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Le concept d'inculturation

De
196 pages
Depuis les origines à nos jours, l'implantation de l'Eglise parmi les peuples s'est toujours traduite par une évangélisation des cultures, qui présuppose l'inculturation de l'Evangile. Mais si la réalité de l'inculturation de l'Evangile est une donnée concrète, le terme "d'inculturation" est, lui, un néologisme strictement théologique : d'où vient ce terme ? A-t-il un rapport avec d'autres concepts relatifs à la culture ? Qui s'inculture ? Est-ce l'Eglise, l'Evangile, la culture en présence ?
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Le concept d’inculturation
Blaise BAYILIproblématique d’un néologisme théologique
Nous nous rappelons que l’empressement des premiers témoins
du mystère indicible de la Résurrection au matin de Pâques fut de
témoigner de l’action manifeste de Dieu chez l’un des leurs. Fidèles à
leur origine, ces mêmes témoins n’ont pas manqué de s’exprimer en des
catégories culturelles qui leur étaient propres, y insuffl ant ainsi la grâce
de la Résurrection, pour autant que ce terme implique le fait de susciter
une nouvelle espérance, une nouvelle vie. C’est ainsi que, depuis les
origines à nos jours, l’implantation de l’Église parmi les peuples s’est
toujours traduite par une évangélisation des cultures, évangélisation
qui présuppose une donnée fondamentale à savoir l’inculturation de
l’Évangile.
Or, justement, si la réalité de l’inculturation de l’Évangile est une
donnée concrète expérimentée depuis l’aube du christianisme, le terme
« inculturation » est, lui, un néologisme strictement théologique qui, Le concept d’inculturationdésormais, fait partie du discours offi ciel de l’Église. Pourtant, l’approche
sémantique - voire scientifi que (théologique, anthropologique et
sociologique, etc.) - de ce néologisme demeure l’objet d’interprétations problématique d’un néologisme théologique
si non contradictoires du moins variées. Qu’est-ce que donc que ce
néologisme ? D’où vient le terme inculturation ? A-t-il un rapport avec
d’autres concepts relatifs à la culture ? Si oui, quelle est alors sa
spécifi cité et sa portée ? En outre, qui s’inculture ? Est-ce l’Église ?
Estce l’Évangile ? Est-ce la culture en présence ?
Originaire du Burkina Faso, Blaise BAYILI, après des études au
Grand séminaire de Koumi et à l’université de Ouagadougou,
enseigna la philosophie et le français dans le secondaire à
Ouagadougou avant d’aller faire un DEA d’anthropologie à la
Sorbonne (Paris). Docteur en Anthropologie et Histoire du Droit
des Institutions à Paris X Nanterre en 1997, Blaise BAYILI obtient
successivement un doctorat en anthropologie théologique à la
faculté de théologie catholique de Strasbourg en 2002 et un doctorat en théologie
de l’inculturation à l’Université Pontifi cale Grégorienne de Rome en 2007.
Auteur de Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso (Paris, L’Harmattan, 1998)
et de plusieurs autres livres et articles, Blaise BAYILI est directeur de deux
collections à l’Harmattan-Paris, éditeur et enseignant de la socio-anthropologie
du religieux et du sacré à l’université de Ouagadougou (Burkina Faso).
théologique & spirituelle
ISBN : 978-2-343-05137-6
19 € théologique & spirituelle
AFRIQUEAFRIQUE
Le concept d’inculturation
Blaise BAYILI
problématique d’un néologisme théologique






Le concept d’inculturation
Problématique d’un néologisme
théologique





















Blaise BAYILI







Le concept d’inculturation

Problématique
d’un néologisme théologique
















L’Harmattan



Du même auteur

- Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso ; les Ly ǝl ǽ du
Burkina Faso, Paris, l’Harmattan, 1997, 480 pages.

- Culture et inculturation ; approche théorique et
méthodologique, Paris, l’Harmattan 2008, 306 pages.

