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L'Islam et le monde moderne

De
213 pages
L'auteur dans ce livre rappelle que cette religion n'est pas uniquement un recueil de pratiques cultuelles mais qu'elle est aussi un code de moralité, de civilité insistant sur la tolérance, la paix et l'ouverture au progrès. Aussi le monde musulman, avec ses immenses richesses et son potentiel humain, doit-il sortir de sa torpeur, lutter conter les divisions, le fanatisme, l'intolérance et l'obscurantisme qui le minent et freinent son développement, culturel et scientifique.
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L’ISLAM ET LE MONDE MODERNE

Du même auteur : La grande débrouille nationale, L’Harmattan, 2003.

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13103-3 EAN : 9782296131033

Alassane WADE

L’ISLAM ET LE MONDE MODERNE

Préface des Pr. Momadou DIOUF et Ismaïla DIAGNE

L’Harmattan

Collection « Croyances du monde », dirigée par Babacar SALL

Aussi longtemps que l’on remonte dans l’histoire, les croyances ont toujours permis aux sociétés humaines de faire face à l’incertitude et à l’angoisse existentielle. Elles ont fini par construire des identités fortes autour desquelles des groupements ont forgé des communautés de destin à partir desquelles ils pensent le monde et bâtissent des fraternités universelles. Les croyances sont aussi l’objet d’identités conflictuelles qui génèrent des formes de violences aux conséquences multiples et tragiques sur l’actualité et le devenir des sociétés. Lues à travers les exigences de la modernité, elles présentent bien des questions qui montrent toute l’acuité de les replacer dans la problématique contemporaine du monde.
Cette présente collection contribue à la meilleure connaissance de ces phénomènes et de leur rôle dans le développement du genre humain.

Déjà paru

Sidi Mohamed Mahibou, Abdullahi Dan Fodio et la théorie du gouvernement islamique, 2010.

Dédicaces
A mon grand-père maternel Tafsir Ndiaga Guèye (1840-1910). Eminent érudit des sciences islamiques, la quête du savoir et sa diffusion ont été son crédo durant tout son magistère. Enseignant hors pair, il a professé un Islam tolérant et ouvert au monde moderne. La parution de cet ouvrage à l’orée du centenaire de son rappel à Dieu est une belle façon de lui rendre hommage. A mes parents Leur éducation m’a permis de rendre ma foi raisonnable et ma raison croyante à l’instar de Jean Guitton. A mon épouse, à mes enfants et à mes belles-filles Continuons d’œuvrer à une symbiose harmonieuse de la tradition, de la spiritualité et de la modernité. Au patriarche Mamadou Dia (1910-2009) Premier Président du Conseil et Chef du Gouvernement du Sénégal indépendant. Je suis fier d’avoir occupé une place privilégiée dans le cercle d’amis de ce grand homme d’une piété et d’une rigueur morale sans égal. Au Professeur Amadou Macktar MBow Ancien Directeur Général de l’UNESCO. Pour son action inlassable en faveur de la tolérance, de la paix, du dialogue des cultures et civilisations.

A El Hadj Bassirou Diagne Grand Serigne de Dakar, Chef suprême de la Collectivité Lébou. Son soutien ne m’a jamais fait défaut. D’une générosité sans bornes, son foyer est ouvert à tout le monde. A son Excellence Momadou Diouf, ancien Ambassadeur, Professeur à la Faculté d’Appel Islamique Mondial. Sa parfaite maîtrise de la culture islamique, son humilité et son ouverture d’esprit impressionnent toujours dès le premier contact. Au Professeur Ismaïla Diagne Docteur es Lettres, ancien membre de la Commission de Réforme de l’Enseignement du Français au Sénégal. Son dévouement à l’enseignement et à la société est exemplaire. A Monsieur Massamba Wade Sentiments amicaux et fraternels. Ta sagesse et ta générosité font de toi un patriarche de la famille.

