308 pages
Français

La longue transition du catholicisme

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Description

L'élection du pape du pape François a relancé les débats sur la capacité de l' Église catholique à se réformer et à entrer dans des processus de changements. Et pourtant, le catholicisme évolue en permanence, par des actions volontaires ou en subissant des transformations. Fondé sur de nombreuses études de cas, dans le cadre d'une approche comparative dans l'espace, cet ouvrage met en lumière les métamorphoses de l'Église catholique, sur le long et moyen terme. De manière originale, il reprend la notion de gouvernementalité empruntée à Foucault pour comprendre les subtils mécanismes d'emprise de l'institution mais aussi les stratégies de distanciation des croyants.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 3
EAN13 9782849243657
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,021€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

La longue transition du catholicisme
Gouvernementalité et influence
Collection « Enjeux de société et prospective »
Collection conjointe du Centre d’études sur les conflits : université Saint Paul, Canada, de la chaire « enjeux de société et prospective », Université catholique de Lille
Comité scientifique
Hélène Tessier, université Saint Paul
François Mabille, université catholique de Lille
Photo de couverture : Nelly Roushdi © Éditions du Cygne, Paris, 2014
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-365-7
La longue transition du catholicisme
Gouvernementalité et influence
sous la direction de François Mabille
Éditions du Cygne
En hommage à Jean-Marie Mayeur (1933-2013)
Introduction Pouvoir, gouvernance et gouvernementalité dans l’Eglise catholique
François Mabille, UCL Chercheur statutaire au GSRL ( EPHE-CNRS), chercheur associé au LARGOTEC (UPEC)
En ce début d’année d’année 2014, le pape François est célébré par l’ensemble des médias internationaux, couronné « homme de l’année » par plusieurs journaux et magazines. Après le court pontificat de Benoit XVI, achevé brutalement par une décision historiquement rare de la part d’un souverain pontife, une renonciation, et parsemé de scandales en tous genres, l’Eglise catholique semble avoir renoué avec une audience naguère perdue auprès des leaders d’opinion. Près d’un an après sa prise de fonction, que peut-on retenir du nouveau souverain pontife ? Un style réformateur incarné par trois phrases qui font choc, un changement pastoral et des décisions gouvernementales. Les trois phrases sont connues : la première fut la dénonciation de la situation à Lampedusa et stigmatisait la mondialisation de la misère ; la seconde concernait les homosexuels – « Qui suis-je pour juger » ; la troisième, en février 2014, reprenait la même 1 interrogation, au profit des divorcés cette fois . Le changement pastoral est induit par ces mêmes phrases : au rappel de la doctrine est désormais préféré l’accompagnement des personnes, y compris voire surtout quand elles contreviennent aux orientations proposées par le
1 http://www.news.va/fr/news/ne-pas-condamner-ceux-qui-font-lexperience-de-lech
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LA LONGUE TRANSITION DU CATHOLICISME
Magistère catholique. Le discours doctrinal s’efface au profit d’une parole d’accompagnement et d’apaisement. La dénonciation d’une non-rectitude des mœurs cède la place à une politique ducare. Enfin, le nouveau souverain pontife initie une réflexion sur la curie romaine dont les effets se font sentir : révision de la Constitution apostoliquePastor Bonus avec la création d’un groupe de huit cardinaux pour diriger la réflexion (avril 2013), création d’une commission spéciale d’enquête sur la banque du Vatican (juin 2013), lancement d’une commission pour la protection des enfants (décembre 2013), création d’une « Commission pontificale référente sur l’organisation de la structure économico-administrative du Saint-Siège » (février 2014), création enfin d’un poste de cardinal-préfet (février 2014) à la tête de cette nouvelle Secrétairerie pour l’économie du Saint-Siège qui signifie en même temps la fin du poste de « numéro deux » au Vatican. L’action du pape François se caractérise donc a) par un mode d’exercice nouveau du pouvoir, qui b) entend réformer 2 le gouvernement de l’Eglise à la fois au niveau de son centre – la curie romaine- mais également dans les rapports entretenus entre ce centre et sa « périphérie » - les Eglises locales, et qui c) tente de reconsidérer les liens entre le personnel ecclésiastique, détenteur du pouvoir et énonciateur des normes et valeurs à imposer, et le « peuple catholique » sur lequel ce personnel religieux a de moins en moins d’emprise et offre de moins en moins de crédibilité. C’est ainsi tout à la fois une question depouvoir, degouvernanceet degouvernementalitéqui agite le nouveau pontificat : De pouvoircar l’action du souverain pontife s’effectue au gré du pouvoir qui lui est octroyé par les différents textes et
