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La maladie chez les Krou de Côte d'Ivoire

De
218 pages
Cet ouvrage permet de saisir la représentation de la maladie chez les Krou à travers un double concept : tantôt religieux d'un blâme par les puissances célestes, tantôt maléfique d'un pouvoir occulte par le sorcier. La maladie est insérée dans l'histoire d'une personne et la connaissance des maux est ainsi basée sur des jugements de valeur. Dans cette configuraiton psychologique et sociale, le thérapeute n'est qu'un guide et le traitement thérapeutique, une "médiation" entre le justicier et le coupable (le malade).
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La maladie chez les Krou Joachim TCHERO
de Côte d’Ivoire
De la mémoire à l’histoire des représentations collectives
La maladie chez les Krou Pensée et ancienne pratique médicales en mots. Des périphrases
dont l’analyse permet de saisir la représentation de la maladie
chez les Krou à travers un double concept : tantôt religieux d’un de Côte d’Ivoire
blâme par les puissances célestes, tantôt maléfi que d’un pouvoir
occulte par le sorcier. De la mémoire à l’histoire des représentations collectives
La maladie est ici insérée dans l’histoire d’une personne, elle a
un « sens biographique ». La connaissance des maux est de ce fait
basée sur des jugements de valeur.
Et dans cette configuration psychologique et sociale,
le thérapeute n’est qu’un guide et le traitement thérapeutique,
une « médiation » entre le justicier – divin ou occulte – et le
coupable (le malade).
Et les témoignages, avec leur ligne de sagesse et de faiblesse,
sont sous le signe de la nostalgie de ce monde perdu. Raisonnable
ou pas, les populations y croyaient : Nous vivions bien ici,
et puisque ce n’est plus le cas, dépossédés de nous-mêmes, que
reste-t-il à faire ?

Joachim TCHERO, spécialiste d’histoire culturelle,
occupe à l’heure actuelle les fonctions de Maître-Assistant
à l’Université Houphouët-Boigny d’Abidjan.
Préface de Simon-Pierre EKANZA
Illustration de couverture : Joachim TCHERO
ISBN : 978-2-343-04964-9
21,50
Joachim TCHERO
La maladie chez les Krou de Côte d’Ivoire




La maladie chez les Krou de Côte d'Ivoire
De la mémoire
à l'histoire des représentations collectives

Joachim TCHERO








LA MALADIE CHEZ LES KROU
DE COTE D'IVOIRE
De la mémoire
à l'histoire des représentations collectives





Préface de Simon-Pierre EKANZA








L’Harmattan

Dejà parus

CULTURES ET RAPPORTS DE FORCE ENTRE LES
PEUPLES DANS L'HISTOIRE
Les Africains d'hier à aujourd’hui, mai 2009

SANTÉ ET DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE
SUBSAHARIENNE
La maladie : approche historique, d'hier à aujourd'hui,
septembre 2014






Voici un livre d’histoire, publié chez L’Harmattan, qui sort
de l’ordinaire par la forme et le contenu. Et qui, sans aucun
doute, ne manquera pas de surprendre. Il est l’œuvre d’un esprit
curieux, un historien des mentalités, désireux de s’imprégner de
la culture de son terroir, patrimoine historique constitué à la fois
d’un ensemble de coutumes, de croyances et de savoir-faire qui
caractérise une société, à défaut de laquelle un homme ne peut
s’affirmer auprès des siens.
L’ouvrage témoigne, par ailleurs, d’un labeur considérable,
de lectures solides et étendues, d’enquêtes de terrain conduites
dans une dizaine de villages partagés entre les Cantons Gbadi,
Nékédi et Zédi, regroupés autour de la ville d’Ouragahio, y
compris cette dernière localité, à partir d’un questionnaire
identique, minutieusement confectionné, dont l’objectif
fondamental est d’informer sur les pratiques de santé d’hier et
d’aujourd’hui.
L’originalité de l’ouvrage tient d’abord à son matériel, un
recueil de témoignages et entretiens, ensemble de textes oraux,
reproduits sans fioriture et avec les mots mêmes de ceux qui ont
bien voulu se prêter aux récits, répondre dans le micro qui leur
était tendu. Mots gorgés de substance humaine, car tous ont leur
histoire. Même lorsqu’ils désignent des objets matériels, ils
signifient rarement, dans la bouche de leurs locuteurs, les
mêmes réalités que perçoit l’acculturé de la ville. La
linguistique ne proclame-t-elle pas que tout fait de langue
manifeste un fait de civilisation ?
A travers les interviews, réalisées le plus souvent en groupe
de dix à quinze personnes, se dévoile l’identité des témoins ;
ceux-ci appartiennent à toutes les couches sociales de ce « petit
monde rural » du pays bété : notabilités, instituteurs, planteurs,
ménagères … Parmi ces témoins qui acceptent de partager leurs
expériences sur la maladie, ses origines, sa nature, sa
signification, les soins médicaux et, éventuellement, sur les
techniques de prévention, se détachent quelques figures de
proue : Mgr Robert Atéa, homme d’église, considéré non moins
comme un patriarche, dépositaire de la tradition bété, mais aussi
7

