La miséricorde

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Méditations inédites de la Bible par le pape François.
Des homélies inédites et exclusives du cardinal Bergoglio - pape François, et des commentaires de l'Écriture écrits entre 1999 et 2012.


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Date de parution 17 novembre 2014
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EAN13 9782728920945
Langue Français

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CARDINALJORGEMARIOBERGOGLIO PAPEFRANÇOIS
La Miséricorde
Préface de Stan Rougier
Textes réunis par Federico WALS
et traduits de l’espagnol par Inès CARBONELL
PRÉFACE
« ÉGLISE, LÈVE-TOI !»
Très cher Padre Bergoglio,
Je sais bien qu’aujourd’hui vous avez changé de nom et de mission dans notre Église. Vous êtes devenu – à notre plus grande surprise et à la vôtre – le pape, le successeur de saint Pierre.
J’ose m’adresser à vous comme je l’ai fait lorsque je vous ai rencontré au mois d’août 1999, chez vous, à Buenos Aires. Il y a quatorze ans, je venais vous entendre me dire ce que vous pensiez d’un de 1 mes amis prêtres, Paco Huidobro, sur lequel j’écrivais un . livre Depuis le séminaire de la Mission de France où nous nous étions connus, j’étais toujours resté en contact avec lui. Une de ses lettres, reçue la veille de Noël 1990, m’avait particulièrement touché : Plus que jamais, je me sens à la fois d’origine ouv rière et prêtre de Jésus-Christ. Je participe au salut des hommes en lutte pour leur libération, en les respectant, en les aimant, en leur ouvrant le chemin du royaume de Dieu, ébauché sur cette terre. La mission, pour moi, c’est avant tout l’amour en actes, dans un acte de foi au Seigneur, roi de l’univers […]. La foi se fonde sur la prière, sur le Christ ressuscité. C’est le Christ qui nous met debout sur cette terre où il y a tant de demi-vivants […]. Grâce aux subsides des amis, nous avons pu construire un four à pain […]. Puis nous avons mis sur pied une crèche pour les enfants de trois mois à un an. Tu vois, j’essaie d’être à la 2 fois … Marthe et Marie
J’étais décidé à faire connaître ce disciple de François d’Assise, dont il portait le 3 . Je me suis donc rendu en Argentine pour le voir dans son environnement, nom m’entretenir avec diverses personnes qui l’avaient connu de près. Parmi celles-là, il y avait vous-même, récemment nommé archevêque de Buenos Aires.
Vous m’avez accueilli avec le beau sourire que je retrouve sur l’écran de télévision. Voir ainsi apparaître un pape attendu et désiré, et reconnaître le visage d’un homme que l’on avait admiré quatorze ans plus tôt, voilà de quoi faire battre le cœur !
Vous étiez d’une simplicité désarmante. Nous avions en commun notre passion pour Ignace de Loyola et pour François d’Assise, sur lequel je venais de publier plusieurs ouvrages. Durant cet entretien, vous vous êtes montré comme un pasteur extrêmement proche des gens, de leurs préoccupations et de leurs joies. Aujourd’hui, lorsque je lis vos homélies, j’y retrouve la profondeur et le bon sens d’Ignace de Loyola. Votre souci des plus pauvres et votre douceur font aussi de vous un véritable frère de François d’Assise.
Vous saviez tout des activités si généreuses de mon ami Paco. Nous en avons parlé ensemble, mais je n’imiterai pas ceux qui se plaisent à déballer vos confidences…
Ce qui suscitait le plus votre admiration, c’est que Paco joignait d’un même cœur une très ardente vie de prière et l’engagement le plus total auprès « des affamés, des sans-abri, des êtres sans espérance d’un avenir meilleur ».
