, « la foi, on l’a ou on ne l’a pas ».
L’ami croyant était bien incapable de répondre, mais il se dit
la chose suivante : « La foi repose certes sur une croyance plutôt
que sur un savoir, mais a contrario, aucun savoir n’a pu l’anéantir.
Mon ami athée a peut être perdu la foi en se persuadant détenir
des preuves de la non existence de Dieu. » Il eut finalement
l’idée d’organiser une soirée débat en réunissant quelques
spécialistes autour de l’athée : une medium anglaise, un savant,
un théologien et une historienne. Une nuit blanche pour sortir
de l’ombre ! L’athée était prévenu : personne n’allait lui
démontrer l’existence de Dieu ; tous ceux qui s’y étaient risqués
s’étaient heurtés à la barrière de la foi, puisque Dieu reste
toujours derrière un voile ; ceux qui ne prennent pas le « risque »
de la foi ne peuvent que tourner en rond dans une réflexion
« horizontale ». L’expérience consistait à montrer que l’athéisme
lui-même était un acte de foi encore plus indémontrable que la
foi : être athée par raisonnement philosophique ou grâce à la
détention de prétendues preuves de la non-existence de Dieu
était une folie toute aussi grande que celle de croire. Pour
parvenir à cette démonstration, l’ami avait entrepris de pousser,
avec l’aide de ses invités, tous les poncifs jusque dans leurs
derniers retranchements...Là où, la plupart du temps, il n’y avait
6plus aucune certitude ! Au matin, se promettait-il, l’athée
douterait de son athéisme.
Ce livre s’adresse à tous ceux qui doutent et qui cherchent.
Un chapitre est consacré à chaque grande question et tente d’y
réfléchir sans trop de parti pris et de façon documentée. Les
références et les développements importants mais un peu ardus
figurent sous forme de note en fin de chapitre. Le voyage sera
souvent aventureux et déstabilisant, mais avant tout riche en
interrogations. Les réponses seront un peu comme des pièces
d’un puzzle qui prendra forme progressivement. De ces
réponses naîtra chez l’athée, espérons-le, l’envie de nouveaux
horizons : « Frappez et on vous ouvrira » !Chapitre 1 : L’homme a-t-il inventé Dieu ?
C’était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du soir.
L’athée se rendit chez son ami ; tous les participants étaient déjà
dans le salon, faiblement éclairé. Après les présentations
d’usage, l’athée s’assit dans l’un des fauteuils et entra dans le vif
du sujet.
L’athée
– L’homme doit comprendre que c’est lui qui a inventé Dieu
et pas le contraire. Par Dieu, j’entends un principe supérieur,
extérieur au monde, possédant la puissance, la connaissance,
l’amour, éventuellement créateur du monde. Même si des
études récentes ont mis en évidence les réelles capacités
intellectuelles de certains mammifères et quelques oiseaux, il est peu
probable que les animaux aient conscience de leur propre
existence. S’ils l’ont, c’est jusqu’à preuve du contraire à des degrés
bien moindres que l’être humain. Aucun animal n’est saisi du
vertige existentiel ; aucun ne se pose la question de son origine,
de son statut et de sa destination.
L’homme, lui, sait qu’il sait, ce qui le distingue des autres
êtres vivants. Cette conscience d’exister et de devoir mourir lui
est insupportable. L’émergence de la conscience l’a rendu à la
fois libre et malheureux. Libre parce qu’il a pu dépasser son
instinct et sortir de sa condition animale (lire, aimer, inventer,
penser, jouer au loto...) ; malheureux, parce qu’il a pris
conscience de sa propre mort. Les animaux côtoient la mort en
permanence et les mères éprouvent sans aucun doute une
véritable peine lorsqu’elles perdent leur petit, mais font-ils un lien
entre la mort en général et la leur en particulier ? L’homme, lui,
a « inventé » Dieu pour se rassurer, pour donner un sens à une
9vie terrestre difficile mais transitoire et se convaincre qu’il ne
cesserait jamais d’exister. Dieu est une construction humaine
« nécessaire », une drogue qui permet à l’homme de supporter
sa condition, et sans doute l’invention la plus performante pour
exercer un contrôle sur des individus et établir des règles de vie
en communauté.