- Inculturation : chemin d’unité et dialogue de résurrection ; La
question de l’unité de l’Église, dialogue avec la modernité
etdialogue de résurrection, Paris, l’Harmattan, 2008, 468 pages.

- La Tierce Église et les défis de l’évangélisation en Europe ;
L’inculturation comme chemin de catholicité de l’Église une
dans la diversité, Paris, l’Harmattan, 2008, 560 pages.

- Perceptions négro-africaines en vision chrétienne de l’homme ;
Herméneutique d’une anthropologie théologique, Paris,
l’Harmattan, 2012, 370 pages.

- La vie à travers la naissance chez les Ly ǝl ǽ du Burkina Faso ;
Problématique d’une théologie de l’inculturation, Paris,
l’Harmattan, 2014, 244 pages.

- Guide méthodologique de l’inculturation ; de la théorie à la
pratique, Paris, l’Harmattan, 2014, 244 pages.







© L'Harmattan, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05137-6
EAN : 9782343051376



͑͑



Dédicace


A mes frères et sœur, in memoriam :
- Joseph
- Louis de Gonzague,
- Claire,
- Jean-Marie
- Rémy
Soyez toujours avec nous.















Sommaire


Introduction ................................................................ 9

Première partie
Sémantique et problématique du terme
« inculturation » ........................................................... 11

Chapitre 1
Points de vue contradictoires et imbroglio
terminologique ......................................................... 15

Chapitre 2
Qu’est-ce que l’inculturation ? ................................. 39

Chapitre 3
Les présupposés d’une inculturation authentique .... 69

Deuxième partie
Sources, fondements et implication de l’inculturation 81

Chapitre 4
Les sources fondamentales qui sont à la base
de l’inculturation ...................................................... 83

Chapitre 5
Les fondements théologiques de l’inculturation ...... 91




Chapitre 6
Les fondements anthropologiques de
l’inculturation ......................................................... 115

Chapitre 7
Les implications de l’inculturation pour
l’Église ................................................................... 123

Troisième partie
Historique et héritage : regard rétrospectif et
prospectif.................................................................... 129

Chapitre 8
Apparition et utilisation du terme .......................... 131

Chapitre 9
Précurseurs, représentants et Magistère ................. 139

Chapitre 10
Tendances, courants et temporalité ........................ 161

Conclusion ............................................................. 175

Bibliographie .......................................................... 179

Table des matières .................................................. 189



8




Introduction


Si, depuis les origines à nos jours, l’implantation de
l’Église parmi les peuples s’est toujours traduite par une
évangélisation des cultures, c’est qu’une telle
évangélisation présuppose une donnée fondamentale à
savoir l’inculturation de l’Évangile. Mais, dans un tel
processus, il y a lieu de se poser une question de fond
préalable : qui s’inculture ? Est-ce l’Église ? Est-ce
l’Évangile ? Est-ce la culture en présence ?
Nous nous rappelons que l’empressement des
premiers témoins du mystère indicible de la
Résurrection au matin de Pâques fut de témoigner de
l’action manifeste de Dieu chez l’un des leurs. Fidèles à
leur origine, ces mêmes témoins n’ont pas manqué de
s’exprimer en des catégories culturelles qui leur étaient
propres, y insufflant ainsi la grâce de la Résurrection,
pour autant que ce terme implique le fait de susciter une
nouvelle espérance, une nouvelle vie.
De nos jours, comme pour ce premier groupuscule
de témoins palestiniens, le défi reste actuel, entier et
énorme qui exige toujours un approfondissement à la
fois de la réalité et des terminologies.