Les conflits gauche-droite, progressistes-conservateurs n’avaient aucun sens ni pour lui, ni pour vous. Il y avait Dieu, dont on peut lire chaque jour la Parole. Il y avait la présence maternelle de Marie. Il y avait des longs temps de prière pour relire sa vie
à la lumière de l’Évangile. De cette source coulait tout naturellement l’attention aux plus éprouvés. Vous considériez comme un véritable saint votre prêtre Paco. Vous resterez pour moi celui qui a reçu, comme le petit pauvre d’Assise, le charisme de déceler la bonté d’un être et de s’en émerveiller.
* Une maison d’édition me fait l’honneur de me demander d’écrire la préface de quelques-unes de vos homélies. Suis-je vraiment le mieux choisi pour cette tâche ? J’en doute. Mais je mets dans cette mission tout mon cœur et ma prière. Déjà, j’avais eu le privilège de préfacer l’exhortation apostoliqueRéconciliation et pénitence du pape Jean-Paul II. L’éditeur ne m’avait laissé que deux jours pour rendre ma copie. Une nuit entière de lecture d’un tel texte, cela vous plonge dans un état second, une sorte d’extase… « La miséricorde est plus grande que le péché », rappelait le pape polonais. Voilà un propos qui pourrait servir d’exergue à l’une de vos homélies. Personne ne peut nier le lien profond qui unit vos priorités respectives ! Quel bonheur ce fut pour moi de lire vos textes qui sont une approche si humaine de la doctrine chrétienne ! Je crois lire Maurice Zundel ou un autre jésuite, le père Varillon, ou encore notre ami commun, le cardinal Etchegaray…
La miséricorde, vous en avez si souvent témoigné envers ceux qui vous demandaient de l’aide, en prenant des risques pour votre vie… En voici un exemple : Clelia Podesta qui, ayant épousé votre confrère, l’évêque d’Avellaneda, a témoigné, après la mort de son mari : « Mgr Bergoglio est le seul évêque à être venu à l’hôpital pour porter à Jeronimo le réconfort de l’amitié. »
Je pense aussi à cette histoire que vous racontez d’une collégienne enceinte à quinze ans. Au lieu de la renvoyer pour sauver la réputation de l’école, elle a été entourée d’affection et aidée à devenir maman. Vous étiez très touché de cette 4 . délicatesse
À mes yeux, le témoignage le plus certain de votre générosité repose sur l’admiration que vous portiez au prêtre le plus dévoué de la banlieue, mon ami Paco. Vous regardiez d’ailleurs avec la même gratitude vos amis Mgr Angelleli et Mgr Novack, pour leurs engagements en faveur des plus pauvres et les dangers qu’ils acceptaient d’affronter afin de mettre en œuvre leurs convictions.
* L’humilité dont vous faites preuve face à votre nouvelle charge me rappelle un propos de saint Augustin : « Avec vous, je suis chrétien, pour vous, je suis évêque. Si je suis effrayé par ce que je suis pour vous, je suis rassuré par ce que je suis avec vous… » Votre premier discours de pape, retransmis à vos compatriotes, réunis pour la circonstance Plaza de Mayo, revient plusieurs fois sur l’expression « Prenez soin ! » Là semble bien se situer votre préoccupation majeure. Pensant au pape qui allait bientôt succéder à Benoit XVI, vous avez déclaré le 9 mars :
Il nous faut un homme qui, à travers la contemplation de Jésus-Christ et l’adoration de Jésus-Christ, aide l’Église à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries de l’existence, qui l’aide à être la mère féconde qui vit « de la douce et réconfortante joie d’évangéliser ». Les cardinaux, sous l’impulsion de l’Esprit Saint, ont jugé que vous étiez cet homme-là.
Un milliard cinq cents millions de vos frères et sœurs humains prient pour vous et vous disent : « Pape François, merci d’exister ! »
Stan Rougier 5 Prêtre, écrivain , conférencier
1. S. Rougier,Paco Huidobro, le prophète de Buenos Aires, Paris, Salvator, 2000. 2. S. Rougier,Prêtres de la Mission de France, Paris, Le Centurion, 1991, p. 31. 3. Paco est le diminutif espagnol affectueux de « F rancisco », « François » en français. 4. Mgr J. Bergoglio,Je crois en l’homme, trad. d’El Jesuita, Paris, Flammarion, 2010. 5. Auteur dePour vous, qui suis-je ?, Paris, Mame, 2013, et d’une trentaine d’ouvrages de spiritualité.