Préface
Au cours de ces deux derniers siècles, le monde a connu une telle accumulation de richesses matérielles, de connaissances scientifiques et techniques, qu’on peut légitimement se demander si tous ces progrès enregistrés ont apporté à l’Humanité le bien-être qu’on serait en droit d’attendre d’avancées aussi spectaculaires. Malgré les professions de foi des Etats maintes fois réitérées et les résolutions énergiques des Organismes Internationaux, l’insécurité, les iniquités et les scandales de toutes sortes se multiplient. Ils sont devenus d’autant plus prégnants et préoccupants qu’à travers le monde, plus de deux milliards d’êtres humains vivent en-dessous du seuil de pauvreté absolue. Les cris de détresse ou de révolte que poussent ces affamés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine dont le nombre ne cesse de s’accroître troublent bien des consciences. Des économistes aussi réputés que l’américain Joseph Stigliz, Prix Nobel, ex Vice-Président de la Banque Mondiale et conseiller de l’ancien Président des Etats-Unis d’Amérique, Bill Clinton, ainsi que le sociologue et économiste suisse Jean Ziegler et tant d’autres célébrités mondiales dans les domaines politiques, culturels et scientifiques ont sonné le tocsin pour dénoncer ces travers de l’économie ultra-libérale et sa mondialisation. Aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et en Chine considérés comme les géants de ce monde, des gens meurent de froid 7

quand ils ne succombent pas aux affres de la chaleur ou encore sous les décombres de leurs maisons emportées comme fétus par des torrents d’eau ou des vents déchaînés. Qui ose encore parler de puissance humaine quand devant l’ampleur puis la fréquence des calamités et autres cataclysmes, ceux qui sont en fait les plus forts se soumettent aux caprices de la nature, pliant sous les effets dévastateurs d’une volonté manifestement supérieure à la leur. Pour en revenir à ce qui dépend de l’homme, la crise que nous vivons s’avère profonde parce que multidimensionnelle. Elle est surtout d’essence morale et spirituelle. Elle perdurera tant que nous demeurerons engoncés dans nos égoïsmes. Comment en est-on arrivé à ce constat amer, largement partagé par les plus grands spécialistes, comme par les profanes ? Pourtant, nous reconnaissons tous que les religions ont grandement contribué à l’émergence de brillantes civilisations. Mieux, des milliards de personnes se réclament avec fierté de l’une ou de l’autre d’entre elles, avec la claire conscience que fondamentalement toutes visent à réconcilier l’Homme avec lui-même d’abord, avec ses semblables ensuite, enfin avec son environnement naturel, en vue d’un parfait équilibre, source de bonheur sur terre comme dans l’au-delà. Pourquoi s’obstiner dès lors à vouloir bâtir un monde où Dieu serait mis entre parenthèses voire totalement exclu ? L’auteur de cette présente étude est un éminent scientifique, doublé d’un croyant pratiquant avec une grande conviction sa religion, l’Islam, tel qu’il a appris à la connaître et à la comprendre. Son entendement et sa pratique rejoignent ceux du pakistanais Mohamed Abdul Salam, Prix Nobel de physique en 1979, de l’égyptien Ahmed Hassan Zuwail, lui aussi Prix Nobel de chimie en 1999 et tant d’autres musulmans réputés. Membre de l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal et de plusieurs sociétés savantes internationales, il a fait toutes ses humanités à Dakar, capitale du Sénégal, un pays de 90 % de musulmans. Il s’est donc imprégné très tôt de cette dernière religion révélée en s’abreuvant à la source 8

vivifiante de la spiritualité africaine tonifiée par le Coran, une prose poétique d’une beauté sublime. Comme l’ont bien attesté des historiens et géographes arabes dont Al Bakry (11ème siècle), Ibn Batouta et Ibn Khaldoum (14ème siècle), très tôt, l’Afrique Occidentale a connu des centres intellectuels de grande renommée à Boutlimit (en Mauritanie), Pire, Thilogne, Coki (au Sénégal), Tombouctou (au Mali) etc. qui rivalisaient avec ceux du Maghreb. A ces foyers ardents à partir desquels ont essaimé les dahra, les zawiya (écoles coraniques, établissements islamiques) sont rattachés de grands érudits tels que Tafsir Ndiaga Guèye (1840-1910) de Yoff à Dakar. Les plus brillants intellectuels de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle disaient avec une profonde humilité, chaque fois qu’un disciple pointilleux les interpellait : - Adresse-toi à Ndiaga ; sur ce chapitre, il en sait un peu plus que moi, d’où la fameuse expression Ouolof (la principale langue nationale du Sénégal) : « Ndiagâ ma si soute ». Le Professeur Alassane Wade est le petit-fils de Tafsir Ndiaga Guèye et sans doute, un de ses fils spirituels des plus studieux, en tout cas des plus soucieux que de la racine à la dernière feuille, la sève monte sans discontinuer. Le Sénégal peut s’enorgueillir de plusieurs grands poètes arabophones qui se sont distingués dans la défense de l’Islam tel qu’il a été enseigné dans le Coran et par la tradition prophétique. Combien de sénégalais ont lu cette abondante production littéraire ? Très peu assurément ! Si seulement la plupart d’entre nous comprenait et appliquait déjà une partie de ce que cette infime minorité avait retenu des riches enseignements de ces pionniers de l’Islam, il y aurait dans notre pays plus de solidarité agissante, plus de probité morale et intellectuelle, plus de tolérance. Le travail, accompli dans le respect de soi-même d’abord, de son prochain ensuite, pour un épanouissement individuel et collectif en vue d’un développement durable parce que harmonieux et concerté, serait érigé en culte. C’est là une des convictions fortes de l’auteur de cet ouvrage. 9