Or, justement, si la réalité de l’inculturation de
l’Évangile est une donnée concrète expérimentée depuis
l’aube du christianisme, le terme « inculturation » est,
lui, un néologisme strictement théologique qui,
désormais, fait partie du discours officiel de l’Église.
Pourtant, l’approche sémantique - voire scientifique
(théologique, anthropologique et sociologique, etc.) - de
ce néologisme demeure l’objet d’interprétations variées.
D’une façon ou d’une autre, « chaque définition du
terme, nous dit A. Peelman, renvoie à un processus
complexe qui implique trois réalités : L'Église
missionnaire (l’évangélisation), l’Évangile lui-même et
la culture (peuple, groupe humain, société) qu’on veut
1évangéliser ». Pour notre part, nous proposons
d’apporter une humble petite contribution à la
compréhension de cette donnée fondamentale de
l’Évangile de Jésus-Christ à travers trois démarches
dynamiques : D’abord une approche sémantique de la
problématique du terme inculturation, ensuite une
investigation sur les sources, les fondements et
l’implication de la réalité de l’inculturation et, enfin, un
regard sur l’historique et l’héritage du fait inculturation
ce, selon une double perspective rétrospective et
prospective.


1 - Achiel PEELMAN, L’inculturation ; l’Évangile et les cultures,
Paris/Ottawa, Desclée/Novalis, « l’horizon du croyant », 1988, p. 111.

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Première partie

Sémantique et problématique
du terme « inculturation »








L’inculturation ! Un mot magique ? Un terme
participatif d’un catalogue d’une terminologie à la
mode ? Un thème et un produit ecclésial
exotique réservé aux jeunes Églises d’Asie, d’Afrique
d’Amérique latine et d’Océanie ? Qu’est-ce que c’est
que ce néologisme dont pourtant la réalité n’est, à tous
égards, pas nouvelle ? Le kérygme ou proclamation de
la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité n’est-il pas, en
effet, un trait fondamental des Églises du Nouveau
Testament ? En cela, ce kérygme n’a-t-il pas été,
depuis les origines, adapté aux diverses situations
culturelles de l’Église en ce sens que l’Évangile a
toujours commencé par travailler, de l’intérieur, la
destinée des peuples et des groupes humains qui l’ont
accueilli ?
Si tel est le cas, pourquoi cette méprise de certaines
personnes selon laquelle l’inculturation n’intéresserait
pas les Églises dites de vieille chrétienté, mais
actuellement aux prises avec la sécularisation, la
2laïcisation, la modernité et l’ultramodernité ? On le
voit, le thème de l’inculturation est un sujet à la fois
riche et complexe, dont les variations et les

2 C’est face à une telle méprise que des études et une série d’enquêtes
ont été menées par le jésuite Arij A. ROEST CROLLIUS. Ces études et
enquêtes manifestent et révèlent avec pertinence et à juste titre que le
processus d’inculturation s’applique à tous les champs
d’évangélisation et au pluralisme des contextes culturels. On peut, à ce
propos consulter ses nombreux travaux et articles sur Internet dans la
rubrique « inculturation ».

13

appréciations, les expérimentations et les articulations,
quelquefois contradictoires, représentent un réel défi
pour l’Église, de sorte que le travail d’approche
(théorie et praxis) le concernant n’est jamais clos.
Nous pouvons donc, nous aussi, à notre manière, nous
pencher là-dessus.


14




Chapitre 1

Points de vue contradictoires
et imbroglio terminologique


I- Sémantique et points de vue
contradictoires

Depuis le milieu des années mille neuf cent
soixantedix, le mot inculturation est source de débats,
d’interprétations variées, de points de vue
contradictoires. La problématique qui s’y rattache est
diversement appréciée.
En effet, au début du processus, pour certains
théologiens et observateurs, le mot magique
d’inculturation a constitué une « indéniable aura », un
« droit », un « impératif ». Il eut un succès foudroyant,
surtout dans le cercle des théologiens africains et
asiatiques. Adieu l’implantation, l’adaptation,
l’indigénisation et autres contextualisation… L’heure est
à l’inculturation. « C’est la priorité des priorités, écrit E.



