L'Eglise et la ville

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275 pages
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L'Église catholique a-t-elle perdu la ville au XXe siècle ? Les diocèses ont-ils su prendre en compte l'urbanisation comme facteur structurant de la modernisation et de la sécularisation ? À partir d'un terrain lyonnais riche en archives, l'auteur s'intéresse à un enjeu déterminant du catholicisme contemporain. L'urbanisation pose le défi de la construction de nouvelles églises, qui fait prendre des risques financiers importants dans les années 1960.

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Date de parution 01 septembre 2012
Nombre de lectures 44
EAN13 9782296502758
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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L’église et la ville
Olivier Chatelan L’église et la ville Le diocèse de Lyon à l’épreuve de l’urbanisation (1954-1975) L’HARMATTAN
© L'HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96440-2 EAN : 9782296964402
INTRODUCTION
La ville, objet d’histoire religieuse? Dans l’historiographie religieuse contemporaine française, la ville semble à la fois partout et nulle part.Partout, car le cadre urbain est à l’arrière-plan de la plupart des recherches dont l’ambition est de rendre compte d’une histoire du catholicisme dans son rapport à la société qui l’englobe. Qu’il s’agisse d’une histoire des diocèses ou des paroisses, des ordres religieux ou des mouvements, des relations de l’Église avec les différents groupes sociaux ou encore de la vie intellectuelle dans le monde catholique, la ville apparaît comme un élément structurant du contexte dans lequel s’inscrivent ces histoires. Lieu de pouvoir et de rivalités, pôle intellectuel et spirituel, carrefour d’influences, terrain par excellence des réseaux de toute nature, espace des masses et de la modernité, la ville présente une plasticité séduisante, qui a souvent toute sa légitimité scientifique : définie comme périmètre ou lieu de fonctions, elle concentre et rend visibles les enjeux d’une période ou d’une thématique. Mais la ville semble aussinulle part, tant l’historien la considère assez rarement pour elle-même, comme objet central du questionnement 1 et non plus seulement comme cadre de l’étude. On a pu parler de la thématique urbaine comme celle d’un «» deangle mort 2 l’historiographie religieuse en France. L’explication d’un «rendez-vous manqué» d’une histoire croisant ville et catholicisme est peut-être à chercher du côté de l’Église elle-même: l’importance accordée par les autorités religieuses au monde rural a pu conduire l’historiographie religieuse à laisser en friche la question urbaine. Si « le 3 catholicisme passe à côté de la ville», c’est aussi parce que 1 Pour les enjeux que représente ce changement de paradigme, voir en particulier : Bernard Lepetit,Les villes dans la France moderne (1740-1840), Paris, Albin Michel, 1988, avant-propos, p. 13-18. 2  Bruno Dumons, «Villes et ouvriers. Des territoires pour l’histoire sociale et religieuse de la France contemporaine »,Revue d’Histoire de l’Église de France, 87, 2001, p. 11-131, citation p. 112. 3  Claude Langlois, « Les champs délaissés »,Revue d’Histoire de l’Église de Francedu même auteur, « 757-769 ; , 86, juillet-décembre 2000, p. Le catholicisme à la rencontre de la ville. Entre après-guerre et Concile »,Urbanité et liens religieux,Annales de la recherche urbaine, 96, octobre 2004, p. 17-23.7