Chers frères et sœurs,
PROLOGUe
Nous sommes témoins d’un moment historique. Nous sommes en train de vivre un moment unique. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église, un pape venu d’Amérique latine – le continent catholique – est élu pour être l’évêque de Rome et le successeur de Pierre dans la conduite de cette barque millénaire. Nous sommes nombreux à nous souvenir des moments qui ont suivi la fumée blanche en ce début de soirée romaine à la fois pluvieuse et froide, ce mercredi 13 mars 2013. Que de nervosité, d’anxiété, d’incertitude… Mais aussi quelle profonde réjouissance, quelle joie ! Réjouissance à l’annonce d’un nouveau Saint-Père et joie parce que nous, catholiques, sans encore connaître celui que les cardinaux avaient élu, étions déjà heureux de la venue d’un nouveau pasteur. Lorsqu’en ce jour le cardinal protodiacre français Jean-Louis Tauran annonça au monde à 20 h 12 (heure de Rome) : «Annuntio vobis gaudium magnum. Habemus Papam !» non seulement la place Saint-Pierre exulta de joie mais chacun de nous, en union avec tous ceux présents, fut bouleversé au plus profond de son être à l’idée d’avoir un pape. Puis, quelques secondes après, le cardinal Tauran nous surprit tous en disant : «Eminentissimus ac Reverendissimus Dominum, Dominum Georgium Marium Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Bergoglio.»
« Bergoglio ! » « Le pape est argentin ! » « Bergoglio est pape ! » voici quelques-unes des réactions spontanées des Argentins mais également de ceux qui eurent la grâce de le connaître et de travailler avec lui. Impressions qui, au fil des heures, se muèrent en un sentiment indescriptible de joie, d’émotion et de larmes pour ce nouvel évêque de Rome, cadeau de l’archidiocèse de Buenos Aires en particulier et plus largement de tout le peuple argentin, à l’Église universelle. Homme simple et austère, doté d’une profonde humilité et d’un grand sens du service, le père Bergoglio (comme il se présente lui-même) a su s’attirer la reconnaissance et l’affection de ses fidèles car, tout en exerçant les plus hautes fonctions ecclésiastiques, il n’a jamais cessé d’être prêtre. Dans sa nature profonde, François nous montre qu’il a toujours été et qu’il demeurera un pasteur au milieu de son troupeau qu’il connaît et aime comme sa propre chair. Aussi, dès ses premiers gestes, il laisse présager un pontificat empreint de paternité et de présence auprès des plus démunis.
« Je souhaiterais tant une Église pauvre et pour les pauvres », s’est ainsi exprimé le pape François lors de son remarqué premier discours aux journalistes dans la salle Paul-VI, ne laissant pas le moindre doute sur la devise qui marquera son pontificat. Les plus nécessiteux et les plus démunis, dans tous les sens du terme, sont ceux que l’Église doit toucher. Une Église qui ne soit pas « autoréférentielle » mais qui donne un témoignage vivant du Christ, de la joie d’être catholique, de la simplicité mais aussi de l’engagement qu’implique le message du Christ, en chacun de nous, non seulement pour nous mais également vis-à-vis des autres. C’est pourquoi le cardinal Tauran conclut en disant : «Qui sibi nomen imposuit Franciscum(Auquel s’est imposé le nom de François)… »
Et pourquoi « François » ? Le Pape lui-même nous raconte qu’au moment de son élection, le cardinal Hummes l’a étreint et embrassé en lui disant : « N’oublie pas les pauvres. » Ces paroles ont résonné si profondément en lui qu’il a immédiatement pensé à saint François d’Assise, lui qui s’était consacré aux pauvres et qui en même temps avait été un homme de paix, un homme qui aimait et respectait la création.