Le croyant entreprit de répondre
– Tu as clairement posé le problème de la conscience et de
la peur de la mort qu’elle engendre ; je vais quand même
m’efforcer de te donner d’autres pistes.
Commençons par la conscience : elle crée le « besoin » de
Dieu, elle permet de réfléchir et de chercher un contact avec
Dieu, par la prière, la méditation... D’où nous vient-elle ? De
Dieu lui-même, comme je le crois, ou bien de notre matière
grise, comme l’affirment les matérialistes ? L’homme a-t-il créé
Dieu parce qu’il ne pouvait surmonter sa condition sans lui ou,
au contraire, Dieu a-t-il donné la conscience aux mortels pour
qu’ils puissent se tourner vers lui ? J’aurais voulu que notre
historienne nous replonge dans les origines de l’homme et
retrouve les sources de l’invention de Dieu.
L’historienne saisit la parole
– Le premier indice de l’idée du Sacré chez l’homme
remonte à cent mille ans environ ; il est matérialisé par les
sépultures. Les plus anciennes, d’Homo Sapiens, ont été découvertes
en Israël, à Skhül et à Qafzeh. Mais Neandertal, qui n’est pas
notre ancêtre direct, enterrait aussi ses morts : on a mis à jour à
Shanidar, au Kurdistan irakien, une tombe vieille de cinquante
mille ans qui renfermait un squelette sur un lit de plantes
fleuries de sept espèces différentes.
L’athée
– Quel lien faites-vous entre sépulture et sacré ? Le fait
d’enterrer les morts ou de les incinérer relève du simple désir que la
10dépouille d’un être cher repose sereinement. Je ne suis pas
croyant mais cela ne me viendrait pas à l’idée de laisser mes
aïeux sécher au soleil !
L’historienne
– Vous auriez raison, s’il s’agissait d’un vulgaire trou, mais
c’est plus que cela : on constate dans les sépultures anciennes
que la tête du mort est tournée vers l’orient, c’est-à-dire
certainement vers le soleil renaissant, et que le mort est enterré dans
une fosse enduite d’ocre, avec un objet familier : un bijou, une
arme ou un outil, peut être censé servir dans l’au-delà ou pour
un prochain retour sur terre...
C’est au néolithique moyen, il y a environ trente mille ans,
que les inhumations commencent à respecter une certaine
forme de rituel, et qu’on commence à deviner la conscience de
l’existence d’un au-delà.
Le croyant
– Cette conscience...Ne s’agit-il pas de la simple observation
du cycle des saisons qui laisse espérer à nos ancêtres qu’eux
aussi, comme les bourgeons du printemps, auront droit à une
nouvelle vie ?
L’historienne
– La notion réellement explicite de contacts avec l’au-delà
est évoquée il y a un peu plus de dix mille ans en Sibérie et en
Chine, avec les débuts du chamanisme, ou invocation des
esprits ; le chamanisme dit que l’âme est capable de voyager en
dehors du corps. Le chaman, dans ces « voyages de l’âme », peut
rencontrer les ancêtres et les divinités. Il est très curieux de
constater que le chamanisme est né spontanément, dans
plusieurs endroits à la fois, sans que les chamans n’aient été
conscients de l’existence de « confrères » dans d’autres tribus.
La « révélation » a semble-t-il été générale. Le chamanisme est
toujours pratiqué, au nord de l’Asie notamment.
11L’athée
– Je ne suis pas d’accord avec votre terme de « révélation ».
Que le chamanisme soit né spontanément en plusieurs endroit
ne prouve pour moi qu’une seule chose : tout être humain a
besoin de se s’inventer cet au-delà.
Le croyant, se tournant vers son ami
– Pour moi, la notion de Dieu n’est pas encore explicite. Le
chaman entre seulement en contact avec le « monde des esprits »,
mais un premier pas vers l’ouverture d’esprit à d’autres réalités
est franchi dès lors que la survivance de l’esprit ne choque plus.
Si la mort du cerveau signifie la mort de l’esprit, tout espoir est
vain... Sache que les religions qui ont suivi le chamanisme,
comme celle de l’Égypte ancienne, ont presque toutes en
commun cette notion de survivance de l’esprit et de royaume
des morts.