des tradi-praticiens gravitant autour de la maladie, répartis en
guérisseurs, sorciers et féticheurs. Toutes ces personnes
auxquelles il faut ajouter les chefs et notables, sont saisies
comme étant investies de l’autorité morale, compétente, à même
de fournir non seulement les informations nécessaires et
suffisantes, sur la maladie et les soins thérapeutiques, mais aussi
de renseigner sur la vision du monde, de la société et de la
représentation collective de la maladie.
Reste à souligner que ce premier recueil de documents oraux
ne représente que la « première marche de l’escalier » menant à
une interprétation des faits ici rassemblés. L’auteur, ayant
conscience des faiblesses que peut dévoiler la technique de
collecte des faits, est désormais mieux armé pour la poursuite
de la recherche. Néanmoins le matériau amassé appelle déjà une
construction de l’histoire de la santé dans cette région si
attachante de la Côte-d’Ivoire. Que dis-je ? Le matériau,
patiemment amassé, constitue le fondement d’études ultérieures
passionnantes, consacrées à toutes les facettes de la vie de
l’homme en société.
Ainsi l’histoire s’édifie-t-elle, sans exclusion, avec tout ce
que l’ingéniosité du chercheur peut inventer et combiner pour
suppléer au silence des textes, voire aux ravages de l’oubli.
L’historien interprète, organise, reconstitue et complète, au
besoin, ce qui existe. Dans cette tâche, l’historien ne peut
s’interdire les emprunts : emprunt de notions, mais aussi
emprunt de méthodes et d’esprit aux sciences voisines. C’est la
règle qui doit aujourd’hui prévaloir. Et il est heureux que
Tchéro ait emprunté cette voie pour nous donner ce beau libre,
plein de suc et de saveur, extrêmement prometteur pour l’école
historique ivoirienne. Je le recommande sincèrement.

Pr. Simon-Pierre EKANZA.
Historien, Doyen Honoraire des Facultés des Lettres et
Sciennces Humaines
Professeur Titulaire des Relations Internationales


8

Mon objectif est assez simple : interroger les notions et les
situations que le présent a héritées du passé et en donner mon
interprétation. Ça se dit « penser ». C'est l’idéal auquel je reste
attaché. Il procède d'une conviction : quand on veut être
homme, l’exercice de la pensée est du plus haut intérêt pour la
formation de sa personnalité ; il est l’aiguillon de la culture, par
quoi j’entends la compréhension de notre hérédité historique,
point d'ancrage de la tradition et de la pression de l’histoire, du
spécifique et du général.
C'est en cela que la culture, comme dit Guéhenno quelque
part, « crée le désir et nourrit l’espérance » ; c'est en cela qu'elle
favorise aussi une franche adhésion de l’homme à quelque
chose, adhésion qui est à la fois la source et la cause de son
esprit critique. Aussi concourt-elle à la formation de ce dernier :
ou dans la contestation progressiste, ou dans l'approbation
mesurée de toute situation donnée.
Il n'est meilleur alibi à l’activité de l’esprit que cette étude
qui traite des idées. Ce qui est déjà un motif de satisfaction. Sa
visée ? Aider à inspirer des projets susceptibles d'éclairer, du
moins sur des points précis, l’action des participants au
développement social et à la santé communautaire. Elle
s’inscrit, pour ainsi dire, dans l'optique de la santé publique.
Un dernier mot concerne les difficultés que j’ai rencontrées
dans le cadre de cette étude. L'histoire des mentalités, dans le
contexte ivoirien manque, du moins à l'heure actuelle, de
médiateurs documentaires nécessaires à sa conception. Elle est
donc difficile à écrire, surtout que je suis en toge de pionnier, un
rôle stimulant certes, mais en même temps difficile à tenir au
milieu des maîtres pour qui il n’est d’histoire qu’événementielle
et dont certains, parmi eux, n’habillent pas leur opposition. Ce
qui m’a valu un long moment d’hibernation avant de conforter
ma marque. 2008, c’est l’année symbole ; j'ai fini de peaufiner
ma problématique et d’identifier le plan de mes prestations. Il
ne reste plus qu’à en dévoiler le contenu, soit au moyen de
l’oralité dans les cours magistraux, les conférences ou
colloques, soit au moyen de l’écrit, comme c’est le cas ici.
9