l’histoire religieuse comme le positionnement des milieux catholiques ont longtemps été dominés sur cette question par les enquêtes de sociologie mesurant en termes quantitatifs la pratique 4 religieuse en milieu urbain. C’est par conséquent avant tout comme lieu d’un long désenchantement que la ville de la modernité a été envisagée par les responsables pastoraux pour lesquelsces études ont été réalisées. Figure du déclin de l’emprise religieuse et de la crise du catholicisme, l’urbain est en outre un domaine difficile à définir du fait des changements incessants qui le caractérisent. Avec Jacques-Olivier Boudon, on peut sans doute affirmer que la ville a fait l’objet d’une méfiance de la part des autorités religieuses, méfiance que les historiens du religieux 5 6 auraient également incorporée . « Point aveugle» d’une histoire du catholicisme comme du catholicisme lui-même, la ville décidément vaut que l’on s’y intéresse de plus près. À l’origine de ce travail centré sur l’espace lyonnais figure en bonne place la volonté de comprendre plus largement dans quelle mesure un ou des discours catholiquessur l’urbain ont été produits, entendus, appliqués et peut-être occultés. Il faut reconnaître que les chantiers sur ce thème se sont multipliés depuis une dizaine d’années. Bruno Dumons a dressé un état des lieux historiographique très documenté dece qu’il est possible de lire sur ce croisement fécond, même si toutes les études recensées ne prennent pas la ville comme objet d’histoire religieuse ou, inversement, la religionnotamment le christianismecomme 7 ligne directrice d’une histoireurbaine . La thèse de Jacques-Olivier 4 Gérard Cholvy, « Sociologie religieuse et histoire : des enquêtes sociographiques aux essais de sociologie religieuse »,Revue d’Histoire de l’Église de France, 1969, p. 5-28 ; «Réflexions sur l’apport de la sociologie à l’histoire religieuse», Cahiers d’Histoire, XV, 2, 1970, p. 97-111. 5 Jacques-Olivier Boudon,Paris capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Cerf, 2001, p. 11. 6 e e  Michel Lagrée,sièclesReligion et modernité, France XIX -XX , études réunies par Étienne Fouilloux et Jacqueline Sainclivier et présentées par Claude Langlois, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, chapitre 2 : « Histoire religieuse, histoire culturelle ». 7  Bruno Dumons, « Villes et christianisme dans la France contemporaine. Historiographies et débats »,Histoire urbaine, 13, 2005, p. 155-166 ; Catherine Maurer, « Espaces sacrés, espaces territoriaux du sacré : l'espace du fait religieux contemporain dans les historiographies française et allemande depuis la fin des années 1980 », in Jean-Claude Waquet, Odile Goerg et Rebecca Rogers (dir.), Les 8
Boudon sur Paris vue comme capitale religieuse sous le Second 8 Empire peut être qualifiée de travail pionnier en la matière . Le cas de la région parisienne faitl’objet d’une attention particulière de la 9 part des historiens. Il faut signaler en particulier l’étude de Michel Brisacier dont le principal mérite est de proposer une mise en perspective historique sur plus d’un siècle de ce que l’auteur 10 appelle «la doctrine des constructions d’églises». Cet article est àcompléter par le travail remarquable d’Antoine Le Bas qui associe le contexte des Trente Glorieuses (rôle interventionniste des pouvoirs publics, création des structures d’aménagement du territoire) aux débats sur la paroisse et à la politique d’équipement des diocèses d’Île-de-France. Il évoque également les modalités d’une pastorale urbaine et aborde la question de la 11 patrimonialisation des édifices de culte à partir des années 1980 . Le cas parisien n’est cependant pas le seul espace offrant des pointsde comparaison pour l’étude entreprise. Dans un article trop bref portant sur le diocèse de Nantes, Marcel Launay a analysé de façon remarquable les rapports entre plusieurs modalités de l’approche de la ville par l’autorité diocésaine: construction d’églises nouvelles, mission régionale en ville, commission diocésaine de sociologie, recensement de pratique dominicale et 12 pastorale d’ensemble. Àl’échelle nationale, le travail de Franck Debié et Pierre Vérot e sur l’urbanisme sacré au XXsiècle a l’ambitioncroiser de urbanisation, pastorale et art sacré dans une périodisation assez