Ailleurs, en Occident, l’Islam est perçu comme une sérieuse menace à l’équilibre du monde. On ne le considère généralement qu’à travers les commentaires de commentateurs aveuglés par les préjugés de race ou de classe. La profusion de clichés, de formules à l’emporte-pièce, de jugements hâtifs, sans appel et tous ces discours haineux savamment distillés, tous destinés à faire accepter par une opinion publique de plus en plus exigeante les grandes croisades remises au goût du jour, les expéditions punitives qui cachent mal des intérêts sordides pour la préservation desquels on embarque, sans états d’âme, des contingents d’innocents rangés sous l’auguste bannière du « monde libre » en butte au « terrorisme », à tous les « ismes » pouvant encore servir d’épouvantails après l’effondrement du communisme. Heureusement, à travers les âges, d’augustes penseurs occidentaux, écrivains, philosophes, scientifiques, médecins, hommes d’Etat, de culture et ecclésiastiques se sont dressés contre ces préjugés, s’érigeant ainsi comme des avocats de l’Islam et de son Prophète (SPL). Par leurs brillantes analyses, ils ont fait preuve d’une remarquable honnêteté intellectuelle. Sans être musulmans pour certains d’entre eux, ils ont abouti à des conclusions dignes du plus grand intérêt, dans la conjoncture que traverse le monde actuellement. Sans fanatisme ni prosélytisme, le professeur Alassane Wade nous invite à découvrir l’Islam sans préjugés, dans sa pureté originelle. Il nous invite surtout à un retour sincère à une foi vécue sans ostentation, sur la base d’une connaissance effective et d’une application rigoureuse des préceptes qu’enseignent la Torah, les Psaumes, l’Evangile, que le Coran confirme en les complétant. La vraie connaissance du Livre rapproche l’Homme de son prochain, partant de son Créateur. La faillite des idéologies, que ce soit le communisme ou l’ultra libéralisme en vogue et toutes ces « catastrophes naturelles » à répétition, sonnent assurément comme des avertissements pour tous ceux qui font preuve de discernement. Le retour sincère à une foi plus vécue que proférée est la seule garantie pour l’avènement d’un monde où la tolérance, la paix et la solidarité ne seront plus de vains mots. 10

Le Professeur Alassane Wade ne se borne pas à énoncer la relation entre l’Islam et le monde moderne, deux entités devenues indissociables pour le salut de l’Humanité. Il la fonde à partir d’une culture encyclopédique qui embrasse, l’hagiographie, la science pure et l’économie politique notamment. Puissions-nous compter parmi ceux qui tireront le maximum de profit de la compréhension et de l’appropriation de l’esprit de cet ouvrage qui n’a d’autre prétention que de contribuer à la présentation de l’Islam dans son essence qui fait de la religion révélée à Ibn (fils) d’Abdallah, une religion d’excellence. En apportant sa riche corbeille au banquet de l’Universel, l’Islam pourra ainsi contribuer à bâtir un nouvel humanisme, celui du 21ème siècle.
Ancien Ambassadeur Membre du Conseil Supérieur Islamique du Sénégal

Pr Momadou Diouf

Docteur es Lettres Ex Membre de la Commission de Réforme de l’Enseignement du Français au Sénégal