?Tableau des sons et principaux signes diacritiques de l’alphabet
français

Consonnes
n n dans nourrir
ñ gn agneau
ng planning, ring
Voyelles orales
e é dans thé
è être
o or
o o dans dos
u ou loup
y u sûr
œ eu dans peur, neuf
ø eu dans jeu
e le
tch tchèque
Voyelles nasales
in dans intérêt, pain
œ un dans alun, parfum
ã an en dans blanc, entrer
õ on dans honte, bon
Semi-voyelles ou semi-consonnes
j y + voyelles dans lieu, yeux
u + voyelle dans huile, lui
ou + voyelle dans oui, Louis


10

z-?C?-&7%Le carnet des rendez-vous et de l'enquête

Durée de
Date du Date de Durée de
Cantons Noms des villages l’enregistremen
Rendez-vous l’enquête l’enquête
t
Bayékou-Gbassi Jeu. 5-12-85 Sam. 7-12-85
Dim. 15-12-85 14 h 5 h
Sam. 28-12-85
Koussékou Dim. 15-12-8 Ven. 20-12-85 4 h 2 h
Tchétchékou Sam. 14-12-8 Sam. 21-12-85 3 h 30 2 h
Kpapékou Lun. 16-12-8 Lun. 23-12-85 2 h 30 1 h
Siégouékou Lun. 16-12-8 Mar. 24-12-85 2 h l5 1 h
Broudoumé Lun. 16-12-8 Mar. 24-12-85 2 h 30 1 h
Gbadi Gadoukou Mar. 17-12-8 Mer. 25-12-85 5 h 30 3 h
Jeu. 26-12-85
Pissékou Mar. 17-12-8 Jeu. 26-12-85 4 h 30 2 h
Kéhi-Gbahi Mar. 17-12-8 Ven. 27-12-85 3 h 30 2 h
Dahiékou Sam. 08-02-8 Ven. 27-12-85 3 h 1 h 30
Izambré Sam. 08-02-8 Ven. 14-02-86 3 h 30 1 h 30
Drayo-Dagnoa Sam. 08-02-8 Ven. 14-02-86 3 h 30 2 h
Mama Sam. 08-02-8 Sam. 15-02-86 3 h 2 h
NGuibikou Sam. 08-02-8 Sam. 15-02-86 3 h 30 1 h 30
Gbodocékou Sam. 08-02-8 Dim. 16-02-86 2 h 1 h
Karahi Sam. 08-02-8 Dim. 16-02-86 3 h 1 h 30
Zédi
Ziplignan Mer. 09-07-86 2 h 1 h 30
Yokpohoué Mer. 09-07-86 2 h 30 1 h
Gopa/Métépa Mer. 09-07-86 2 h 1 h
Nékédi Brihi Jeu. 10-07-86 2 h 30 1 h
Zahibohio Ven. 11-07-86 3 h 1 h
N’dri Gbassi Dim. 13-07-86 2 h 30 1 h
Gagnoa Paroisse Ste Anne Lun. 21-07-86 3 h 2 h

Durée totale de l’enquête : 80 h 35 mn.
Durée totale de l’enregistrement : 39 h 30.

L’écart entre la durée de l’enquête et la durée de
l’enregistrement est dû au fait qu’une partie des interviews,
traitée « off », en l’occurrence le long protocole d’accueil, la
détermination de l’identité des témoins, etc., ne figurent pas sur
les cassettes. Sur ces points, j’ai procédé par écrit.
11
Population des villages ou l'enquête a été menee
Population selon les Recensement
Cantons Nom des villages
enquêtes officiel 1985
en bété en français
Bayékou-Gbassi 4 013 813 406
Koussékou 3 000 600 594
Tchétchékou 3 007 607 339
Kpapékou 13 000 2 600 1115
Siégouékou 4 000 800 626
Broudoumé 10 015 2 015 848
Gadoukou 3 015 615 544
Pissékou 3 526 726 726
GBADI Kéhi-Gbahi 3 250 650 928
Dahiékou 3515 715 520
Izambré 3259 659 596
Dramé 3 025 625 798
Mama 2 000 400 612
NGuibikou 508 108 315
Bodocékou 2 007 407 312
Karahi 1 000 200 165
Ziplignan 5 519 1 119 910
ZEDI Yokpohoué 5 285 1 085 2 072
Gopa-Métépa 11 271 2 271 1 192
NEKEDI Brihi 12 792 2 592 2 383
Zahibohio 3 265 665 612
N'DRI Gbassi 2 285 485 467
GAGNOA Paroisse Ste Anne 1 1 1
Totaux 23 103.790 20 758 17 081

