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209 pages
Français

L'islamisme décrypté

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Description

L'islamisme ou islam politique ne cesse depuis de longues années de susciter controverses et polémiques intarissables, en particulier dans le contexte français. Les attentats terroristes commis au nom de l'islam à partir de 2015 ont rendu confus ce qui a trait au fait islamique. La visibilité des signes d'appartenance à l'islam dans l'espace public est ainsi souvent assimilée à la pointe avancée de l'islamisme, qui, lui-même, peut également être associé au djihadisme, soit l'activisme meurtrier. C'est pourquoi une sociologie critique est nécessaire, car elle offre la possibilité d'identifier avec rigueur l'idéologie islamiste, ses particularités, le profil de ses théoriciens les plus célèbres, ainsi que la diversité des modes discursifs et d'action déployés par les militants, entre autres dans le contexte majoritairement musulman, mais pas seulement.

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Date de parution 14 octobre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140160455
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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21263-0212216236-30-0
L’ISLAMISME DÉCRYPTÉ
Haoues Seniguer
© L'Harmattan, 2020 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
ISBN :978-2-343-21263-0 EAN :9782343212630 Photo de couverture : © Haoues Seniguer, avril 2017,Mosquée dans le centre d’Istanbul
L’islamisme décrypté
Haoues Seniguer
Avertissement : Ce livre est une reprise corrigée et augmentée du Petit précis d’islamisme : des hommes, des textes et des idées paru chez le même éditeur en 2013.
La bibliothèque de l'iReMMO Collection dirigée par Pierre Blanc et Bruno Péquignot
Cette collection se propose de publier des textes sur tous les aspects de la vie sociale de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Tous les domaines sont concernés, de la politique à la culture et aux arts, de l’analyse des mœurs et des comportements quotidiens à l’économie, de la vie intellectuelle à l’étude des institutions et organisations sociales, sans oublier la dimension historique ou géographique de ces phénomènes. L’objectif est de créer une sorte d’encyclopédie, au sens historique de ce terme, présentant, de façon claire et rigoureuse, toutes les connaissances produites par la recherche scientique, mais aussi par les réexions des acteurs impliqués à tous les niveaux de la société. Chaque ouvrage vise à faire le point sur un sujet traité dans un souci de le rendre accessible au-delà des cercles des spécialistes.
L’islamisme décrypté
L’HARMATTAN
À mon épouse, Nora, et à mes enfants, Adam et Iannis, en témoignage de mon afecIon.
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...IntroductIon
Le malaise occidental, en particulier français, vis-à-vis de 1 l’islamisme, est patent. Celui-ci constitue à l’évidence une pierre d’achoppement pour une multitude d’acteurs ayant accès à la parole publique en Europe de l’Ouest en général et en France en particulier. Souvent, ce terme obère à lui seul la clarté du débat autour des sujets liés de près ou de loin à l’islam, au fait islamique ou aux musulmans, de manière plus globale. L’islamisme peut même apparaître comme la clé 2 d’entrée privilégiée dans l’islam , ce qui peut entretenir l’idée d’un lien intrinsèque entre la religion musulmane et l’activisme 3 prosélyte, violent ou non . En France, beaucoup parlent effectivement d’islamisme ou d’islam politique sans jamais réellement être en mesure d’en donner la moindre dénition précise. Pour ne pas associer et confondre justement visibilité de l’islam et islamisation, comme processus intentionnel de musulmans qui chercheraient à islamiser à n’importe quel prix le pays. L’islamisme est pourtant un phénomène socio-politique minoritaire dans l’Hexagone. Il est toutefois, selon nous, généralement improprement déni ; il est vu comme une relation singulière entre le politique et le religieux, le temporel et le spirituel, qui serait de surcroît le propre de l’islam, comme si celui-ci était un agent intentionnel et que les autres religions,
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judaïsme et christianisme, étaient beaucoup moins exposées que la religion islamique à la politisation de la foi. C’est aller un peu vite en besogne. Preuve en est la montée en puissance des évangéliques, un peu partout dans le monde, à commencer par la France ; la présence d’un judaïsme politisé à travers le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui, depuis plusieurs années, soutient inlassablement les gouvernements israéliens, y compris les plus à droite et les plus messianiques. L’islamisme, au sein de la communauté des chercheurs en sciences sociales et humaines, dée également depuis plusieurs décennies toutes nos catégories d’analyse et de pensée, dans la mesure où les approches à ce propos, de qualité différente, peuvent être extrêmement contradictoires, quelquefois complaisantes ou vigoureusement hostiles à l’endroit de ses expressions, qui restent néanmoins différenciées au plan des modes d’action ; celles-ci présentent tout de même des logiques afnitaires au niveau de certaines