Pr Ismaïla Diagne

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Sommaire Prologue : Qu’est-ce-que l’islam? ................................ 15 Chapitre I : Apports de l’Islam au monde moderne

..................................................................................................... 29 Introduction .......................................................................... 31 Apports aux sciences ....................................................... 39 - En médecine ......................................................................... 44 - Aux sciences exactes ..........................................................79 . Chimie ..................................................................................... 79 . Physique .................................................................................. 82 . Mathématique ...................................................................... 84 . Astronomie ............................................................................. 87 - En géographie et navigation maritime .............................. 92 Apports au lexique et à la littérature ......................... 97 . Lexique .................................................................................... 99 . Littérature .............................................................................. 103 . Espagnole .............................................................................. 103 . Française ................................................................................ 105 . Allemande ............................................................................. 106 Apports aux Droits de l’Homme ............................... 111 - A la vie ................................................................................. 113 - A l’enfant ............................................................................. 115 - A la femme .......................................................................... 115 - Autres êtres humains ......................................................... 116 - A l’égalité, la liberté, la fraternité, la solidarité ............... 117

Chapitre II : Eclipse de la civilisation arabomusulmane .......................................................................... 129

Causes ..................................................................................... 131 - Alternance cyclique des civilisations ............................... 131 - Facteurs externes ................................................................ 133 . Inquisition, Croisades ......................................................... 133 . Invasion mongole ................................................................ 134 - Facteurs internes ................................................................ 134 . Dissensions ........................................................................... 134 . Repli sur soi .......................................................................... 136 13

Conséquences ......................................................................... 137 - Recul des sciences et de la pensée créatrice ................... 137 - Régression des Droits de l’Homme ................................ 138

Chapitre III : Réveil et défis au troisième millénaire....

................................................................................................... 141 Réveil ....................................................................................... 143 - Culturel et spirituel ............................................................ 143 - Scientifique .......................................................................... 146 Défis au troisième millénaire ................................................ 152 - Situation socio-économique du monde .......................... 155 - Jihad ou combat contre la dette ...................................... 173 - Jihad ou combat contre l’échange inégal ........................ 175 - Jihad ou combat contre les gaspillages ......................... 178 - Jihad ou combat en faveur de la paix .............................. 180 - Jihad ou combat de la communication .......................... 182

Conclusion ............................................................................... 189 Postface ...................................................................................... 197 Bibliographie ........................................................................... 201 Lexique ....................................................................................... 207 Remerciements ...................................................................... 211

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Prologue Qu’est-ce-que l’Islam?
Si c’est cela l’Islam, nous sommes tous musulmans. Johann Wolfgang Goethe

Révélé au Prophète Mohamed (SPL) à La Mecque, il y a de cela quatorze siècles, l’Islam s’inscrit dans la tradition abrahamique, c’est-à-dire l’adoration du Dieu, Un et Immatériel. Nullement opposé au Judaïsme et au Christianisme qui l’ont précédé, il s’est dès le début donné comme mission le rappel des prêches de Noé, Abraham, Moïse, David et Jésus entre autres, en les complétant. Signifiant en même temps soumission à Dieu et paix, l’Islam n’est pas seulement une religion d’adoration entre l’homme et son seigneur dans les mosquées. Il est aussi une religion de l’individu et du groupe, un système pour l’homme en lui même et dans la société et donc en quelque sorte un système politique dans le sens le plus noble du terme consistant à bien diriger les hommes, les cités, les pays et le monde. En visant l’équilibre et l’épanouissement de tout l’homme et de tous les hommes sur la planète, il prépare ainsi leur béatitude dans l’au-delà. Aussi l’îmâne, le premier pilier, la chahâda ou profession de foi ou croyance au Dieu Unique impliquant ipso facto la croyance à ses prophètes, à ses livres, à ses recommandations et à ses interdits doit être concrétisé par la pratique des quatre autres piliers, à savoir les cinq prières quotidiennes, la zakat ou dîme légale, le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque, si on en a la possibilité. Cette pratique ou islam est sous-tendue constamment par l’ihsân qui est un concept ihsân de la perfection, non seulement dans les actes d’adoration de Dieu mais également dans ceux de la vie quotidienne. 17