L'écart entre les chiffres en bété et en français doit être référé
au mode de comptage en langue bété où il n’existe pas le
nombre 200 ; si à 199 on ajoute 1, le Bété ne dit pas 200, mais
ulu bholo, synonyme de 1000 (mille) en français. Ainsi : 813
habitants se dit en bété : 4013 habitants, soit :

srrr H zrr
Esu L vrrr E su L vrsu
trr


12

:&;Le corpus en schéma

SousCantons Villages Dates
Préfectures
7/12/85
Bayékou-Bassi 15/12/85
28/12/85
Gbadi-Est
Broudoumé 29/12/85


Ouragahio Pissékou 26/12/85


Izambré 14/02/86
Gbadi-Ouest

Mama 15/02/86

Zédi Ziplignan 10/7/86
Nékédi Brihi 10/7/86
Guibéroua N’Dri Gbassi 13/7/86
Gagnoa L’interview de Mgr R. Atéa 21/7/86


13
Les autres localités

Koussékou, Vendredi 20 déc. 1985, auprès de 14 personnes
pour 500 hab. ; de 7 h à 11 h.
Samedi 21 déc. 1985, auprès de 21 personnes
pour 607 hab. ; de 8 à 11 h.

Tchétchékou, Lundi 23 déc. 1985 ; auprès de 04 personnes pour
2600 hab. ; de 8 h à 11 h 15.
Mardi 24 déc. 1985 ; auprès de 11 personnes
pour 2600 hab. ; de 8 h à 11 h 15.

Kpapékou, Lundi 23 déc. 1985 ; auprès de 04 personnes pour
2600 hab. ; de 8 h à 11 h 15.

Siégouékou, Mardi 24 déc. 1985 ; auprès de 11 personnes
pour 2600 hab. ; de 8h à 11 h 15.

Kéhi-Gbahi, Mercredi 27 déc. 1985 ; auprès de 08 personnes
pour 500 hab. ; de 7 h à 11 h 30.

Dahiékou, Vendredi 27 déc. 1985 ; auprès de 08 personnes
pour 715 hab. ; de 14 h aux environs de 17 h.

Dramé, Vendredi 14 fév. 1986 ; auprès de 18 personnes
pour 3055 hab. ; de 14 h à 17 h 30.

NGuibikou, Samedi 15 fév. 1986 ; auprès de 15 personnes
pour 108 hab. ; de 14 h à 17 h 30.

Bodocékou, Dimanche 16 fév. 1986 ; auprès de 14 personnes
pour 407 hab. ; de 9 h à 11 h.

Karahi, Dimanche 16 fév. 1986 ; auprès de 05 personnes
pour 200 hab., de 14 h à 17 h.

Yokpohoué, Mercredi 09 juil. 1986 ; auprès de 17 personnes
pour 2271 hab., de 7 h 30 à 11 h.

Gopa-Métépa, Mercredi 09 juil. 1986, auprès de 17 personnes
pour 1085 hab. ; de 19 h aux environs de 21 h 30.

Zahibohio, Vendredi 11 juil. 1986 ; auprès de 06 personnes
pour 665 hab. ; de 7h à 10 h 30.