Si donc l’homme est persuadé depuis de nombreux
millénaires qu’il existe un au-delà avec lequel il peut parfois entrer en
contact, de là à personnaliser ces contacts pour concevoir des
divinités...
Le théologien interrompit le croyant
– Votre théorie qui fait la part belle aux esprits n’explique
pas la naissance de toutes les religions, en particulier celle
d’Israël et ses ancêtres : bien qu’entourée par les Égyptiens et
Grecs dont la religion était centrée sur la survie de l’esprit après
la mort, la religion d’Israël a refusé pendant plus de mille ans la
perspective de l’après vie. Le croyant devait s’attirer les bonnes
grâces de Dieu pour se garantir une vie longue et prospère, de
même qu’une bonne santé et une nombreuse descendance ;
mais la mort marquait la fin de son voyage. À cette époque,
Dieu n’avait certainement pas été « inventé » par Israël pour
s’assurer une survie dans l’au-delà ou pour matérialiser des
contacts post mortem. Il était créateur de l’univers, intervenant
12dans le monde comme juge, pour punir ou récompenser les
mortels. Ce Dieu là n’était ni inventé par les humains pour se
donner une illusion d’éternité, ni la personnalisation d’un
quelconque esprit !
L’athée
– Le Dieu juge dont vous parlez m’a l’air d’être avant tout
une personnalisation de la loi, l’instrument de cohésion de la
société d’Israël. Il me semble trop humain pour ne pas avoir été
créé de toutes pièces.
Le croyant, au théologien
– Mais pourquoi ces peuples croyants ont-ils, au début,
refusé d’adhérer à l’idée pourtant répandue autour d’eux de
la survie des esprits... tout en souscrivant à l’existence de
Dieu ?
Le théologien
– Ils rejetaient les religions païennes car ils méprisaient les
esprits. Ils ont écrit dans la Torah l’interdiction de
communiquer avec l’esprit des défunts ; cette interdiction admet
implicitement la survie de l’esprit tout en exprimant la
condamnation de rites païens. C’est plus tard, quelques siècles avant J.
C., dans le livre de Daniel, que la notion de l’au-delà est enfin
clairement exprimée.
Le croyant (à l’athée)
– Nous pouvons aujourd’hui aller plus loin dans la voie de la
survivance de l’esprit grâce à des expériences récentes et
facilement vérifiables : les progrès de la médecine ont mis en lumière
un phénomène aussi vieux que l’humanité, qui est certainement
intervenu dans la croyance en un au-delà : les expériences de
mort imminente ! Un grand nombre d’individus, comme le
docteur Raymond Moody avec son livre La vie après la vie, a
contribué à la vulgarisation de ce phénomène ; les travaux sur
13les expériences de mort imminente, en anglais les NDE, ou
« Near Death Experiences », apportent un autre éclairage sur
l’intuition de l’au-delà. Ces travaux décrivent et tentent d’analyser les
nombreux entretiens de personnes s’étant trouvées quelques
minutes en état de mort clinique et ayant pu être réanimées.
Dans la plupart des cas, leur expérience « clinique » peut se
décomposer en plusieurs étapes : tout d’abord, la personne
dans le coma a l’impression d’être emportée dans une sorte de
tunnel, puis de flotter hors de son corps. Elle constate qu’elle
peut regarder son corps inanimé, elle voit et entend parler les
gens autour d’elle mais est incapable de communiquer. Elle a
l’impression d’habiter un nouveau corps, plus ou moins
sphérique, quasiment sans consistance, capable de passer à travers
les murs et d’obéir instantanément à la volonté. Elle réalise
également qu’elle peut lire dans les pensées des vivants. Il arrive
qu’à ce moment, des connaissances décédées, mais aussi des
inconnus, se montrent à elle, eux aussi dotés d’un « corps
spirituel ». Ces entités cherchent à la rassurer. Puis elle se retrouve
invariablement face à une vive lumière blanche, vivante, douée
de personnalité, débordante d’amour. La rencontre se prolonge,
une communication par télépathie s’établit. Le presque mort est
invité à faire le bilan de son existence et visionne de façon
fulgurante et très détaillée le film de sa vie. L’être de lumière
insiste dans certains témoignages sur l’importance de l’amour et
de la connaissance au cours de cette « relecture ».