C’est pourquoi nous avons souhaité intituler cet ouvrageLa Miséricorde. Cette sélection d’homélies et de lettres pastorales de l’ancien cardinal Bergoglio, aujourd’hui entre vos mains, est le témoignage fidèle de sa pensée simple et claire, profonde et engagée, cohérente entre le dire et le faire. La pensée d’un pasteur nous appelant à être missionnaire pour défendre le vrai, la beauté, la bonté qu’est le Christ lui-même, et qu’est Dieu le Père qui nous aime sans conditions et nous pardonne dans son infinie
miséricorde sans nous juger. Comme les trois autres titres regroupant des enseignements du cardinal –La Mission,Le Témoignage,La Vie–, il constitue un appel de l’ancien archevêque de Buenos Aires à agir comme les catholiques que nous voulons être.
La miséricorde… Quel grand attribut de Dieu ! Quel grand amour il répand sur nous ! Ainsi me vient à l’esprit la parabole du Fils prodigue et la scène des retrouvailles entre le père et le fils, ces deux passages étant inévitablement liés à la miséricorde. D’après mon humble interprétation, c’est dans cette image que nous trouvons l’essence et le sens profond de ce qu’est la miséricorde de Dieu. Imaginons ce père qui voit son fils revenir au loin, celui-là même qui avait quitté la maison, celui qu’il croyait perdu à cause des excès, de la vie facile et des mauvaises influences ; le fils, quant à lui, malgré ses erreurs, s’est dit au plus profond de lui-même, tel que nous le raconte saint Luc : « Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » Quelle grandeur il y a dans ce geste à se reconnaître et à nous reconnaître pécheurs ! Puis, à son retour, « comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ». Et il termine : « Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. »
Dieu espère toujours que nous nous laisserons pardonner par son amour. Dans sa patience infinie et son amour paternel, il nous accompagne tout au long du chemin bien que parfois nous ne le voyions pas. Il nous tend la main bien que nous ne la prenions pas. Il regarde au loin bien que nous n’ayons pas repris le chemin du retour vers la maison. Nous croyons souvent que nous avons droit à tout dans l’immédiat et, malgré cela, Dieu patiente, il attend, il nous aime, il comprend et surtout, il nous pardonne. En vérité, il ne tient qu’à nous de nous abandonner dans son étreinte, lui qui nous attend comme un Père.
Au-delà de ce prologue de rigueur, nous avons souhaité partager avec vous ces textes originaux sans commentaires éditoriaux pour que résonne toute la richesse de la parole et de la pensée du cardinal Bergoglio. Il appartient à chacun de nous de prendre du temps pour les méditer, les faire mûrir et leur permettre de fructifier. Le pape François a semé en abondance et avec de nombreux fruits tout au long de sa vie et il continue de le faire, sans que personne ne le voie, avec l’humilité et la générosité que nous demande l’Évangile. Il a toujours cheminé et s’est rapproché de l’homme qui avait besoin d’un geste, d’une parole, ou simplement d’un regard. Il nous revient d’honorer l’œuvre pastorale de cet homme spirituellement proche de son peuple et profondément priant, en la poursuivant dans les faits, en ouvrant notre cœur à Dieu et au frère qui est à côté de nous, et surtout en nous laissant aimer par Dieu.
Cet homme d’Évangile avec qui j’ai partagé une amitié fraternelle au fil des années – amitié fortifiée par le dialogue interreligieux et l’œcuménisme ancré dans notre peuple argentin – avait coutume de clore ses interventions en disant : « Nous nous retrouverons la prochaine fois, si Dieu le veut, et je vous salue en reprenant les paroles de Jésus de Nazareth : “Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux.” » Qu’il en soit ainsi.