14
Le questionnaire et les principaux thèmes

Thèmes Questionnaire
1. Identité des informateurs : Vos nom et prénoms ?
- Nom et prénoms ; Date et lieu de votre naissance ?
- Date et lieu de naissance ; Que faites-vous dans la vie ?
- Activité principale dans la vie ; Le nom de votre village a-t-il une
- Lieu d’habitation. signification ?
2. Mentalité et cosmologie : Le monde, c’est quoi pour vous ?
- Vision du monde ; Comment est-il fait ?
- Institutions religieuses, sociales et Lorsque le devin affirme que telle rivière
politiques ; ou tel arbre géant, telle grotte est habitée
par un esprit, sur quoi fonde-t-il cette - Douleur et réactions qu’elle suscite ;
- Représentation de la maladie ; affirmation ?
- Conduite de la maladie ; Pourquoi, dans la société bété, l’autorité
- Soins médicaux ; politique est-elle placée à la discrétion du
- Individu ; père ?
- Personne ; La douleur, c’est quoi pour vous ?
- Spiritualité ; Peut-on souffrir autrement que dans son
- Dieu ; corps ?
- Divinité. Rappelez-vous deux ou trois de vos
ancêtres et les maladies dont ils auraient
succombé.
La maladie, c’est quoi pour vous ?
D'où vient-elle ?
Vous dites gu pour désigner la maladie,
mais vous dites aussi gu quant aux
maléfices : Quelle est la différence entre
les deux ?
Quelles sont les maladies dont vous avez
l’expérience ici ?
Y a-t-il des maladies qui n'affectent que
les enfants, que les riches, que les
pauvres ? Lesquelles ?
Vous désignez la maladie par un nom :
est-ce que ce nom a une signification ?
Comment prévenait-on la maladie ?
En quoi consistaient les soins médicaux ?
Par qui étaient-ils donnés ? Où et quand ?
Comment opérait-il, le soignant ?
L'origine de ses compétences influait-elle
sur la qualité de ses services ?
Comment soigne-t-on la maladie
aujourd'hui ?
Y a-t-il une différence entre le système
médical et le système de soins de santé de
l’époque ? Argumentez votre réponse.
C’est quoi, l’homme, pour vous ?
D’où vient-il ?
Que devient-il après la mort ? Quelle est
votre opinion sur la mort ?
Qu’appelle-t-on Dieu ? Où est-il ? Quel
est son rôle ? etc.
15
3. Personnages autour de la maladie : Quand dit-on que tel individu est
- Sorcier ; sorcier ? guérisseur ? devin ou féticheur ?
- Guérisseur ; Le féticheur est-il différent du sorcier ?
- Devin ; Comment chacun de ces personnages
- Féticheur ; acquiert-il son pouvoir ou ses
- Regard de la société sur le malade ; compétences ?
- Regard du malade sur la société et sur Combien y a-t-il de guérisseurs, de
lui-même. devins ou de féticheurs dans votre
village ? Jouent-ils encore un rôle ?
Sontils utiles ? Argumentez votre réponse.
Comment l'entourage du malade réagit-il
face à l’événement ? Ses premières
démarches ?
Un malade est aux prises avec la
douleur : que se dit-il sur son état, sur ses
rapports aux autres, sur ses rapports à la
divinité, sur son avenir ?
Avec la médecine scientifique, dans
certaines circonstances, le malade sait
qu'il est atteint d'une maladie qui doit
l'emporter ; en était-il de même dans
l'ancien système de santé ? Et dans ce
cas, quelle était l'attitude du malade ? de
son entourage ? du thérapeute ?
4. Vie sociale : Avez-vous le sentiment qu'autour de vous
- Mode de vie actuel ; les choses ont changé ? En bien ou en
- Niveau de vie ; mal ? Quels arguments dans l’un ou
- Alimentation d'hier et d'aujourd'hui ; l’autre sens ?
- Hôpital aujourd’hui ; Quels étaient les aliments d'autrefois ?
- Mesures hygiéniques ; A quoi attribuez-vous leur raréfaction ?
- Mesures prophylactiques ; Argumentez votre réponse.
- Médecins, infirmiers ; Quel rapport avez-vous avec l’hôpital
- Infirmières, sage-femmes. d’aujourd’hui ?

5. Formes permanentes des mentalités : La diminution des produits de base
a-t- Symbolisme ; elle un impact sur votre santé ? Comment
- Empirisme ; le savez-vous ?
- Science. Et si vous aviez à choisir entre l'ancien
système de santé et le système actuel ?
Argumentez votre choix.
Maintenant que la maladie est aussi
attribuée à des facteurs biologiques,
êtesvous d’accord que le système de santé
traditionnel ne pouvait pas tout guérir ?
Argumentez votre réponse.