Les enseignements de l’Islam sont contenus dans le Livre Saint, le Coran, paroles de Dieu transmis au Prophète Mohamed (SPL) par l’archange Gabriel ou Jibril sur une période d’une vingtaine d’années et la Sunna ou Traditions du Prophète (SPL), regroupant ses propos ou Hadiths et ses actes. La Charia ou voie en arabe est la Loi Islamique. Elle est la codification de toutes ces dispositions réglementaires du Coran et de la Sunna qui se veut convenable en tout temps et en tout lieu. Cependant, quelques unes de ses caractéristiques sont encore souvent ignorées, même par des musulmans authentiques. Dans la Charia, il y a certes, des recommandations et des interdits explicites, textuellement et d’autres qui ont une portée générale. Il peut arriver qu’avec l’évolution des sociétés humaines, on soit confronté avec des évènements conjoncturels circonscrits sur lesquels, il n’y a pas de référence dans le Livre révélé ou dans la Sunna. Dans ces conditions, il est un devoir de faire appel à l’Ijtihad qui est l’effort personnel d’interprétation des préceptes religieux. Celui-ci a pour soubassement, outre les textes (Coran et Sunna), le raisonnement par analogie ou Qiyas, Sunna le consensus des docteurs de la loi ou Ijmâ et l’intérêt général ou Istihsân. L’application de la Charia doit tenir compte des dessins des Textes Sacrés et de l’esprit de l’Islam qui ont, entre autres, pour objectifs, l’épanouissement de l’homme et l’équilibre de la société. La règle générale est qu’il n’y a pas dans ce monde, un avantage pur et un inconvénient pur. La Charia vise ce qui est prépondérant dans les deux. Si les avantages sont prépondérants, elle prescrit ; si par contre les inconvénients sont prépondérants, elle interdit. L’adéquation de la Charia à toutes les époques, à tous les lieux récuse clairement une certaine étroitesse d’approche des nouveaux cas de jurisprudence qu’on rencontre aujourd’hui dans beaucoup d’endroits. Si les règles fondamentales sont stables et immuables, les fatwas, c’est-à-dire les avis, décisions juridiques suite à des consultations théologiques, changent selon le temps et le lieu. L’application de la Charia obéit à 18

une logique et à une certaine aisance comme l’attestent ces versets coraniques : « Allah ne veut pas vous imposer quelque gêne, mais Il veut vous purifier. », (Sourate 5, Al Ma îdah, La Table, verset 6) et « Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion », (Sourate 22, Al Haji, Le Pèlerinage, verset 78). Haji De même, le Prophète (SPL) a insisté sur ces aspects en disant: « La religion la plus aimée d’Allah est la religion abrahamique pure (hanafiya), de pratique facile et toute personne qui hanafiya cherche à être trop rigoureuse dans l’observance de la religion succombera à la tâche ». La simplicité, la facilité et l’absence de gêne font donc partie des traits caractéristiques de cette Charia, pourvu qu’il n’en résulte quelque pêché. Perdre de vue ces caractéristiques, c’est mettre de côté un des pans importants de la législation islamique. Donc, une bonne connaissance de l’Islam montre que celui-ci n’est pas seulement un code pénal. Sur plus de six milles versets, il y en a seulement trente qui sont consacrés aux ordonnances réprimant le crime et treize aux jugements et disputes. Le reste est guidance, développant les rapports de l’homme avec son Créateur, le souci de son devenir après la mort en lui citant l’exemple édifiant des justes et en lui recommandant la droiture et le sérieux. En fonction de cela, les relations sociales, les situations de paix et de guerre, les principes moraux, familiaux, économiques et politiques sont abordés dans un esprit de tolérance et de respect de la vie. Le don, le pardon, la préservation de l’intégrité du corps humain et de la vie, l’usage de la raison, la pratique des bonnes mœurs et la protection de la propriété sont des objectifs vitaux pour assurer l’ordre et la paix sociale sans lesquels nulle œuvre constructive n’est possible. Ils sont les conditions islamiques d’une régulation de la vie sociale. Comme dans toute société policée, il faut des garde-fous. Pour que l’ordre et la paix règnent, des dispositions sanctionnant les incartades et neutralisant les fauteurs de troubles sont prévues. Les sanctions ne sont pas aveugles. Elles sont bien réglementées et ne doivent être appliquées 19