Le malade se sent particulièrement protégé et aimé au
contact de cet être. À ce moment pourtant, un proche décédé
(ou l’être de lumière) lui signifie qu’il va devoir revenir en
arrière, car des vivants ont encore besoin de lui. Il retrouve
douloureusement et à regret son enveloppe charnelle et se
réveille.
Ce qui a intrigué particulièrement les médecins, c’est la
description détaillée par le malade à son réveil des
conversations du personnel médical pendant sa période de mort clinique
dans la salle de réanimation et dans les pièces voisines : une
14explication plausible est que l’esprit soit effectivement sorti du
corps durant le coma...ce qui prouverait une autonomie de
l’esprit par rapport au corps (si je suis dans le coma, avec les
yeux fermés, et que je vois et j’entends ce qui se passe autour de
moi, c’est que mon esprit n’a besoin ni de mes yeux ni de mes
oreilles...)
Le savant
– Ne tirez pas de conclusions trop rapides, il y a différents
stades de conscience durant un coma ; les neurosciences
progressent et expliqueront sans doute bientôt ces perceptions
du malade. Ne dites pas que les yeux sont nécessaires pour voir ;
les aveugles développent des images cérébrales et peuvent faire
des descriptions détaillées à partir de ce qu’ils ont entendu,
touché, goûté etc.
Le croyant
– Quoi qu’il en soit, le Docteur Moody a recueilli ces
témoignages pendant plus de vingt ans. Intrigué par la concordance
des histoires vécues, il a cherché des explications rationnelles,
neurologiques, psychologiques, liées par exemple à la prise de
médicaments. Nombreux sont les chercheurs qui comme lui
ont tenté d’expliquer les NDE (Note 1) mais depuis trente ans,
des milliers d’expériences ont été analysées sans qu’aucune
explication rationnelle convaincante n’ait été validée. Presque
tous les savants cherchent (pour le moment en vain) une issue
du côté d’un dysfonctionnement systémique du cerveau à
l’approche de la mort. Il serait peut être dû à un manque d’oxygène
ou à une sécrétion massive d’endorphine.
Un sondage réalisé en 1982 aux USA estime que huit
millions d’Américains ont vécu une expérience de mort
imminente ! Même si l’on réanime mieux aujourd’hui qu’à l’époque
de nos ancêtres, cela donne une idée sur le nombre d’individus
concernés par les NDE depuis le début de l’humanité...
15L’athée
– Ta théorie, si j’ai bien compris, c’est que des hommes qui
auraient connu cette expérience ont laissé ça et là des
témoignages qui ont bâti ou renforcé l’intuition d’un au-delà ?
Le croyant
– Effectivement ; l’anthropologue Danielle Vermeulen, qui
s’est livrée à une recherche sur les NDE à travers les âges,
remarque que de nombreuses cultures passées et présentes ont
intégré les récits de NDE. Prenons les traces anciennes : si tu lis
la Bible, tu relèveras deux textes qu’on peut interpréter comme
faisant allusion à la vie après la mort : Isaïe, 26,19 (« que tes
morts revivent ») et Daniel, 12, 2 (« plusieurs de ceux qui
dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns
pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre »). La relecture
de Platon révèle également de nombreuses situations associées
à la mort clinique ; dans le chapitre X de « La République », par
exemple, l’aventure du soldat Er ressemble aux expériences de
mort imminente relatées par nos contemporains. Dans son
Timée, Platon décrit également des corps sphériques ; Platon
aurait-il voulu témoigner par cette histoire d’une NDE ?