16


« De même qu’il ne peut y avoir d’idées entièrement fausses, parce
que le faux consiste uniquement dans une maladroite combinaison des
idées, de même il ne peut y avoir de tradition, fût-elle constituée par
des fables, qui n’ait contenu, de prime abord, quelque élément de
vrai » (J-B. Vico)
Belle transition à mon programme ! On en arrive à cette
question essentielle : la tradition, c’est quoi ? Pour le Grand
dictionnaire de culture générale (Paris, 1977), elle « représente
un acquis, une expérience, une pensée collective, un héritage
culturel qu’il serait irréfléchi de nier en bloc ou d’oublier » ;
dans son histoire des peuples sans histoire, Henri Moniot
appelle tradition « orale tout ce qui est transmis par la bouche et par
la mémoire. Ce peut être un savoir diffus dans chaque société,
transmis plus ou moins largement par l’éducation et à la faveur des
circonstances pratiques de la vie ; des connaissances plus spécialisées,
non assujetties à une forme fixe d’expression ni socialement réservées,
peuvent être cependant le fait d’un nombre plus restreint de personnes,
1qui seront à cet égard les informateurs privilégiés. » Dans un style
plus ramassé, c'est le récit d’un fait transmis oralement d’une
génération à l’autre. La réunion de ces différentes définitions
laisse place à un document mémorisé auquel on peut et on doit –
au cas où il n’y aurait que ça – reconnaître valeur de matériau
d’histoire si, par matériau, on entend ce qui entretient un savoir
et sa formulation.
Cependant, l’expérience du terrain montre que les récits, les
faits, les événements évoqués « ne sont pas énoncés comme des
souvenirs, mais comme le moyen de rendre compte de situations de
fait contemporaines, et sont remaniés de façon adéquate quand ces
situations changent. Des anthropologues ont donc pu voir, non sans
raison, dans les mythes, dans les généalogies lignagères (…) des
"chartes sociales". L’historien peut-il utiliser des "faits" à ce point
2
susceptibles d’être réaménagés… ? » Ainsi, plutôt que de
préconiser la prise en compte de la tradition telle quelle ou de
son rejet systématique, c’est à la critique qu’il faut s’en remettre
1 H. Moniot, « L’histoire des peuples sans histoire », in Faire de l’histoire.
Nouveaux problèmes, Paris, 1974, pp.109-110.
2 H. Moniot, Op.cit., p.111.
17



pour déceler quelle erreur, ou quelle mauvaise foi l’a affectée.
« On peut, par commodité d’exposé, discerner, avec Henri Moniot,
trois voies de la critique des traditions orales. Une critique textuelle
(qui) tente de juger du degré de fidélité et d’intégrité du matériau
recueilli (contenu et forme), et de le comprendre littéralement. Elle
appelle l’observation des conditions et des circonstances du recueil,
des manières dont le témoignage a été recueilli… » ; mais ça ne
suffit pas à l’éclosion de la vérité ; peu de témoignages portent
avec soi l’évidence de ce qu’ils énoncent. D’où la nécessité
d’accroître le niveau de l’analyse en ayant recours, notamment,
à « la critique sociologique, (du reste) fondamentale. (Car) Toute
tradition survit parce qu’elle sert une fonction – divertissante,
apologétique, idéologique et politique, pratique, etc… »
Ce qui signifie qu’il faut adjoindre l’étude du témoignage en
lui-même à l’examen du ou des témoins : leurs caractères, leurs
intérêts ou leurs passions, des éléments qui permettent
d’apprécier s’ils ont l’autorité morale de faire admettre ce
qu’ils avancent. C’est à la lumière de cet examen qu’on peut
mesurer la probabilité du fait, sans qu’on en possède encore
toutes les pièces.
Restent alors les ressources de « la critique culturelle (qui)
prend en considération les (…) valeurs, les jugements moraux, les
idéalisations et rationalisations courantes, les schémas et stéréotypes
selon lesquels sont mises en forme les expressions sociales,
historiques, rituelles…, les types de pensée et d’explication, les
3catégories conceptuelles selon lesquelles le réel est appréhendé… »
En tout simple, l’examen des témoins doit intégrer leur système
de références. Le recoupement de ces différents procédés de la
critique engendre la certitude des faits rapportés. Ce
recoupement est une des caractéristiques de la critique
historique qui n’est rien d’autre que l’ensemble des règles que
l’histoire s’est concoctées au cours de « l’élargissement de sa
4
vision… des événements », en vue de permettre aux historiens de
faire un meilleur contrôle des sources qu’ils utilisent.
La méthode ainsi présentée est celle que j’ai appliquée à
mon travail dans ses principales articulations, par exemple : la
3. H. Moniet, Op. Cit., p. 110 et suivant.
4. P. Veyne, Comment on écrit l’histoire. Essai d’épistémologie, Paris, 1971,
p. 271
18