qu’après avoir usé de toutes les précautions et en particulier des circonstances atténuantes, sans sévérité excessive mais aussi sans faiblesse coupable. Aussi, la religion islamique est-elle donc un code de conduite, une morale visant l’équilibre de l’individu et de la société dans toutes leurs composantes (famille, société, cité, Etat, environnement et l’ensemble des nations du monde). De ce fait, elle s’articule autour des axes fondamentaux que sont l’ancrage des vertus et la répréhension des vices. Parlant de lui-même, le Prophète (SPL) a dit : « Je n’ai été envoyé que pour parfaire les bonnes mœurs ». Ceci ne fait que confirmer le verset 4 de la Sourate 68, Al Qalam, La Plume : « Et tu es certes d’une moralité éminente ». Durant toute sa vie, Mohamed (SPL) s’est fait distingué par ses grandes qualités : (Soumission totale à Dieu, sa noblesse de caractère, sa patience, son endurance, son altruisme, sa générosité, son amour du bien, sa modestie, sa tempérance, son équité, sa pudeur, sa véracité, sa sincérité, d’où son surnom, Al Amîn, sa discipline, son esprit de conciliation, sa longanimité et sa piété.) Il s’est montré exemplaire comme citoyen, époux, père de famille, voisin, négociateur, guide et Chef d’Etat en temps de paix comme en temps de guerre et dans les relations internationales. Après dix ans de persécution à La Mecque, le Prophète avait du s’exiler à Médine. Devant la persistance des affronts des polythéistes qui voulaient à tout prix écraser les adeptes de la nouvelle religion, il se sentait dans l’obligation de leur faire la guerre et de les vaincre. Cet ordre de faire la guerre lui a été octroyé par le Seigneur avec ce verset 190 de la Sourate 2, Al Bakhara, La Vache, en ces termes : « Combattez pour la cause de Dieu, ceux qui vous combattent mais ne dépassez pas les limites permises. Dieu n’aime pas les transgresseurs ». Ce droit à la riposte et à la légitime défense affirmé dans ce verset, interdit formellement les excès comme il était de coutume de les voir en ces temps-là et même de nos jours, en dépit des nombreuses conventions internationales. 20

Ces transgressions ou excès regroupent toutes les formes de violence exercées sur les femmes, les enfants, les vieillards, les esclaves, les religieux, les hommes de science, et d’une manière générale sur tous ceux qui n’ont pas participé à la guerre. De même, sont considérées comme transgressions à la loi divine, les démolitions d’édifices, les destructions d’arbres ou de récoltes, les incendies et les massacres d’animaux. Il s’agit d’une condamnation de la violence gratuite et de la torture sous toutes leurs formes. A la fin de sa mission terrestre, soit deux décennies après la révélation, toute la péninsule arabique était acquise à l’Islam, plus par la vertu des prêches et de l’exemple que par la guerre. Au Pèlerinage de l’Adieu, à Arafat, plus précisément au mont Djabel Al Rahmân ou Mont de la Miséricorde, le 10 Mars 632, il délivra aux milliers de pèlerins présents, un sermon d’une très haute facture. Il y affirma l’unité de la prophétie depuis Adam, en passant par Noé, Abraham, Joseph, Moïse, David, Salomon et Jésus. Il rappela les devoirs et prescriptions que Dieu a exigés aux hommes à savoir : - N’adorer que Dieu seul, parfait en son essence et son unité. - Aimer son prochain comme soi-même et protéger les faibles. - Aimer, vénérer son père, sa mère, ses proches. - Accueillir les infortunés, les orphelins, les abandonnés, les voyageurs, les étrangers en les considérant comme les hôtes de Dieu (Dayf-ul-Lah). Dayf-ul-Lah Dayf-ul-Lah). - Ne pas tuer, ni commettre d’adultère. - N’être ni prodigue, ni avare, ni concupiscent, ni orgueilleux. - Respecter tous les êtres vivants et proscrire toute haine raciale. - Respecter la propriété d’autrui et prendre soin des biens de l’orphelin. - Etre honnête et loyal en tout et envers tout. - S’interdire de falsifier les écrits, de pratiquer l’usure, de frauder sur les poids et mesures et de porter un faux témoignage. Il recommanda à son peuple de bien raisonner, de bien comprendre son message et de le transmettre fidèlement à d’autres dans l’espace et dans le temps afin que ceux-là puissent le comprendre mieux que ceux qui l’ont écouté directement. 21