2 Joël-Benoît d’Onorio.Le pape et le gouvernement de l’Eglise. Paris : Tardy, 1992. Présentation et justification des institutions de la curie romaine.
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GOUVERNEMENTALITÉ ET INFLUENCE
les disciplines qui régissent l’Eglise catholique et le Saint-Siège, le pape étant tout à la fois chef spirituel et souverain d’un Etat qui prétend à la souveraineté. Avec d’autres, Emile Poulat en a naguère rappelé les contours, évoquant le pouvoir d’ordre (ou sacerdotal), le pouvoir d’enseignement, le pouvoir de juridiction à l’interne, et d’un quintuple droit d’intervention du spirituel dans le temporel avec un « pouvoir direct dans les « affaires mixtes », au premier chef mariage (contrat pour l’Etat, sacrement pour l’Eglise avec l’indissolubilité excluant le divorce) et enseignement (où se heurtent catéchisme et laïcité, foi et sciences », un pouvoir indirect dès que sont en cause « la foi et les mœurs », « un pouvoir directif : directions et consignes données aux catholiques sur la manière de se comporter dans la vie publique et d’abord politique », un « pouvoir gracieux » (conseils, arbitrages) et enfin un « prestige moral dont jouit 3 aujourd’hui la papauté à l’échelle internationale ». De gouvernancecar au-delà de son pouvoir, le pape François et avec lui l’Eglise catholique sont obligés de composer avec de multiples parties prenantes qui le contraignent, que ce soit en raison des dérives financières voire mafieuses qui ont fait du Saint-Siège un Etat hors-la-loi, que ce soit par rapport aux crimes pédophiles poursuivis par de nombreuses associations de victimes et dénoncés par une commission de l’ONU, ou que ce soit avec les « fidèles » qui, en Europe notamment, désertent de plus en plus les lieux de pratique. La souveraineté spirituelle et temporelle, évoquée par les juristes et publicistes catholiques lors de la Question romaine durant les deux derniers siècles, rencontre de plus en plus de difficultés à imposer ses normes et ce d’autant plus que son pouvoir de contrainte a régressé pour ne pas
3 L’Eglise, c’est un monde. Paris : Cerf, 1986. p. 205-206.
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LA LONGUE TRANSITION DU CATHOLICISME
dire disparu au profit des différents mécanismes de séparation du politique et du religieux, correspondant en France au régime de laïcité. L’Eglise catholique peut dénoncer, inciter, mais ne peut désormais guère imposer. Dans l’ouvrage cité, Emile Poulat remarquait : «La mise en œuvre de ses principes suppose, en son sein, l’acceptation de ses directives et l’accord des esprits sur son orientation 4 générale : en d’autres termes, soumission et obéissance». Ces réflexions datent de 1986. En près de 30 ans, la situation a évolué : au couple soumission et obéissance est venu s’ajouter un troisième cas de figure : le bricolage indifférent à un pouvoir de contrainte, une participation à la carte qui fait fi de l’autorité et aménage à sa guise sa participation à la communauté catholique, à son offre de croyances et de valeurs, et ses propositions disciplinaires. Mais c’est la notion de gouvernementalité, reprise à Foucault, qui retiendra notre attention. Cette introduction n’est pas le lieu d’un long rappel de son histoire dans la pensée du philosophe français. On suivra ici la présentation qui en a été faite par John Crowley, dans un article paru dans 5 Critique Internationale: «en 2003 À l’édiction unilatérale de normes obligatoires, universelles et générales se substitue, comme objet privilégié de l’analyse politique, l’inflexion des conduites, c’est-à-dire le gouvernement comme processus. Par ses propriétés formelles, ce gouvernement s’oppose point par point à l’empire du droit : il émerge comme tension ou comme point d’équilibre entre des forces en interaction sans jamais être en équilibre; son éventuel caractère obligatoire n’est qu’accidentel ; loin d’être universel et général, il est
4 Id, p.208. 5 John Crowley « Usages de la gouvernance et de la gouvernementalité », o Critique internationale4/ 2003 (n 21), p. 52-61.
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