3J. Penoukou » . Pour d’autres, cependant, il y a lieu de
s’en méfier et même d’être hostile. C’est ainsi que G.
Mary-Rouselière la traite de « tarte à la crème de tout
théologien » pendant que d’autres, plus dogmatiques et
conservateurs, y voient non seulement l’évocation du
syncrétisme tant combattu dans l’Église dès les temps
apostoliques, mais aussi, et surtout, la contestation de la
tradition romaine. Pour ces derniers, il conviendrait
d’évacuer purement et simplement ce néologisme du
vocabulaire théologique et ecclésial quitte à le remplacer
4par un autre terme beaucoup plus approprié . Il faut
reconnaître que si de telles positions « hostiles » ont vu le
jour, cela est dû en partie au fait même que le néologisme
inculturation a pu donner lieu à des sous-entendus
provenant de certains spécialistes du Tiers-Monde. On
peut donc comprendre les motifs et craintes de ces
hostilités même s’il n’y a pas lieu de les prendre en
compte. Les sous-entendus en question relèvent du fait
que, pour certains spécialistes du Tiers-Monde, le terme
inculturation semble quelquefois quelque peu associé au
colonialisme clérical de l’Église de Rome, à
l’occidentalisation des pratiques de la foi tout comme à
une certaine vision unilatérale et centralisatrice de la foi
et de l’Église.

3 E. J. PENOUKOU, Églises d’Afrique, Paris, Karthala, 1984, p. 44.
4 Pour plus de détails, voir Jean BACON, La culture à la rescousse de
la foi, Paris, Médiaspaul, 2001.

16

Dans les domaines œcuménique et de dialogue
interreligieux, des experts des autres religions craignent
un subterfuge occidental moderne romain dont le but
serait de justifier le prosélytisme catholique (et aussi la
domination blanche) auprès des populations pauvres du
Tiers-Monde déjà assujetties aux impérialismes
étrangers.
On le voit, les contradictions concernant le terme et
le fait inculturation ne manquent point ; les engouements,
les réserves et les dénonciations se chevauchent. On peut
ajouter à ces données contradictoires les risques de
récupération du concept. C’est dire l’existence réelle
sinon d’un flottement sémantique, du moins d’une
démarche contradictoire et même d’une ambiguïté
théologique à propos de l’énoncé et de la réalité du
concept. Comme le remarquent avec plus ou moins de
justesse N. Greinacher et N. Mette, « malgré toutes les
déclarations solennelles, ce qu’on met sous ce terme
5d’inculturation reste très vague » .
Aujourd’hui encore les contradictions demeurent
concernant le « fait inculturation », car ce concept n’a pas
fini de dévoiler ses multiples secrets et ses mille facettes
ni de lever toutes les ambiguïtés le concernant,
notamment au niveau de sa théorie et de son application
concrète. Et de fait, plus ce concept entre dans la vie

5 Norbert GREINACHER et Norbert METTE, « Le christianisme, une
expérience multiculturelle », Concilium 251 (1994), p. 9.

17

concrète et quotidienne des communautés chrétiennes et
des Églises locales et particulières, plus il enthousiasme
la foi certes, mais plus il pose également des problèmes
pratiques jusqu’à soulever des revendications identitaires
et d’autonomie. Source d’espoirs et d’espérances, le fait
inculturation est aussi sujet à des désillusions, voire à des
désespoirs et, peut-être à une désespérance traduite
quelquefois au travers de revendications par trop osées.
Qu’est-ce que donc que ce néologisme source de tant
de contradictions? D’où vient le terme inculturation ?
At-il un rapport avec d’autres concepts relatifs à la
culture ? Si oui, quelle est alors sa spécificité ?


II – Un imbroglio terminologique

À lire certains ouvrages théologiques, on s’aperçoit
que le concept d’inculturation s’empêtre dans une
géographie lexicale polysémique dont la multitude de
termes et de significations rendent sinon caduques du
moins inadéquates la dynamique foi et cultures. C’est
que la nouveauté du concept d’inculturation semble
prêter le flanc à une terminologie souvent
approximative, en tout cas variée, plus ou moins
synonymique dont les sens, extérieurs au concept,
finissent par le desservir. Et pourtant, ce n’est pas le bon
usage courant dans la recherche théologique et dans le
discours officiel de l’Église qui fait défaut. Pourquoi

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