représentations du monde. Nous essayerons d’enexpliqueret d’encomprendrele sens et la portée. Certains, principalement dans les milieux journalistiques, ont tendance à amalgamerislamisme et terrorisme, ce qui est particulièrement dangereux dans le contexte national et international actuel, marqué par toutes sortes d’attentats terroristes de plus ou moins grande ampleur, aussi bien dans le monde majoritairement musulman qu’en France, qui a justement été secouée à différentes reprises après les attentats contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, le 07 janvier 2015. L’objetislamisme, dans la perception que l’on peut en avoir, perpétue en quelque sorte les fantasmes et les amalgames français nourris dès les origines au sujet de l’islam scripturaire (Coran et paroles attribuées au prophète de l’islam essentiellement), véhiculés par un certain orientalisme français qu’il ne faut pas pour autant dénigrer ou discréditer en son
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4 entier . Il est effectivement des apports cognitifs essentiels d’études européennes sur le fait et le monde majoritairement musulmans, qui ne sont pas nécessairement marquées au coin du mépris ou par la volonté farouche de conquête et de domination des populations « indigènes ». Évitons le simplisme, disons-le tout net. Que sait-on de précis au sujet de l’islamisme ? Existe-t-il encore une marge analytique, peut-être inexplorée, qui nous permettrait de tenter de le redénir au mieux, au plus juste et peut-être différemment des études françaises déjà existantes, et celles-là sont incontestablement fort nombreuses ? Peut-on éviter la répétition et des polémiques nouvelles sur une idéologie que l’on a parfois tendance, à tort donc, à essentialiser, à identier un peu vite, par paresse probablement aussi, au terrorisme, ou, au moins, à la violence physique ? Tout islamiste, revendiqué ou non, présumé ou réel, est-il prêt à prendre les armes au nom d’une idéocratie religieuse ? Nous faisons l’hypothèse que l’islamisme est d’abord et avant tout une idiosyncrasie, une certaine manière de voir le monde, de jouer pleinement sur « les frontières de l’imaginaire », d’ériger des cloisons symboliques entre le « eux » et le « nous », entre « moi » et « lui », entre le bon musulman et celui qui ne le serait pas, ou qui ne le serait pas sufsamment à ses yeux, entre la Loi de Dieu et la loi des hommes, etc. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus amplement, à partir de sources arabes. Pour autant, l’islamisme n’est pas toujours la volonté éperdue de tuer ou de conduire une guerre civile au nom de Dieu. Sachons-le et admettons-le par souci de nuance. Ce malaise pointé plus haut est en réalité double, car l’objet islamisme est précisément un révélateur des fantasmes à propos du fait islamique, lequel n’est ni une essence ni une entité pure. Ces fantasmes sont contractés par des musulmans et des non-musulmans. Ledit malaise porte à la fois sur le fait musulman et sur le phénomèneislamiste, quelquefois confondus dans le
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débat public franco-français, et ce, par glissements sémantiques et explicatifs successifs, conscients ou non. Ce malaise, au reste, n’a fait que croître et s’accélérer, hier avec la révolution iranienne de 1979, puis avec les attentats du World Trade Center à New York, le 11 septembre 2001, enn avec la multiplication et l’excroissance avérées de violences commises au nom de l’islam, notamment depuis 2011 et le conit syrien. Celui-ci n’a eu de cesse de s’aggraver, avec des dramatiques retombéesaussi bien sur la rive nord de la Méditerranée que sur sa rive sud. La naissance des premiers embryons de l’État islamique au milieu des années 2000 en Irak, suite à la désastreuse intervention anglo-américaine de 2003, et surtout la montée en puissance de l’organisation « totalitaire » en question ne laissent pas de le conrmer ; pis, ladite intervention militaire n’a fait que renforcer les conséquences mortifères à tout point de vue tant au plan symbolique qu’au plan matériel, car nous observons à ce titre une violence exponentielle, débridée, particulièrement redoutable, qu’elle s’en trouve sacralisée, et ce, sous les coups de boutoir de toutes sortes d’acteurs étatiques et non étatiques. Songeons un instant aux massacres perpétrés le 13 novembre 2015 en région parisienne, par une légion d’activistes suppôts de Daech (que désigne l’acronyme arabe de l’organisationÉtat islamique, baptisée un temps État Islamique en Irak et au Levant) prêts à mourir et à tuer au nom de Dieu, mais aussi et surtout le stigmate et le trouble à présent ampliés à l’encontre de la religion musulmane et de ses adeptes sur le territoire national, quelquefois rendus implicitement complices de l’innommable, par des demandes répétées de désolidarisation individuelle 5 et collective. L’islamophobie , ou islamo-scepticisme (doutes sur les capacités d’intégration démocratique de l’islam et de ses dèles) pour celles et ceux les moins enclins à employer le précédent terme, se déploie et croît de manière décomplexée ; les politiques et leaders d’opinion tiennent d’ailleurs quelquefois des discours extrêmement pernicieux dans lesquels les
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