espaces de l'historien, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2000, p. 125-144. 8 Jacques-Olivier Boudon,Paris capitale religieuse…, op. cit. 9  Miriam Simon, « La construction de lieux de culte sur les anciens bastions de Paris dans l’entre-deux-guerres »,Revue d’Histoire de l’Église de France, 90, juillet-décembre 2004, p. 453-479 ; Jacques-Olivier Boudon, « Les nouvelles paroisses parisiennes au lendemain de la Séparation »,Revue d’Histoire de l’Église de France, 91, janvier-juin 2005, p. 341-352. 10  Michel Brisacier, «L’implantation des lieux de culte dans le diocèse de Paris (1871-1980) »,Cahiers de l’IHTP, 12, 1989, p. 73-89.11 Antoine Le Bas,Des sanctuaires hors les murs. Églises de la proche banlieue parisienne, 1801-1965», 61, 2002, en particulierdu Patrimoine « Cahiers , coll. p. 185-217. 12  Marcel Launay, « De la Mission paroissiale à la mission générale : une étape dans l’histoire de lapastorale contemporaine »,Enquêteset documents, Centre de recherches sur l’histoire du monde atlantique, t. XIV, 1988, p. 83-105.9
13 claire et convaincante qui embrasse une période longue . Yvon Tranvouez propose également des pistes de réflexion intéressantes qui mettent en perspective historique certains débats (querelle de l’art sacré, question du financement des églises nouvelles et de leur visibilité, écarts entre la majorité des fidèles et une avant-garde militante), donnant ainsi la mesure de la complexité des rapports 14 entre ville et catholicisme . Récemment, plusieurs revues et colloques ont abordé directement la question de la confrontation 15 entre ville et religion, de même que plusieurs thèses d’histoire de 16 l’art. La production éditoriale religieuse témoigneégalement d’un intérêt croissant de la part de catholiques pour les questions 17 touchant aux modalités d’une présence d’Église dans la ville. L’écriture d’une histoire des relations entre ville et catholicisme suppose un certain nombre de postulats qu’il convient de présenter. Le religieux n’est pas envisagéa prioriun obstacle, mais comme comme un éventuel acteur du changement social. Il y a, pensons-nous, un rôle structurant du catholicisme dans le processus de construction et d'aménagement des villes. Ce travail fait 13 e  Franck Debié et Pierre Vérot,Urbanisme et art sacré, une aventure du XX siècle, Paris, Criterion, 1991. 14 Yvon Tranvouez, « Les catholiques et le devenir des lieux de culte en France, 1945-2005 », in Lucie K. Morisset, Luc Noppen, Thomas Coomans (dir.),Quel avenir pour quelles églises ?/ What future for which churches ?, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2006 (actes du colloque de Montréal, octobre 2005), p. 239-256.15  Outre les revues déjà citées :Ville et religion,Urbanisme, 291, novembre-décembre 1996 ; Philippe Boutry et André Encrevé (dir.),La religion dans la ville, Institut Jean-Baptiste Say, Université Paris 12 - Val de Marne, Bordeaux, Éditions Bière, 2003. Bruno Dumons et Bernard Hours (dir.),Ville et religion en e e Europe du XVI au XX siècle, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2010 ; Lucine Endelstein, Sébastien Fath et Séverine Mathieu (dir.),Dieu change en ville. Religion, espace, immigration, Paris, AFSR/L’Harmattan, 2010.16  Pierre Lebrun,Le complexe du monument : les lieux du culte catholique en France durant les Trente Glorieuses, thèse de doctorat, Université Lumière-Lyon 2, 2001 ; Céline Frémaux,Construire des églises en France dans la seconde e moitié du XX siècle. De la commande à la réalisation. Nord-Pas-de-Calais (1945-2000), thèse de doctorat, Université de Rennes 2, 2005. 17  Commission sociale des évêques de France,Église et société face à l’aménagement du territoire, Paris, Centurion-Cerf, 1998 ; Jean-Luc Brunin, L’Église des banlieues. L’urbanité: quel défi pour le christianisme ?, Paris, Éditions de l’Atelier, 1998; Guy Herbulot,L’Espérance au risque d’un diocèse[Évry-Corbeil], Paris, Desclée de Brouwer, 2003 ; Pierre-Marie Delfieux,Moine au cœur de la ville, Paris, Bayard, 2003. 10