Federico Wals Responsable du bureau de presse Archevêché de Buenos Aires
SEIGNEUR, APPRENDS-NOUS À PRIER
Gn 18, 20-32 ; Col 2, 12-14 ; Lc 11, 1-13
Chers frères et sœurs,
La mÉditation des lectures de ce dimanche m’a poussÉ à vous Écrire cette lettre. Sans en connaître la raison. Je me suis senti vivement incitÉ à le faire. Au dÉpart, une question s’est posÉe : « Est-ce que je prie ? » s’Élargissant ensuite : « Les prêtres, les consacrÉs et consacrÉes de l’archevêchÉ, prions-nous ? Prions-nous suffisamment ? » J’ai dû apporter une rÉponse pour moi-même. Maintenant, en vous soumettant cette question, mon dÉsir est que chacun de vous, du fond du cœur, puisse aussi y rÉpondre.
La quantitÉ et la nature des problémes auxquels nous faisons face chaque jour nous poussent à agir pour apporter des solutions, trouver des chemins, construire. Tout cela remplit une grande partie de la journÉe. Nous sommes des travailleurs, des ouvriers du Royaume, et le soir, nous rentrons fatiguÉs par l’activitÉ que nous avons menÉe. Je crois objectivement que nous pouvons affirmer que nous ne sommes pas oisifs. À l’archevêchÉ, nous travaillons beaucoup. La succession de rÉclamations, l’urgence des services que nous devons rendre nous usent et c’est ainsi que se dÉroule notre vie au service du Seigneur dans l’Èglise. Nous subissons Également le poids, si ce n’est l’angoisse, d’une civilisation païenne qui proclame ses principes et ses prÉtendues « valeurs » avec une telle audace et une telle confiance en elle-même que cela Ébranle nos convictions, notre constance apostolique et même notre foi rÉelle et concréte dans le Seigneur vivant et agissant au milieu de l’histoire des hommes, au milieu de l’Èglise.
À la fin de la journÉe, il nous arrive parfois de rentrer abattus et, sans nous en apercevoir, un certain pessimisme vague s’insinue dans notre cœur, pessimisme qui nous enferme dans une « position de retraite » et qui nous inflige un État d’esprit de vaincus. Tout cela nous rÉduit à un repli dÉfensif. C’est là que se ride notre âme et que nous guette la pusillanimitÉ.
Ainsi, entre l’intense et usant travail apostolique d’une part, et la culture ostensiblement païenne de l’autre, notre cœur se contracte dans une impuissance pragmatique qui nous conduit à une attitude minimaliste de survie dans l’intention de conserver la foi. Cependant, nous ne sommes pas dupes et nous nous rendons bien compte qu’il nous manque quelque chose dans ce contexte, que l’horizon s’est tellement rapprochÉ qu’il nous cerne, que quelque chose soumet et limite notre audace apostolique dans la proclamation du Régne. Ne voudrions-nous pas prÉtendre faire toute chose par nous-mêmes ? Ne serait-ce pas que nous nous sentions responsables outre mesure de toutes les solutions qu’il faut apporter ? Nous savons pourtant que seuls nous ne pouvons rien. De là ma question : « Faisons-nous de la place pour le Seigneur ? Est-ce que je lui accorde du temps dans ma journÉe pour qu’il agisse ? Ne suis-je pas trop occupÉ à faire moi-même les choses au point d’oublier de le laisser entrer ? »
Je pense que le pauvre Abraham eut une grande frayeur lorsque Dieu lui dit qu’il allait dÉtruire Sodome. Il pensa certes à ses parents, à ses proches, mais sa pensÉe alla au-delà : n’Était-il pas possible de sauver ces pauvres gens ? Ainsi dÉbute la nÉgociation entre Dieu et lui. MalgrÉ la sainte crainte que lui inspire la prÉsence de Dieu, le devoir s’impose à lui. Il se sent responsable. Il ne se contente pas d’avancer une requête, il sent qu’il doit intercÉder pour sauver la situation, qu’il doit affronter Dieu et s’engager dans un dÉbat obstinÉ. Ce n’est plus seulement ses parents qui l’intÉressent, mais bien dÉsormais tout le village. Il se risque dans cette intercession. Il s’engage dans des pourparlers avec Dieu. Aprés avoir avancÉ une premiére proposition, il aurait pu rester en paix avec sa conscience, se rÉjouissant de la promesse d’un fils qui venait de lui être