Change de continent et consulte le Livre des Morts tibétain (le
Bardo-Thödol) ; tu y liras que l’esprit se détache du corps ; le
mort voit et entend ses proches se lamenter autour de la
dépouille, il essaye en vain de leur parler, il se sent désorienté en
réalisant qu’il est mort, il constate que son nouveau corps lui
permet de traverser la matière, que ses déplacements sont
instantanés, que tous ses sens sont restaurés ; puis il rencontre
d’autres êtres et peut se trouver devant une « claire et pure
lumière » devant laquelle le livre conseille de n’avoir que des
pensées d’amour à l’égard d’autrui : « La clarté fulgurante de la
Lumière sans couleur et vide va, plus rapide que l’éclair,
t’apparaître et t’envelopper. » Certes, cet éclair de lumière pourrait
provenir d’une phase clinique du fonctionnement du cerveau,
comme voudraient le démontrer les scientifiques, mais rien
16n’est encore prouvé... Le Livre des Morts décrit également une
sorte de miroir dans lequel se reflète la vie entière du défunt. À
ce propos, j’ai une anecdote : le savant Emmanuel Swedenborg
(1688-1772) affirme avoir vécu les premiers moments de la
mort et connu des expériences de « décorporation » et ce qu’il
décrit concorde avec le Livre des Morts tibétain. Il n’a pourtant
pas pu avoir connaissance de ce livre pour s’en inspirer et
« tricher », l’ouvrage n’ayant été traduit en langue européenne
que plus d’un siècle après sa mort.
Le théologien au croyant
– Il me vient à l’esprit qu’Origène, l’un des piliers du
Christianisme naissant, a été raillé pour avoir affirmé que les
anges étaient de forme sphérique, ce qui n’aurait nullement
choqué ces témoins de la mort imminente que vous
évoquiez à l’instant et qui ont décrit ce corps spirituel
sphérique (Note 2).
Cette idée de corps lumineux n’est pas totalement
étrangère à la religion chrétienne ; elle est rapportée par trois
évangélistes : Matthieu, Marc et Luc, dans le récit de la
Transfiguration décrivant Jésus se rendant sur une petite
montagne (le Mont Thabor, vraisemblablement) accompagné
de trois disciples, Pierre, Jacques et Jean. Son visage est
soudain resplendissant et ses vêtements deviennent d’un blanc
lumineux. Il s’entretient alors avec le prophète Elie et avec
Moïse. La description du corps lumineux rappelle celle des
anges, dans les textes apocalyptiques. Cet état physique est
sans doute, pour la plupart des Chrétiens, la préfiguration de
l’état du corps après la résurrection. L’épisode de la
transfiguration suit, dans les évangiles, une promesse de Jésus : « En
vérité je vous le dis, il en est de présents ici même qui ne
goûteront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu »...
Comme si la transfiguration était la réalisation de cette
promesse.
17L’athée
– Oui, mais ce n’est qu’une des nombreuses interprétations
de ce passage de la Bible. Même si ces phénomènes existent bel
et bien, ils ne prouvent pas l’existence de l’au-delà. Puisque tous
les témoins sont « revenus à la vie », on peut seulement conclure
que les NDE sont des expériences d’avant la mort plutôt que
d’après la vie : Je ne pense pas que les témoins aient vraiment
franchi la ligne rouge.
Le croyant
– Comment expliques-tu la « visite » de défunts dont le
témoin ignorait la mort jusqu’à cet instant, ou encore ces
fameuses conversations dans des pièces voisines mémorisées et
visualisées par un corps apparemment sans vie. Il faut conserver
de ces expériences l’idée que l’esprit a probablement une
autonomie par rapport au corps et est capable de lui survivre.
Mais tu es resté sur ta faim en écoutant ces expériences aux
portes de l’au-delà, et il nous faut passer le dernier cap de
l’étrange, franchir ta ligne rouge et évoquer les contacts avec
l’audelà...C’est pour cela que j’ai demandé à une medium anglaise de
venir témoigner ; mais attention : je me garderai bien de te dire
que ces contacts aident à faire grandir la foi ; tu verras au moins
combien les expériences récentes ont pu moderniser et
crédibiliser le chamanisme ancestral que nous évoquions tout à l’heure.
Les expériences de spiritisme ont été pratiquées de tous
temps, et ont certainement contribué elles aussi à ancrer l’idée
de la survie de l’esprit. Nous ne savons pas précisément ce que
nos ancêtres ont pu apprendre de l’au-delà, mais le spiritisme
s’étant largement répandu à présent, il est possible d’accéder à
des informations récentes et assez complètes.
La personne la plus célèbre à avoir évoqué les contacts avec
l’au-delà est certainement Emmanuel Swedenborg dont je te
parlais tout à l’heure (Note 3). Surnommé le « Bouddha du
Nord », il donna des descriptions précises de l’après vie et a
lancé la mode des séances de spiritisme en Europe, en
particu18